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Chapitre 8

Persévérance

Traduction · JGarden, Relecture · Angeloids, Édition · Angeloids. Lecture ~12 min

Yume était couchée sur le sol, cachée derrière un tronc d’arbre. Haruhiro s’approcha d’elle, faisant attention à chacun de ses pas pour faire le moins de bruit possible. Il lui tapota doucement l’épaule. Yume se retourna et étouffa un cri de surprise.

—Qu’est-ce que tu as trouvé ? demanda Haruhiro à voix basse.

Yume fit un signe de la tête et commença à faire des gestes incompréhensibles avec ses mains. Est-ce que cela signifiait quelque chose ? Haruhiro ne comprenait rien, alors à la place il décida de jeter un coup d’œil pour mieux comprendre. Il était là. Il était midi passé. C’était leur deuxième jour sur le terrain en tant qu’apprentis de la Red Moon. Ils étaient retournés dans la forêt et avaient repéré une source d’eau fraîche. C’était là qu’ils l’avaient repéré.

Il était maigre, de la taille d’un enfant. Il était couvert de boue et sa peau ridée renvoyait une teinte jaunâtre. Des touffes de cheveux ressemblant à des algues avaient poussé sur sa tête. Ses oreilles n’étaient pas arrondies et se terminaient en pointes. Il tournait le dos à Haruhiro, de telle sorte que celui-ci ne pouvait pas voir son visage. Il ne portait aucun vêtement, mais autour de son cou, il y avait une espèce de corde.

Un gobelin de boue. Il était à quatre pattes et faisait un bruit étrange alors qu’il buvait à la source.

Haruhiro prit une lente inspiration afin de rester le plus discret possible. Il regarda derrière lui. Les quatre autres, Manato, Ranta, Shihoru et Moguzô, étaient un peu en retrait. Ils ne laissaient apparaître que leurs têtes derrière des arbres. Ils avaient tous les yeux posés sur Haruhiro.

Il leur fit un signe de la tête. Les autres le lui retournèrent. Ils en avaient enfin trouvé un. Ils allaient réussir. Ils devaient réussir. Ils n’avaient pas d’autres choix que de réussir. Mais comment leur faire signe d’y aller ? Ils ne s’étaient pas vraiment mis d’accord sur le signal qu’ils devaient faire. Quel serait le bon ? Il leva la main gauche, autant qu’il le pouvait. Il était nerveux. Beaucoup plus nerveux que l’instant d’avant.

Ça craint. Reste calme. Faisons-le. Réglons ça.

Il baissa la main et, dans un cri, Ranta chargea le premier. « Quel idiot ! », ne put s’empêcher de penser Haruhiro. Le gobelin, désormais averti, se retourna dans leur direction.

—Il s’échappe ! cria Haruhiro.

Le gobelin s’enfuyait sur sa droite. Yume tira une flèche. Celle-ci n’atteignit pas sa cible, mais elle se planta juste devant les pieds de la créature. Le gobelin poussa un cri de surprise et tomba sur ses fesses.

—Bien joué, Yume ! enchaîna Haruhiro tout en sortant sa dague pour se lancer à la poursuite du gobelin, malgré sa réflexion envers Ranta quelques instants plus tôt pour le même geste.

Il avait le sentiment que ce n’était pas vraiment le rôle d’un voleur, mais tant pis. Ils devaient réussir. Il ne pouvait laisser pas le gobelin s’enfuir.

Les gobelins de boue, de leur naissance jusqu’à leur mort, ne se lavaient jamais. Celui-ci avait des yeux de fouine au regard mauvais, des dents noires et une langue pourpre et un visage ressemblant en tout point à celui d’une vieille sorcière. Il ne portait rien à part un collier. Il était complètement nu et devait passer sa vie comme ça. Le gobelin regarda Haruhiro et poussa un cri. Il ne comprenait pas vraiment ce qu’il se passait, mais la créature arriva droit sur lui. Vraiment ? Il veut se battre ? À six contre un. Peut-être qu’il ne comprend pas la situation.

Il se mit en garde et visa le poignet de la créature. Haruhiro porta un coup avec sa dague. Le gobelin poussa un cri rauque et sauta en arrière, dans la source. Il l’avait raté ? Non, du sang d’un rouge pourpre coulait d’une blessure légère à sa main gauche. Haruhiro n’avait réussi qu’à l’effleurer. Le gobelin sauta hors de l’eau et chargea de nouveau son adversaire.

Il approche ? Il approche encore ? Impossible ! Pourquoi cette sale bête continue de charger ? pensa Haruhiro.

Le gobelin hurlait, comme pour se donner du courage. Haruhiro esquiva rapidement sur la gauche et réussit à éviter la charge du gobelin.

