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Chapitre 13

Sans pitié…

Traduction · Pizzflc, Relecture · Mael7523m. Lecture ~8 min

Une fois que Lana eut terminé de la maquiller, Monica retourna assister au tournoi, mais fut accueillie par une scène pour le moins incongrue dans les gradins. Si tous les spectateurs prenaient place sur les chaises fournies par l’académie, un individu faisait exception en s’asseyant directement à même le sol. Il s’agissait de Roberto Vinkel, l’homme qui avait imprudemment demandé Monica en fiançailles en se basant sur une logique d’échecs, avant de se faire proprement éconduire. Un bout de papier collé sur son dos affichait ces mots : « Je réfléchis. » À sa gauche et à sa droite se tenaient Félix, arborant un large sourire, et Cyril, l’air renfrogné. Derrière eux, Redding, le conseiller du « Temple », surveillait Roberto d’un air sévère, les bras croisés. Alors que Monica observait cette atmosphère pesante et inaccessible, Roberto finit par la remarquer, se redressa d’un bond et haussa le ton.

—Mlle Monica, une fois ce tournoi terminé, j’aimerais continuer à discuter du sujet précédent…

Le professeur Redding asséna un coup de poing sur le crâne de Roberto pour punir son obstination, tandis que Félix et Cyril, postés de chaque côté, assenèrent une remarque glaciale au malheureux qui se massait la tête en grimaçant.

—Vinkel, je crois que je ne vous ai pas encore donné la permission de parler.

—Toute action qui perturbe les participants avant le match est strictement interdite.

Un froid glacial, presque effrayant, enveloppait le coin où s’était figé Roberto. Apercevant Monica perdue et nerveuse, Elliot et Benjamin l’invitèrent d’un geste à les retrouver. Ne se le tenant pas dire deux fois, elle détala pour les rejoindre au plus vite.

—Qu’est-il arrivé au siège là-bas…

—Fais comme si tu n’avais rien vu. Et ne me demande pas ce qui s’est passé pendant ton absence. Parce que je n’ai rien vu. Ok, je le répète. Je n’ai rien vu du tout.

—Je n’avais aucune idée que le président du conseil des élèves, célèbre pour son comportement doux, pouvait être aussi impitoyable… J’ai certainement entendu le Requiem de Georg Altmaier, « La colère de Dieu se déversera ici », joué dans mon esprit à ce moment-là !

Monica ignorait tout des détails, mais une chose était sûre : quelque chose de terrifiant venait de se produire. Jugeant qu’il valait mieux l’ignorer, elle acquiesça sagement aux conseils d’Eliottt.b Aucun des joueurs du camp de Minerva n’avait encore pointé le bout de son nez, et ni les compétiteurs ni leurs professeurs conseillers n’étaient en vue. Mais au moment même où les trois représentants de l’académie Serendia prirent place, le trio de Minerva fit son entrée in extremis. En tête de groupe marchait Bernie Jones. Monica s’attendait à ce qu’il occupe le siège de capitaine… pourtant, à sa grande surprise, il passa devant Eliottt et s’installa sur la chaise située juste en face d’elle. Un geste qui fit hausser un sourcil à Eliottt, lequel se tourna vers Bernie.

—Hé, tu n’es pas assis à la mauvaise place ? Tu es le capitaine, non ?

—On vient de soumettre un changement de rôle. Donc je suis presque sûr que c’est bien mon siège.

Bien qu’initialement promu capitaine, Bernie avait basculé au poste de premier joueur, considérant Monica comme une rivale d’un niveau suffisant. Un choix perçu par Eliottt comme une provocation caractérisée. Chassant de son visage son insouciance coutumière, Eliottt fixa Bernie d’un regard glacial.

—Je pense que ce n’était pas un geste très intelligent.

—Je sais que c’est irrespectueux. Cependant, il y a certaines circonstances que je ne peux tout simplement pas abandonner.

