Dispersés sur la place du marché d’Ortana, plusieurs magasins achetaient des articles d’occasion. Cependant, aucun d’eux n’était prêt à payer plus de trente pièces de cuivre pour une pièce d’argent trouée. Haruhiro avait du mal à comprendre qu’un si petit trou pouvait diviser la valeur de la pièce par trois. A contrario, le croc d’animal valait une pièce d’argent.
Trois races de loup prospéraient dans les zones boisées de la frontière. Il y avait les loups de la forêt, aussi connus comme les loups gris ; les loups blancs d’Eldritch, qu’on appelait « les déesses blanches » ; et enfin les ennemis des loups blancs, les loups noirs du Dieu Noir Rigel. Apparemment, le croc qu’ils avaient trouvé sur le gobelin appartenait à un loup noir. Il était de croyance populaire qu’un croc de loup noir contenait une aura magique capable de disperser le mal.
Leurs ventes du jour donnèrent donc un total d’une pièce d’argent et de trente pièces de cuivre. Vingt pièces de cuivre étaient allouées pour le logement de cette nuit. Le reste était partagé entre eux six. Cela donnait dix-huit pièces de cuivre par personne. Les deux pièces restantes étaient gardées par Manato pour qu’il puisse les ajouter au prochain partage.
Une fois le dîner acheté, ils retournèrent vers leur miteuse auberge pour réservistes située près de Nishimachi. Ils avaient le sentiment d’être rentrés à la maison, même si ce n’était pas la leur. Fait surprenant, alors que les soldats réservistes pouvaient loger gratuitement s’ils présentaient leurs badges, l’endroit était vide.
L’établissement disposait même de bains publics. Ils étaient composés d’une salle avec un bassin creusé à même le sol avec des pierres qui en délimitaient le tour. Un ordre de passage strict avait été établi : les garçons se baignaient en premier, puis c’était au tour de Yume et de Shihoru d’y aller. Généralement, ils retournaient au dortoir pendant qu’elles prenaient leur bain.
Haruhiro était tellement épuisé par leur escapade qu’il s’allongea sur sa couchette de pailles et ferma les yeux.
L’auberge proposait deux types de chambres, l’une avec quatre couchages et l’autre avec six. Les deux étaient au même prix : dix pièces de cuivre par nuit. Les chambres avaient donc la même superficie. La seule différence était que la chambre pour six personnes avait six lits, ce qui rendait l’ensemble exigu. Sans parler du fait que les lits des chambres pour six étaient encore plus petits que la normale. Ils l’étaient tellement, que du haut de son mètre soixante-dix, Haruhiro dépassait. Moguzô et son mètre quatre-vingt-cinq n’allaient certainement pas rentrer. Dans la chambre, il n’y avait que leur lit et une lampe qui pendait au mur.
Demain, le réveil allait être aux aurores. Haruhiro était déjà sur le point de s’endormir. On pouvait entendre la paille bouger sur la couchette voisine. Moguzô semblait vouloir trouver la position adéquate pour se coucher. Les lits superposés étaient répartis de sorte qu’Haruhiro avait le lit du haut et Manato celui du bas. Dans l’autre lit superposer, Moguzô avait le lit du bas et Ranta celui du haut.
—Manato ? Tu dors ? murmura Haruhiro.
—Non, je suis toujours réveillé. Un problème ?
—Rien, c’est juste que…
Haruhiro marqua une pause. Ils n’avaient gagné que dix-huit pièces de cuivre chacun aujourd’hui. Des dix pièces d’argent qu’Haruhiro avait reçu de Bri, huit avaient été dépensées pour payer sa guilde et quatre pièces de cuivre en brochettes. Ça lui laissait une pièce d’argent et quatre-vingt-seize de cuivre après l’entraînement d’une semaine à la guilde des voleurs. Hier, il avait dépensé quatre pièces de cuivre en logement et encore dix en nourriture, sans rien gagner en retour. Et aujourd’hui, il en avait dépensé douze pièces de cuivre pour en gagner dix-huit. En résumé, toute sa fortune se résumait à une pièce d’argent et quatre-vingt-huit pièces de cuivre.
Porter tout cet argent était pénible, alors il avait déposé soixante pièces de cuivre à la Banque Yorozu, sans prendre en considération la commission qui sera déduite.
Ça allait pour Haruhiro, mais il était inquiet pour Moguzô. Les frais de logement étaient répartis entre chaque membre du groupe et Manato lui prêtait de l’argent pour la nourriture. Peut être était-ce dû à sa taille, mais il mangeait beaucoup… À peine arrivé, Moguzô était déjà endetté.