—Frappe haineuse ! cria Ranta tout en sautant vers le gobelin.

Il balançait avec agressivité sa longue épée, mais n’avait aucune précision. C’était logique qu’il rate son coup. Dans son élan, il glissa sur le sol et s’écrasa par terre.

Le gobelin cria et fonça droit sur Ranta. Il sauta dans les airs pour l’attaquer. Ranta, toujours à terre, ne pouvait rien faire. Heureusement, Manato le frappa à l’épaule avec son bâton, parvenant à dévier son attaque au dernier moment. Le gobelin poussa un autre cri et recula.

—Malik em… commença à incanter Shihoru. Mais elle fut rapidement coupée par Ranta qui luit criait dessus.

—Tu as encore les yeux fermés !

—Désolée ! s’excusa rapidement Shihoru qui recula de quelques pas, à cause d’un moment de panique.

—Moguzô, place-toi devant lui ! dit Manato en pointant du doigt le gobelin.

—Tous les autres, encerclez-le ! Ne le laissez pas s’enfuir !

Moguzô montra son approbation d’un grognement et courra aussi vite que lui permettait sa lourde armure vers le gobelin.

Une fois en position, il pointa son épée à deux mains vers sa cible.

—J’imagine que je n’ai pas le choix ! » marmonna Ranta.

Il se releva et se plaça à la droite du gobelin. Manato resta sur la gauche tandis qu’Haruhiro et Yume, son coutelas à la main, étaient derrière. Shihoru avait maintenant les yeux ouverts et pointait sa crosse vers le gobelin.

La créature regardait autour d’elle de manière frénétique. Elle s’efforçait de trouver une ouverture, mais il n’y avait aucune issue. Le gobelin alors poussa un cri strident. Il voulait s’enfuir, mais ne savait pas par où se diriger. Tout se passait conformément au plan de Manato.

—Moguzô ! Effraie-le ! Ranta toi aussi ! Mettez-lui la pression ! ordonna Manato.

Moguzô lâcha un cri de guerre et commença à faire des petites attaques avec son épée. Une, deux, trois fois. Le gobelin esquiva facilement tous les coups de Moguzô, mais pendant qu’il était focalisé sur son adversaire, Ranta commença à le frapper avec son épée. Le gobelin ramassa une branche morte et la lança vers Ranta.

—Oh ! s’écria Ranta surpris.

Il recula et parvint difficilement à dévier la branche avec le plat de sa lame. Le cercle avait été rompu. Le gobelin essaya de s’enfuir par l’espace libéré par Ranta, mais Manato était là. Il refusait de le laisser s’enfuir. Le gobelin poussa un cri de douleur quand le sceptre de Manato frappa son épaule.

Il commença à charger Manato, poussant un cri si terrible, qu’il en donna des frissons à Haruhiro. Même Manato eut un mouvement de recul. Le gobelin était désespéré. Il ne voulait pas mourir. Il n’allait pas rester là et attendre sagement qu’on vienne lui trancher la gorge. La créature allait essayer de les tuer pour pouvoir rester en vie. Et si sa mort était inévitable, le gobelin était déterminé à en apporter le plus possible avec lui dans la tombe.

—Vous tous ! cria Ranta, en léchant ses lèvres plusieurs fois.

—Ce n’est pas le moment d’être effrayés ! C’est tuer ou être tué ! Je vais m’en occuper et obtenir mon premier Vice !

—Ne fait pas l’idiot ! le mis en garde Manato, alors qu’il portait un nouveau coup avec son bâton.

Cette fois, c’était sur la tête de la créature. Sans faire attention au sang qui coulait, le gobelin regarda Manato et essaya de le frapper avec ses poings.

—Il est coriace, murmura Yume d’une voix tremblante.

Bon sang pensa Haruhiro.

Un ruisseau de sang coulait de la tête de la créature et pourtant, il avait l’air d’aller parfaitement bien. Moguzô lui lança trois coups avec sa longue épée. N’ayant pas le choix, le gobelin recula, se rapprochant de Yume et d’Haruhiro.

—Voilà notre chance, Haru ! dit Yume.

Je rêve ou elle vient de m’appeler « Haru » ?

Mais elle avait raison, c’était maintenant ou jamais. Alors qu’Haruhiro s’approchait avec sa dague, le gobelin se tourna vers lui. L’adolescent repoussant son envie de fuir, lui lança plusieurs attaques rapides. Un des coups porta ses fruits. Il le savait, car sa dague avait rencontré quelque chose de dur. C’était l’avant-bras droit du gobelin. Surpris, il retira sa dague.

En dehors de ses exercices d’entraînement, c’était la première fois qu’il portait réellement un coup avec sa dague. La sensation lui donna des nausées.

