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Chapitre 9

Pourquoi As-tu… ?

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~1 h 16

…Et donc, j’ai réalisé un truc.

Tu bois un soda, pas vrai ? Alors même que tu te plains que ta gorge te fait mal, tu bois des boissons gazeuses tout le temps, non ?

Ce soda, celui que t’es en train de boire. Donne-moi en. Juste une gorgée.

J’ai trop soif.

J’ai la gorge sèche, c’est pas drôle.

T’es assis devant ce distributeur automatique, comme toujours, à boire des sodas.

C’est la nuit ?

Il est peut-être même déjà assez tard. Il fait sombre après tout.

Complètement noir.

Partout où je regarde… c’est complètement sombre, ou plutôt, complètement noir.

À part ce distributeur automatique.

Tu es illuminé par la lueur de ce distributeur.

Mais je ne peux pas voir ton visage. C’est la seule chose que je ne peux pas voir.

Bizarre. Je devrais savoir à quoi tu ressembles. Alors pourquoi ?

Qui est-tu ?

Je te le demande. Ça fait un moment que je suis là maintenant. Depuis tant de temps.

Ne peux-tu pas m’entendre ?

Et toi, tu es en train de baisser la tête ? Est-ce pour cela que je ne peux pas voir ton visage ?

Tu bois un soda, comme toujours. Jour après jour, tu continues à en boire. Rien d’autre que du soda.

À cause de ça, il y a des cannettes vides qui roulent autour de toi. Des dizaines, des centaines, peut-être plus.

Là, là, partout. C’est plus que juste des cannettes qui roulent. Ces innombrables cannettes vides, on a l’impression que toi et cette machine allez vous faire enterrer sous ces cannettes.

Hé, toi. C’est dangereux ici.

Hééééé. Je te l’ai dit plus fort pour te prévenir.

C’est dangereux, t’as compris ?

Les cannettes vides. Elles sont bizarres. Leur nombre n’arrête pas d’augmenter.

D’où viennent ces cannettes vides ?

Héééé.

J’ai dit, hééééé.

Réponds-moi s’il te plaît.

Pourquoi c’est comme ça ? Je ne sais pas, mais je ne peux seulement t’appeler que de là où je me trouve.

Je ne peux pas venir ici.

Tu le sais, non ?

Entendant une voix familière, je me tournai pour regarder.

Il y a quelqu’un ici.

Dans ces ténèbres insondables, il y a quelqu’un.

Je sais qu’il est là. Mais je ne peux pas le voir. Il parle.

Tu n’appartiens pas à cet endroit.

C’est exact, dit quelqu’un d’autre. Tu ne peux aller là-bas. Pas encore. Tu ne peux pas venir ici non plus.

Comment ça ?

Qu’est-ce que tu veux dire ?

Je dois rester ici alors… ?

Si tu veux venir, tu peux.

Non. Ce n’est pas bon.

Ouais. T’as raison. Il est trop tôt.

Ouais. Ne va pas là-bas. Tu ne devrais venir ici non plus.

Tu dis ça, mais si je fais ça, je vais finir seul.

Il fait si sombre.

Il n’y a rien.

Être là, seul, peut être que ce n’est pas impossible pour moi, mais je ne peux pas le supporter.

Viens, dis-tu devant ce distributeur.

En me tournant pour voir, je te vis te lever.

Tu avais le regard baissé, mais ce n’était plus le cas. Tu relèves ton visage, et tu me regardes.

Un soda dans une main, et ton visage est sombre, comme si on l’avait effacé.

Du liquide s’échappait de la bouche de la cannette. Un fluide si sombre, si sombre.

Les ténèbres elles-mêmes.

Viens ici, dis-tu. Alors même que je ne vois rien sur toi ressemblant à des lèvres. Je suis seul. Viens.

J’ai peur.

Effrayé par-dessus tout, mais je suis si triste que je n’en peux plus.

Je veux y aller.

Je vais aller là-bas.

De ton côté.

Je ne veux pas te laisser seul.

Tu ne peux pas y aller, dis-tu. Attends. N’y va pas.

Pourquoi tu m’arrêtes ?

Je ne veux pas te laisser seul, et je ne veux pas être seul moi-même. Tu le sais, n’est-ce pas ?

Je veux dire, cet endroit est…

Où est-ce ?

Oh…

Choco.

Manato.

Moguzo.

Ils ne sont pas là.

Aucun d’eux.

Mais oui. Le distributeur.

Il n’est pas là.

Pas de lumière.

Les ténèbres.

Ces ténèbres omniprésentes, écrasantes.

Ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres, ténèbres,

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Quelqu’un venait de déglutir à côté de lui.

Il réalisa rapidement qu’il ne faisait pas sombre.

À l’intérieur. Oui. Il n’était pas à l’extérieur. Il était sous un toit. De surcroît, quelque chose de doux le supportait. Il ne dormait pas sur le sol, ou sur quelque chose de dur, mais bien dans un vrai lit.

Quand il essaya de se relever, quelqu’un cria son nom.

—Haru ?!

—Hein, Merry…?

Merry. C’était bel et bien Merry.

Il semblerait que Haruhiro était allongé sur une sorte de lit. Merry était assise sur une chaise placée prêt de lui. Merry se leva avec une telle force qu’elle renversa la chaise derrière elle, avant d’elle-même tomber sur lui. Non, elle ne tomba pas sur lui. Pas exactement. Mais elle s’élança avec tellement d’élan vers lui qu’on aurait pu penser que cela allait arriver, mais elle plaça sa main gauche à côté de sa tête pour se tenir et elle utilisa sa main droite pour toucher la joue et la nuque de Haruhiro.

Ses cheveux se déposèrent sur le visage de Haruhiro. Il pouvait sentir son parfum.

Il devait sûrement faire nuit. Il faisait certainement sombre, mais il y avait une fenêtre, et une faible lumière passait à travers, le laissant à peine distinguer les traits du visage de Merry. Ses yeux en particulier. Ses yeux ne croisèrent pas les siens. Merry le toucha ici et là, avant de le regarder droit dans les yeux, comme pour confirmer qu’il allait bien.

Il voulait dire, Je vais bien, mais il ne pouvait pas.

Haruhiro ne pouvait pas détourner ses yeux d’elle. Cela pourrait sembler immoral de sa part, mais bien qu’il ne souhaitât pas que cela dure éternellement, même pendant encore un court instant, il aurait voulu qu’elle continue à le toucher. S’il l’avait tirée vers lui, il aurait pu l’étreindre tendrement. Cette pensée lui traversa l’esprit. D’une certaine façon, il avait le sentiment que Merry ne reculerait pas. Quand cette idée stupide lui traversa l’esprit, il se sentit désespérément pathétique.

—Je vais bien, Merry.

Dit Haruhiro avec un sourire. Arrivait-il vraiment à sourire ? Il ne pouvait pas le confirmer par lui-même, et il n’en était pas sûr. C’était toujours comme ça.

—…D’accord.

Merry prit une grande inspiration, puis elle se releva avant d’aller s’asseoir sur le bord du lit. Les mains de Merry s’écartèrent de Haruhiro, et son odeur se dissipa dans la nuit. Au point où il ne pouvait pratiquement plus la sentir.

Il ne savait pas s’il se sentait déçu, ou soulagé. Possiblement les deux à la fois.

Quoi qu’il en soit, ce n’était pas important. Il pouvait encore rester sur le droit chemin. Une distance appropriée se devait d’être gardée entre camarades. En fait, c’était encore plus vrai quand ils se confiaient leurs vies l’un à l’autre.

—…Désolé, ajouta-t-il.

—Pourquoi est-ce que tu t’excuses ? demanda-t-elle.

—Eh bah, en fait… J’sais pas. Erm, pour ce qui est de ce qu’il s’est passé pour qu’on en arrive là… je ne sais pas. Mais, du genre, c’est ma faute si on a fini dans cette situation, tu vois.

Merry agita silencieusement sa tête. Haruhiro l’avait déjà compris. C’était sa faute. Il avait pris la mauvaise décision. Et pourtant, ses camarades n’allaient pas unilatéralement lui rejeter la faute. Il le savait, alors combien de fois encore allait-il se rejeter entièrement la faute ?

Le temps des excuses n’était pas venu. Il y avait bien des choses qu’il devait demander. Pourquoi ne pouvait-il rien dire ?

Merry restait silencieuse.

Ce silence le pesait. Il appuyait sur son cœur, et sur son ventre. C’était douloureux. Au bout d’un moment, Merry renifla.

Haruhiro était abasourdi.

—… Merry ?

—Je suis désolée.

Merry se couvrit le visage avec sa main gauche. En appuyant sur les parties autour de ses yeux, peut-être avait-elle essayé de retenir ses larmes.

—Non… mais c’est…

—Ce n’est rien. C’est juste que… je suis soulagée.

—Je… vois. Si ce n’est que ça, eh bien…

—Espèce d’idiot.

Merry frappa doucement Haruhiro sur la poitrine, avant de se mettre à pouffer. Elle essaya de retirer sa main droite, mais en vain. Elle resta là, déposée délicatement sur la poitrine de Haruhiro.

—… Non. C’est moi l’idiote.

—Hein ?

—Oublie ça. Je dois dire des choses sans queues ni têtes.

—Tu… crois ?

—Je ne suis pas intelligente, alors parfois je fais ce genre de chose.

—Je ne crois pas que tu ne sois pas intelligente.

—J’ai peur qu’on se moque de moi pour ça, alors je le cache.

Merry serra légèrement son poing droit.

—Mais je suis sûre qu’on le remarque.

Haruhiro laissa échapper un « Uh… » ayant l’air d’un idiot. Dans des moments comme celui-ci, il se maudissait de pas être capable de dire quelque chose d’intelligent et de rassurant. Mais comment définir les moments comme celui-ci ? Quel genre de moment était-ce ?

—Merry, tu es…

Qu’est-ce qu’elle était ? Merry était… quoi ? Haruhiro inspira, avant d’expirer.

Sortez, mes mots, supplia-t-il. Sortez, s’il vous plaît.

Allez, allez… sortez.

S’il vous plaît. Je vous en supplie. Je me fiche des mots qui sortent au point où j’en suis.

—…irremplaçable… finit-il. Pour nous tous… Ouais. Tu nous as tous sauvés. Moi… Mon visage était horrible, non ? Celle qui m’a soigné, c’était toi, pas vrai, Merry ?

—Parce que je suis une prêtresse, dit-elle.

—Tu es indispensable, Merry. Um… nous avons tous besoin de toi… je te l’assure.

—Non, c’est toi Haru, dit-elle. Sans toi, nous serions perdus. Nous tous.

—Nous tous… Ouais.

—Donc…

—Donc ?

—Je suis heureuse, Haru. Que… tu sois là. Que j’ai pu faire ta connaissance.

—Non, c’est moi… qui devrais dire ça…

—Dire quoi ? demanda Merry.

—Hein ?! Ohh… erm… Eh bien, que c’est moi qui suis heureux de t’avoir rencontré… Attends…

Qu’est-ce que c’est ? Pensa-t-il en toute franchise. Cette conversation ? Nous sommes tous les deux heureux d’avoir connu l’autre. Ce n’est pas étrange du tout en soi. C’est la vérité après tout. Je suis heureux, vous savez ? Mais, je sais pas, c’est différent. Hein ? Vraiment ? Est-ce que je me pose trop de questions ? Beaucoup trop ? Comment ? Heinnnnn ? Je ne sais plus moi.

—Whuh ? Sa bouche commença à emmètre des sons, mais Haruhiro n’avait pas la moindre idée de ce qu’il avait essayé de dire. Whuh. Whuh. Whuh… ?

—Whuh ? répéta Merry en penchant sa tête sur le côté.

—Whuh…

Oh, merde.

Une lumière aveuglante venait de perturber ses pensées. Alors même qu’il faisait sombre. En y réfléchissant, ils étaient à l’intérieur d’un bâtiment, mais il n’y avait pas la moindre lumière.

Un bâtiment.

Un bâtiment ?

—Whuh… ?

Où se situait ce bâtiment ? Dans un village ? Si oui, pourquoi étaient-ils là ? Haruhiro n’avait pas l’impression d’être pieds et mains liés. Et il semblait qu’il en soit de même pour Merry. Que s’était-il passé après que Haruhiro ait perdu connaissance ?

Merry était là. Où était Shihoru ? Yume ? Kuzaku ? Setora, Enba et Kiichi ?

—Whuh…

Ce « Whuh ». Combien de fois l’avait-il répété ?

Merry explosa légèrement de rire avant de retirer la main qu’elle avait laissée sur lui.

—Je vais te faire un résumé rapide de ce qui est arrivé.

—M-Merci. Oh, c’est vrai… Je peux me lever ? C’est bon ?

Merry se mit à rire à nouveau, puis dit :

—Je t’en prie.

En se levant, sa tête se mit un peu à tourner, mais il ne sentait rien d’autre dans son corps qui sortait de l’ordinaire. Sachant que son visage s’était fait salement amocher, eh bien, c’était une preuve d’amélioration.

Non, plus que ça, d’après le comportement de Merry, il pouvait deviner que tous ses camarades allaient bien. Merry expliqua toute la série d’événements impliquant cet homme qui se faisait appeler Jessie. Il aurait retenu Haruhiro captif, forcé ses camarades à se soumettre avant de les amener à Jessie Land.

Ensuite, alors même qu’ils s’étaient attendus à tous se faire enfermer, il se passa autre chose. On avait ordonné à Merry de rester avec Haruhiro, tandis que le reste de leurs camarades avaient eu pour ordre d’effectuer diverses tâches un peu partout dans cet endroit.

Shihoru était partie avec Jessie pour visiter les lieux. Setora, Enba et Kiichi étaient vraisemblablement confinés dans une sorte de prison. On avait aussi assigné des tâches à Yume et Kuzaku. Shihoru était forcée d’accompagner Jessie, et elle lui posait des questions sur Jessie Land en général.

—Tu veux dire qu’il est en train de dire à Shihoru ce qu’il se passe ici ? demanda Haruhiro.