Combien de temps faudrait-il avant qu’Haruhiro ne manque d’argent et qu’il doive lui aussi emprunter de l’argent ? Contrairement à Moguzô qui pouvait compter sur eux pour emprunter de l’argent, Haruhiro n’aurait pas cette chance. Le groupe ne pouvait supporter un autre emprunteur. Il arriverait à zéro et ce serait fini. À ce moment-là, qu’adviendra-t-il de lui ?
Ils devaient trouver un moyen de gagner plus d’argent. Entre la nourriture et le logement, ils avaient besoin de quinze pièces de cuivre chaque jour. S’ils pouvaient se faire le double… Attends, le double ? Seulement le double ? L’auberge où ils logeaient était délabrée et sale. Leurs paillasses étaient dures, inconfortables, et ils n’avaient pas de couvertures. Les trous peu profonds dans le sol qui servaient de latrines dégageaient une odeur écœurante, et les murs de la salle d’eau étaient tellement fins que lors de l’hiver, l’eau devait sûrement geler à l’intérieur.
Il leur fallait un meilleur logement. Mais avant toute chose, Haruhiro voulait des vêtements de rechange. Il n’avait qu’un seul caleçon. Tous les jours, il le lavait dans le bain et le faisait sécher la nuit. Ça signifiait aussi qu’il ne portait aucun sous-vêtement pendant tout ce laps de temps. Et un autre problème d’hygiène semblait faire son apparition. Certes, Manato, Ranta et lui n’avaient pas besoin de se raser très souvent, mais Moguzô oui. Son visage commençait à paraître vraiment négligé.
Ils devaient aussi gagner assez d’argent pour subvenir à leurs besoins quotidiens. Le gobelin qu’ils avaient croisé portait un croc de loup noir qu’ils avaient pu vendre une pièce d’argent. Mais si cette prise était due à la chance ? Est-ce que leur gain était énorme ou bien ridicule ? Cette question le taraudait sans cesse.
Même s’ils réussissaient à battre un autre gobelin, ils n’avaient aucune garantie qu’il ait sur lui une pièce d’argent endommagée. Une pièce d’argent trouée rapportait trente pièces de cuivre, ce qui donnait cinq pièces pour chacun une fois l’argent réparti.
Même en dormant dehors, cela ne suffirait pas pour survivre. Peu à peu, Haruhiro réalisait à quel point leur situation était mauvaise.
Il voulait le dire à Manato, mais s’arrêta. Aujourd’hui n’avait pas été une si mauvaise journée et personne ne savait ce que l’avenir leur réserverait. Demain sera peut-être meilleur. Il valait mieux en rester là.
—Ce n’est rien, conclut Haruhiro.
—Je vois, si tu le dis, répondit Manato.
—Bien ! Ranta sauta soudainement de sa couchette du dessus.
—Je sors un petit moment !
—Quoi ? Où ? demanda Haruhiro en se relevant.
—Hier, j’ai décidé de m’abstenir, mais pas aujourd’hui !
Un sourire sombre apparut sur le visage de Ranta.
—Un homme doit faire ce qu’il a à faire !
—Tu parles de quoi au juste ? demanda Haruhiro.
—T’es lent, hein ? Tu crois quoi ? Les bains, idiot !
—Quoi « les bains » ?
—Les filles y sont ! Elles doivent être en train de laver leur corps nu ! Il n’y a donc qu’une seule chose, en tant qu’homme, que je dois faire.
—Tu… Tu ne vas pas…
—C’est parti ! s’exclama-t-il en courant.
—Tu es fou ! Tu ne peux pas faire ça !
Haruhiro descendit de sa couchette supérieure et poursuivit Ranta. C’était toujours dans ces moments-là que Ranta pouvait se déplacer tel un renard, rapide et agile. Haruhiro ne parvint pas à le rattraper avant qu’il n’atteigne les bains. Les bains étaient dans une bâtisse mitoyenne au dortoir. C’était comme une annexe, mais sa taille en faisait davantage une salle de bain qu’une salle d’eau. Ranta s’accroupit à l’entrée et mit son oreille contre la porte.
—Ranta…
Il fut coupé par l’expression furieuse de Ranta, qui posa un doigt sur ses lèvres. Elle indiquait clairement qu’Haruhiro allait mourir s’il disait un mot de plus. Intimidé, Haruhiro se tut. Qu’est-ce qu’il allait faire ? Il s’approcha discrètement de Ranta.
—Tu ne peux pas, chuchota Haruhiro dans l’oreille de Ranta.
—Ce n’est pas quelque chose de sain…
—Je sais. Je n’en ai rien à faire que ça soit sain ou non ! Tant que je peux atteindre mes objectifs, je m’en fiche de devenir un ange ou un démon sans scrupule.
—Ange ou démon, peu importe, t’en fais trop. Tu n’as aucune limite ?
—Des limites ?
Ranta haussa les épaules.
—Jamais entendu parler. Tu dois utiliser des mots qui sont dans mon dictionnaire si tu veux que je te comprenne !
