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Chapitre 6

Le mauvais usage de l’amour et de la justice

Traduction · Angeloids, Relecture · Angeloids, Édition · JGarden. Lecture ~24 min

Ils avaient vu ce qu’on appelait la tombe du parjure. Il s’agissait apparemment de la tombe d’un escroc légendaire qui avait sévi il y a deux cents ans. La pierre tombale, qui avait été érigée grâce aux dons de ceux qu’il avait dupés de son vivant, indiquait, pour une raison inconnue, « ICI REPOSE UN HOMME HONNÊTE ».

Comment cela avait-il pu se produire ? Cela avait suscité diverses théories et spéculations, donnant un genre à part entière appelé « le Parjure » et entraîné une brève effervescence dans la rumeur publique de Collina di Luce

—Je suis favorable à la légende selon laquelle il aurait murmuré des mots d’amour à la toute fin. Mais je n’y crois que dans la mesure où j’espère que c’est ce qui s’est réellement passé.

—Pour moi, c’est la légende selon laquelle il a dénoncé les mensonges de nobles corrompus, leur montrant qu’ils n’étaient pas de taille face à lui lorsqu’il s’agissait de mentir. C’est une histoire tout simplement géniale.

—Il y a une histoire qui dit qu’il a mis en colère les Poteau de dieu, qui l’ont maudit pour que tous ses mensonges deviennent des vérités. C’était intéressant.

Huh. On dirait qu’il y a vraiment beaucoup de théories.

En fin de compte, c’était ainsi que se présentait un passé dont personne ne connaissait la vérité. La vérité était fabriquée pour répondre aux besoins de quelqu’un ou façonnée de la manière la plus intéressante ou la plus étrange, et ce récit prenait la place de la vérité.

Chacun croyait aux histoires qu’il voulait entendre. C’était bien, tant que cela ne posait pas de problèmes. Le monde continuerait à tourner tranquillement.

Ils avaient vu ce qu’on appelait l’escalier des amoureux. L’histoire était claire. Il s’agissait d’une romance entre une jeune fille noble, qui détestait son mariage arrangé et s’était enfuie de chez elle, et une canaille de jeune homme, qui gagnait sa vie en commettant de petits larcins.

C’était à cet endroit, qu’ils s’étaient heurtés et avaient dévalé les marches, qu’ils s’étaient rencontrés par hasard et avaient pris conscience l’un de l’autre. En haut et en bas de l’escalier se trouvait un énorme panneau qui gâchait le paysage. On y trouvait l’emblème du conseil municipal et un bref avertissement : « INTERDICTION DE DEVALER DANS LES MARCHES ».

—Interdiction de dévaler ?!

Tiat se lamentait comme si c’était la fin du monde, invitant les passants à rire doucement. Il était probable qu’ils aient souvent entendu des gémissements très similaires. Il fit semblant de ne pas avoir remarqué l’affaissement silencieux des épaules de Chtholly.

—Hé, hé, Officier.

On tira sur sa manche.

—Je sais que tu agis de plus en plus normalement, mais pourrais-tu dire quelque chose d’un peu plus gentil à Chtholly ?

Il y avait la fée aux cheveux céruléens qui évitait son regard.

—Elle fait la moue en ce moment, mais elle travaillait vraiment dur jusqu’à hier.

—Je le sais, mais je n’ai jamais été doué pour traiter avec les filles de mauvaise humeur.

—On dirait bien, mais vous êtes le seul à pouvoir arranger son humeur, monsieur l’Officier.

D’un geste rapide, il ébouriffa les cheveux en désordre d’Ithea.

—Bwuh ?!

Elle sursauta avec plus d’énergie qu’il ne l’aurait cru.

—Qu’est-ce que c’était, tout d’un coup ?!

—Rien, j’ai juste pensé que tu étais une gentille fille et je voulais te féliciter. Tu fais passer ton ami en premier, même si tu travailles dur et que tu es aussi fatigué qu’elle.

—Ne vous inquiétez pas pour moi ! Nous parlons de Chtholly maintenant !

C’était inhabituel pour Ithea, mais son visage devint rouge et elle repoussa sa main. Il comprenait qu’elle n’avait pas l’habitude d’être complimentée, mais il pensait distraitement que ses réactions étaient excessives. Il ressentit un léger picotement désagréable à la nuque. La distance entre eux et leur poursuivant s’élargit légèrement, mais leur nombre augmentait.

—Il serait bientôt temps de les attraper, hein… ?

—Hmm, qu’est-ce que vous avez dit ?