Le gobelin s’agitait dans tous les sens, répandant des germes de sang un peu partout. Il bougeait au hasard, effrayant chaque membre du groupe à tour de rôle. C’était du six contre un. L’équipe l’encerclait complètement. Ils pouvaient attaquer de n’importe quel côté, mais personne ne bougeait. Tout le monde respirait difficilement. Même Moguzô, et ce n’était pas à cause de son armure lourde. On l’entendait haleter de manière saccadée.

C’était quoi leur problème ? pensa Haruhiro qui essayait de se calmer.

Pourquoi ils n’attaquent pas ? Le gobelin est si puissant que ça ? Ou bien parce qu’on est trop faible ? Est-ce qu’on est vraiment capables de le faire ? Non, on ne peut pas le faire.

En y pensant rationnellement, c’était impossible qu’ils y arrivent. Haruhiro n’était pas fait pour le combat. Aucun d’entre eux d’ailleurs. C’était n’importe quoi. Tout était allé si vite. Pourquoi ils faisaient ça ? Il ne vaudrait pas mieux s’arrêter là ? Qu’est-ce qu’ils feraient s’ils s’arrêtaient maintenant ? Qu’est-ce qu’il leur arriverait ?

—Personne n’a dit que ce serait facile ! cria Manato.

—C’est un combat à mort ! Nous ou le gobelin… Nous combattons tous pour nos vies ! L’issue détermine qui vit et qui meurt ! Personne, ni vous, ni moi, ni personne ne souhaite mourir !

—Marik em Park ! s’exclama Shihoru.

Une boule de lumière jaillit de sa crosse. Elle vola entre Moguzô et Ranta et frappa le gobelin en plein visage. Le gobelin hurla de douleur.

—Maintenant ! commanda Manato, tout en s’élançant pour frapper le gobelin.

Ranta frappa de son épée avec un cri. La lame toucha le bras droit du gobelin.

—Quoi ! J’ai frappé un os ? S’exclama Ranta, surpris.

Moguzô leva sa longue épée au-dessus de lui et frappa de toutes ses forces la tête du gobelin. Le coup était si violent que l’épée s’enfonça légèrement dans son crâne.

C’était terminé.

—Oui ! s’exclama Ranta, il leva un poing en l’air en signe de victoire.

Haruhiro commença à expirer, soulagé, avant de retenir son souffle brusquement. Le gobelin s’était redressé sur ses pieds et il bougeait extrêmement vite.

—Impossible… dit Yume, médusée.

Ça ne peut pas arriver, pensa Haruhiro.

Mais il n’y avait aucun doute. Le gobelin s’échappait. Même Manato fut stupéfait. Il reprit ses esprits et frappa les jambes du gobelin avec son bâton, mais le gobelin évita le coup. Et maintenant, il se dirigeait droit sur lui. Est-ce qu’il allait vraiment essayer de passer ?

—Comme si j’allais te laisser faire ! s’exclama Haruhiro.

Il lui fit un croche-pied alors qu’il tentait de passer devant lui. Cette fois incapable d’esquiver, le gobelin tomba. Moguzô s’approcha, prêt à frapper de nouveau, mais fut coupé dans son élan.

—Moguzô, dégage de là ! Je vais l’achever ! cria Ranta.

Haruhiro se tourna vers Moguzô, détournant son regard du gobelin pendant un instant. Il y eut un bruit atroce, puis le rire de Ranta vint combler le vide ambiant. Celui-ci criait :

—Regardez-moi, seigneur Skullheill ! Votre chevalier noir a pris une vie de ses propres mains. Il vous offrira une partie de son corps en offrande à l’autel contre un Vice ! Les oreilles sont un peu grandes… Un croc serait parfait !

Haruhiro regarda dans la direction de Ranta, où le gobelin supposé mort gisait. Mais quelque chose n’allait pas. Shihoru laissa échapper un petit cri, les larmes aux yeux.

—Il n’est pas mort… dit doucement Yume. Elle joignit ses mains et murmura quelques mots en guise de prière.

—Non, il n’est pas encore mort… confirma Haruhiro.

—On doit l’achever, dit Manato en levant son bâton au-dessus de la tête de la créature.

—Abrégeons ses souffrances.

Haruhiro voulait détourner les yeux, mais il avait le sentiment qu’il devait voir ce dernier instant. Manato donna le coup fatal au gobelin et confirma qu’il ne respirait plus. Il fit un geste qui ressemblait à un hexagramme et donnait l’impression qu’il allait faire une prière, mais il n’en fit rien. Peut-être qu’il ne voulait pas se lamenter pour avoir simplement fait son travail.

—Manato ! s’écria Ranta en le pointant du doigt.

—Salaud ! Tu as volé ma victoire ! Je t’avais dit que j’avais besoin de collecter des Vices !