Il s’enivra soudainement d’un sentiment de fierté.
—Quoi ?
Ranta pointa la porte.
—Tu peux les entendre… Leur voix.
Il ricana doucement. Sans y réfléchir, Haruhiro commença à coller son oreille sur la porte. Tout à coup, il réalisa son geste et s’écarta de la porte.
Ce n’est pas bien de faire ça…
Certes, il était curieux, mais s’il le faisait, il ne vaudrait pas mieux que Ranta. Ranta ricana silencieusement.
—Plus le temps pour les remords, Haruhiro. Qui plus est, tu t’es déjà laissé emporter par tes instincts les plus primitifs. Si tu étais contre, tu m’aurais déjà raccompagné de force ou tu aurais crié pour les avertir.
Touché.
Ranta savait comment faire mouche. Haruhiro plaça une main sur sa poitrine, affligé. Il jeta des coups d’œil autour de lui pour s’assurer de ne pas être découvert. Trop tard. Il cria presque de surprise. Quelqu’un d’autre était là, hors de vue dans la pénombre. Non, il y avait deux personnes. Et elles sont en train de venir dans leur direction.
—Eh !
Le nouvel arrivant les salua en levant la main. C’était Manato. Et derrière lui, il y avait un géant, Moguzô. Ranta cligna des yeux comme s’il n’en croyait pas ses yeux.
—Vous…
—Non, je peux tout expliquer ! commença à argumenter Haruhiro, mais il fut stoppé quand Manato plaça son index sur ses lèvres pour lui indiquer de se taire.
Impossible. Manato aussi ?
Oui, Manato aussi. Était-ce vraiment une bonne chose ? Haruhiro regarda de manière interrogative Manato, qui lui répondit d’un coup de menton. Moguzô aussi inclina la tête. Haruhiro rigola silencieusement. Ils avaient perdu.
Félicitations, instincts primitifs. Félicitations. Nous levons nos verres à votre victoire.
Honnêtement, il était assez curieux. Et vu qu’ils ne pouvaient rien voir, ce n’était pas du voyeurisme… Pas vrai ? Comme par hasard, il y avait une fenêtre entrouverte au-dessus d’eux d’où sortaient de la lumière et de la vapeur. C’était comme une sorte d’appel. Une occasion qui ne se présente qu’une seule fois. Mais elle était trop haute pour que quiconque puisse l’atteindre seul.
Cependant, en montant sur les épaules de quelqu’un, il pourrait alors voir à l’intérieur. Ce n’était pas son intention. Pas le moins du monde… Une telle pensée ne lui avait jamais traversé l’esprit. Il ne pourrait jamais faire une telle chose. Non, non, non.
Haruhiro et les autres se rassemblèrent à l’entrée des bains et mirent leurs oreilles sur la porte. Ils pouvaient entendre des voix, mais difficilement.
Concentre-toi. Oui, c’est ça.
Il pouvait les entendre maintenant, et clairement en plus.
—Si tu ne portais pas ça…
La voix de Yume.
—Quoi ? répondit Shihoru.
—Shihoru, ils sont tellement gros…
—Quoi ? De quoi tu parles ?
—Tes seins ! Ils sont tellement gros et merveilleusement ronds…
—« Merveilleusement » ronds ?
Shihoru était plutôt surprise par le terme employé. Les quatre garçons aussi, mais pour une autre raison. Les mots de Yume résonnaient en écho aux oreilles d’Haruhiro. Que ce soit Ranta, Moguzô, Manato, ou Haruhiro, tous pensaient probablement à la même chose : gros, rond et merveilleux… À quoi pouvaient-ils bien ressembler ?
—Oui, ils sont merveilleux. Je peux les toucher ? Juste un peu ?
—C’est que…
—Ouah. C’est vrai qu’ils sont vraiment doux !
—Yume, je t’en prie… Ne les touche pas là….
—C’est drôle ! Ça rebondit quand on appuie dessus.
—S’il te plaît, c’est gênant !
—Ça serait marrant si mes seins étaient comme les tiens…
—Ah, mais les tiens sont aussi très mignons.
—Non, ce n’est pas vrai… Comment pourraient-ils être mignons ?
—Euh… Ils ne sont pas aussi gros que les miens, mais ils ont quand même l’air très doux !
—Mais les tiens sont fermes ! Les miens sont flasques…
—Je suis certaine qu’ils sont à croquer…
—« À croquer » ? Shihoru, ne dis pas des trucs bizarres comme ça. Je ne suis pas comestible.
—Ah mais, je sais… C’était juste une expression.
—Mais peut-être que tu pourrais essayer de les lécher ? Juste ici…
—Euh… Mais Yume…
—Mais tu peux aussi les mordre si tu veux. Juste un essai…
C’était quoi ça ?