Ithea répondit à ses murmures, et elle posa sa paume ouverte sur sa tête (elle poussa un cri de « Gyaah ! »), puis appela Phyr, qui marchait devant eux.

—Puis-je faire une demande pour le prochain endroit ? Je veux aller dans un endroit isolé, où les touristes vont rarement.

—Oh, c’est un défi pour le guide touristique ?

Laissant de côté l’expression d’une jeune fille fragile, Phyr esquissa un sourire défiant.

—Voici le Puits de Souhait.

Elle désigna une petite place, à l’intersection de six petites ruelles. Au milieu se trouvait un puits d’apparence banale, sans rien de particulier qui le distinguait.

—Même s’il n’est pas aussi connu que la Cathédrale Centrale ou la Place de l’Orge, où dix personnes sur dix le connaissent, il a été utilisé à d’innombrables reprises lors de projections. Ceux qui le connaissent le connaissent bien.

Tiat hochait vigoureusement la tête de haut en bas.

—Quand tu dis souhait, tu veux dire jeter une pièce dedans et faire un vœu ? demanda Ithea en jetant un coup d’œil à l’intérieur du puits.

—C’est tellement romantique, comme dans un conte de fées !

Malheureusement, tous les souhaits ne se réaliseront pas. Il y a bien un esprit qui vit dans le puits et qui a le pouvoir de Réalisation, mais on dit qu’il ne peut exaucer qu’un vœu sur mille, voire dix-mille parmi ceux qui y jettent une pièce de cuivre.

—Eh bien, dit comme ça avec chiffres, on perd vite l’impression de conte de fées.

—En revanche, une personne peut jeter autant de pièces qu’elle le souhaite. Comme les chances de succès augmentent en fonction de la valeur des pièces jetées, certaines personnes qui souhaitent sincèrement que leurs vœux se réalisent apportent des sacs entiers de pièces de vingt bradal.

—…Et maintenant le sentiment de romance disparaît, encore.

—Saviez-vous qu’il était illégal d’utiliser ce puits pendant un certain temps ? C’était il y a une cinquantaine d’années, à l’époque de la prohibition des jeux, parce que les risques étaient beaucoup trop élevés.

—Je n’ai pas besoin d’en entendre plus. Quelque chose en moi semble sur le point de se briser.

Tandis que ces deux-là discutaient, Tiat saisit une pièce de monnaie de sa petite main, prit la pose, puis la jeta dans le puits. Apparemment, elle n’avait pas de souhaits particuliers à réaliser, mais voulait simplement reproduire les scènes dont elle avait toujours rêvé dans au cinéma. Ithea la serra fort dans ses bras alors qu’elle se tortillait en disant :

—Oui, c’est vrai ! C’est comme ça que tu cherches la romance ! Awww, tu es si mignonne !

À côté d’eux, Nephren jeta tranquillement une pièce dans la même position. On aurait dit qu’elle avait ses propres idées sur cet endroit. Le bruit de l’eau se fit entendre.

Quelqu’un manquait à l’appel.

Lorsque cette idée lui traversa l’esprit, il tourna la tête et trouva la dernière personne bien trop vite. Chtholly Nota Seniorious se tenait à une courte distance du puits, seule.

Tu ne veux pas essayer ?

Il s’approcha d’elle et s’assit sur une pile de caisses empilées à côté d’elle.

—Non, je n’ai pas envie de faire de vœux

Sa voix était calme, ses yeux toujours détournés.

—Vraiment ? C’est une surprise. Je pensais que tu aimerais ce genre de choses.

—Eh bien, je crois que je ne déteste pas ça, et si je devais choisir, je dirais que j’aime ça…

Ses mots étaient un peu confus, et elle hésita.

—Mais je n’en ai vraiment pas envie.

—…Ce genre de choses est probablement destiné aux personnes qui n’ont pas encore atteint leur objectif et qui le font pour raviver leur détermination. Cela laisse une cicatrice sur leur portefeuille, et cette cicatrice est un rappel du prix de leur détermination. C’est la raison pour laquelle il n’est pas destiné aux personnes qui ont perdu de vue leur objectif ou à ceux qui pensent pouvoir l’atteindre par leurs propres moyens.

Son intonation était étrange – un peu triste, un peu douce, un peu ni l’un ni l’autre.

—Hey. Est-ce que tu vas vraiment bien ? Tu agis bizarrement aujourd’hui.

—Je te l’ai dit, je vais bien. Les filles ont des jours où elles veulent se plonger dans l’ennui sans raison, tu sais.