Manato se força à sourire avant de gratter sa tête.

Désolé. Je n’y avais pas pensé.

—Être désolé ne suffit pas !

—C’est bon ! Je t’ai dit que je ne l’avais pas fait exprès.

—Rien à foutre ! Je veux le refaire ! Je veux tout refaire ! Comment tu comptes me dédommager ? De toute manière tu ne pourrais même pas ! Mon tout premier Vice… Ruiné ! gémit Ranta.

Il tomba à genoux et frappa le sol de son poing. Puis quelques instants plus tard, il se releva.

—Bon, peu importe.

Haruhiro cligna des yeux de stupéfaction.

—C’est tout ?

—Ce qui est fait est fait dit Ranta.

Il s’accroupit près du corps du gobelin.

—Beurk, c’est dégueulasse. Cette chose qui pend à son cou, c’est notre récompense, non ? C’est quoi ?

Haruhiro s’accroupit près de Ranta. Il essaya de ne pas trop regarder le corps et se concentra sur la corde qui pendait à son cou.

—Qu’est-ce que c’est ?

Plusieurs petits objets étaient accrochés à la fine corde. L’un d’eux ressemblait à une sorte de croc d’animal avec un trou. Un autre objet était sale, mais… Oui, ça ressemblait bien à une pièce.

—Une pièce d’argent ? tenta de deviner Haruhiro.

—Mais il y a un trou à l’intérieur…

—Génial ! s’écria Ranta. Il s’apprêtait à tirer sur la corde avant de se raviser rapidement.

—Haruhiro, toi vas-y. Il est trop sale pour que je le touche.

—Bien dit Haruhiro.

Il coupa la corde avec sa dague avant d’en retirer le croc et la pièce. C’était bien une pièce d’argent, endommagée certes, mais ça restait de l’argent.

—Je me demande si on peut la vendre… Comment a-t-il réussi à faire un trou dans un métal aussi solide ?

—Peu importe, dit Manato en mettant une main sur l’épaule de son camarade.

—Ça compte comme notre première victoire.

—Et c’est grâce à moi ! dit Ranta qui bombait tellement son torse qu’il aurait pu en tomber.

—En partie. Oui, dit Yume froidement.

Ranta lui tira la langue.

—Alors tu m’en veux toujours ? Je t’ai seulement traité de planche à pain. Remarque, à être aussi têtue, c’est normal que tes seins ne grossissent pas.

—Être têtu n’a rien à voir avec la taille de ma poitrine ! s’écria Yume.

—Peu importe ! De l’eau a coulé sous les ponts depuis notre petit accroc ! Je vais le dire clairement, l’entêtement conduit aux petites poitrines et c’est ainsi depuis la nuit des temps !

—Les poitrines sont belles petites ou grosses !

—Planche à pain ! Planche à pain ! Planche à pain !

Le visage de Yume vira au rouge et ses joues lui donnèrent un air de poisson-globe. Elle encocha une flèche à son arc et visa Ranta.

—Je vais tirer, et j’ai le sentiment que je ne vais pas te rater !

—Attends ! Pardon ! Je te demande pardon !

Ranta fit demi-tour et s’agenouilla avant de se prosterner.

—Je vais arrêter ! Je vais arrêter alors pardonne-moi !

—Je n’ai pas entendu de « s’il vous plaît ». Et ce que tu dois dire c’est « S’il vous plaît, trouvez la bonté dans votre cœur de me pardonner, mademoiselle Yume ! »

—Mademoiselle Yume ! S’il vous plaît, je suis désolé, pardonnez-moi, je vous en supplie, je ferai tout ce que vous voudrez !

—Hmm, non, je ne suis pas convaincue.

Les joues de Yume étaient toujours gonflées. Elle abaissa un peu son arc et indiqua la source avec son menton.

—À la place tu vas sauter dans l’eau.

—Quoi ?

—La source, saute dedans. Saute et je te pardonnerai pour ce que tu viens de dire.

—Espèce d’idiote ! Qu’est-ce que tu crois ? Que je vais sauter ?

Yume releva son arc.

—Très bien. Alors je n’ai qu’à tirer.

—Non ! Je vais sauter. De tout manière, j’avais prévu d’y aller.

—Bonne chance dit Haruhiro en donnant une tape sur l’épaule de Ranta.

—Sois prudent, lui dit Manato avec un sourire.

Ranta en réponse grommela :

—Comme si je n’étais pas prudent…

Alors qu’il se préparait à se jeter dans la source, Shihoru murmura :

—Il l’a bien mérité…

Haruhiro l’entendit, ce qui n’était pas le cas de Ranta qui était déjà dans l’eau.

—C’est sûr, il va attraper froid, fit remarquer Moguzô.

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