Outre Bernie, les deux autres membres de l’équipe de Minerva paraissaient eux aussi passablement désorientés. Ce changement de rôle de dernière minute relevait manifestement d’une initiative personnelle de Bernie. Monica, quant à elle, était surprise, mais nullement déstabilisée. Chose étrange, son esprit était d’un calme absolu. Ce Bernie qui s’était révélé si terrifiant par le passé ne l’effrayait plus le moins du monde. Détachant son regard d’Eliottt, Bernie se tourna vers Monica. Ses yeux semblaient lui dire :

« Regarde-moi, sois plus conscient de moi »

Toutefois, la fixation de Bernie rata sa cible et ne toucha plus l’âme de Monica. Dès l’instant où ses yeux se posèrent sur l’échiquier, le jeu devint son unique horizon. Bernie n’y avait plus sa place, chassé de ses pensées.

—Ayons une bonne partie.

—Ayons une bonne partie.

Le premier mouvement fut l’œuvre de Bernie, auquel Monica répondit sans tarder par son propre coup. L’approche de Bernie sur l’échiquier se révélait farouchement agressive, portée par une obsession de la victoire l’amenant à multiplier les sacrifices de pièces. Hélas, ce barrage se heurta de plein fouet au mur dressé par Monica. Bien qu’investi du rôle de capitaine — ce qui supposait une puissance redoutable —, son jeu restait vulnérable, miné par cette disposition à tout sacrifier pour triompher. À quoi bon aligner sacrifices, manœuvres et stratégies ? Monica pulvérisa les offensives de Bernie l’une après l’autre, avec une exactitude froide. Une cruauté rappelant celle avec laquelle elle avait jadis abattu une wyverne d’une balle entre les deux yeux. Assistant à la scène depuis les tribunes, Claudia suivit les soubresauts de l’affrontement et laissa échapper une exclamation :

—Elle est vraiment impitoyable…

Bien peu d’individus avaient le don de faire dire à Claudia, connue pour la sécheresse de ses propos, qu’une personne était impitoyable. S’enquérant de la situation, Glenn, peu familier des échecs, tourna son regard vers Neil en fixant l’échiquier géant.

—Euh, Monica sera-t-elle capable de gagner ?

—Ce n’est pas qu’elle ne pourra pas…

Neil secoua la tête, le visage grave.

—Elle a déjà gagné.

—Hein ?

Les yeux exorbités, Glenn poussa une exclamation incrédule. Une telle stupéfaction se concevait aisément, le match ayant débuté depuis une vingtaine de minutes seulement.

—Si Monica a déjà gagné, pourquoi le match continue-t-il ?

—À ce stade, la victoire de Mlle Norton est presque certaine. Cependant, son adversaire n’est pas prêt à admettre sa défaite et continue à se battre… Il veut à tout prix que le match finisse dans une impasse. Comme il perdrait toute sa fierté s’il perdait en vingt minutes après avoir fait tout son possible pour s’abaisser à être le premier joueur du capitaine, il fait de son mieux pour gagner du temps…

—Pauvre de lui…

Glenn jeta un regard compatissant à Bernie. À ses côtés, Lana, qui était restée silencieuse jusqu’alors, croisa les bras et poussa un reniflement hautain.

—Ouai, Monica est différente aujourd’hui.

—Alors comment se fait-il que ce soit toi qui sois si excitée à ce sujet ?

—Bien sûr que je serai excitée puisque c’est mon amie qui a gagné le match. Si c’était moi, je serais heureuse et fière si quelqu’un me complimentait sur quelque chose que j’aime.

Tandis que Lana redressait son menton fin avec assurance, Monica abattait ses cartes en prononçant sans un bruit l’arrêt de mort de la partie : échec et mat.


—Échec et mat.

Ainsi parla Monica. Au même instant, Bernie se mit à trembler de tout son corps en se passant nerveusement la main dans les cheveux. Monica fixait le plateau d’un air absent. Elle ne voyait plus que les pièces noires et blanches, ignorant totalement Bernie. Elle avait toujours été ainsi. Toujours absorbée par sa passion, sans jamais lui prêter la moindre attention. Au fond, il s’en était rendu compte. Monica était un véritable génie, tandis qu’il n’était qu’un type ordinaire, tout au plus un peu plus doué que la moyenne. Il savait pertinemment qu’il se heurtait là à un mur infranchissable qu’il ne parviendrait jamais à surmonter.