Ahh, cela ressemble un peu à la Chtholly habituelle. Quel soulagement.

Ce soulagement l’avait poussé à aller de l’avant, et il avait eu envie de mettre en mots les choses qu’il gardait habituellement.

—…Je veux te remercier.

—Hein ?

Chtholly avait été franchement surprise par ses paroles.

Je ne pensais qu’à mourir. Tout ce que je voulais, c’était revoir toutes les personnes qui attendaient que je rentre à la maison. Depuis que je vous ai rencontré, j’ai un peu changé. Maintenant, je pense à un endroit où je pourrais me sentir chez moi. Depuis que je vous ai rencontré, j’ai été un peu sauvé. Maintenant, je pense que je peux aussi attendre quelqu’un. Et même, depuis que vous êtes rentré, je suis maintenant, eh bien… un peu plus heureux.

—Hein ?

Elle était très perturbée par cette situation.

—Attend, ne recule pas autant ! Ne fais pas une tête comme si j’étais une créature embarrassante ! Je n’ai rien dit de bizarre.

—Tout était bizarre. Surtout la façon dont tu as dit toutes ces choses embarrassantes en gardant la tête froide.

—Quoi, tu veux que je les dise avec un grand sourire ?

—Ce n’est pas la question, mais…

Chtholly fit un sourire. Elle était calme, heureuse, joyeuse, claire d’esprit… et en quelque sorte vide. L’espace d’un instant, le cœur de Willem battit la chamade.

—Ce que tu as dit était embarrassant, mais le fait que tu me l’aies dit ça me rend heureuse, oui. J’ai l’impression qu’il y a une raison de vivre du moment que j’ai pu rendre quelqu’un heureux. Mm. Je suppose que je ne me suis pas trompée sur celui que j’aime.

…Oh.

Pris de court, Willem détacha son regard du profil de Chtholly. Oh, non. Qu’estce que c’était ? Quel était ce sourire ? C’est une enfant. Du moins, pour l’instant. Il se le répéta. Il ne devait pas prendre le mot amour au sérieux. Il ne pouvait pas sincèrement accepter l’affection d’une enfant. Même s’il le faisait, cela ne lui apporterait que du malheur plus tard. C’est vrai, se répéta-t-il dans sa tête.

L’expression et les mots de Chtholly dégageaient un attrait mystérieux qui ne lui laissait aucun répit, à moins de s’en détourner volontairement.

(…Bien.)

Cette fille me regardait droit dans les yeux – Willem s’en rendit compte. C’est pourquoi ses paroles, parfois, lui remuaient le cœur de plein fouet. Il ne pourrait plus s’en débarrasser comme s’il s’agissait du premier coup de foudre d’un enfant ou d’un tour de passe-passe momentané.

—Qu’est-ce que cette réponse est censée signifier ? Chtholly gloussa doucement.

Rien – d’une certaine manière, il avait réussi à contenir cette réponse facile.

—Tu me fais rougir. C’est si grave ?

—Pas du tout. C’est génial.

La jeune fille éclata de rire.

Pour une raison ou une autre, on aurait dit qu’elle allait fondre en larmes derrière ce sourire. Ce n’était pas bon. Il avait l’impression de se trouver dans une situation qu’il ne savait pas gérer. Il voyait maintenant Chtholly, qui aurait dû être une enfant, comme une femme. Willem n’était pas doué envers les femmes. Il n’avait aucune idée de la façon dont il devait les lire, de la façon dont il devait prendre chaque mot, chaque action.

C’était vrai même pour des personnes comme Nygglatho, qui étaient du genre à être faciles à lire. Il ne pouvait absolument rien dire à propos des personnes comme cette fille maintenant, qui cachaient des choses derrière son sourire.

Néanmoins, il ne pouvait pas se contenter de rester silencieux. Après tout, il devait encore gérer Chtholly, il devait donc se montrer ferme et forcer le destin. Au moment même où il s’élança et ouvrit la bouche…

—Désolé d’interrompre votre sortie, mesdames.

Il entendit la voix étrangement moite d’un homme.

—Des amis ?

Tiat leva les yeux vers Phyr et lui demanda, mais cette dernière secoua la tête.

—Non. Je ne les reconnais pas…

Mais bien sûr. C’est notre première rencontre.

L’orateur était un chat sang-mêlé qui portait un costume étrangement impeccable (il ne le portait pas très bien), et cinq hommes plus jeunes se tenaient derrière lui. Ils étaient également tous des sang-mêlé, et si leurs visages et leurs vêtements variaient, leur point commun était leur apparence peu raffinée, et ils portaient tous des bandanas cuivrés autour de leurs poignets.

