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Chapitre 12

Et Maintenant ?

Lecture ~13 min

L’endroit où les cendres de Manato furent enterrées était au centre d’une colline. Elles avaient été délicatement enveloppées dans un linceul avant d’être recouvertes d’un bloc de granit placé en guise de pierre tombale. Le nom de Manato avait été gravé dessus, ainsi que le symbole de la Red Moon peint en rouge. Même s’il n’était encore qu’un apprenti, il avait été membre des soldats volontaires et à ce titre, il avait eu droit au même honneur que les autres. D’autres tombes portaient la même marque. Certaines depuis assez longtemps pour que la peinture commence à disparaître. Beaucoup de soldats de la Red Moon pouvaient considérer cet endroit comme leur dernière demeure. Haruhiro leva les yeux vers la tour au sommet de la colline et ne put s’empêcher d’avoir un frisson. C’était l’endroit d’où ils étaient sortis.

—Combien de semaines se sont écoulées depuis ? Même pas un mois, pourtant j’ai l’impression que cela fait bien plus. Sommes-nous vraiment sortis de cette tour ? Je ne vois ni entrée ni sortie. Je ne sais pas. Cela n’a plus d’importance. Plus rien ne compte désormais.

La crémation avait coûté 50 pièces de cuivre, la tombe sur la colline 50 de plus. La totalité des frais funéraires revenait à une pièce d’argent. Une pièce d’argent pour la mort d’un être humain. Une pièce d’argent. Rien de plus. Haruhiro avait tout payé de sa poche, mais était-ce vraiment acceptable ? Manato possédait 7 pièces d’argent et 21 pièces de cuivre. Ses vêtements avaient été brûlés avec sa dépouille, mais il restait son bâton, son sac à dos et ses autres biens personnels.

—Qu’est-ce qu’on devrait en faire ? Est-ce qu’on devrait seulement en faire quelque chose ? Je ne veux pas y penser, pas maintenant. Manato est mort. Il est vraiment mort.

Ils avaient emmené son corps au crématorium le soir de sa mort. Malheureusement, le responsable leur avait annoncé que l’endroit était fermé pour la journée, mais qu’il s’occuperait du corps à la première heure du lendemain. Ne sachant pas quoi faire, ils étaient alors retournés au temple de Lumiaris. Maître Honnen leur avait proposé de garder le corps pour la nuit et ils avaient fini par accepter, malgré la réticence qu’ils avaient à le laisser seul. Ses compagnons étaient donc restés debout toute la nuit jusqu’à l’incinération de leur ami le lendemain matin et la pose de la pierre tombale.

—Bon, personne ne s’est endormi. Peut-être me suis-je assoupi à un moment, mais sans plus. J’ai l’impression que mon esprit est embrumé. Même si nous sommes tous assis devant sa tombe, rien ne me paraît réel.

Shihoru, exténuée de pleurer, avait posé ses deux mains sur le sol histoire de ne pas s’effondrer. Le simple fait de rester assis semblait leur coûter. Yume avait les yeux tournés vers le ciel, peut-être pour regarder les oiseaux voler. Il était maintenant clair et ensoleillé. Sans doute sa façon de se moquer de leur désespoir. La grande masse qu’était Moguzô paraissait s’être effondrée, le regard vide.

—Et toi Ranta ? Pourquoi es-tu resté muet pendant tout ce temps ? Si aucun de vous ne parle, qui le fera ? Je vais devoir m’y coller.

Haruhiro arracha une poignée d’herbe.

—C’est bizarre. C’est juste…bizarre. Je ne suis pas le seul à le penser, n’est-ce pas ?

Ranta regarda dans sa direction, mais ne dit rien. Son expression reflétait le vide qui était en lui. Haruhiro continua en jetant sa poignée d’herbe.

—Manato avait dit une fois qu’on était comme dans un jeu. Je pensais la même chose à l’époque. Mais, dans quel genre de jeu étions-nous ? Je l’ignorais. Maintenant, je le réalise : ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas du tout un jeu… Je ne comprends pas. Merde…

Finalement, Haruhiro n’avait aucune idée de ce qu’il avait vraiment voulu dire. Quelle heure était-il à présent ? Midi passé, le soleil semblait être prêt à se coucher, le crépuscule approchait. À Ortana, les cloches sonnaient toutes les deux heures. Elles sonnaient une fois à six heures, deux fois à huit heures, trois fois à dix heures, et ainsi de suite. Combien de sons de cloche avait-il entendus la dernière fois ? Il n’arrivait plus à s’en souvenir.