—Oui. D’après elle, il ne ment pas. Même s’il pourrait nous cacher quelque chose.

—On ne sait jamais… murmura-t-il.

—Pour commencer, cet homme s’est pris une Attaque Sournoise dévastatrice, mais il n’a même pas eu de séquelles.

—Il ne ressemble à rien d’autre qu’à un homme, mais il n’en est pas un, dit Haruhiro. Les gumows, c’est ça ? Les enfants que les orcs ont eu de force avec les humains ?

—Je n’ai pas entendu tous les détails, dit Merry. Mais, grossièrement, durant la guerre où l’Alliance des Rois a vaincu l’humanité, les orcs…

—Erm, ouais… Je, uh, suis triste pour ces gens, en quelque sorte. Oh, on peut dire que ce ne sont pas des personnes. Non, mais ils ont du sang humain, alors… Ouais, en les comparant un orc pure sang, ils sont plus proches de nous.

—Ceux qui gardent ce bâtiment sont les gumows avec les manteaux verts, dit Merry. C’est un village de gumow en même temps, il fallait s’y attendre. Ils sont plutôt gentils. Oh, c’est vrai.

Merry se leva du lit. Elle se dirigea vers une sorte de table qui était collée contre le mur. Merry revint en portant quelque chose pris de là-bas.

—De la nourriture et de l’eau. Les gumows nous ont aussi apporté ça. J’ai essayé d’en manger un peu. Je ne pense qu’ils y aient mis quelque chose de louche.

—Oh…

L’estomac de Haruhiro se mit immédiatement à gronder et sa bouche à saliver.

—Attends. Merry s’assit à nouveau sur le bord du lit. La nourriture est emballée. Je vais te l’ouvrir. Bois ça d’abord.

Haruhiro porta la poche en cuir remplie d’eau jusqu’à sa bouche et la versa dans sa bouche. C’était tiède, et légèrement acide. Mais pas une acidité déplaisante, pas comme si le liquide avait pourri. C’était facile à boire. Il ne se gêna pas pour tout boire.

Merry dit, « Tiens, » et lui offrit quelque chose de plat. De toute évidence, il était censé le prendre dans ses mains, mais poussé par l’appétit qui le rongeait, Haruhiro tendit son cou et mordit dans la chose que Merry tenait.

Cela avait dû la surprendre parce que celle-ci laissa échapper un petit cri.

—Eek !

Avant qu’il n’ait pu s’excuser, il y eut comme un choc électrique qui lui traversa le cerveau.

—Ça alors, c’est bon ! s’exclama-t-il.

—T-Tu trouves aussi ? Ce truc est délicieux.

—J’ai l’impression de revivre.

—Tu étais encore en vie pendant tout ce temps.

—Oui, enfin, mais, tu vois…

—Il en reste encore.

—Oh, avec plaisir.

—Tiens.

Il ouvrit la bouche, et le reste de cette raviole toute plate s’engouffra dans sa bouche. Il hésita un court instant, mais il ne savait pas quand il aurait l’occasion de manger à nouveau, et il voulait la manger, alors Haruhiro mâcha et avala.

C’était vraiment délicieux. Et il avait le sentiment que la faim ne jouait pas un rôle dans le goût que cela avait.

Tout d’abord, cette texture caoutchouteuse était agréable en bouche. Et il y avait cette saveur discrète et savoureuse. Excellent.

Et aussi, il y avait quelque chose à l’intérieur. Cette viande sèche avec des légumes savoureux, le tout combiné révélant une saveur sucré-salé. C’était ce genre de garniture. C’était délicieux. Ça avait le goût de la civilisation. Après tout, cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas mangé quelque chose de décent. Mais même sans ça, c’était sûrement délicieux. Un goût dont il ne se lasserait jamais.

En allant même plus loin, ce goût lui laissait un sentiment de nostalgie. Comme de la nourriture pour l’âme. L’âme de quoi ? Il ne le savait pas, mais c’était incroyable.

—Tu en veux plus ? demanda Merry.

Il ne pouvait en aucun cas refuser. Même si ça n’avait pas été Merry qui lui proposait, il en aurait voulu un deuxième. Avec grand plaisir. Deux, trois, il prendrait tout ce qu’elle avait.

—S’il te plaît.

—Dis ah.

—D’accord. ah…

—Hm ?

La bouche grande ouverte, Haruhiro observa les yeux de Merry. Leurs regards se croisèrent.

—Ah… ! Merry détourna le regard. J-Je suis désolée. Je me faisais un peu emporter par l’ambiance. I-Il n’y avait pas… de signification profonde derrière…

—B-Bien sûr. Haruhiro abaissa son regard, se massant l’épaule plus que nécessaire. J-Je le sais.

—Tiens mange, dit-elle en fouillant derrière elle.

Il mordit non sans hésitation dans cette sorte de raviole plate qu’elle lui présenta. Tellement bon. Il pouvait le sentir pénétrer dans son corps. Le goût était réconfortant. Il irait avec tout et n’importe quoi. Il avait le sentiment que si ces gens mangeaient ces choses tous les jours, il pourrait bien s’entendre avec eux, même s’ils étaient d’une autre race.

Naturellement, ce n’était qu’une impression. Il n’allait bien évidemment pas prendre sa décision en fonction du goût de cette chose. Mais il était tout de même dur d’entamer le débat en ayant une mauvaise impression. Il venait déjà d’en manger un deuxième après tout.

—On va s’arrêter là… d’accord ? dit-il —— Si je commence à manger autant que je veux, mon corps va se faire de fausses idées.

Merry rigola.

—Je te retrouve bien là, Haru.

—Hein, vraiment ? Comment ça ?

—Cette façon que tu as à essayer de calmement te contrôler. Je me dis toujours à quel point je devrais prendre exemple sur toi.

—Il n’y a rien d’extraordinaire… tu sais ? Non, vraiment rien.

—Cette humilité que tu as aussi.

—Hmm… Haruhiro se gratta sur tout le corps.

Il n’était pas le meilleur quand il s’agissait de recevoir des compliments. Ce n’était pas que cela le déplaisait, mais juste que cela le rendait mal à l’aise, et qu’il ne voulait pas que tout ça lui monte à la tête.

Parce que, c’est évident, pas vrai ? Je serais au-dessus des nuages si Merry me complimentait autant. C’est pour ça que je veux qu’elle arrête. Je veux pas être trop heureux. Quand tout va bien, ça m’inquiète. Il y a des bons moments, et des mauvais. Pour chaque montée, il y a une descente derrière. La vie est faite de hauts de bas comme on dit.

—Merry, dit-il.

—Oui ?

—J’ai l’impression que…

La fenêtre de ce bâtiment se trouvait assez haut, ses volets en bois étaient ouverts, et des perches en bois les tenaient. Il n’y avait pas de bruit dehors.

Jusqu’à ce que ce ne soit plus le cas.

To, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to…

Voilà le bruit qu’ils entendirent.

J’y crois pas, pensa-t-il. Au fond de lui, il ne voulait pas y croire, mais le corps de Haruhiro réagit rapidement.

Il sauta littéralement pour se remettre debout sur son lit, et il essaya de regarder à travers la fenêtre. Pas bon, hein. Il faisait sombre, et il n’y voyait rien. Mais il pouvait tout de même entendre ce distinctif, to, to, to, to, to, to, to, to, to, qui résonnait à travers la nuit.

—Des tambours… un dos-rouge guorella.

—Impossible… Merry était sans voix.

Il pouvait comprendre. Haruhiro ressentait exactement la même chose.

Les guorellas étaient anormalement tenaces. Haruhiro avait tué le dos-rouge mâle de leur troupeau. Et pourtant, ils avaient continué à les poursuivre. Il semblerait qu’ils soient un troupeau peu commun, et ils avaient plusieurs dos-rouges. Le groupe était arrivé à s’en débarrasser plus ou moins en risquant leur vie dans une chute dangereuse depuis une falaise. C’était censé s’arrêter là.

Il n’y avait pas que les tambours. Il entendit aussi d’autres bruits. Des cris. Il ne savait pas ce qu’ils étaient en train de dire. Était-ce du gumownais ? Des lumières s’agitaient vers l’avant et vers l’arrière. Des torches, apparemment.

La porte s’ouvrit, et la chambre s’éclaircit.

—Merry ! Haruhiro-kun ?!

C’était Shihoru. Derrière Shihoru, qui avait crié leurs noms derrière la porte, se trouvait un homme blond qui portait une torche. Jessie.

—T’es réveillé, hein. Parfait. J’ai comme qui dirait besoin de votre aide, dit Jessie sans passer par quatre chemins.

Il parlait comme s’il n’était absolument pas tendu. Son visage lui aussi ne laissait rien transparaître.

Haruhiro s’arma de son poignard et de son couteau avec la garde, ainsi qu’avec son manteau et ses autres équipements qui avaient été entreposés dans un coin de la pièce, avant de quitter le bâtiment avec Merry. Il était un peu instable sur ses jambes, mais s’il continuait à bouger, il allait finir par revenir à la normale. C’était une bonne chose qu’il ait pu avaler quelque chose.

Le village était étonnamment calme. Les villageois ne paniquaient pas et ne se précipitaient pas hors de leurs maisons pour courir dans on ne sait quelle direction.

—Je leur ai ordonné de ne pas quitter leurs maisons, expliqua Jessie en marchant. On dirait qu’ils m’écoutent pour le moment. Au fait, les gumows qui portent des manteaux verts comme le mien sont différents. Je les appelle la Ranger Squad. Ce sont mes jambes et mes mains, si vous voulez vous faire une idée. Ils sont aussi bons que des soldats volontaires d’Alterna.

Le bâtiment dans lequel s’étaient trouvés Haruhiro et Merry se trouvait apparemment sur la bordure extérieure du village. Il restait peu de bâtiment autour d’eux. Cette route était déjà dans les champs. Ils virent plusieurs flammes au loin. Elles n’avaient pas l’air grandes, mais ils devaient avoir des tours de surveillance.

—Combien sont-ils ? demanda Haruhiro. Um… ces rangers, je veux dire.

—Vingt-quatre, répondit Jessie.

Jessie montrait le chemin, Haruhiro était derrière eux, et Shihoru et Merry étaient côte à côte, fermant la marche.

To, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to… To, to, to, to, to, to, to, to… To, to, to, to, to, to, to, to.

Ces tambours ne s’arrêtèrent jamais. Ils venaient de là, et de là-bas aussi.

—Des dégâts ? demanda Haruhiro.

—Non- Jessie commença à agiter sa tête. Je n’en suis pas sûr. Pas encore.

Était-ce leur faute ?

Haruhiro et les autres avaient mené les guorellas jusqu’à Jessie Land. Cela pouvait être vrai, mais Jessie aussi était responsable. Jessie aurait pu se débarrasser de Haruhiro et des autres, ou tous les tuer. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais il n’avait pas fait ça. En voici le résultat. On pouvait donc dire qu’il avait récolté ce qu’il avait semé.

Jessie s’engouffra sur un chemin serré. Une maisonnette se trouvait devant eux.

Devant cette maisonnette, quelqu’un cria, « Ahhh ! », avec une voix portante tout en agitant une torche.

—C’est Haru-kun ! Shihoruuu ! Merry-chan aussi !

—Yume ! cria Haruhiro.

En plus de Yume, il y avait un autre ranger gumow avec son manteau vert qui se trouvait près de la maisonnette.

Jessie dit, « Il s’appelle Tuoki, » avant de le présenter à Haruhiro et aux autres, ce à quoi le ranger au visage violet leur répondit d’un hochement de tête.

—Oh, bonjour… je m’appelle Haruhiro.

—Ce Tuokin est vraiment un type bien, t’sais !

Yume frappa Tuoki dans le dos ce qui lui provoqua une quinte de toux.

—Yume, tu es amie avec lui ? demanda Haruhiro, étonné.

—Peut dire ça. Yume vient tout juste de le rencontrer, t’vois ? Peut-être que Yume et Tuokin sont amis quand même. Pas vrai, Tuokin ?

—A-Ah…

—On dirait qu’il est un peu troublé par tout ça… dit Shihoru.

—Yume cria, « Meowhein » ?! Ses yeux s’écarquillant avant de se mettre à tourner sur elle-même pour pouvoir bien voir le visage de Tuokin. Tuokin, est-ce que Yume te trouble ? C’est trop tôt pour dire qu’on est copain ?

—…Wah.

—Yume… Merry agita sa tête. Il y a peu de chance qu’il te comprenne.

—Nuoh, alors c’est ça ! Yume tapa gentiment Jessie dans les côtes. Jessie, si c’est pour ça, alors traduit un peu ce que lui dit Yume !

—Ouais…Non, on n’a pas le temps pour ça… dit Jessie.

—Fwah ! Pas faux ! Haru-kun, on est vraiment dans le pèlerin là !

—Pétrin, tu veux dire. C’est pétrin, pas pèlerin…

Enfin, en fait, c’était juste Yume qui faisait du Yume, alors peut-être qu’il n’avait pas besoin de la reprendre. Il n’avait vraiment pas le temps de la corriger.

La maisonnette semblait être une cabane à outils où alors une aire de repos, mais une échelle était entreposée à l’extérieur de la bâtisse, et une pittoresque tour de garde avait été incorporée au toit. Jessie avait dit à Tuoki et à Haruhiro de l’accompagner et ils montèrent ensuite tous les trois en haut de la tour.

Ils étaient à l’étroit. Là-haut, seules quatre personnes pourraient tenir. C’était à peine plus haut qu’un deuxième étage classique, mais il n’y avait rien qui obstruait leur vue, ce qui leur permettait de voir au loin.

En excluant la tour dans laquelle ils se trouvaient, Haruhiro recensa un total de huit autres tours avec des feux du même genre allumés. Étaient-elles positionnées de telle sorte à ce qu’il y en ait une au nord, au sud, à l’est et à l’ouest ainsi qu’une pour le nord-est, le sud-ouest, le nord-ouest et le sud-ouest ?

—Le nord est par là, expliqua Jessie en pointant du doigt une tour.

