L’aube n’allait pas tarder à pointer le bout de son nez. Peu importait les morts, l’aube se levait toujours. Il était bientôt huit heures et tout le monde était rassemblé à la porte nord d’Ortana. L’écho des cloches de huit heures n’avait pas encore disparu que Ranta, au loin, semblait déjà en conflit avec leur nouveau compagnon.
—Et donc la voici ! Dit-Il alors qu’il semblait dans une profonde détresse.
—Je voudrais donc vous présenter notre nouvelle camarade ! Faites un tonnerre d’applaudissements pour Merry, notre nouvelle prêtresse !
Haruhiro et Moguzô applaudirent avec hésitation, mais Yume et Shihoru étaient de toute évidence choquées. Elles avaient été réveillées en hâte le matin même et amenées ici. Haruhiro comprenait leur confusion. Il aurait été bizarre qu’elles ne soient pas surprises.
Toutefois, de son côté, Merry ne fit aucun effort pour les saluer. Aux premiers abords, la jeune femme semblait froide et très têtue. Pas vraiment le genre facile à approcher. Haruhiro aurait souhaité cependant qu’elle y mette un peu du sien. Haruhiro commençait à comprendre pourquoi Kikkawa avait dit que même leur groupe pouvait la recruter.
Ranta refit un geste vers Merry.
—Un tonnerre d’applaudissements pour Merry…
—Enchantée bégaya Shihoru en hochant légèrement la tête.
—Bonjour… dit-en hésitant Yume tout en s’inclinant légèrement.
Merry ne répondit pas. Ses yeux fixèrent avec attention les deux filles. Haruhiro, aussi, avait été sujet au même examen la nuit dernière.
Il y avait une chose, cependant, qu’il devait reconnaître. Elle était belle. Pas juste normale, ou d’une beauté quelconque. Ses grands yeux, la courbure de ses lèvres, la forme de son nez, l’éclat de ses cheveux. Elle n’était pas juste « jolie ». Sa beauté dépassait tout ce qui existait en ce monde. Haruhiro avait du mal à croire qu’elle était humaine comme eux.
Mais qu’est-ce qui me fait penser ça ? L’ensemble peut-être… Son joli visage, sa silhouette, d’un coup d’œil on peut voir qu’elle est juste… différente. C’est l’aura qu’elle dégage. C’était tellement puissant, qu’au début, j’ai eu du mal à me tenir devant elle. Mais maintenant, je peux le voir. Ses yeux… ils sont froids. Anormalement froid. Cette femme va nous poser problème. C’est le genre de femmes, dont il vaut mieux apprécier la beauté de loin.
Malheureusement, les circonstances actuelles faisaient qu’ils avaient dû la recruter dans leur équipe. D’après Kikkawa, peu de membres de la Crimson Moon étaient sans équipes, et encore moins les prêtres. Les prêtres talentueux étaient très prisés et peu étaient disponibles. Les équipes étaient donc constamment en compétition pour les recruter. De plus, Haruhiro et les autres étaient encore des apprentis. Ils ne pouvaient donc pas faire jeu égal avec des groupes de vétérans comme ceux de Kikkawa. Même l’équipe de Renji, formée au même moment, était considérée comme supérieure.
Pour faire simple, l’équipe de Haruhiro était située tout en bas de l’échelle de la Crimson Moon. Tellement bas qu’ils n’étaient pas en position de choisir. Que ce soit Merry ou quelqu’un d’autre, ils devaient s’estimer heureux d’avoir trouvé un prêtre qui accepte de les rejoindre.
Merry repoussa une mèche de cheveux et tourna son regard vers Haruhiro.
—Tout le monde est là ?
—Euh…
Haruhiro baissa rapidement la tête. Ses yeux revenaient immanquablement sur la jeune femme. Ce n’était pas juste. En tant que prêtresse, elle portait des vêtements blancs bordés de bleu qui mettaient parfaitement en valeur ses courbes, malgré la coupe ample de sa robe.
—Ouais… En te comptant, on est six, poursuivit Haruhiro.
—Je vois, dit-elle avec une pointe d’ironie.
—Bien. Tant que j’ai ma part, je m’en moque. Où va-t-on ? Damrow ?