Ranta se releva, lentement.

—Je rentre.

—Où ça ? demanda Yume.

Ranta se contenta de rire doucement. Il semblait avoir cédé au désespoir.

—Est-ce important ? Ça ne sert à rien de rester assis ici éternellement. On ne peut plus rien faire pour lui maintenant.

—Idiot ! lâcha Yume.

Ranta ne répliqua pas. Ça ne lui ressemblait pas.

—Après Manato, ce serait au tour de Ranta de nous quitter ?

Il décida de le suivre afin de s’assurer du contraire. Il fut suivi de près par Moguzô. Le jeune voleur s’arrêta pour regarder derrière lui. Yume s’était effondrée sur le sol et avait mis ses bras autour des épaules de Shihoru. La magicienne regardait dans leur direction. Haruhiro était trop loin pour savoir si elle hochait ou secouait la tête. Il avait le sentiment pourtant qu’elle essayait de lui dire qu’elles allaient rester.

—Est-ce que tout ira bien pour Shihoru ? Elle est sans aucun doute en état de choc, probablement bien plus que moi.

Ranta semblait vouloir rentrer à Ortana. Haruhiro voulut lui demander où il allait, mais il préféra s’abstenir. Ça n’avait pas d’importance. La cloche sonna sept fois avant qu’ils n’atteignent la route Kaen dans la partie Nord de la ville. Il était donc déjà huit heures du soir, et comme d’habitude à pareille heure, les rues étaient bondées.

Ranta s’apprêtait à rentrer dans un grand bâtiment. L’écriteau à l’extérieur indiquait La taverne de Sherry. Bien qu’il n’y soit jamais rentré, Haruhiro connaissait l’endroit comme un lieu fréquenté par les soldats volontaires de la Red Moon.

—Manato avait l’habitude de venir ici pour récolter des informations. Tout le monde l’avait laissé s’en charger. Et je faisais pareil, je suivais le mouvement et faisais ce qu’il disait.

La taverne était grande, spacieuse, mais mal éclairée par les lampes qui pendaient au plafond. Elle s’étendait sur deux étages, bien que la moitié du second étage soit pris par l’escalier. Il n’y avait pas foule. La taverne devait être remplie à moitié. Ce qui faisait tout de même une petite centaine de personnes. La pièce était remplie du brouhaha des conversations, de rires bruyants et d’éclats de voix. Quelques serveuses passaient à travers la salle pour servir les commandes.

Ranta trouva une table inoccupée dans un coin du premier étage et prit une chaise. Haruhiro et Moguzô l’imitèrent. Quand une serveuse passa près de lui, Ranta leva rapidement la main.

—Trois bières, commanda-t-il.

Il ne s’était même pas donné la peine de demander à Haruhiro et Moguzô ce qu’ils voulaient boire.

—Je n’ai pas envie de boire, protesta Haruhiro.

—Qu’est-ce que tu voulais alors ? Du lait ?

Ranta croisa les bras sur son torse et tapa du pied.

—C’est con. On est dans une taverne… Une taverne ! Et dans une taverne, les gens boivent de l’alcool.

—Mais… boire dans un moment pareil ? murmura Moguzô.

Sa tête semblait rentrée dans ses épaules.

—Idiot ! C’est dans ces moments-là qu’on boit, renifla Ranta en se frottant les yeux.

—Manato… Cet enfoiré avait l’habitude de venir boire ici, non ? Mais il… Tu sais, il est… Ce n’est pas comme si on était là à sa place, mais bon…

—C’est vrai, acquiesça Haruhiro, posant ses coudes sur la table, tête baissée.

—Tu as raison.

La serveuse apporta leurs bières. Après les avoir payées, ils portèrent un toast et burent. Peut-être était-ce parce qu’ils étaient assoiffés, mais la bière amère leur paraissait bonne. Est-ce que Manato commandait la même bière quand il venait ? Est-ce qu’il en appréciait le goût ?

Peut-être était-ce l’effet de l’alcool, mais Haruhiro avait chaud au visage et son esprit se vida. Les visages de Ranta et Moguzô virèrent aussi au rouge. Ranta balança soudain sa chope en céramique sur la table.