Comme Haruhiro l’avait pensé, les tours étaient placées à chaque point cardinal et intercardinal.

To, to, to, to, to, to, to, to, to… To, to, to, to, to, to, to, to, to, to… To, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to…

En écoutant attentivement, on pouvait deviner qu’il y avait des guorellas en train de tambouriner dans trois directions différentes. Du nord, de l’ouest et du sud-ouest.

—C’est une situation sans précédent, dit Jessie en haussant les épaules. Dans un troupeau de guorella, seuls les dos-rouges tambourinent. En fait, ce n’est pas vraiment toujours le cas, mais si un mâle autre que le dos-rouge joue du tambour, c’est considéré comme une provocation en duel. Généralement, les femelles ainsi que les jeunes mâles se rangent du côté du dos rouge, et le mâle qui a lancé la provocation finit pulvérisé.

—On m’a raconté la même chose, dit Haruhiro en hochant la tête.

—C’est cette femme du village que t’a dit ça ? demanda Jessie.

—Tu parles de Setora, n’est-ce pas ? Oui, c’est elle. Nous étions en Darunggar, un monde différent de Grimgar, et-

—J’ai déjà entendu les grandes lignes de l’histoire par Shihoru. La Montagne du Dragon de feu, hein ? Ça m’a l’air intéressant. Vous avez rencontré Unjo en Darunggar de ce que j’ai pu comprendre ?

—Est-ce que… c’est quelqu’un que tu connais ?

—Non. Inconnu au bataillon. Pour ma part, évidemment.

—…Hein ?

—Jessie ! cria Tuoki. Il avait les yeux rivés sur le nord-est.

Tous se tournèrent dans cette direction, et l’un des feux des tours s’éteignit.

—Oh, nom de non. Jessie renâcla. Les tambours étaient une diversion ? Incroyable.

Il avait raison, c’était incroyable. Les guorellas avaient utilisé les tambours pour révéler leur position, comme pour dire, « on est là », et « on va vous attaquer maintenant », ils avaient discrètement fait le tour pour attaquer d’une autre direction.

—Uh, je ne suis pas sûr que ce soit vraiment le moment pour être impressionné, soumit Haruhiro.

—Bien vu. Tuoki.

Jessie donna des ordres à Tuoki. Le gumow acquiesça avant de rapidement descendre l’échelle. Il était probablement parti intercepter les guorellas arrivant du nord-est.

Les sept feux restants étaient intacts. Les tambours continuaient.

—Impossible que cela ait été leur cible principale… n’est-ce pas ? dit Haruhiro.

Jessie hocha la tête.

—Haruhiro. Si tu avais été à leur place, quel rôle aurais-tu donné à ton avant-garde ?

—Plutôt que de lancer une attaque mineure pour nous garder en alerte, j’aurais essayé d’entrer le plus loin possible. C’est ça, les jeunes… Si j’étais les guorellas, j’enverrais les jeunes mâles pleins de vigueur mener la charge, je pense.

—Je suis d’accord. On dirait qu’on va bien s’entendre.

—Ça je n’en suis pas sûr…

—Pourquoi tu ne peux pas simplement dire qu’on va bien s’entendre ?

—Pas besoin de me menacer. Je vais faire ce que je peux. On ne l’a peut-être pas fait exprès, mais c’est un peu nous qui avons mené les guorellas jusqu’ici.

—C’est un troupeau vraiment bien organisé, dit Jessie. Ils savaient que vous alliez finir par vous réfugier dans un village humain, alors ils vous ont laissés courir. Vous avez tué un dos-rouge. Ces tambours. Il y a sûrement plusieurs dos-rouges. Il doit y avoir un big boss qui doit mener les troupes.

—Où est Kuzaku ? demanda Haruhiro.

—La grande perche ? Je crois qu’il va arriver bientôt. Je leur ai dit de l’amener ici.

—Setora et Enba ?

—Personnellement, je ne fais pas confiance aux habitants du village.

—Ils peuvent nous servir, dit Haruhiro. Kiichi aussi.

—C’est le nyaa, hein ? Je vais envisager la chose.

—Les villageois qui ne sont pas des rangers… ne peuvent pas combattre ?

—Je ne leur ai jamais enseigné. Ce sont des créatures douces par nature. Les rangers sont les seuls à porter des armes. Mais ils doivent avoir un couteau ou autre chose dans chaque maison. Des outils de ferme aussi.

—Quel est cet endroit ? demanda Haruhiro.

—Jessie Land, répondit Jessie avec un sourire satisfait qui n’allait absolument pas avec la situation —— La base principale du jeu auquel je joue.

—Un jeu… ?

Un jour, Manato avait prononcé le même mot. Il avait dit que tout ça n’était qu’un jeu. Cependant, alors que le mot était le même, il avait une teinte légèrement différente en sortant de la bouche de Jessie. Non, pas légèrement, complètement différente.

—Tu as l’air détaché, d’une certaine façon, Haruhiro.

—…C’est vraiment l’image que je renvoie ?

—Oui. Peu importe quelle vie on mène, au final tout ça n’est qu’un jeu. Tu le comprends ça, n’est-ce pas ?

—Il se pourrait qu’on ne s’entende pas si bien toi et moi.

—Non, dit Jessie. Tu penses ça uniquement parce que tu ne sais rien, pas encore. Si tu apprends, tu verras exactement ce que je voulais dire.

—Quoi que je puisse apprendre, cela ne changera pas. Ce n’est pas un jeu. Nous ne sommes pas en train de nous amuser.

Haruhiro ne regardait pas Jessie. Ses émotions étaient en train de prendre le dessus. Il semblait en colère.

Cependant, même s’il défendait bec et ongles son point de vue, il ne pourrait jamais prouver qu’il avait raison, et il ne voulait pas prouver à Jessie qu’il avait tort ou le persuader.

Cela dit, alors même que cela n’avait aucun intérêt de le faire, il s’était dit qu’il devait le dire. Haruhiro prit une grande inspiration.

—Si on meurt, tout est fini, et on perd tout. On peut penser que nous sommes minuscules et inutiles par rapport à ce qui nous entoure. Ça peut nous déranger, nous blesser, et ça peut même finir par nous rendre malades. Mais même moi je pense que, de temps en temps, je suis heureux d’être en vie. Si je suis vivant, ça veut dire que je peux rire et pleurer.

—C’est pour ça que tu dis que la vie est importante ?

—Il n’est pas question qu’elle soit précieuse ou pas. Je ne connais pas la valeur de la vie. Mais dans tous les cas, tant que je pourrais encore respirer, je ne veux pas abandonner ce que j’ai. Je n’ai pas d’autre choix que de m’y accrocher. Quand j’ai commencé à penser comme ça, les choses dont je pensais pouvoir me débarrasser facilement ne l’étaient plus du tout.

—En fait, si tu te décides à te débarrasser de tout ça, tu vas découvrir que c’est étonnement facile.

—C’est vraiment ce que tu penses ? Dit Haruhiro. Enfin, je suis sûr que tu ne veux pas perdre ce village non plus.

—Si les villageois de mon Jessie land, pour lesquels j’ai durement travaillés, se faisaient anéantir par les guorellas ce soir, il se pourrait que je sois un petit peu triste, ouais.

—Nous allons tout faire pour que ça n’arrive pas. On ferait mieux de préparer tout le monde à défendre le village.

—Faisons ça. Jessie releva son sourcil gauche. On n’est pas encore au game over.

Peu de temps après, Kuzaku fut amené jusqu’à la maisonnette par une ranger femme. Le feu de la tour nord s’éteignit après son arrivée.

Cette maisonnette se trouvait à environ deux cents mètres du village. La tour nord devait être à un kilomètre.

—Haruhiro, toi vas-y. Jessie n’avait apparemment pas l’intention de bouger de cette maisonnette pour le moment.

Quand Haruhiro hocha la tête, Jessie donna un ordre à la femme ranger qui avait accompagné Kuzaku. En fait, il était en train de lui dire d’aller avec eux et de les surveiller, ou quelque chose comme ça.

Quand il descendit l’échelle, Kuzaku cria « Hé ! » et tendit son poing vers lui. Haruhiro lui frappa le poing doucement.

—C’est plus facile de t’avoir avec nous, Haruhiro, dit Kuzaku. Enfin, quand t’as pas dans le coin je me sens mal à l’aise. Ça fait du bien, mec.

—Tu me fous les jetons un peu là, dit Haruhiro.

—Hein ?! Après ce que je viens dire, c’est ça que tu réponds ?!

—Nan, je rigole. Oh, mais peut-être pas…

—Pas cool, mec. Mais je suis assez heureux, on peut dire.

—Hein ? Pourquoi ?

—Parce que, t’es un peu plus méchant avec moi qu’avant.

—Tu es complètement un M, marmonna Shihoru.

—Bien sûr que non ! réfuta immédiatement Kuzaku avant de pencher sa tête sur le côté. Ohh. Mais je suis ne suis pas un S non plus. C’est pas vraiment moi. Je suis peut-être pas complètement un M, mais si je devais choisir entre un S et un M, eh bien, peut être que je suis un peu un M… ?

—Yume est une L, hein. Ou peut-être une F ?

—F… ? Merry fronça les sourcils et semblait réfléchir sérieusement à la question.

Au sommet de la maisonnette, dans la tour, Jessie riait de bon cœur.

—Wolla ! La femme ranger frappa Kuzaku sur les fesses.

—Oh, oui, m’dame ! Kuzaku poussa Haruhiro par le dos. Haruhiro, allons-y ! Yanni-san est une bonne personne, mais elle fait flipper quand elle s’énerve !

La femme avec son visage couleur crème qui s’appelait apparemment Yanni cria, « Waouf ! » Ouais, c’était vraiment une gumow flippante.

—Ok, on y va, dit Haruhiro. Si on porte des torches, ils vont se jeter sur nous, donc je compte sur toi, Kuzaku. Passes devant. Yume, tu restes à l’arrière. Veilles sur Merry et Shihoru. Il se pourrait que ce soit un long combat, alors tiens bon, Shihoru. Je serai derrière Kuzaku.

—D’acc !

—Mrrrowr !

—Ok !

—…D’accord !

Quand ils levèrent le camp, Yanni dépassa rapidement Haruhiro pour marcher aux côtés de Kuzaku. À l’instar de Kuzaku, le tank du groupe lourdement équipé, Yanni ne portait pas de pièces d’armures ou un heaume. La ligne de front n’était-elle pas dangereuse ? Alors oui, on lui avait demandé de les surveiller, mais elle pouvait le faire en restant derrière. Mais même s’il lui disait ça, il avait la sensation qu’elle allait s’énerver contre lui. Enfin, avant même d’en arriver là, il faudrait qu’elle comprenne ce qu’il dit.

Haruhiro avait eu l’intention de couper à travers champ, mais Yanni s’était engagée sur le chemin, et si Kuzaku s’écartait ne serait-ce que de quelques mètres d’elle, elle criait « Wolla ! »

Il était difficile d’avancer dans les champs, et Yanni connaissait probablement les terrains de Jessie Land. Haruhiro décida de la laisser choisir le chemin qu’ils allaient prendre.

To, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to, to… To, to, to, to, to, to, to, to, to… To, to, to, to, to, to, to, to, to…

Les tambours provenaient de l’est, de l’ouest et du sud-est. S’il se souvenait bien, à la base, les tambours étaient venus du nord, de l’ouest et du sud-ouest.

Au bout d’un moment, ils entendirent les « Uho, uho, uho, uho, uho, uho » des guorellas. Ils avaient sûrement repéré Haruhiro et les autres.

—Stop ! Ils arrivent, Kuzaku ! S’écria Haruhiro.

—D’accord !

Yanni cria, « Seinea ! » et elle arracha la torche des mains de Kuzaku. Celui-ci dégaina immédiatement son large katana. Ces deux-là semblaient bizarrement complices.

Haruhiro se mit lui aussi en position avec son poignard. Il respira un grand coup, avant de relâcher ses épaules et ses hanches.

—Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho ! Ho !

—Droite, gauche et devant ! cria Yume en tirant une flèche sur sa droite.

Avait-elle touché ? Avait-elle raté ? Nul ne le savait vraiment. Shihoru cria, « Obscur ! » et elle invoqua l’élémentaire.

—Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger. Protection ! Après l’incantation de son sort, un hexagramme luminescent apparut sur leurs poignets gauches.

C’en est pas un, sentit Haruhiro. Ce n’était pas comme s’il avait une preuve irréfutable pour avancer cela. Mais ce n’était probablement pas un dos rouge. Ils s’étaient déjà fait attaquer bien des fois, alors il pouvait savoir. C’était un jeune mâle.

—Shihoru, à gauche ! S’exclama-t-il.

—D’accord !

—Il est là, marmonna Haruhiro.

Le premier, devant. C’était un guorella. Un jeune mâle, comme il s’y était attendu.

Quand le mâle A sauta sur lui, Kuzaku cria « Ragh ! » et il le repoussa avec son bouclier. Kuzaku ne perdrait pas dans un duel de force s’il était solidement accroché à son bouclier. Pas contre un guorella qui n’était pas un dos-rouge. Le suivant, sur la droite.

—Meow !

Yume décocha une autre flèche avant d’immédiatement se débarrasser de son arc et de dégainer son katana. Elle infligea deux coups au mâle B qui était en train de les charger avant de rapidement dessiner un cercle autour de lui.

—Chai, chai, chai !

Elle écrasa son katana contre lui.

Les coups de Yume furent déviés par sa peau carapace, donc le mâle B n’avait pas subi de dégâts. Cependant, comme elle n’avait cessé de bouger et d’attaquer, le mâle B était occupé par elle. D’un moment à l’autre, le mâle B allait reprendre le dessus, mais alors Merry serait là pour assister Yume si besoin. Non, avant qu’ils n’en arrivent là, il allait en finir.

Un mâle C était en train de fondre sur eux devant sur la gauche, écrasant des plantes ressemblant à de l’orge sur son passage. Bien que ce fût un mâle, il était plus petit qu’un dos-rouge, et plutôt que de se tenir droit, il marchait sur ses poings, donc il n’avait pas l’air si grand que ça.