—Nous sommes encerclés.

Nephren se murmurait à voix basse tandis que Phyr regardait autour de lui, paniqué. Fait intéressant : à un moment donné, deux ou trois jeunes avaient surgi de chacune des ruelles qui prolongeaient la petite place et s’y étaient postés. Ils étaient tous sang-mêlé et portaient des bandanas autour des poignets.

Et ils n’avaient trouvé personne d’autre qu’eux sur la place. Ce n’était pas un endroit très peuplé, ou peut-être était-ce la raison même. Il avait même l’impression qu’il n’y avait que ce coin de la ville qui avait été coupé et fermé. — Non…

—Nous ne voulons pas faire cela à la hâte. Lady Phyracorlybia. Si vous voulez protéger vos amis sans traits, j’espère que vous aurez la gentillesse d’accepter notre invitation.

Il y avait une certaine viscosité dans sa voix. Il essayait de parler de façon théâtrale, mais sans succès. Bien qu’il fit de son mieux pour paraître satisfait de lui, ce n’était pas son point fort, ce qui ne laissait que des bouffonneries peu naturelles.

Voilà qui résume bien la situation. Non pas que je m’en préoccupe.

—Dites-moi qui vous êtes !

Phyr essayait de prendre son courage à deux mains, mais sa voix tremblait.

—Heh-heh, ce n’est pas quelque chose que nous cachons, mais puisque vous avez pris la peine de demander, je pense que nous allons prendre la liberté de…

—Les Chevaliers de l’Annihilation, c’est ça ?

Tous les regards se tournèrent vers Willem. Leurs yeux toujours braqués sur lui, Willem se pencha et ramassa quelques cailloux à ses pieds. Un à un, il les lança légèrement en l’air avant de les rattraper dans la même main.

Alors qu’il jouait avec eux, il avait appelé :

—Hé, Phyr.

—Euh, ah, oui ? Qu’est-ce qu’il y a ?

—Je parie que tu n’es pas souvent sorti seul de chez toi ces derniers temps, n’est-ce pas ?

—Hein ? Oui. Père m’a dit que je ne devais pas sortir pendant un certain temps.

—Mais tu devais demander une faveur à ce grand lézard blanc, alors aujourd’hui tu as quitté la maison en secret. C’est vrai ?

—Oui… Mais comment… ?

—Pour résumer, ces Chevaliers recherchaient la fille du maire pour l’utiliser comme monnaie d’échange dans les négociations avec lui. Pour être plus précis, ils comptent négocier avec leur commanditaire en lui offrant cette monnaie d’échange.

L’anxiété se répandit au sein du groupe de sang-mêlé.

—Tu as eu de la chance qu’ils ne t’aient pas trouvé entre le moment où tu as quitté la maison et celui où tu nous as trouvés. Et cela signifie également qu’ils n’ont pas eu de chance de te trouver avec nous.

Tiat écarquilla les yeux, Nephren afficha une expression vide, Ithea murmura

« Ohhh » en signe de compréhension, tandis que le visage de Chtholly indiqua « C’est reparti ».

—Ils nous observent attentivement depuis que nous avons mangé. J’ai eu l’impression qu’ils étaient très pressés de rassembler des renforts, alors après avoir marché un moment dans des endroits visibles, j’ai décidé de me déplacer dans un endroit où il n’y avait personne d’autre. Et comme je l’avais prévu, ces voyous ont décidé de se montrer.

—Attends un instant. Je n’ai aucune idée de ce dont tu parles. La façon dont tu parles ressemble presque à…

—Ouais. Je t’ai utilisé comme appât. Je voulais avoir une petite discussion avec ces gens-là.

Phyr ne savait plus où donner de la tête et resta figée, en état de choc.

—Discussssion ? intervient le sang-mêlé d’un ton suspicieux.

—Vous semblez plutôt fier de la rapidité avec laquelle votre cerveau et votre bouche se déplacent, mon ami. Nous ne sommes pas exactement venus ici pour une petite discussion…

—Ithea

Interrompant sa déclaration, Willem interpella la jeune fille qui se tenait à côté de Phyr.

—Qu’est-ce qu’il y a ?

—J’ai entendu dire que les grands chefs de ces chevaliers ne comprenaient rien à la Vue. Montre-leur un peu à quoi ressemble un venenum pleinement activé.

—Hmm – tu veux que j’y aille à fond ?