Haruhiro recula de la porte et se frappa la tête. Ça ne sent pas bon. Pas bon. Pas bon du tout. Qu’est-ce que Yume et Shihoru faisaient là-dedans ? Qu’est-ce qui se passait ? Son imagination partait dans tous les sens. C’était ce genre de conversations que les filles avaient entre elles ?
Haruhiro regarda autour de lui pour trouver ses compagnons. Ils s’étaient tous éloignés de la porte. C’était juste trop d’émotion d’un coup. Un total mystère. Lui-même, entouré d’un autre mystère, à l’intérieur d’une énigme. Tout cela se bousculait dans sa tête. Haruhiro croisa le regard de Manato.
Rentrons. Rentrons vite.
Haruhiro lui fit signe, mais Manato regardait déjà ailleurs. Haruhiro suivit son regard. Ranta semblait admirer le ciel nocturne. Non, ce n’était pas ça. Ce n’est pas le ciel nocturne qu’il regardait. C’était la fenêtre des bains.
Ranta regardait la fenêtre avec les yeux d’un loup affamé. Il se releva et s’étira pour atteindre la fenêtre. Il ne pouvait pas. Il se tourna vers les autres avec un visage digne des plus vicieux personnages.
—Vous ne voulez pas jeter un œil, sérieux ? Vous êtes prêts à laisser passer une chance pareille ? Vous êtes sûrs que vous n’allez pas le regretter ? Vraiment ?
—Eh bien…
Haruhiro serra les dents.
—Je pourrais le regretter, dit franchement Manato.
—Je ne peux pas dire avec certitude que je ne le regretterai pas. Mais que se passera-t-il si nous allons plus loin ?
Ranta fronça les sourcils.
—Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
—Réfléchis-y. Même maintenant, nous sommes plutôt… enjoués. Ça sera encore pire si nous allons plus loin. Ce serait le point de non-retour. Si après ça… On rentre. À notre chambre. Nous quatre. Quatre garçons. Sans rien faire. Je vais devoir me calmer… Mais, si on rentre ici et maintenant, ça devrait aller…
Haruhiro frissonna. Comme attendu de Manato, il pensait vraiment à tout. Ça serait horrible si ça tournait comme ça. En revanche, s’ils s’arrêtaient maintenant, ils repartiraient la tête pleine de souvenirs. En étant satisfaits. Ou à moitié satisfaits. Ou alors peut-être pas du tout satisfaits.
C’était le moment critique. S’ils franchissaient cette ligne, ils ne pourraient plus revenir en arrière. Si ça dépendait d’Haruhiro, tous seraient déjà sur le chemin du retour. Il avait déjà l’impression d’avoir franchi une ligne. Si seulement, il s’était arrêté plus tôt.
—Rentrons.
Haruhiro prit le bras de Ranta, cherchant à le faire rentrer. Mais il n’avait pas anticipé que la vraie menace n’était pas forcément Ranta.
Moguzô se leva lentement et se dirigea vers la fenêtre. Quand il fut en dessous, il se pencha en avant, mettant ses deux mains sur le mur. Une plateforme ? Il faisait office de marchepied pour ses camarades. Il regarda dans la direction d’Haruhiro et des autres et leur fit signe du pouce.
—Ne vous inquiétez pas pour moi, montez.
Haruhiro regarda Ranta, avant de porter son regard vers Manato. Ils donnaient l’impression d’avoir été frappés par la foudre.
Pas possible, pensa Haruhiro.
Mais la détermination de Moguzô était inébranlable. Comment pouvaient-ils refuser cette offre ? Non, ils ne pouvaient pas. Impossible. Ils n’avaient pas le choix.
Haruhiro opina à Manato. Qui irait en premier ? Haruhiro était d’accord pour passer plus tard, ou même dernier. Celui qui était le plus pressé de jeter un œil était sans doute Ranta.
Ranta pleurait. Il pleurait vraiment, des larmes roulaient sur son visage. Son nez coulait aussi. Sans même s’essuyer, il tapota le dos de Moguzô.
—Merde, Moguzô ! s’exclama Ranta.
—Ne me fais pas pleurer comme ça !
—Chut, murmura Haruhiro avant de se tourner vers la fenêtre.
Manato, cependant, était déjà en train d’escalader Moguzô.
—J’ai cru entendre Ranta… Pas toi ?
La voix de Yume venait des bains.
—Merde !
Ranta courut tout en criant.
—Ce n’était pas moi ! Je n’ai rien à voir là-dedans ! C’était Moguzô ! Tout est de la faute de Moguzô ! Je n’ai rien vu, rien entendu !
Moguzô se releva maladroitement avec un lourd grognement et Shihoru cria de toutes ses forces.
—Stupide Ranta ! cria Yume tout en frappant le mur de l’intérieur.
—Pervers ! Idiot ! Crétin ! Va en enfer et ne reviens jamais !
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