—Ouais… Je pense…
Haruhiro regarda ses compagnons. L’ambiance générale est loin d’être au beau fixe.
Est-ce que ça va bien se passer ?
—Tu penses ? dit Merry.
—Sois plus clair.
—Damrow. On va à la vieille ville de Damrow. À la recherche de gobelins… On ne connaît pas vraiment d’autres créatures.
—Bien. On accélère alors. Je vous suis.
—Euh… dis Ranta en évitant volontairement de regarder Merry.
—Est-ce que tu pourrais parler un peu plus… Euh… et agir un peu moins… Tu sais…
Les yeux glaciaux de Merry semblèrent le transpercer.
—Quoi ?
—Rien ! répondit Ranta rapidement.
—Désolé, oublie ce que je viens de dire…
Merry fait peur. Elle est terrifiante. Elle est même plus que terrifiante. Elle est vraiment… comme Kikkawa l’avait décrite.
D’après celui-ci, elle avait plusieurs surnoms. « Merry, la démone » et « Merry, la terrible » en faisaient partie. Merry était presque toujours sans équipe et recevait souvent des invitations de la part de groupe à la recherche d’un prêtre.

Elle ne refusait aucune invitation, mais elle ne restait jamais très longtemps dans ceux-ci. On disait d’elle qu’elle prenait de haut ses compagnons et que sa fiabilité en tant que prêtresse était discutable.
Les rumeurs allaient bon train. C’est sûr, c’était une beauté, mais elle n’avait pas l’esprit d’équipe. Et visiblement, elle acceptait tout aussi rapidement les invitations à rejoindre un groupe qu’elle refusait les rendez-vous galants.
Des refus à la vitesse de la lumière, il paraît. Kikkawa en a lui-même fait l’amère expérience. Il a quand même fait preuve d’un sacré courage pour avoir osé l’inviter à sortir. Tu es incroyable Kikkawa ! pensa Haruhiro avec sarcasme.
Pendant presque une heure, soit pendant toute la durée du trajet vers Damrow, personne ne dit mot. C’était un silence bizarre. Le genre de silence qui mettait mal à l’aise. Moguzô et même Ranta étaient complètement terrifiés par Merry. Yume et Shihoru la regardaient avec méfiance, doute et incertitudes. Elles paraissaient confuses et en colère en même temps. Haruhiro n’avait aucune idée de comment réagir. Peut-être étaient-elles fâchées de l’attitude de Merry ? Peut-être étaient-elles fâchées de l’arrivée d’un nouveau prêtre si peu de temps après la mort de Manato ?
En réalité, une petite partie d’Haruhiro pensait qu’il aurait peut-être été préférable d’attendre un peu plus longtemps. Et surtout, les deux jeunes femmes n’avaient pas été consultées sur le fait d’inviter Merry. Ils l’avaient décidé, seuls, à la taverne. Seulement à trois.
J’aurais dû y réfléchir plus que ça. Manato n’aurait jamais laissé les choses tournées comme ça. C’est trop tôt pour nous de revenir ici. Beaucoup trop tôt… Damrow… L’endroit où Manato est mort.
—Qu’est-ce qu’on fait si on tombe sur eux ? chuchota Haruhiro à Ranta.
—On les combat, répondit Ranta d’un air sombre.
—Je veux couper les oreilles de ce bâtard de gobelin en armure et de ce hobgobelin pour les offrir sur l’autel du seigneur Skullhell. Je ne serai pas satisfait avant.
—Mais nous ne pouvons pas gagner, dit froidement Shihoru.
—Pas dans notre état actuel.
—Rien à faire, se moqua Ranta.
—Je me battrai quand même.
—Et si tu te fais tuer ?
La voix de Yume était légèrement chevrotante.
—Si Ranta meurt, Ranta perd tout.
Moguzô acquiesça vigoureusement.
—Ne meurs pas. Je ne veux plus voir quelqu’un mourir.
—Bon, on y va ou pas ? dit Merry renfrognée.
—Si on y va, avançons. Si on n’y va pas, très bien. Quoique vous choisissez, faites-le vite.
Ranta claqua sa langue vers elle.
—Fais-le vite, Haruhiro, dit-il.