—Non. Ne fais rien de plus qu’une démonstration.

—Compris, Officier Scoundrel.

Il eut un flash lumineux. Elle leva la tête, comme pour regarder le ciel, les yeux fermés, et d’immenses ailes de la couleur du blé se déployèrent dans son dos. Il s’agissait d’ailes purement fantasmatiques, faites de lumière. Mais parce qu’ils n’étaient qu’un fantasme, ils pouvaient facilement briser les chaînes de la terre, même sans flotter ni agiter le vent.

—Wow…

Phyr avait probablement entendu dire qu’Ithea et les autres n’étaient rien d’autre que des membres de la Garde, elle avait eu aussi une voix d’admiration et de surprise qui s’échappa distinctement de ses lèvres.

—…Alors tu sais utiliser le venenum. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit quelqu’un qui a le pouvoir de faire apparaître des ailes. Cela signifie que tu peux facilement t’échapper d’une foule aussi nombreuse, n’est-ce pas ?

Le sang-mêlé rétrécit les yeux.

À en juger par la façon dont ses yeux se déplaçaient, il avait probablement un plan pour faire face à un adversaire qui tentait de s’échapper par les cieux. Selon toute vraisemblance, il s’agissait d’une arme à poudre.

Mais dans une situation comme celle-ci, où une arme à feu personnelle était relativement peu maniable, peu précise et de courte portée, leur adversaire aurait du mal à les abattre. De plus, un tir raté qui blesserait Phyr ne serait pas une bonne nouvelle pour ces voyous.

—Je suppose que cela nous facilite la tâche.

Willem avait supposé qu’ils ne feraient plus rien d’imprudent. Et cela ne semblait pas être une erreur.

—Si ce que tu as dit tout à l’heure est vrai, alors nous inviter ici signifie que tout ça a été préparé. Tu devrais donc être ainsi prêt. Cepennndant, de quoi voulez-vous parler après tout cela ?

—Hmm, eh bien, ce n’est pas très important, avait-il commencé à dire. — Vous aimez tous cette ville ? demanda-t-il.

Le vent souffla sur la place. Des bouts de papier froissés s’éparpillèrent sur le long de la route de briques. On entendit au loin le faible hurlement d’un animal. Les yeux de Tiat se voilèrent, ne comprenant plus rien à la situation. Nephren, étonnamment, porta la main à sa bouche, souriant légèrement. Ithea, qui flottait toujours dans les airs, secoua la tête d’un air exaspéré.

Chtholly, qui regardait toujours ailleurs, marmonna :

—Je suppose que j’ai mal choisi celui que j’aime, ce qu’il ne pouvait pas ignorer – en fait, il devrait s’en réjouir.

Les yeux ronds de Phyr s’arrondirent encore plus, et tous les autres sangmêlé restèrent silencieux, ne sachant comment réagir.

—…Qu’est-ce que c’est, tout d’un coup ?

Au bout d’un certain temps, le sang-mêlé, qui agissait en tant que représentant leur posa la question, — Alors, votre réponse ?

Il eut un moment de pause.

—Bien sûûûûr, la réponse est évvvidente.

—Hmm. Est-ce en raison de son histoire vieille de plus de quatre cents ans ? Ou parce que c’est la métropole la plus importante ? Ou parce que l’industrie est florissante ? Ou parce que la nourriture est bonne

?

—Quelle question stupide ! Quelle réponse est possible, en dehors de tout ce qui est juste ? Collina di Luce est l’écrin des cieux. C’est la capitale de notre fierté, polie au fil des âges, et qui possède toutes les vertus qu’une ville peut avoir…

—Et ce sont les mots de ton sponsor ?

Sa déclaration s’arrêta soudainement.

—Que savez-vous vraiment ?

—Non, c’était juste une question pour te piéger. Mais grâce à ça, tu m’as confirmé certaines choses.

Il poussa un long soupir.

—Vos actions sont beaucoup trop incohérentes. Pour commencer, menacer d’assassiner le maire lors de la cérémonie est incroyablement stupide. Si votre but est d’obtenir la satisfaction de vos exigences, vous ne devriez pas avoir recours à l’assassinat. Si votre objectif est l’assassinat lui-même, vous ne devriez pas envoyer de menace. Même si vous vouliez effrayer les partisans du maire en l’annonçant avant de le tuer, vous n’auriez pas dû spécifier la date de l’assassinat. Avec des moyens financiers et des compétences d’exécution considérables, réussir l’assassinat, même après avoir forcé la sécurité de la cérémonie, serait très intéressant. Mais le maire et sa faction seraient alors parfaitement préparés à riposter.