Cela dit, si Haruhiro se prenait un tacle direct de sa part, il ne s’en sortirait pas indemne, et il pourrait même en mourir s’il était malchanceux. Il n’était pas aussi robuste que Kuzaku. Il n’avait aucunement l’intention de l’affronter de front.

C’est pour ça que Haruhiro courut vers la gauche. Le mâle C rugit, suivant de près Haruhiro.

—Vas-y ! Shihoru relâcha Obscur.

Shuvwooooooooooong.

Obscur s’envola avec un son éthéré, et le mâle C ne put l’esquiver. En plein dedans.

Le mâle C hurla et convulsa. Voilà ce qu’avait attendu Haruhiro. C’était ça qu’il voulait depuis le début. Haruhiro sauta sur le mâle C et il enroula son bras gauche autour de sa nuque. Les cornes poilues qui se développaient en abondance dans la zone arrière de sa tête s’enfoncèrent dans sa chair, mais il ne pouvait pas les esquiver. Il les ignora, avant d’enfoncer son poignard qu’il tenait à revers dans l’œil droit du mâle C.

Profondément. Profondément. Aussi profondément que possible.

Il le retira, changea subtilement son angle d’attaque, et il le planta à nouveau. Il le retira, et recommença. Une fois qu’il eut fait cela huit fois, le mâle C s’effondra vers l’avant et cessa de bouger.

Haruhiro s’écarta du mâle C en jetant un rapide coup d’œil vers le mâle A et B. Kuzaku était en train d’attaquer le mâle A avec son katana large, le faisant reculer, et Yanni était en train de le frapper avec la torche qu’elle tenait, donc ils n’allaient pas vraiment avoir besoin d’aide. Enfin, contre un guorella, il était tout de même difficile de porter le coup de grâce, mais ces deux-là n’allaient pas s’effondrer avant un bon moment.

Yume était un petit peu plus loin. Sautant dans tous les sens, elle se mouvait telle une bête sauvage pour essayer de tenir le mâle B loin de Shihoru et Merry.

Merry serra son bâton de combat, se demandant quelle serait la meilleure chose à faire. Devait-elle aller aider Yume, ou rester proche de Shihoru ?

Shihoru regarda en direction de Haruhiro. Ses yeux lui demandaient si elle devait envoyer Obscur une nouvelle fois.

Haruhiro secoua sa tête. Camouflage, se dit-il. Plonge.

Il s’imagina en train de plonger dans les profondeurs de la terre. Son état d’esprit était vraiment optimal.

Haruhiro abaissa sa tête et avança.

Yume bougeait à droite, à gauche et vers l’arrière comme elle faisait d’habitude.

—Geh ! Nyah ! Hnghyah ! Nyoh !

Elle agitait son katana dans toutes les directions.

Les mouvements de Yume n’avaient pas ralenti, et elle ne semblait pas fatiguée. Cependant, on aurait dit que le mâle B avait vu en elle. Plus que Yume en train de leurrer le mâle B, on aurait plus dit que le mâle B était en train de la poursuivre. Le mâle B allait finir par l’attraper d’un moment à l’autre.

Bien sûr, je ne vais pas le laisser faire- était quelque chose que Haruhiro essaya d’éviter de penser. Il devait juste continuer à faire ce qui devait être fait. Il était détaché, d’une certaine manière. Il devait y avoir une part de vérité derrière ça. C’était ce qu’il en pensait en tous cas.

Les émotions affectent beaucoup la perception et les mouvements d’une personne. Haruhiro ne le savait que trop bien. Ses émotions pouvaient dans de rares cas se révélaient être une source de puissance exponentielle, mais la plupart du temps, c’était l’inverse. Ses sentiments fragiles agiraient négativement sur lui, le faisant faire des erreurs et des bourdes.

—Oooh ! cria Yume.

Le mâle B écarta le katana de Yume avec son bras. Le katana faillit s’envoler, mais Yume essaya de garder les pieds sur terre. À cause de ça, elle s’arrêta de bouger. Pendant un instant, Yume paniqua. Le mâle B ne perdit par la moindre seconde, il se rapprocha de Yume et il enroula ses deux bras autour d’elle.

Haruhiro se jeta sur son dos et enroula son bras gauche autours de sa nuque. Les cornes poilues le plantèrent. La douleur était plus que négligeable.

Oh, je suis en train de me faire planter, fut sa seule réaction. Il pourrait se plaindre de la douleur plus tard.

Il enfonça son poignard dans son œil droit. La même méthode qu’avant. Dedans et dehors. Dedans et dehors. Dedans et dehors. Dedans et dehors. Dedans et dehors.

—Mrrowr… !

Yume repoussa la mâle B avec ses deux jambes. Celui-ci allait rouler sur le sol, et Haruhiro allait finir en dessous de lui.

Il sauta avant pour éviter cela en levant ses épaules, en respirant un grand coup et en se relâchant tandis qu’il se retirait. Au même moment, il pencha sa tête sur le côté.

Ses yeux devaient avoir l’air effroyablement endormis à l’instant. Il n’était pourtant pas particulièrement fatigué.

—H-Haru-kun, merci !

—Nan… dit Haruhiro en lui faisant un vague signe de main, mais ensuite les yeux de Yume s’écarquillèrent.

—T-Tu saignes ! Y’en a partout sur toi !

—Je vais bien.

Il avait prévu que les cornes poilues allaient s’enfoncer dans son corps, et il n’y avait aucune blessure spécialement inquiétante. C’était tout de même douloureux. La douleur commença à se répandre progressivement dans sa poitrine et ses bras, mais cela n’allait pas affecter son efficacité au combat, et il se dit qu’il pouvait la tolérer. Il devait juste se faire soigner par Merry plus tard.

—Yume, retourne auprès de Merry et Shihoru. D’autres ennemis pourraient arriver.

—D-D’accord ! Et toi, Haru-kun ?

—On dirait que je suis plus rapide pour tuer les guorellas.

Inspire, expire.

Plonge. Camouflage.

Est-ce qu’il avait trouvait l’astuce, ou quelque chose comme ça ? Il était capable de rentrer dedans plus facilement qu’avant.

S’améliorer était une chose bien étrange, différente de monter une pente par exemple. Plutôt que de petits gains incrémentaux, il semblerait que cela se présentait sous la forme de niveaux. Il pouvait travailler jour après jour, essayant plusieurs variations, mais cela ne changerait pas grand-chose à son état. Et puis, après avoir fait ça pendant une certaine durée, au bout d’un moment, il allait monter d’un cran rapidement. Il allait pouvoir soudainement faire la chose qu’il ne pouvait pas faire et que cela le frustrait de ne pas pouvoir le faire depuis tout ce temps.

Avait-il franchi un cap ? Même si c’était le cas, il ne pouvait pas laisser cette pensée lui monter à la tête, et il devait rester prudent.

Kuzaku utilisa Blocage sur l’attaque du mâle A, utilisant parfois Riposte et Force pour contre-attaquer. Yanni utilisait Kuzaku comme d’un bouclier de viande tandis qu’elle se concentrait à gêner le mâle A.

Ils ne ressemblaient pas à un groupe formé hâtivement dans la panique. Plus Haruhiro les observait, plus il se disait que ces deux-là faisaient la paire. Mais ils leur manquaient la capacité à infliger le coup fatal.

Connaissant la force de Kuzaku, il ne lui serait pas entièrement impossible de passer à travers la peau carapace du guorella avec son katana, mais il devrait alors prendre beaucoup d’élan pour pouvoir accomplir cet exploit, ou lancer une attaque de toutes ses forces. Pour que cette action fasse mouche, il allait devoir avant ça l’empêcher de bouger. Si cela était trop difficile, il allait au moins avoir besoin de le déséquilibrer.

Le style de combat de Kuzaku était du genre fiable. Il attirait à lui autant d’ennemis que possible, il déviait toutes leurs attaques, et il protégeait ses camarades. Il mettait vraiment du sien dans son rôle de tank.

Ce n’était pas, en soi, une mauvaise chose, bien sûr. À dire vrai, c’était même digne de louanges. Il avait fait beaucoup pour en arriver là.

J’aimerais lui offrir des compliments inconditionnels, mais… pensa Haruhiro. En vrai, ce n’est pas suffisant.

S’il osait le dire à haute voix, il dirait que Moguzo avait rempli son rôle de tank tout en ayant la possibilité de renverser le cours du combat. Moguzo avait été un guerrier, et Kuzaku était un paladin défensif.

Et pourtant, en dépit de ces différences, Kuzaku avait une taille, de longs bras et une force peu commune qui détrônaient Moguzo. Il aurait dû être capable de faire plus. Bien que sa défense fût pratiquement impénétrable désormais, cela aurait dû donner du goût à ses attaques. Connaissant sa personnalité, Kuzaku avait dû vouloir contribuer davantage au groupe. En plus de cette volonté, Kuzaku avait les capacités.

Kuzaku était concentré sur une seule et unique chose au point d’en oublier le reste. C’était une force. Cependant, une fois qu’il s’était tracé un chemin, il avait foncé tête baissée tel un sanglier enragé, ne prêtant pas attention à ce qui l’entourait.

Haruhiro était le leader, alors il devait le prendre par les reines, montrant dans quelle direction Kuzaku devait aller. Si Kuzaku commençait à stagner, c’était la faute de Haruhiro. Peut-être cela était-ce arrogant à penser, mais n’était-ce pas le devoir de Haruhiro de faire de Kuzaku un paladin qui serait plus qu’un tank ? Mais même s’il faisait ça, ce ne serait pas bon pour Kuzaku de lui faire faire trop de choses, et tout se passait bien en ce moment de toute façon.

Je vais en finir.

Haruhiro n’était pas surenthousiaste. Il avait le sentiment que c’était naturel et une évidence qu’il devait le faire.

Haruhiro se déplaça dans le champ pour contourner le mâle A. Ce n’était pas juste le mâle A ; tout le monde, ses camarades compris, avaient arrêté de faire attention à Haruhiro. C’était pour ça que le mâle A ne s’était pas retourné…

Weruu, ruu, ruuuuu, ruu, ruu, weruuuu !

Un bruit qu’ils n’avaient encore jamais entendu. L’émetteur n’était pas si loin. Ce bruit ne provenait pas de quelque chose à quelques dizaines de mètres ; la source devait être à au moins cent mètres, ou quelque part dans ces eaux là. En se basant sur le timing, à l’instant où le mâle A l’entendit, il fit un demi-tour abrupt – et ses yeux croisèrent ceux de Haruhiro.

Haruhiro ne put s’empêcher de ressentir de la frustration. Jamais il n’aurait pu anticiper cela.

Mais, bref, la vie dans toute sa splendeur. Des choses comme ça arrivent. S’il évitait de se faire tuer en un coup, il n’était pas seul, il avait des camarades, ils allaient s’en sortir.

Haruhiro abaissa sa posture et se prépara.

Très bien, amène-toi, pensa-t-il.

Cependant, le mâle A ne se dirigea pas vers Haruhiro. Il passa à côté de Haruhiro, avec un peu de distance quand même, il fonça à toute allure, les poings au sol, vers un endroit qui était assez éloigné.

Dans ce cas, on peut dire qu’il ne marche pas sur les poings, mais il court, hein ? Bon, pas la peine de s’embêter à distinguer ce genre de truc, pensa Haruhiro malgré lui.

Il n’avait même pas été considéré comme une menace. Le mâle A avait battu en retraite sans même accorder un regard à Haruhiro. Ce bruit avait dû être émis par un guorella, un signal de retraite.

—Il… s’est enfui ? dit Kuzaku, ses épaules se soulevant avec chacune de ses respirations.

Vous croyez que c’est ça ?

Yanni se déplaça prudemment en tenant sa torche en l’air, regardant autour d’elle sans relâche.

Weruuu, ruu, ruuu, ruu, ruu, weruuuuuu !

Encore cette voix.

Haruhiro réfléchit quelques instants, puis il se fit soigner par Merry avant de décider de partir pour la tour du nord. Bien entendu, il n’allait pas baisser sa garde, mais ils n’allaient très certainement pas rencontrer d’ennemis.

Ce n’était pas une forme de complaisance de sa part. C’était juste un fait. Les guorellas avaient battu en retraie. Ils n’allaient pas lancer d’autres assauts immédiatement.

Bien qu’il eût appelé ça une tour, elle n’était même pas assez haute pour que l’on ne puisse pas sauter de son sommet, et elle n’avait pas de toit, ce qui faisait d’elle une simple plateforme. La tour la plus au nord s’était effondrée, et les poteaux et la nacelle qui maintenaient le feu de signal en place avaient été détruits eux aussi, ne laissant que des débris éparpillés sur le sol environnant.

Le corps inerte d’un ranger était étalé face contre terre sur le matelas de branches fumantes qui n’avaient pas été totalement éteintes. Merry se précipita vers lui, elle essaya de le relever, mais elle s’arrêta à mi-chemin avant de relâcher ses épaules.

Yanni retourna le ranger. Celui-ci n’avait pas de visage. Il s’était fait attaquer par surprise par les guorellas, et il s’était fait dévorer le visage. Évidemment, il était mort.

Ils entendirent le même, Weruu, ruu, ruuu ! Cinq fois avant que le cri ne s’arrête. Ils commencèrent à entendre les tambours de tous les côtés.

Allaient-ils retourner auprès de Jessie, ou rester ici ? La décision était difficile, mais Yanni ne s’écartait pas du corps du ranger ? Haruhiro se sentirait mal en la laissant ici seule, et s’il voulait qu’ils reviennent, Jessie enverrait sûrement un messager.

Lui et les autres décidèrent de rester à l’endroit où se trouver les restes de la tour nord et d’attendre de voir ce qu’allait faire l’ennemi. Mais Haruhiro était persuadé qu’ils n’allaient pas bouger.

Il ne pensa en aucun cas que c’était la fin, mais ils allaient sûrement les intimider toute la nuit avec les tambours, et ils n’attaqueraient pas. Il ne savait pas pourquoi, mais Haruhiro en était presque certain.