—Bien…
Qui était leur leader de l’équipe maintenant ? Ranta n’avait pas l’étoffe d’un meneur. Moguzô n’était pas du genre à pouvoir inspirer les autres. Yume et Shihoru étaient pareilles. Et moi alors ? pensa Haruhiro.
Non, je ne suis pas un leader. Je suis incapable de prendre une décision… Mais Manato, je sais ce que tu voulais me demander. À la fin, tu m’as dit « s’il te plaît ». Je sais que tu voulais me dire : « s’il te plaît, prends soin d’eux ». Mais Manato, je ne peux pas. Je ne peux pas le faire. Je ne suis pas comme toi.
—Allons-y… dis Haruhiro aux autres.
Même pour une phrase aussi simple, sa voix tremblait. Il était faible. Il se trouvait pitoyable. Utilisant la carte qu’ils avaient faite, ils cherchèrent dans les zones où ils savaient trouver des gobelins. Maintenant que Manato n’était plus là, attaquer un groupe de trois ou plus était peu judicieux. Malheureusement, ils ne rencontrèrent que des groupes de trois ou quatre gobelins. Ils s’arrêtèrent ainsi à midi pour manger complètement impatient, irrité et las. Quant à Haruhiro, le stress lui avait mis la boule au ventre.
Ils ne pouvaient pas continuer comme ça, et ce n’était pas qu’une question d’argent. Haruhiro avait pris sa décision. Ils avaient un prêtre, après tout, s’ils ne trouvaient pas de groupes de deux gobelins, ils iraient jusqu’à des groupes de trois. D’une façon ou d’une autre, ils s’en sortiraient.
Leurs cibles apparurent peu après. Trois gobelins debout autour d’un feu de camp dans une zone à découvert entourée d’un mur effondré. Le premier était équipé d’une armure en cotte de mailles et portait une lance courte. Les deux autres n’avaient que des vêtements simples, une hachette pour l’un et une épée courte pour l’autre. Le gobelin à la lance, plus grand que les autres, semblait être leur leader.
On devrait pouvoir s’en occuper.
—Bon, tout d’abord, Yume, Shihoru, vous attaquerez à distance le gobelin le plus grand. Yume, Merry, Ranta et moi, on s’occupera des deux autres. Pendant ce temps, Shihoru, tu aideras Moguzo sur le gobelin à la lance. Si cela devient difficile pour vous deux, appelez Ranta ou appelez-moi. Une fois que leur chef sera tombé, ce sera facile.
—Attends
La voix de Merry fut aussi tranchante qu’une lame.
—Tu veux que je me batte contre un gobelin ?
—Quoi ? demanda Haruhiro surpris.
—Est-ce… un problème ? Pourquoi ?
—Je ne me bats pas en première ligne. Je suis une prêtresse. C’est évident.
—Eh, ma petite dame… commença à s’énerver Ranta.
Les yeux de Merry le foudroyèrent immédiatement.
—Non, rien, mademoiselle…
Les yeux de Merry, aiguisés comme des dagues, se tournèrent vers Ranta, presque emplis d’une envie de meurtre.
—Mademoiselle ?
—Euh, d’accord, pas « mademoiselle », mais… ce n’est pas juste ! Je peux t’appeler comme je veux !
—Non, tu ne peux pas.
—Merry. Merry alors !
Ranta bouillonnait de rage.
—Ce truc que les prêtres portent, vous ne le promenez pas pour rien, pas vrai ? Ce bâton, c’est pour frapper, pas vrai ? Ou alors tu le portes pour faire joli ?
Merry était debout, regardant Ranta de toute sa hauteur.
—C’est pour faire joli.
—Espèce de…
—De quoi ?
—Merry. Tu… tu es… c’est… Merde ! Je ne sais pas. Peu importe. Fait comme tu veux.
—Je fais toujours comme je veux. Pas besoin de me le rappeler.
—C’est bien vrai…
Ranta riait jaune.
—C’est ça… Je m’en doutais. Merde… elle se prend pour qui celle-là ?
—Tu pourrais éviter de parler grossièrement tout le temps ? Ça me salit les oreilles.
Malgré les apparences, ce n’était clairement pas une requête.