—Alors pourquoi avez-vous envoyé cette lettre ? Je suppose qu’il s’agit d’une vanité puérile, typique des nobles effrontés.

Eh bien, si c’était tout, alors c’était déjà clair par le fait qu’ils s’appelaient sérieusement les Chevaliers de l’Annihilation. Il s’était arrêté de parler pendant un moment, mais personne n’avait rien dit. Ils attendaient les prochains mots de Willem.

—D’un autre côté, vos compétences ne doivent pas être si mauvaises, vu la rapidité avec laquelle vous avez rassemblé autant de personnes après nous avoir trouvés. Et kidnapper la fille du maire est réaliste. Vous découvrirez après une petite enquête qu’elle est plutôt ignorante et naïve. De plus, la personne qui a pensé à l’enlèvement et celle qui a envoyé la menace sont deux personnes différentes. Quoi qu’il en soit, l’inverse aurait été beaucoup plus efficace. Ne pas le faire signifie que vous n’avez jamais eu le choix. Vous avez probablement été contraint d’exécuter un assassinat déraisonnable, qui vous a fait paniquer, puis de planifier un enlèvement presque arbitraire. C’est ainsi que je vois les choses ; je n’ai rien fait d’autre que de poser des questions suggestives et de comparer mes réponses aux vôtres. Pour l’instant, je suis content d’avoir eu raison.

Il dit tout cela d’une traite, puis hocha la tête plusieurs fois pour luimême.

—…Que voulez-vous ?

Le ton de la voix du sang-mêlé changea.

—Hmm ?

—Il n’y a aucune raison pour que vous parliez de vos astuces ici si vous aviez juste l’intention de nous battre. Vous avez montré votre jeu, ce qui veut dire que maintenant vous avez l’intention de négocier ?

—Génial. J’aime quand les gens me facilitent les choses.

Willem tapa du genou et se leva de la caisse.

—Je vais aller droit au but. Vendez votre sponsor. D’après ce que je vois, vous nous n’avez rien à faire du maire ou de quoi que ce soit d’autre. Vous n’êtes que des fantassins qui agissent selon les idées de votre employeur. De plus, vous en avez assez que votre patron vous oblige à faire du travail inutile. Je suis sûr que certains d’entre vous pensent qu’il est temps d’abandonner.

Plusieurs des hommes du sang-mêlé étaient visiblement ébranlés. L’un d’eux avait fouillé dans sa poche. Lorsqu’il sortit sa main, il tenait un pistolet. Il s’apprêtait à le pointer sur Willem avec dextérité, mais celui-ci poussa un cri et lâcha son arme principale. Le petit caillou qui avait frappé le dos de sa main tomba sur le sol et roula.

—D’ailleurs, vos corps eux-mêmes seront la garantie de cette affaire. Votre attitude déterminera si vous vous en sortirez indemne ou non.

Willem les informa à voix basse, se gardant bien de lancer le caillou. Il n’avait pas utilisé de magie ou quoi que ce soit d’autre. Il avait simplement jeté le morceau de gravier, mais ce faisant, il avait pris tout le monde au dépourvu. C’était comme un petit tour de magie qui ne fonctionnait pas sur ceux qui connaissaient l’astuce, mais pour cette seule raison, cela donnait à ceux qui ne le connaissaient l’impression qu’un sort leur avait été jeté.

—Alors ?

SukaSuka, Tome 2, Chapitre 6 — illustration

Tout s’était ensuite enchaîné très rapidement.

Les sang-mêlé acceptèrent facilement l’idée de Willem et donnèrent le nom de l’ancien noble qui était leur client. En plus de cela, ils affirmèrent qu’ils étaient prêts à fournir la preuve qu’il avait ordonné pas mal d’actions antisociales, et qu’ils les remettraient directement lors de la négociation avec le maire.

Il était peu probable que les Chevaliers de l’Annihilation soient tous réunis dans cette ruelle, mais ils n’agiraient probablement plus autant qu’avant puisqu’ils ne leur restaient plus qu’un chef et une douzaine de membres. Tout du moins, ils n’auraient probablement pas à s’inquiéter d’un éventuel assassinat lors de cette cérémonie.

Ainsi, les ordres de Limeskin avaient été exécutés avec succès, mais les joues de Willem le brûlaient. Il pensa vaguement à quel point cette journée avait été éprouvante pour ses pauvres joues.

—Je te déteste vraiment.