Comme il l’eut prédit, les tambours cessèrent quand le ciel commença à s’éclaircir, et donc finalement, les guorellas n’avaient lancé qu’un seul assaut cette nuit-là.

Peu de temps après le lever du soleil, Jessie vint à eux par lui-même. En se caressant la barbe, il demanda à Haruhiro :

—Qu’en penses-tu ?

—Ils vont revenir, je suppose.

Cela aurait été bien que ce ne soit pas le cas, mais il se devait de donner cette réponse. Il n’avait cependant aucune preuve, donc il ne savait pas s’il devait l’affirmer. C’était son intuition, on pourrait dire. Cependant, dans sa tête, Haruhiro s’imaginait un guorella unique avec trois ou quatre dos-rouges sous ses ordres, dirigeant en tout un grand troupeau d’une cinquantaine de membres.

Une dos-rouge parmi les dos-rouges. Il se présentait sous la forme d’un guorella massif, et il était fort, mais pire que ça, il était vif d’esprit et stratégiste. Il était en train de s’amuser dans sa chasse. Il avait suivi Haruhiro et le groupe tandis qu’ils faisaient de leur mieux pour s’échapper, et qu’elle fut sa joie quand il découvrit un nouveau terrain chasse qu’était Jessie Land. Il avait décidé de faire se reposer ses sous-fifres, comme s’ils étaient en train de faire monter le suspens.

Tout ceci pourrait n’être que l’imagination de Haruhiro, mais c’était une bonne chose. S’ils voyaient que l’ennemi était plus effrayant et plus nombreux que ce à quoi ils s’attendaient, les guorellas allaient s’enfuir. Haruhiro était pratiquement en train de prier pour que ce soit le cas.

—Denko, dit Jessie en observant les restes du ranger. Avec lui, on a perdu trois rangers. Ce qui nous laisse vingt-deux rangers, moi, et vous.

—Tu n’as pas l’intention de libérer Setora ? dit Haruhiro —— Elle serait un atout en combat.

—Je ne vois pas comment quelqu’un du village pourrait se battre pour Jessie Land.

—Ça ne s’applique pas qu’à Setora. Nous aussi.

—Pourquoi ne vous êtes-vous pas enfuis ? Si vous aviez tué ou assommé Yanni, vous auriez pu le faire.

—Honnêtement, ça ne m’a même pas traversé l’esprit, mais ça voudrait dire qu’on aurait dû abandonner Setora derrière, pas vrai ? Je suis pas sûr que j’aurais pu faire ça. Et puis, notre Kuzaku semblait bien s’entendre avec Yanni-san.

—Uh, écoutez, interrompit Kuzaku. Je vais mettre les choses au clair, moi et Yanni-san ne sommes pas dans ce genre de relation.

—…J’ai jamais dit que c’était le cas, mec.

—Je veux dire, on dirait pas comme ça, mais Yanni-san peut être mignonne, vous savez ? C’est peut-être méchant de dire que ça ne se voit pas.

Yanni semblait avoir suivi la conversation. « Ahh ?! » Elle donna un coup de pied dans les hanches de Kuzaku.

—Yowch ! Hé, pas de violence, Yanni-san ! C’est pas mignon !

Shihoru afficha un sourire ironique.

—Vous semblez bien proches tous les deux.

—En résumé, ça veut dire qu’il est bon pour la communication, pas comme moi… marmonna Merry.

—Yume est amie avec Tuokin aussi. Yume gonfla l’une de ses joues. Jessie, Tuokin s’est pas fait mal, si ? Il va bien ?

—Tuoki n’est pas blessé, dit Jessie en hochant les épaules. C’est le leader des rangers. Il est peut-être petit, mais il est intelligent.

—Fwoo, dit Yume, en ayant l’air impressionné. Yume savait que Tuokin était fort. Il peut faire les choses bien quand il veut.

—En fait, la ranger en laquelle j’ai le plus confiance après Tuoki est Yanni, continua Jessie.

—Elle est forte, après tout, dit Kuzaku.

—Nara ! cria immédiatement Yanni avant de lui lancer un coup de pied dans les fesses.

Kuzaku portait une armure, mais il avait l’air d’avoir dégusté.

—Oh, et aussi, il faudrait que les habitants… commença à dire Haruhiro, avant de regarder vers le sud. Ce n’était pas qu’il avait entendu quelque chose… pensa-t-il. Cependant, il pouvait dire que quelque chose n’allait pas.

—C’était imprudent de ma part. Jessie se retourna et commença à partir. Yanni ! Afta ewa !

Yanni regarda le corps de Denko, montrant un soupçon d’hésitation. Cela dit, elle répondit immédiatement, « Yai ! » et elle se mit à courir.

—Haruhiro-kun ?! cria Shihoru.

Haruhiro s’exclama, « Allons-y ! », et il suivit Jessie et Yanni.

Jessie semblait calme, mais Yanni était paniquée. Elle essayait occasionnellement d’accélérer sa marche, seulement pour se faire gronder par Jessie.

—Yanni-san… Kuzaku semblait effroyablement inquiet pour Yanni. Hé, Haruhiro, tu crois pas que… ?

Avant que Haruhiro ne puisse répondre, Probablement, Yume dit, « Gworellons ?! » Quelque chose qui pourrait sembler n’avoir aucun sens, mais il avait le sentiment que ce n’était pas le cas.

—Yume entend plus leurs voix, alors elle se sentait toute détendue !

—…C’était peut-être un piège, dit Shihoru.

Elle avait probablement raison.

—Setora ! s’exclama Merry.

Ce n’était pas que Haruhiro n’avait pas pensé à Setora et son groupe. Mais c’était quelque peu surprenant. Il n’y avait pas que Merry ; aucune des relations qu’elle entretenait avec ses camarades ne pouvait être qualifiée de bonne.

—Haru ! Si Setora est en prison, elle peut pas s’enfuir ! On doit se dépêcher d’aller la sauver !

—Uh, ouais.

—Je suis certaine que Setora attend ton retour !

—T-Tu as sûrement raison…

Qu’est-ce que c’était ? Haruhiro appuya sa main contre sa poitrine. Cette sensation désagréable. Merry ne disait rien de mal. Et pourtant – Est-ce qu’il était énervé ? Mais pourquoi Haruhiro serait-il en colère ? Non, il avait le sentiment que ce n’était pas exactement ça. Cela dit, si vous lui demandiez quel était ce sentiment, il ne pourrait pas vous répondre.

Kuzaku leva la voix, on ne sait pourquoi.

—Est-ce qu’elle est si importante que ça ?!

—Bien sûr qu’elle est importante ! Contra immédiatement Merry.

—D’accord, dire qu’on s’en fiche d’elle c’est peut-être aller loin, mais quand même ! Est-ce que c’est vraiment elle la priorité numéro une ? Je veux dire, elle n’est même pas l’une des nôtres, tu sais ?!

—Elle nous a sauvés la vie plus de fois qu’on peut le compter ! Et puis, Setora est amoureuse de Haruhiro ! rétorqua Merry.

—C’est son problème, non ?! Haruhiro est juste forcé de jouer le petit copain pour elle, ou son amoureux, ou peu importe ce que c’est, parce qu’il n’a pas d’autres choix ! Et on s’en fiche que ce soit l’un ou l’autre d’ailleurs !

—Donc, tu proposes de l’abandonner, comme ça ?!

—C’est pas ce que je dis ! Juste que…

—Juste quoi ?!

—Oh, très bien, peu importe ! J’ai pas envie de m’embrouiller avec toi ! En fait, je vois même pas pourquoi tu la défends !

—Moi non plus !

Si cette joute verbale avait continué encore, Haruhiro aurait fini par s’interposer. Ou peut-être pas. Peut-être n’aurait-il pu rien dire, après tout. Il se demanda ce qu’il aurait fait. Il ne le savait pas.

Quoi qu’il en soit, c’était une bonne chose que ce soit fini. Cela lui avait donné des maux de ventre. Pourquoi Kuzaku et Merry se disputaient au sujet de Setora ? Il pouvait comprendre la position de Kuzaku, mais bien qu’il ne fût pas lui, la raison pour laquelle Merry défendait Setora lui était incompréhensible.

Peut-être que Merry pense que je devrais vraiment avoir une relation avec Setora ? Même si j’ai pas besoin qu’elle décide ça pour moi…

Enfin, j’ai jamais eu l’intention d’abandonner Setora.

Il entendit ce qu’il croyait être des hurlements. La source devait se trouver à un bon trois cents mètres du village. Que se passait-il là-bas ? Est-ce qu’il s’y passait quelque chose ? Il ne pouvait pas encore le voir, mais ça ne sentait pas. Pas bon du tout.

Haruhiro réalisa soudainement que quelque chose n’allait pas. Ou plutôt, il réalisa enfin que quelque chose n’allait pas chez lui. Quand il s’était réveillé, seul avec Merry, il avait eu l’impression d’être sur un petit nuage. À l’apparition des guorellas, il aurait pu être bien plus tendu.

Il avait gardé son calme. Trop calme, peut-être. Il n’était pas du genre à être captivé par quelque chose de base, mais il sentit qu’il se pourrait qu’il y ait eu une petite, aussi minuscule soit-elle, distorsion entre lui et la réalité.

Les gumows n’étaient pas si différents des humains. Même s’il pensait cela, Haruhiro avait probablement seulement vu les restes du ranger qui était mort à la tour nord comme un objet. Avait-il ressenti de l’empathie à l’égard de Yanni, qui avait perdu l’un des siens ? Pratiquement pas. Non, pas du tout. Il avait l’impression que ce n’était pas réel. Comme s’il était dans un jeu.

Alors que ce n’est pas un jeu.

Au loin, Haruhiro aperçut un guorella charger à travers une porte et entrer dans une maison. Ce grand guorella qui marchait sur ses mains de maison en maison était sûrement un dos-rouge. Combien de guorella avaient pénétré dans le village ?

—Haruhiro ! Jessie lui jeta quelque chose. Sors cette Shuro de là !

La clé de la prison. C’était la clé de la prison.

—Ça marche, dit Haruhiro en l’attrapant. Où est-elle ?!

—Shihoru devrait le savoir ! Yanni, wolla !

—Yai !

Jessie prit Yanni avec lui, et on aurait dit qu’il allait opérait séparément de Haruhiro et des autres à partir de maintenant.

—Je passe devant ! Shihoru essaya de s’avancer.

—Non ! Haruhiro l’arrêta. Kuzaku, tu passes devant ! Shihoru, reste derrière moi et dis-moi où aller !

—D’acc ! S’exclama Kuzaku.

—…D’accord !

—Yume, surveille nos alentours ! Merry, couvre Shihoru et Yume !

—Meow !

—Très bien, compte sur moi ! Dit Merry.

—Haruhiro-kun, par-là ! Shihoru désigna devant elle sur la droite.

Haruhiro hésita. Ils allaient bientôt entrer dans le village. Des hurlements et des cris de gumows se faisaient entendre, mêlaient aux rugissements des guorellas.

Plusieurs cadavres de gumows étaient étendus sur le toute. Tous étaient couverts de sang. Leurs bras et leurs jambes étaient en piteux états, et leurs visages avaient été dévorés. Il y avait même des gumows dont la tête avait été écrasée.

La plupart d’entre eux ne bougeaient pas. Ils ne respiraient pas non plus sûrement. Il n’y avait pas que des adultes ; il y avait aussi des enfants. Pourquoi n’étaient-ils pas dans leurs maisons ? Ce n’était pas bon. Avaient-ils pensé que la crise serait terminée une fois que le soleil serait levé ? Jessie n’avait pas dû encore leur dire qu’ils pouvaient sortir.

Non – Alors même qu’il pensait cela, plusieurs gumows s’enfuirent à toute jambe d’une des maisons. Et ensuite un guorella les suivit. Le guorella était entré dans cette maison, donc ils n’avaient eu d’autres choix que de s’enfuir. C’était ça ? Mais même s’ils couraient…

Ohh. C’était terrible.

Le plus petit des gumows, qui devait probablement être équivalent à un enfant humain de cinq ou six ans, se fit attraper par le guorella. C’était un jeune mâle. Celui-ci poussa l’enfant gumow au sol, avant de lui arracher la tête avec sa gueule. Il l’écrasa avec ses dents, sans le manger, juste en crachant les restes du pauvre enfant. Ensuite, il déchira l’un de ses bras, et il le dévora.

La mère gumow laissa échapper un hurlement et elle essaya de charger le guorella, mais le père guorella l’attrapa et la tira en arrière vers lui.

Qu’allait-il advenir de cette famille ? Il ne le savait pas.

Haruhiro et les autres devaient contourner le village par la droite et trouver la prison dans laquelle Setora était retenue captive. Ils ne pouvaient pas sauver cette famille, et ils n’avaient pas le temps de les observer rendre leur dernier souffle. Haruhiro ne savait pas vraiment s’il se sentait triste ou non pour eux.

À l’instant même où il pensa cela, il pensa aussi qu’il avait tort. Il ressentit de la pitié pour eux. Mais que pouvait-il faire ? Il n’y avait rien à faire.

—Par ici ! Point Shihoru.

La porte du bâtiment qu’était en train de désigner Shihoru était brisée, et il y avait même deux guorellas sur le toit. Ils étaient petits, clairement différents des mâles. Ces deux-là étaient des femelles.

Kuzaku était intimidé, la voix tremblante.

—C-C’est vraiment pas drôle !

—Attire-les vers toi ! Haruhiro tapa Kuzaku sur le bras —— Je vais aller voir à l’intérieur !

—T’es complètement dingue, Haruhiro ! C’est impossible qu’elle aille bien !

—On s’en fout, fais ce que je te dis ! On ne peut pas savoir avant de la voir ! Haruhiro prit une grande inspiration et se relaxa. Tout le monde, il faut aider Kuzaku ! Pour l’instant, il n’y a que moi qui ait besoin d’entrer ! Si j’ai besoin de vous, je hurlerai !