—Je suis désolé ! C’est ma faute ! Si ça vous dérange tant, vous pouvez vous boucher les oreilles en permanence !
—Pourquoi devrais-je me donner la peine de faire quelque chose d’aussi ennuyeux ?
—C’est bon ! C’est bon ! dit Haruhiro en se massant les tempes.
—On a compris. Merry restera en arrière et fera office de soutien. Reste avec Shihoru. C’est notre mage, donc elle ne vient jamais en première ligne. Ça règle le problème, non ?
Merry jeta un regard glaçant à Haruhiro.
—Je suppose que ça fera l’affaire, finit-elle par dire.
—Très bien. C’est parti.
Haruhiro était autant soulagé que contrarié.
Pourquoi devaient-ils aller en faire autant pour la satisfaire ? Elle n’avait rejoint l’équipe qu’aujourd’hui. Même si elle avait plus d’expériences qu’eux, est-ce qu’elle pouvait au moins les traiter comme des égaux ?
Cependant, Haruhiro n’avait pas les tripes pour lui dire en face. Elle le terrifiait. D’habitude, à ce moment-là, ils se rassemblaient en formant un cercle et joignaient leurs mains au centre pour faire leur petit rituel d’avant-combat, mais cette fois l’ambiance ne s’y prêtait pas.
—Yume, Shihoru, passez devant, dit Haruhiro à la place.
Yume et Shihoru acquiescèrent en silence.
Elles sont tellement fâchées qu’elles ne veulent plus nous parler ? Rien qu’à leurs expressions, on peut voir qu’elles nous en veulent. Ça serait bien qu’elles y mettent un peu plus du leur… Je ne suis pas plus heureux qu’elles de cette situation. Mais quel choix avions-nous ? Elles pourraient au moins essayer de comprendre cela. Il savait bien que s’il en parlait, ça serait sans fin.
Il préféra donc se taire et ravala tout ça profondément en lui. Yume et Shihoru firent ce qu’il leur avait ordonné et partirent devant. Quand la jeune sorcière fut à porter, Haruhiro lui fit signe d’attaquer. En chuchotant, Shihoru récita son invocation alors qu’elle dessinait un glyphe élémentaire avec sa crosse. Yume encocha une flèche à son arc et le banda. La frappe de l’ombre sortit du glyphe de Shihoru et frappa le gobelin à la lance en pleine poitrine. Tout son corps commença à trembler de manière incontrôlable, le faisant lâcher son arme. La flèche de Yume rata sa cible, passant très loin.
—Même pas à côté.
C’était Merry. Ce n’était qu’un léger murmure, mais il était parvenu très distinctement aux oreilles de Yume. Les jointures de ses mains blanchirent sous la colère qu’elle ressentait.
—Ne t’inquiète pas pour ça ! lui dit Haruhiro, alors qu’il sortait sa dague.
Moguzô et Ranta partaient déjà au contact. Haruhiro devait lui aussi rejoindre l’affrontement. Ils allaient tuer ces gobelins. Ils devaient gagner. S’ils perdaient, ils risquaient tous d’y rester. Ils ne pouvaient pas se permettre de perdre.
Moguzô tenta en vain d’atteindre le gobelin sonné, mais il fut intercepté par les deux autres créatures. Ranta engagea le gobelin à la hachette pour soulager Moguzô, mais son compagnon posait problème. Le guerrier ne parvenait pas à s’en défaire.
C’est à moi de jouer.
Il tenta d’en finir rapidement en poignardant son ennemi dans le dos. Mais, au moment où il était en position derrière le gobelin à l’épée, celui-ci se retourna et la dague d’Haruhiro érafla ses côtes. Le gobelin se précipita sur le jeune voleur avec son épée, hurlant de rage.
—Ouah !
Haruhiro recula en esquivant sur la droite.
Les mouvements du gobelin à l’épée étaient habiles et rapides. Moguzô aurait sans doute passé un sale quart d’heure à le combattre. Toutefois, pour l’instant, Moguzô avait d’autres chats à fouetter : le gobelin à la lance se jetait sur lui. Moguzô dévia la lance de celui-ci avec son épée lourde. Ils combattaient maintenant tous à un contre un.