Phyr se lamenta en tenant sa paume rouge et gonflée contre sa poitrine, les yeux débordant de larmes.

—Je comprends que tu aies fait ça pour moi. Cependant, je ne peux pas accepter que tu aies choisi une telle manière pour y parvenir.

C’est ce qu’elle pensait. Cette jeune femme était franche, douce, travailleuse, honnête, et bien trop attachée à ses principes. Et sans doute du genre à attendre la même chose de la personne en face d’elle. La notion de coup bas n’avait pas de place dans son esprit, et elle serait probablement prise de panique si elle se faisait piéger, sans parler du fait qu’elle devrait elle-même tendre un piège.

—T-tu as même touché mon ventre lors de notre première rencontre… — Hein ?

—Ne me dis pas que tu ne sais pas ! Montrer son ventre revient à se consacrer complètement aux lycanthropes ! On ne l’expose même pas aux membres de sa famille proche !

Comment aurais-je pu connaître cette règle ? Vous êtes des chiens ou quoi ?

…Mais elle ne le croirait probablement pas s’il criait cela.

—U-uh-huh.

Il fit un petit bruit et détourna le regard. C’était logique, il comprenait maintenant le contexte de la « lame » qu’elle avait mentionnée. Il avait appris quelque chose de nouveau. La prochaine fois, il devra être plus prudent.

—Eh bien, tu vois. Je suis désolé pour pas mal de choses. Je ne te demanderai pas de me pardonner, mais laisse-moi au moins m’excuser.

Phyr gémit.

—C’était exactement comme l’oncle l’avait dit. En mettant de côté l’espoir et les attentes, je ne peux pas compter sur toi, ni te faire confiance.

—Rgh.

Il resta muet. Il détestait ne rien avoir à répondre.

—Maintenant, je me sens un peu soulagée. Je vais accepter tes excuses. Mais ne te méprends pas, car je te déteste toujours.

Oui, bien sûr. C’est bon.

Willem acquiesça et se retourna pour faire face à ce qui se trouvait derrière lui.

—Bon, les filles, il est presque temps de rentrer… à la maison…

Sa voix s’affaiblit peu à peu, jusqu’à devenir presque inaudible. Des regards glacials étaient braqués sans pitié sur lui.

—Bien sûr. Allons-y.

Chtholly le regardait avec des yeux plissés.

—Je pensais savoir quel genre de personne tu étais, monsieur l’officier, mais maintenant je ne sais plus trop…

Ithea rayonnait toujours, mais sa bouche était crispée.

—Dépêchons-nous. Ils ne vendront bientôt plus de billets pour le retour en dirigeable.

Nephren parlait sur un ton léger, comme à son habitude, mais sa voix était quelque peu froide.

—Mais je voulais en voir plus !!

Et puis il y avait Tiat, contrariée pour une tout autre raison. Bien qu’elles soient toutes les quatre différentes, il ne faisait aucun doute qu’elles étaient toutes en colère pour quelque chose.

—Pourquoi as-tu choisi un moyen aussi dangereux ?

Le groupe retourna à la clinique pour récupérer les Armes antiques qu’ils avaient cachées. C’est Chtholly qui posa la question en chemin.

—Hmm ?

C’est donc à lui qu’elle parlait. Elle était probablement de meilleure humeur maintenant.

—Il y avait tellement d’autres options plus sûres que de les attirer délibérément dans un endroit désert, n’est-ce pas ? Était-ce pour te pavaner ou pour une autre raison tout aussi stupide ?

—Oh, non. Je manquais juste de confiance. Je parlais comme si j’avais tout déduit, mais il ne s’agissait que de suppositions basées sur mon expérience. Je me suis souvenu de cas antérieurs où les gens avaient agi de manière similaire à ces types, puis j’ai réfléchi à ce qui s’était passé dans les coulisses à cette époque. Ensuite, j’ai complété les détails en observant leurs réactions. C’est pour cela que l’idéal, c’était de créer une situation où on avait l’impression de se jauger mutuellement.

—Basé sur l’expérience… ? Quel genre de vie t’apprend à faire ça ?

—Eh bien, c’était une époque dangereuse. Travailler en tant que Quasi Brave signifiait que je participais à une sorte de lutte de pouvoir au moins une fois par mois. Grâce à cela, à la fin, je pouvais esquiver un couteau dans mon sommeil, détecter des aliments empoisonnés simplement à l’instinct. Les pros utilisaient des poisons sans odeur ni goût, donc on ne pouvait pas se fier à son nez ou à sa langue.