—Non, même si tu hurles… ! Kuzaku frappa son bouclier avec son katana qu’il tenait dans son autre main. Putain de merde ! Hé, venez dire bonjour, les femelles guorellas ! Je vais vous défoncer ! Enfin, pas comme vous le pensez ! Je dis ça comme ça !

On aurait dit que Kuzaku avait tapé dans l’oeil des deux femelles guorellas. Prenant avantage de cette ouverture–

Plonge. Camouflage.

Il n’y avait apparemment pas de fenêtres à ce bâtiment. Il allait devoir entrer par la porte. Yume décocha une flèche en direction des femelles, et Shihoru lança Obscur.

Haruhiro se faufila dans le bâtiment par la porte. Il y avait trois pièces éparpillées séparées par des barreaux à droite et à gauche d’un couloir. Celui qui était en train de bousculer frénétiquement la première porte sur la droite était Enba. Le nyaa était en train de hurler des miaulements d’une voix suraiguë.

—Gooooohhhh ! Gaaaaahhh ! Oooohhh !

Un guorella était en train de pousser de puissants hululements alors qu’il secouait violemment les barreaux de la pièce la plus au fond sur la droite. C’est là que devait se trouver Setora.

Les barreaux semblaient faits d’un ensemble de métal et de bois, mais on aurait dit que le guorella allait les fracasser à tout moment. Malheureusement, ses poils étaient rouges. C’était un dos-rouge.

N’hésite pas.

Haruhiro dégaina son poignard et le tint à revers. Le dos-rouge ne l’avait pas repéré. Il allait le faire comme ça. Quand il essaya d’avancer, le dos-rouge se tourna dans sa direction, ses mains toujours sur les barreaux.

Haruhiro avala sa salive. Son corps se rigidifia entièrement. Son cœur s’accéléra et il en ressentit chaque palpitation.

C’était bizarre, mais le dos-rouge plissa ses yeux et afficha ses dents aiguisées comme des couteaux… et il sourit. C’était ce qu’on aurait dit. Maintenant qu’il avait été vu, il ne pouvait plus l’abattre. Aucune chance qu’il y arrive. Haruhiro le savait. S’il ne courait pas, il allait se faire tuer.

À cet instant, aucune de ses pensées ne fut dirigée vers Setora. Et finalement, c’était peut-être pour le mieux.

Haruhiro fit un demi-tout immédiat. C’est à ce moment précis que le dos rouge s’arrêta de courir, ou alors peut être que Haruhiro était un petit peu plus rapide.

Au moment où il passa la porte, Haruhiro sauta sur sa droite. Il sentit comme une explosion juste derrière lui. Le dos-rouge venait d’apparaître, apparemment.

—Gah ?! cria Kuzaku.

Kuzaku s’était-il fait écarter par le dos-rouge ?

Haruhiro roula, se releva et regarda en direction du toit. Les femelles guorellas n’étaient toujours pas descendues. Yume n’était pas très loin de lui.

—Yume, prends la clé ! Va chercher Setora ! hurla Haruhiro.

—Meowger ! Yume attrapa la clé que lui avait lancée Haruhiro, et elle se dirigea vers l’entrée du bâtiment.

—Whoa…

C’était Kuzaku. Quoi ? Le dos-rouge.

Le dos-rouge était en train de s’amuser avec Kuzaku. Par la jambe. Il avait attrapé Kuzaku par la jambe, et il était en train de le faire tourner en cercle dans les airs comme un jouet.

—Kuza – !

Zaaaaaaaaaaaahhhh ! Le dos-rouge jeta Kuzaku.

Hé. Sérieux.

Comment tu peux faire ça ?

Kuzaku était en train de voler. Il dessina une belle parabole, avant d’entrer en collision avec une maison à non pas dix, mais vingt mètres plus loin.

—Merry ! cria Haruhiro avant de commencer à charger le dos-rouge.

Et après quoi ? Se demanda-t-il. Qu’est-ce que je vais faire ? Est-ce que c’est un ennemi que je peux affronter de front ?

Inspire. Expire.

Bien. Maintenant, détends-toi.

Relâche tes genoux. Tes épaules. Tes poignets et tes chevilles. Détends toutes tes articulations. Penche-toi légèrement en avant. Ça c’est bien.

Il se lécha les lèvres.

Merry était en train de courir vers Kuzaku.

Shihoru était en train de se cacher derrière un bâtiment proche. Yume était déjà à l’intérieur de la prison.

Les deux femelles étaient sur le toit, elles n’avaient pas bougé. Le dos rouge chiffonna son visage recouvert de cette peau carapace, et il sourit à nouveau.

Cela fit presque sourire Haruhiro à son tour. Bien entendu, ce n’était pas parce que c’était drôle. Ce n’était pas ça.

Ce bâtard. Est-ce qu’il se moque de moi ?

—T’as un problème, mon pote ? lui lança Haruhiro.

—Ohh. Vocalisa le dos-rouge en rapetissant sa bouche. Il était complètement en train de le provoquer.

Et même si c’était le cas il n’avait pas besoin de s’énerver. Haruhiro prit une autre inspiration.

Ce serait trop lui demander que de tuer aussi les deux femelles, sans parler du dos-rouge, mais il devait trouver un moyen de gagner du temps. Il y avait plein de petites choses que pouvait faire Haruhiro, mais bon, il allait faire ce qu’il pouvait. Il allait se donner à cent pour cent.

Le dos-rouge lui tourna le dos.

—…Hein ? dit Haruhiro.

Immédiatement après, il pensa, Ne sois pas surpris.

Au moment où il allait baisser sa garde, le dos-rouge pourrait se jeter sur lui.

Ses craintes furent erronées. Le dos-rouge lui avait tourné le dos et s’était mis à courir, et les deux femelles partirent elles aussi de leur côté.

—J’ai aucune idée de ce qu’il vient de se passer…

Quoi que cela puisse être, ça l’avait sauvé. C’était le plus important dans la situation actuelle. Il devait se recentrer sur l’essentiel.

Shihoru sortit de sa cachette et vint en courant vers lui. « Juste à l’instant… » fut tout ce qu’elle dit.

Setora, Enba, Kiichi et Yume sortirent du bâtiment. Setora avait la tête baissée et ne semblait pas de très bonne humeur. C’était ce qu’on aurait dit, mais ce n’était pas le cas.

—Haru, dit-elle. Merci… Toi aussi, Yume.

—Oh… dit Haruhiro d’une voix étrange. C-Ce n’est rien.

—Nouais ! Yume ferma un œil en levant un pouce en l’air.

Il se précipitèrent tous vers l’endroit où se trouvaient Kuzaku et Merry. Kuzaku n’avait que quelques os brisés, des égratignures ainsi qu’une entaille, donc Merry n’avait pas besoin d’utiliser Sacrement. Elle avait pu le soigner avec Cure.

—Sérieux, parfois ça m’impressionne de me dire que je peux être aussi résistant, dit Kuzaku.

—Ce n’est pas une mauvaise chose, dit Merry en lui donnant un léger coup d’œil —— Mais que cela ne te monte pas à la tête !

—D’acc. Désolé pour tout ça. Je m’excuse.

—Tu n’as pas besoin de faire ça. C’est mon rôle.

—Et ? s’exclama Setora, semblant avoir retrouvé son mordant habituel… Est-ce que l’on va partir de cet endroit ?

Haruhiro échangea des regards avec Shihoru.

Prendre avantage de ce chaos, et s’échapper de Jessie Land. Ce ne serait pas mission impossible. Il pouvait s’imaginer le faire. C’était peut-être même ce qu’ils devraient faire. S’ils ne prenaient en compte que ce qui était bénéfique pour eux, ou bien leur propre sécurité, c’était probablement la meilleure chose à faire.

Shihoru brisa le contact visuel en première. Elle ne pourrait jamais prendre la décision. Ça devait être ce qu’elle s’était dit. Elle se sentait probablement mal de ne pas avoir pu soulever une proposition.

Pas d’inquiétudes. Shihoru était en train d’essayer d’alléger le fardeau de Haruhiro. C’était suffisant. Elle l’aidait vraiment.

Pourquoi avaient-ils besoin d’un leader ? Pour prendre une décision dans n’importe quelle situation. C’était ce que faisait un leader, et c’était le rôle de Haruhiro.

Peut-être allait-il se tromper. Peut-être allait-il regretter ses choix. Mais quoi qu’il puisse se passer, s’ils arrivaient au bout d’un moment sur un embranchement, gauche ou droite, c’était à lui de choisir.

—Nous devons nous débarrasser des guorellas.

Haruhiro ajusta légèrement son emprise sur son poignard, prenant en même temps une courte inspiration. Il regarda dans le coin droit de ses yeux.

—Sinon, si on ne se débarrasse pas d’eux, on pourra toujours courir et ils nous rattraperont.

—Eh bah, ouais.

Kuzaku laissa échapper un petit rictus dans son heaume, puis il ajouta, « Ouais ! » Ce cri était clairement là pour lui remonter le moral.

—Restons prudents tandis que nous avançons.

Merry prépara son bâton de combat, couvrant Shihoru qui était derrière elle, et elle dessina le signe de l’hexagramme.

—Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger. Protection.

Shihoru observa l’hexagramme qui apparut sur son poignet, puis elle acquiesça.

—Un par un… et sans prendre de risque !

—Pour le moment… Yume encocha une flèche, puis elle la tira. Ça commence par-là !

La flèche que venait de tirer Yume toucha un jeune mâle à environ cinquante mètres de leur position qui était en train de festoyer avec un gumow, et celle-ci rebondit sur son poil.

—Enba, aide-les. Setora tenait Kiichi dans ses bras, et elle donna ses ordres au golem… Nous n’avons pas le choix. Nous sommes tous dans le même bateau ici.

Le jeune mâle se dirigea droit vers eux dans une rage folle.

Un par un, et sans prendre de risque. C’était quelque chose de simple, mais Shihoru avait raison. Les guorellas étaient certainement de terrifiants ennemis, mais pas quand ils étaient seuls. La méthode qui consistait à ce que Kuzaku, Yume et Enba attirent l’attention et qu’ensuite Haruhiro délivre le coup fatal en se rapprochant avec camouflage, elle allait fonctionner même sur des dos- rouges. C’est pour cela qu’ils allaient éviter de combattre deux ennemis ou plus autant que possible.

S’ils étaient forcés de combattre plusieurs guorellas, ils utiliseraient l’Obscur de Shihoru pour en immobiliser un, puis Haruhiro s’en débarrasserait rapidement. Pendant ce temps, Kuzaku et les autres tiendront les autres en respect, et de là, ils continueraient de réduire leur nombre un par un. Qu’ils soient une cinquantaine, ou une centaine, ça ne changeait rien.

Les guorellas avaient commis une grave erreur. La localisation. Ils avaient attaqué le village. Ils avaient dû penser que c’était un terrain de chasse idéal. Mais pour le groupe, cela leur permettait d’utiliser les bâtiments pour les diviser. Les guorellas avaient soif de sang, et ils avaient faim, ce qui rendait la tâche plus facile.

Même maintenant, l’un après l’autre, les gumows se faisaient massacrer. Devant les yeux de Haruhiro et du groupe, de nombreuses vies étaient en train d’être prises. Nul ne savait combien de victimes il y avait déjà à cette heure-ci.

On va les faire payer. Ils sont morts. On va tous les buter.

Haruhiro fit de son mieux pour ne pas penser à ça. Il ne pouvait se permettre d’avoir son cœur au bord de l’explosion. Pour le moment, ils allaient juste réduire le nombre de guorella en en tuant un à la fois. C’était la seule chose sur laquelle il devait se concentrer.

Il ne pouvait pas éliminer tout risque d’erreur. Cependant, il pouvait réduire le nombre d’erreurs qu’il pouvait faire. Non, mais…

C’est pratiquement parfait, non ?

Il remarqua que, à part les blessures qu’il avait subies à cause des cornes poilues du guorella, personne n’avait besoin des soins de Merry. Même pour Kuzaku, le tank du groupe, le fait qu’Enba soit là lui permettait une plus grande liberté, et il ne subissait pas le genre de blessure qui nécessitait l’intervention de Merry.

Haruhiro tua quatorze mâles, et trois femelles. On aurait dit que Jessie menait un groupe de rangers confirmés pour lui aussi abattre les guorellas un par un, et ils se croisèrent de temps en temps.

Aucun villageois ne déambulait dans les rues désormais. Les habitants encore en vie devaient se trouver dans les bâtisses.

Les guorellas commençaient désormais à fuir en apercevant Haruhiro et son groupe.

Ils n’avaient pas abattu le moindre dos-rouge. À dire vrai, ils n’en avaient même pas aperçu un. Cela l’inquiéta quelque peu.

—…Trouvé, dit Haruhiro. —— Il y en a un.

Il se tenait pratiquement le dos droit au milieu d’une intersection en regardant dans leur direction. Quand ses yeux croisèrent ceux de Haruhiro, ce guorella ouvrit la bouche en grand et fit ressortir sa langue, émettant quelque chose comme, « Whuehh. » Il sut immédiatement. C’était un dos-rouges.

—Je vais le tuer ! Kuzaku, on y va !

—D’acc !

Quand Kuzaku se mit à courir vers lui avec son amure cliquetante, le dos-rouge entra nonchalamment dans le bâtiment qui se trouvait sur leur gauche. Il se comportait effrontément, comme si l’endroit lui appartenait.

Kuzaku regarda derrière lui, mais il continua sa course.

Pourquoi je ne l’ai pas arrêté ? pensa Haruhiro. Mais oui. Je dois l’arrêter. Quelque chose ne va pas. Nous devons faire attention à celui-là.

—Kuzaku, sto-

C’était trop tard. Kuzaku roula sur le sol comme si une explosion venait de le repousser. Sans perdre une seconde, un guorella se jeta sur lui.

C’était un guorella. Mais qu’y avait-il de différent avec celui-ci ? Il était énorme, mais ses cornes poilues… Elles étaient longues, mais elles étaient aussi volumineuses. Comme la crinière d’un lion. Elle était rouge.

Non, plus que rouge. Un rouge profond. C’était un dos-rouge.