Yume vint en aide à Haruhiro. Elle tenait son coutelas de manière oblique et frappa vers le bas le gobelin à l’épée. Cependant, il se baissa et sauta en arrière de deux mètres, évitant son attaque. Ils rencontraient ce genre de gobelins de temps en temps. Petits, légers et agiles. Ils n’étaient pas très puissants, mais leur capacité d’esquive était extraordinaire.
Quelle plaie, ce gobelin éclaireur va être difficile à abattre.
—Om Lel ekt Ver Dash ! incanta Shihoru.
Elle venait de nouveau d’invoquer sa frappe de l’ombre et celle-ci vola droit vers le gobelin à la lance. Le gobelin l’esquiva. Cependant, Moguzô profita de cette distraction et balança son épée lourde. Il le fit trop vite et son attaque ne rencontra que de l’air. Son ennemi enchaîna alors rapidement plusieurs coups de lance et le guerrier n’eut d’autre choix que de reculer. C’était une lance courte, un peu plus grande que son porteur, mais Moguzô ne pouvait porter un coup sans se trouver à portée d’une contre-attaque.
Maintenant qu’Haruhiro y pensait, c’était la première fois qu’ils affrontaient un ennemi équipé d’une lance. L’inexpérience. Ce devait être une des raisons qui expliquait les difficultés de Moguzô avec son adversaire.
—Argh !
Ranta laissa échapper un cri de douleur alors qu’il reculait. Du sang coulait d’une blessure à sa cuisse.
Du fait de sa petite taille, le gobelin à la hachette balançait son arme dans des mouvements circulaires, cherchant à frapper ses adversaires sous la taille. Ce style de combat était difficile à gérer.
—Yume, je m’occupe de celui-là ! Prends la place de Ranta !
—Ranta, va te faire soigner ! ordonna rapidement Haruhiro.
—Non !
La réponse de Merry fut immédiate.
—Non ? Hein ? Quoi ? Pourquoi ? s’exclama Haruhiro.
—Ce n’est pas une blessure qui nécessite des soins urgents. Pour un petit bobo, retiens-toi.
—Espèce de…
Ranta attaqua furieusement le gobelin à la hachette.
—Merde ! Merde ! Merde ! Ce n’est pas parce que tu es bien foutue que tu peux faire tout ce que tu veux ! Va te faire foutre ! Va te faire foutre ! Va te faire foutre !
Haruhiro et Yume partirent à la poursuite du gobelin éclaireur, mais ne parvinrent pas à le coincer.
—Ranta ! Ta jambe te fait mal ? demanda-t-elle.
—Bien sûr que oui ! cria Ranta.
Il fit une frappe diagonale sur le gobelin à la hachette, mais le gobelin esquiva facilement l’attaque.
—Regarde à quel point je pisse le sang ! Comment je pourrais ne pas avoir mal ? Ça fait mal, putain !
Yume chuta sur le dos après un coup du gobelin éclaireur.
Ça craint ! Yume va se faire tailler en pièces.
Haruhiro se jeta entre la chasseuse et la créature, dague levée, prêt à faire rempart de son corps. Mais plutôt que d’affronter Haruhiro, le gobelin éclaireur sauta en arrière. En une série de petits bonds rapides, il avait reculé au-delà de la portée de la dague d’Haruhiro.
—Vous êtes tous épuisés, marmonna Merry, sarcastique.
Et c’est à cause de qui si on n’a pas déjà terminé ce combat ? songea Haruhiro.
Si Manato avait été à la place de Merry, se débarrasser de trois gobelins aurait été facile. Manato était aussi bon que Moguzô en première ligne. Il était aussi leur soigneur, leur stratège et leur leader. Quand Manato était là, c’était comme avoir une centaine de personnes en plus dans l’équipe. C’était peut-être exagéré, mais c’était ce qu’Haruhiro ressentait. Manato n’était pas comme toi, pensa amèrement Haruhiro.
Un prêtre qui refuse de faire autre chose que soigner et qui ensuite refuse de soigner… Le fossé qui vous sépare est trop large, on ne peut pas comparer. Mais Manato n’est plus là. Et il ne le sera plus jamais. Nous l’avons définitivement perdu. Qu’est-ce qu’on va faire, Manato ?
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