—Merde…

Quand Bernie se redressa dans un fracas de chaise et s’enfuit hors de la pièce, Monica ne fit pas un geste pour l’appeler ou le suivre. Jusqu’à la toute dernière fraction de seconde où il disparut hors de la salle, ses yeux restèrent rivés sur les pièces de l’échiquier. Telle était la réalité.

—Merde, merde, merde !

De retour dans la salle d’attente, Bernie frappa violemment le mur du poing. Il savait pertinemment que son comportement manquait cruellement d’intelligence. Malgré cela, il ne pouvait s’empêcher de chercher un coupable à blâmer.

—Humm, Jones…

Frappant discrètement à la porte, Pittman s’approcha de Bernie. Apparemment, il l’avait suivi sans bruit depuis la salle de spectacle.

—Écoute, je sais que c’est frustrant de perdre, mais tu ne peux pas continuer à rester ici, tu sais. Je veux dire, tu dois saluer les autres participants à la fin du match.

—Je suis désolé. Je reviendrai dans un petit moment.

—D’accord… Mais ne rentre pas trop tard, ou ce professeur à l’air effrayant te regardera fixement…

Il faisait probablement allusion à Boyd, le professeur d’échecs de l’académie Serendia, qui arborait un visage terrifiant. Il avait effectivement l’impression que ce regard de mercenaire, empreint d’une cruauté féroce, le pousserait à supplier pour sa vie s’il venait à se poser sur lui.

—Attendez.

Bernie fut soudain saisi d’un étrange malaise. Non, à vrai dire, ce sentiment lui était déjà familier, ce n’était pas la première fois qu’il l’éprouvait. S’il ne l’avait pas remarqué plus tôt, c’est tout simplement parce qu’il était trop absorbé par le stress de son match, mais cela s’était déjà produit lorsqu’il se trouvait dans la salle du personnel. Une fois sa colère envers Monica retombée, il reporta son attention sur Pittman.

—Professeur Pittman, puis-je vous demander de me réapprendre les échecs quand nous retournerons à Minerva ?

—Bien sûr, si tu es d’accord.

À ces mots, Bernie fut convaincu.

—Qui êtes-vous ?

À cette question, Pittman écarquilla les yeux d’incrédulité.

—Hein ? Qu’est-ce que tu veux dire par « qui » ? Je suis Eugène Pittman. Le professeur de Minerva.

—Le professeur Pittman que je connais est un conseiller du club d’échecs qui est terrible aux échecs. Il a toujours dit lui-même qu’il n’y avait rien qu’il puisse nous apprendre, tant il est nul.

—Eh bien, il y a des moments où j’aimerais montrer mes compétences devant mes élèves, vous voyez.

—Alors pouvez-vous me dire quelles matières vous enseignez ? Quelle est votre spécialité en magie ?

Pittman se tut alors que les questions fondaient sur lui en une volée serrée. En y réfléchissant bien, c’était pour le moins étrange. Ancien élève de Minerva, Pittman ne pouvait tout simplement pas ignorer McGreggan, qui dispensait des cours de magie pratique à Minerva depuis des années lorsque, tous deux, ils avaient franchi le seuil de la salle du personnel. Et pourtant, à ce moment-là, il avait déclaré ceci ; « Connaissez-vous ce vieil homme ? » Il en allait de même pour le professeur Boyd. Il était pour le moins bizarre que Pittman, qui avait pris part au tournoi d’échecs en tant que conseiller, ait pu oublier son nom.

—Je vais vous le redemander, qui êtes-vous ?

Lorsque Bernie posa cette question d’un ton inquisiteur, le sourire incertain de Pittman s’effaça pour laisser place à un rictus aux lèvres incurvées en arc de cercle.

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