Non. Par rapport aux autres dos-rouges qu’ils avaient rencontrés jusqu’à présent, il devait être moitié plus gros, et il devait avoir le double de cornes poilues. Il était évident que ce n’était pas un dos-rouge ordinaire.

Était-ce lui ? Le dos-rouge parmi les dos-rouges ? C’était lui ?

—Obscur ! Vas-y !

Shihoru invoqua Obscur et l’envoya immédiatement. L’énorme dos-rouge sauta en l’air, il écrasa Kuzaku, et il essaya de le dévorer. Obscur s’envola avec son shuvwooong perturbant et il frappa l’énorme dos-rouge sur son flanc droit.

—Guhhh… L’énorme dos-rouge grogna pendant un instant, son corps se mit à trembler, et il s’arrêta. Juste pendant un instant.

—Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhh ! L’énorme dos-rouge leva ses bras aussi haut que possible, puis il les abattit de toutes ses forces.

Kuzaku ne restait pas là à se faire tabasser. Il essayait de se défendre avec son bouclier. Mais pouvait-il vraiment se défendre contre ça ?

Bang, bang, bang, bang. Est-ce que l’énorme dos-rouge avait confondu le bouclier de Kuzaku avec une sorte d’instrument de musique ? Haruhiro se devait de le penser. Il était en train de frapper le bouclier avec ses deux mains. Il le martelait sauvagement.

Si Kuzaku prenait autant de coup, même avec son bouclier, il devait passer un sale quart d’heure. Cela devait être dur même si les coups n’étaient pas séquentiels. Haruhiro n’aurait pas pu en supporter un seul.

—Kuza… Kuzaku ! cria Haruhiro en essayant de sauter sur l’énorme dos-rouge.

Thwock… L’un des bras de la bête vint le repousser. Le choc fut si violent qu’il crut que son corps venait de se faire déchirer. Quelle puissance monstrueuse.

Haruhiro était au sol, les bras et les jambes en croix.

—…Ohhh, grogna-t-il. Il avait mal, ou plutôt il avait l’impression que chaque nerf dans son corps avait été exposé à vif, et il ne pouvait pas bouger.

Mais j’ai pas le temps de me dire ça. Lève-toi. Remets-toi sur tes pieds. Allez bouge-toi et lève-toi, puis calme-toi. C’est pas bon. Je dois retrouver mon sang-froid, et faire ça bien. Je ne m’avance pas trop ici en disant que c’est ma seule arme.

—Haru-kun ! Yume l’aida à se relever.

Merry était en train de courir vers lui.

Kuzaku. Comment s’en sort Kuzaku ?

—Ugaaaaaaahhhh, goooooohhh ! Ohbooooooooooohhhh, duaaaaahhhhh !

Rugit l’énorme dos-rouge.

—Hungh ! Gahh ! Hyagh ! hurla Kuzaku.

Kuzaku était en danger. Il était à la merci de l’ennemi.

C’est quoi ce truc ? Il est complètement timbré. Putain de merde ! On m’a jamais parlé d’un truc pareil ! C’est pas bon. Je dois me calmer. Comme si je pouvais faire ça. Bouge. Mon corps ne veut pas bouger. Pourquoi ? J’ai peur ? Ouais, j’ai peur. Évidemment que j’ai peur. Je l’avoue. Je l’accepte, d’accord. Mais même si j’ai peur- Je suis toujours en vie. Il y a des choses que je peux faire. Quoi ? Qu’est-ce que je pourrais bien faire ?

—Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger. Cure ! Merry soigna les blessures de Kuzaku pour lui. Bien que personne ne savait vraiment où il était blessé.

Réfléchis.

Enba arriva et n’attrapa pas l’énorme dos-rouge, ni même n’essaya de lui envoyer un coup de pied en vol, mais il courut jusqu’au sommet de l’énorme dos-rouge. Il pouvait faire des trucs comme ça ?

Enba arriva effectivement au sommet de la bête. Il s’accrocha à son corps. Enba n’avait qu’un bras, mais il avait deux jambes. Cependant, s’il s’accrochait aussi près de lui comme ça, les cornes poilues allaient naturellement se planter en lui.

Haruhiro en avait déjà eu un avant-goût, mais il n’aurait pas pu aller aussi loin. Il semblerait que les golems ne ressentaient pas la douleur, donc, bon, peut-être qu’Enba allait s’en sortir. On aurait dit que cela dérangeait aussi l’énorme dos-rouge. Il interrompit son assaut sur Kuzaku et il leva ses deux bras. Il essaya de se débarrasser d’Enba.

Haruhiro se tourna vers Setora. Elle était en train de tenir fermement Kiichi dans ses bras avec une expression incroyable sur le visage.

Les yeux de Haruhiro croisèrent ceux de Shihoru. Elle hocha la tête.

—Obscur !

—Yume, va chercher Kuzaku ! Ordonna Haruhiro. Merry, tiens-toi prête à le soigner !

—Meow !

—Ok !

Ils pouvaient le faire, et ils allaient le faire. Ils n’allaient avoir sûrement qu’une seule chance. Ils ne pouvaient pas rater cette occasion.

L’énorme dos-rouge attrapa enfin Enba.

—Enba ! cria Setora.

Son emprise était mortellement puissante. Cela arriva en un instant. De la chaire, des os et des armures s’envolèrent dans tous les sens. On aurait dit qu’Enba venait de se faire réduire en miettes.

Ayant assisté à cela, cela pourrait sembler un peu cruel, mais Haruhiro avait pu le confirmer de ses yeux,

Bien. Je suis calme.

—Vas-y ! Shihoru lança Obscur.

Ce n’était pas un Obscur ordinaire. C’était un petit, tout petit Obscur qui avait été poli encore et encore, autant que cela soit possible. Le plus petit des Obscur à pleine puissance.

Si ça ne marche pas, je vois pas ce qu’on peut faire, se dit Haruhiro. C’est toute notre puissance. Allez, allez, allez !

L’énorme dos-rouge n’avait pas remarqué le minuscule Obscur à pleine puissance. Il frappa le guorella.

Shwoop ! La nuque du guorella absorba l’élémentaire.

—En avant ! Haruhiro donna l’ordre.

Cours, cours, cours !

Hah… L’énorme dos-rouge inspira de l’air. Koh ! Il émit un drôle de bruit. Ah ! Il se courba en arrière, et hurla de douleur. Nagoaaaaaaah ! Il tituba, s’écartant ainsi de Kuzaku.

Haruhiro sauta aux côtés de Kuzaku. Kuzaku était avachi en dessous de son bouclier.

Il est vivant ? S’il te plaît, me fais pas ça.

Haruhiro plaça ses mains en dessous des deux aisselles de Kuzaku et il le tira avec lui. Yume vint l’aider elle aussi.

—Merry !

Il n’avait pas besoin de l’appeler. Merry était venue elle aussi.

—Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger ! Sacrement !

Lumière, aide-nous, illumine Kuzaku, soigne ses blessures, je compte sur toi…

Haruhiro revint à la réalité. Il se retourna. Shihoru. Elle était seule. Shihoru était toute seule. Ils avaient laissé Shihoru seule.

Après avoir utilisé le minuscule Obscur à pleine puissance, elle devait être épuisée. Peut-être même ne pouvait-elle pas se déplacer convenablement. Et ils l’avaient tout de même laissée seule. Alors même qu’il y en avait un autre. L’avait-il oublié ? Quel imbécile. Un bel imbécile.

Le dos-rouge souriant. Quand était-il sorti du bâtiment ? Haruhiro voulut crier, Derrière toi ! Et la prévenir. Mais il avait l’impression que ce serait quand même trop tard. Après tout, il était déjà à côté de Shihoru, en train de se rapprocher d’elle par derrière. C’était pour ça que, pour ne rien vous cacher, il abandonna tout espoir, pensant que cela n’arrangerait rien.

—Marc em parc ! cria une voix.

C’était pour ça que… pour ça que, cette fois-là… il n’aurait pas pu être plus reconnaissant. Il l’était tellement qu’il aurait pu jurer loyauté à cet homme pour le restant de ses jours.

Jessie. Il était arrivé pile au bon moment.

Jessie fit s’écraser son Missile Magique dans la tête du dos-rouge souriant, ce qui le fit reculer.

—Ho ?!

Le dos-rouge souriant tituba et essaya de regarder dans la direction de Jessie.

—Marc em Parc !

Une autre balle de lumière s’envola à nouveau pour frapper l’arrière de sa tête cette fois.

Yume se jeta sur Shihoru et la tira par la main. Shihoru peina à suivre Yume en trébuchant quelques fois.

Jessie déchaîna une série de Missile Magique qui ciblaient tous le dos rouge souriant. Après plusieurs coups, le dos-rouge finit par s’enfuir en passant par le chemin.

—Shihoru est ma favorite, tu sais, s’exclama Jessie —— Je ne voudrais pas la voir se faire tuer !

Jessie donna aux rangers qui le suivaient, ce qui incluait Tuoki, Yanni et d’autres, un ordre avec un ton bien plus menaçant que sa voix habituelle. On aurait dit qu’il voulait les envoyer poursuivre le dos-rouge souriant. Mais le groupe devait faire quelque chose pour celui-là aussi.

—Pdiou… Gah… ! Kuzaku se releva.

Do, do, do, do, do, do, do, do, do, do, do ! L’énorme dos-rouge était en train de frapper son torse avec ses deux mains. Ces tambours firent trembler leurs estomacs.

Mais – Il était énorme ! Quand il se levait comme ça, il était tout bonnement gigantesque ! Kuzaku avec son bouclier et son katana large avait l’air d’un enfant.

—Marc em Parc ! Jessie essaya de lui infliger un Missile Magique, mais l’énorme dos-rouge agita ses bras et le contra.

Shihoru était en train de battre en retraite avec Yume qui la tirait. Elle n’allait pas se joindre au champ de bataille immédiatement. Ils allaient devoir tuer cette chose avec seulement Haruhiro, Kuzaku Merry et Jessie ? Non, il y avait aussi les autres.

—Eeeeeeeeeeeeeeahhhhhhh ! Setora déchaîna un cri de guerre et chargea l’énorme dos-rouge. Elle ne tenait plus Kiichi. Elle tenait deux longues, très longues perches, sûrement des matériaux de construction, dans chacune de ses mains. Est-ce que le dos rouge n’accordait pas la moindre attention à Setora ?

Setora se rapprocha facilement, et elle écrasa le bout de ses perches dans sa gorge.

—Deeeeeeeayahhh !

Naturellement, ce n’était qu’une simple perche qu’elle avait ramassée de l’une des maisons effondrées. L’énorme dos-rouge se fit légèrement secouer, la perche se brisa, et Setora tomba en arrière. Pourquoi Setora avait-elle fait quelque chose comme ça ?

—Comment as-tu osé faire cela à Enba ! hurla-t-elle.

Oh, alors c’était ça.

Haruhiro pensa qu’elle avait agi bêtement. Mais il ne pouvait pas en vouloir à Setora. Qui plus est, cela lui donna une idée.

—Attaque ! Ordonna Haruhiro à Kuzaku. Tu ne peux pas pleinement te défendre, alors attaque de toutes tes forces, Kuzaku ! Tu as une force que nous autres n’avons pas !

—Ouais ouais ! Kuzaku jeta son bouclier et dessina un hexagramme avec son katana. Ô Lumière, puisse la divine protection de Lumiaris te protéger ! Justice ! Avec un éclair de lumière, il empoigna son katana qui rayonnait de lumière avec ses deux mains, et Kuzaku attaque l’énorme dos-rouge.

Non, je sais que je t’ai dit d’attaquer, mais là t’y vas un peu trop directement, pensa Haruhiro. T’aurais pas pu trouver quelque chose de plus, hmm, travaillé ?

Mais peut-être n’avait-il pas besoin de quelque chose d’aussi compliqué. Kuzaku chargea le dos-rouge, il prit autant d’élan que possible en penchant son corps à l’extrême, et il abattit son katana. L’énorme dos rouge n’essaya ni d’esquiver ni de reculer.

S’était-il fait prendre par surprise ? Ou avait-il confiance en sa peau carapace ? Il avait fait une grosse erreur.

—Wow ! cria Jessie.

Sérieusement ? Whoa. Kuzaku, mec, tu tapes vraiment aussi fort que t’es bête ?

Haruhiro l’avait clairement sous-estimé. Il n’avait jamais pensé que ce type était aussi fort.

—Zweeeeeeeeeeeeeeeeeeeaaaaaaaaaaaaaaeeeeeeeeeeeeh !

Le katana de Kuzaku passa à travers la peau-carapace de l’énorme dos rouge et elle vint s’enfoncer dans son épaule gauche. Enfoncer voulait dire qu’il s’y était introduit profondément, et qu’il y était resté. Le katana avait traversé toute l’épaule gauche de l’énorme dos-rouge pour finir au milieu de son torse, peut-être un petit peu plus bas, avec une trajectoire diagonale, tout ça en une seule fois.

—Ohh-ah… Uhhh.. Goh…

On aurait dit que l’énorme dos-rouge n’avait pas compris ce qui était arrivé à son corps. Il semblerait que ce soit également le cas pour Kuzaku, qui était couvert de la tête au pied du sang de la bête. Le sang était plus en train de jaillir que de sortir du corps du monstre.

—Hein ? Quuoi ? D-Du sang ?! hurla Kuzaku.

Haruhiro soupira.

L’énorme dos-rouge. Le dos-rouge parmi les dos-rouges. Ce guorella terrifiant et exceptionnel, leader de son troupeau. En vrai… Ouais. Je pensais pas que c’était possible. J’ai pensé que peut-être on ne pourrait pas le vaincre. Kuzaku. C’était Kuzaku, hein. Kuzaku l’a fait. Je me suis dit qu’il fallait polir ses attaques, mais de là à penser qu’il avait un tel potentiel. C’est une erreur que je ne regrette pas. Non, l’énorme dos-rouge n’a pas encore dit son dernier mot. Le katana de Kuzaku à sûrement atteint son cœur. Et pourtant, il ne s’est pas encore effondré. Même s’il a l’air d’être sur le point de poser un genou à terre, il est encore debout. Même si je crois que ce n’est qu’une question de temps. Dans peu de temps, le troupeau de guorella vont perdre leur grand frère. Leur leader. Quand cela arrivera…

Quelque chose tomba du ciel. Haruhiro sauta en arrière et l’esquiva par réflexe.