Il ricana joyeusement.

—…C’est censé être drôle ?

—C’est parce que je suis encore en vie. Je ne pourrais pas en rire si j’étais mort.

Chtholly fronça les sourcils. Il avait été quelque peu confiant avec cette blague, mais il s’agissait vraisemblablement d’un échec total.

—D’accord, j’admets que ce n’était pas la meilleure façon de procéder. Mais je me suis dit que tu activerais ton venenum dès que tu remarquerais que quelque chose clochait, et c’est exactement ce qui s’est passé. Mais vous sortiez d’une longue bataille. Je n’aurais pas dû accepter que tu utilises ton venenum. Et puis Tiat et Phyr étaient aussi avec nous…

Il fut interrompu avant de pouvoir continuer. Chtholly s’immobilisa. Willem s’arrêta également, deux pas devant elle, et tourna le haut de son corps pour la regarder.

—Tu sais bien que ce n’est pas ça Sa voix froide était pleine de reproches.

—Quand je parlais de danger, je ne parlais pas de nous. Nous n’étions pas du tout en danger. Tu étais prêt à te battre à la seconde où tu t’es assis sur la caisse.

Ooups.

—Non, je ne l’étais pas. J’étais totalement détendu.

—Trois secondes.

—A quoi fais-tu référence ?

—D’abord, tu devais abattre le mouton qui se trouvait derrière toi sur la droite. Après la feinte du caillou, tu plantes la semelle de ta chaussure dans sa poitrine, puis avec le bond de recul, tu te déplaces d’un demi-pas devant les deux cerfs à droite, puis tu leur fais sauter la tête pour les éliminer. Ces deux-là avaient des couteaux, tu en ramassais un, le lançais et en éliminais deux autres. Le tout en un peu moins d’une seconde. Les neutraliser comme ça aurait pris trois secondes. N’est-ce pas ?

(Je n’arrive pas à y croire…)

Elle avait vu clair dans tout cela. Elle surveillait son regard plus attentivement qu’il ne le pensait. Sans doute observait-elle tout, jusqu’aux moindres changements de posture. L’idée qu’elle était étrangement silencieuse lui avait traversé l’esprit, mais il ne pouvait pas croire qu’elle y pensait.

—Tu réfléchis trop. Il est impossible que je me batte de façon aussi imprudente, en éliminant cinq gars en une seconde ou dix gars en trois secondes, comme tu le fais.

—Ne dis pas que tu ne peux pas. Je suis probablement la seule personne au monde à savoir à quel point tu es fort. As-tu déjà oublié ? Tu es celui qui m’a appris comment je me bats maintenant.

—… C’est vrai. Tu es une élève bien trop douée. J’avais oublié.

Bien qu’elle ait dit avoir appris, cela n’avait duré que quelques jours. Et la majeure partie de ce temps avait été consacrée à lui inculquer dans sa tête comment utiliser correctement le Carillon. Même les techniques physiques n’étaient guère plus que des ensembles de mouvements jumelés. Il lui avait montré tous les mouvements spéciaux, mais ne lui avait jamais appris leur nom. Aurait-on pu prédire que son sens de l’observation se développerait si rapidement après cela ?

—Je suis sûr que la raison que tu as donnée pour attirer ces types était en partie vraie, mais aussi en partie un mensonge. Tu aurais pu trouver un moyen plus sûr de le faire. Je ne sais pas pourquoi, mais…

Son regard acéré le transperça.

—Tu voulais te battre, n’est-ce pas ?

Ah, oui. Il s’était finalement rendu compte de cette possibilité lorsqu’elle l’avait mentionnée. Peut-être que, inconsciemment, il voulait se battre. Peut-être voulait-il être violent. Peut-être voulait-il prendre le risque de pousser son corps blessé. Peut-être qu’il voulait faire passer le sentiment de détresse que lui inspirait le fait d’avoir envoyé les fées soldat au combat alors qu’il était resté en sécurité dans un endroit qui n’avait pas d’importance, avec des gens qui n’avaient rien à voir avec lui.

—Je ne sais pas ce que tu cherches. Mais arrête. Tu n’as plus à te battre. Je… Nous prenons en charge tes batailles maintenant.

—Je n’ai rien à répondre à cela. Tu me surveilles vraiment de près.

—Parce que je suis amoureuse, dit-elle calmement.

—Allez, vous êtes lents !

Loin devant eux, Tiat agitait les mains d’un air furieux. Il lui répondit par un léger signe de la main, et tous deux accélérèrent la cadence.

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