La chose qui frappa le sol portait un manteau vert. C’était un ranger gumow. Les bras du gumow, ses jambes et sa nuque partaient dans des directions peu communes. Il aurait eu du mal à reconnaître son visage, mais il ne pouvait pas manquer sa peau violette.

Haruhiro se tourna et orienta son regard dans la direction par laquelle le ranger était arrivé. Sur le toit d’un bâtiment non loin d’eux, il était là. Au moment où il plissa ses yeux et qu’il sourit, il réalisa sa méprise. L’énorme dos-rouge n’était pas le leader du troupeau.

—…C’est toi, hein.

—Foooo, fooo, foo, commença-t-il à siffler.

Il était en train de se moquer d’eux, encore…Non….Non.

Haruhiro cria, « Des ennemis ! ». C’est tout ce qu’il put faire.

Sur le toit de cette maison, de là, de là-bas, du chemin par lequel ils étaient venus, de devant, de derrière, les guorellas apparurent tous en même temps.

C’était un signal. Cette voix. Sortez, était probablement ce que cela signifiait.

De quelque part, ils entendirent une voix crier, « Tiarg ! Jessie ! » C’était probablement Yanni. Yanni était encore en vie. Elle était en train de dire quelque chose à Jessie. Cela devait être à propos de ça.

Les guorellas étaient intelligents. Mais ils restaient des bêtes, donc ils pouvaient les évincer les uns après les autres. C’était ce qu’avait pensé Haruhiro.

À dire vrai, c’était ce qu’il s’était passé jusqu’à présent, et quand ils avaient abattu l’énorme dos-rouge, il avait été sûr qu’ils allaient gagner à soixante-dix voire quatre-vingts pour cent. Et pourtant, à un certain moment, ils avaient fini par se faire encercler. Les guorellas s’avancèrent de toutes les directions.

—Tout le monde ! Ordonna Haruhiro. —— Restez proches, ne vous séparez pas ! Yume, Shihoru ! Venez ici !

—Oh, merde, Haruhiro ! Mon bouclier… ! S’exclama Kuzaku.

—Oublie-le ! Utilise ton épée !

—Shihoruuu, ça va ? cria Yume. Viens avec Yume !

—Ouais, je vais bien !

—Setora, lève-toi ! cria Merry. Allez, il te reste Kiichi, non ?! Et Haru aussi !

—Silence, prêtresse ! Je n’ai pas besoin que tu me dises ce que je dois faire !

—Haruhiro ! Utilise la prison ! cria Jessie. Si tu rentres dedans… !

—Et toi, Jessie-san ?! Cria-t-il en retour.

—Je vais partir chercher Yanni et les autres ! Vas-y !

Kuzaku était en train d’agiter son katana comme un fou. Haruhiro arriva à rejoindre Shihoru, Yume, Merry et Setora, puis ils se dirigèrent vers la prison. Mais y arriveraient-ils ?

—Kuzaku, par-là ! Cria-t-il.

—Ouais, je sais

Bien évidemment, il le savait, mais si Kuzaku arrêtait d’agiter son katana ne serait-ce qu’un instant, il se ferait tuer en un rien de temps.

Pour ce qui était de les retenir, Yume et Merry faisaient leur part, bien sûr, mais même Shihoru était en train d’utiliser son bâton, et Setora était en train d’utiliser cette perche qu’elle avait ramassée on ne sait où pour menacer les guorellas, et elles arrivaient à peine à les tenir en respect.

C’est pour ça que tout repose sur moi, se dit Haruhiro. Je dois le faire. Je vais le faire. Moi. Dans cette situation, encerclé par les ennemis ? Oui. Fais-le. Plonge. Camouflage.

Quand il était acculé, il arrivait à le faire.

Le silence… n’était pas présent ici, mais aucun de ces bruits ne le dérangea. Parce qu’il n’avait pas besoin de les entendre, sans aucun doute.

Haruhiro s’écarta de ses camarades seul en marchant à travers le guorellas.

Il pouvait voir la ligne. Faiblement étincelante. Ce n’est pas vraiment qu’il avançait vers elle, mais plus qu’il la suivait. Il avait déjà été décidé depuis longtemps que Haruhiro allait suivre cette ligne. La direction, l’angle, la vitesse, il n’avait pas besoin de penser à toutes ces choses-là.

Son angle de vision s’agrandit soudainement. Comme s’il regardait la scène depuis le ciel. Lui-même, ses camarades, les guorellas, Jessie, Yanni et les autres, il connaissait la position de chacun d’eux, peut-être pas comme l’intérieur de sa poche, mais presque.

D’abord, celui-là. Le jeune mâle que Merry vient de frapper avec son bâton. Je vais enrouler mon bras gauche autour de son coup, et je vais enfoncer mon poignard dans son œil droit.

Ensuite, celui-là. Celui-ci que Kuzaku vient de faire reculer avec son katana. Un jeune mâle, évidemment. Je vais le tuer lui aussi.

Et puis il y aussi celui-ci qui a essayé d’attaquer Shihoru. Ces cornes poilues sont un petit peu rouges. Lui aussi il va mourir.

Grâce à ça, un étroit passage s’était ouvert.

Haruhiro cria, « Courez vers la prison ! » à ses camarades, avant d’immédiatement plonger à nouveau.

Camouflage. Je dois éliminer les obstacles, ceux qui se mettent en travers du chemin de mes camarades. C’est possible. Pour moi. Il n’y a que moi qui puisse le faire.

Ne pense pas que tu as des pouvoirs spéciaux. C’est faux. C’est juste parce que c’est le moment. À cet instant, je remplis le rôle que l’on m’a désigné. C’est tout. Si je commence à me la jouer, je vais faire une erreur. Je ne compte plus les fois où ça m’est arrivé. C’est pour ça que je le sais.

Ils étaient presque dans la prison où Setora avait été enfermée.

Kuzaku, à l’arrière du groupe, cria, « Entrez en premières ! Je passerai en dernier ! » tout en continuant d’agiter son katana. Son endurance et son cran étaient louables.

Shihoru, Setora, Merry et à la fin Yume s’engouffrèrent dans la prison. Kuzaku était en train de se faire disputer à l’entrée.

Je pourrais aider, pensa Haruhiro. Ce mâle, celui qui n’arrêtait pas d’attaquer et de reculer en harcelant Kuzaku. C’est un dos-rouge. Si je l’abats, Kuzaku pourra un peu respirer. Pas de problème. Je peux m’en charger. Regardez.

Haruhiro était déjà derrière lui. Il l’attrapa, enroula son bras gauche autours de sa nuque, et il enfonça à plusieurs reprises son poignard dans son œil droit. La routine.

C’est bon. Vas-y.

Il n’avait même pas à la dire, Kuzaku était déjà en train de se précipiter dans la prison. Haruhiro lui suivit. Il fut pris de vertiges. Il était à court de force. Il n’arrivait plus à rester debout. Marcher était beaucoup trop pour lui…

Mais il continua à longer le couloir, et il posa un genou devant Merry. Il se mit à quatre pattes devant elle. Que faisait Kuzaku ?

—Oorah ! Rahh !

On aurait dit qu’il était en train de garder à bonne distance les guorellas qui étaient en train d’essayer d’entrer dans la prison. Pas bon. Merry et les autres étaient en train de dire quelque chose.

Oh, mais oui. Le sang, hein. À chaque fois qu’il avait tué un guorella, il s’était fait blesser par leurs cornes, et il avait perdu du sang.

—Merry, la magie… soigne… désolé,

Dit-il en s’y reprenant à plusieurs reprises. Il avait le sentiment qu’il était sur le point de perdre connaissance. Il ne pouvait pas se permettre que cela arrive.

Merry utilisa la magie de lumière sur lui. Cure, hein.

Il se sentit un peu mieux. Ou du moins c’est ce qu’il pensa. Au moins, il pouvait se lever. Il avait tout de même un peu de mal à respirer.

—Merde ! cria Kuzaku. J’arrive pas à bien utiliser mon katana ! C’est trop petit ici, je ne peux pas frapper en passant sur les côtés !

—On fait quoi maintenant ? cria quelqu’un.

…Shihoru, hein. Kuzaku. C’est pas bon ? Qui nous a dit d’aller dans la prison ? Jessie, hein. Ce type. Dans un espace plus ouvert, on aurait pu faire plus. Était-ce le moment de penser à ça ? Ça ne l’était pas, pas vrai ? On doit agir.

—… Celui-là, marmonna-t-il.

C’est vrai. On doit le tuer. C’est le leader. On doit l’abattre. Si on ne le tue pas, ça n’en finira jamais.

—Je vais le faire… marmonna-t-il —— Une attaque, de toutes mes forces. Je vais… dehors. Je vais le trouver… et je vais le tuer. Je vais en finir… Moi.

—D’accord, mais… ! rétorqua Yume.

—Je vais le faire ! Cria-t-il et par la même occasion l’empêchant de répondre. On n’a pas le choix. Si ça continua comme ça, on va se faire massacrer. Tout le monde va mourir. Je vais le faire. Écoutez tous, on va tous lancer une contre-attaque en même temps. À ce moment, je foncerai dehors. Un, deux… !

—Zuoooooahhhhhh !

Kuzaku tacla plusieurs guorellas et les fit tomber à la renverse. Il asséna un coup de pied à un guorella devant lui, et il agita son katana large. Kuzaku était probablement en train d’épuiser les dernières de ses forces. Son katana sépara la tête d’un guorella de son corps.

Voyant que les guorellas commencèrent à ressentir de la peur, Yume cria « Mrrrrowr ! » et se jeta dans la mêlé à la suite de Kuzaku.

Shihoru lança un Obscur. Setora jeta quelque chose. Haruhiro essaya lui-même de plonger.

Camouflage…

Il n’arrivait pas à plonger correctement. Quoi ? Bizarre.

S’engouffrant dans l’espace entre Yume et Kuzaku, un guorella mâle pénétra dans la prison. Il devait l’arrêter. Se battre. Le guorella était en train d’arriver vers lui. Pourquoi n’arrivait-il pas à serre son poignard dans sa main ? L’ennemi était juste là.

—Non !

Merry se mit en mouvement, le frappant avec son bâton de combat. Il pensa la voir le rétracter immédiatement, essayant de lancer un second coup.

Elle n’y arriva pas.

Le guorella attrapa son bâton avec ses deux mains, et il la tira vers lui.

Shihoru cria, « Merry ! » et Setora cria, « Lâche-le ! »

C’est vrai, Merry. Tu dois le lâcher.

Tous les deux avec son bâton, Merry tomba vers le guorella. C’est là que, enfin, Haruhiro arriva à bouger à nouveau.

—Ohh… Il grogna, et il entendit quelque chose que se fit briser par une mâchoire.

Merry avait fait comme Setora lui avait dit de faire, et elle avait lâché son bâton. Mais le guorella n’avait rien à faire de son bâton, et il attrapa quelque chose d’autre, ou il l’étreignit plutôt. Merry.

—Eek ! Shihoru laissa échapper un cri d’effroi.

En restant dans cette posture, le guorella enfonça ses dents entre l’épaule de Merry et sa nuque.

Immédiatement après ça, Haruhiro attrapa le guorella. Il était pratiquement accroché à lui tandis qu’il enfonçait son poignard dans son œil droit.

Les yeux de Merry s’écarquillèrent, et il put le voir.

Je dois me dépêcher. Vite. Vite. Je dois me dépêcher de le tuer. Ou ce sera trop tard. Trop tard ? Pour quoi… ?

Quand le guorella rendit son dernier souffle, Merry tomba sur le sol avec lui. Il fut difficile d’écarter le guorella d’elle. La force – il n’avait pas la force. Ni dans ses bras, ni dans ses jambes, nulle part.

Tout en faisant quelque chose…

—Comment va-t-elle ?! demanda Setora.

Haruhiro ne répondit pas.

Les yeux de Merry étaient à moitié fermés et elle frémissait. Elle toussa et du sang s’échappa de sa bouche.

—La magie ! Lui dit Haruhiro. Merry, utilisa ta magie. Tu dois te soigner. Vite. Merry.

Merry essaya de lever sa main droite. On aurait dit qu’elle ne pouvait pas bouger. Était-ce à cause de sa blessure ? C’étaient ces os ? Étaient-ils brisés ? Où ? Comment ?

Haruhiro posa son poignard, levant la main droite de Merry avec les siennes. Merry grogna, et elle secoua sa tête.

Avait-elle mal ? Beaucoup ? Que pouvait-il faire ?

La magie. Le signe de l’hexagramme. Pour ça, elle avait besoin de sa main. L’incantation. Ne pouvait-elle pas juste prononcer les mots seulement ? Si elle ne pouvait pas bouger sa main, elle ne pouvait pas utiliser la magie de lumière ? Comment ça ? Comment cela fonctionnait-il ?

—Merry ? Merry ?! Cria-t-il. Que… Qu-Qu’es-ce que je peux faire… ?

Quelque chose. Merry était en train d’essayer de dire quelque chose. Haruhiro porta son oreille aux lèvres de Merry.

—Merry ? Quoi ? Merry, qu’est-ce que tu dis ?!

—Ha.

—Ouais. Quoi ?

—…Haru.

—Hein ?

—Je…

—Ouais.

—Haru… Tu es celui que… Je…

—Celui que quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire, Merry… ?

Merry laissa échapper un râle.

Est-ce qu’elle essayait de respirer ? Ou de dire quelque chose ? Haruhiro écarta légèrement son visage, et il observa son visage.

Pourquoi faisait-elle ça ? Pourquoi avait-elle un sourire sur son visage ? N’était-elle pas en train de souffrir ? N’était-ce pas douloureux ? N’avait-elle pas peur ?

Pourquoi est-ce que tu souris ? Merry.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 10, Chapitre 9 — illustration

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