—Ça craint. Ça craint vraiment. J’arrête. Je ne veux plus faire ça. Sérieux ! Ce n’est pas comme si j’avais fait ça par choix. C’est pareil pour vous, non ? C’est quoi un guerrier ? Un voleur ? Un chevalier noir ? Un… un prêtre ? J’en ai assez. J’arrête. J’arrête tout. À partir d’aujourd’hui, c’est terminé pour moi.

—Arrêter ? Haruhiro rassembla ses esprits.

—Qu’est-ce que tu vas faire si tu arrêtes ?

—Rien du tout. Où est le problème ? Est-ce que je dois faire quelque chose ? Il n’y a aucune règle qui m’y oblige. Et même s’il y en avait, je n’en ai plus rien à foutre.

—Il ne s’agit pas de suivre une règle. Nous avons lutté ensemble, comme un groupe, car nous n’avions pas eu le choix !

—Ce n’est pas mon problème !

—Bien sûr que si ! Penses-y une seconde !

—Je ne veux pas y penser !

—Je vous en prie, Moguzô se plaça entre Haruhiro et Ranta.

—Tous les deux, ne vous disputez pas.

—La ferme !

Ranta rembarra brutalement Moguzô.

—Même si on voulait continuer, comment on ferait ? Comment on va faire à partir de maintenant ? Manato n’est plus là !

—Je le sais bien ! Ce n’est pas comme si tu avais besoin de me le dire ! s’écria Haruhiro.

—Alors, réponds-moi ! Quand tu as été blessé pendant le combat, c’est Manato qui est venu sauver tes fesses ! Comment vas-tu faire maintenant qu’il n’est plus là, hein ?

—Je…

—En fait, c’est parce que tu as été blessé que Manato était incapable de se soigner par la suite. Regarde où on en est maintenant !

—Ranta, tu… C’est ce que tu penses vraiment ?

—J’ai tort ? Tu dis que j’ai tort ?

—Non… murmura Haruhiro.

—Tu n’as pas tort, mais…

—C’est parce que tu es mauvais au combat ! Tu te fais toujours blesser ! Tu nous tires vers le bas ! Tout est de ta faute !

—Ça suffit maintenant ! rugit la voix furieuse de Moguzô.

Pendant un instant, un silence de mort plana dans la taverne. Le guerrier avait les sourcils froncés et le visage rouge de rage. Haruhiro se leva. Il était abasourdi. Il n’aurait jamais cru que Moguzô puisse être capable d’un tel accès de colère.

—Ce n’est pas le moment de vous disputer ! reprit-il.

—Calmez-vous, tous les deux ! dit Haruhiro en se ressaisissant.

—Pardon.

—Ce n’est pas plutôt toi qui devrais te…

Quand Moguzô le regarda, Ranta recula.

—Désolé ! Je ferai attention ! Promis ! Pas besoin de s’énerver…

Moguzô but une gorgée de bière et relâcha ses épaules.

—En fait, savoir ce que nous allons faire à partir de maintenant relève de l’impossible.

Haruhiro massa sa nuque.

—Je sais, mais je ne veux pas y penser maintenant. De toute façon, je ne suis pas en condition pour y réfléchir.

—Écoutez-moi bien. » Ranta frappa la table avec sa chope. « Ce n’est pas que je sois un pessimiste, mais je n’ai pas cessé d’y penser. C’est impossible que nous puissions continuer sans lui. Réfléchissez à combien de fois il nous a sauvé la mise et vous comprendrez.

Haruhiro tourna son regard vers Ranta.

—Donc, on ne fait rien ? Est-ce seulement possible ? Qu’est-ce qu’on va faire pour l’argent ? Il nous en faut pour manger et avoir un toit au-dessus de nos têtes. On va chercher d’autres boulots ?

Ranta fronça les sourcils, le menton dans ses mains.

—C’est une option.

—Ça l’est aussi pour moi. Mais, toi, tu es un chevalier noir. Tu connais leurs règles. Ta guilde ne te laissera pas filer comme ça, lui fit remarquer Haruhiro.

La mâchoire de Ranta se décrocha.

—Tu l’avais oublié ?

—Je ne l’avais pas oublié ! Chevalier noir un jour, chevalier noir toujours… Hein ? Merde ! Pourquoi j’ai choisi d’en devenir un !

Moguzô laissa échapper un long et profond soupir.

—Un autre boulot…

—Eh !

La voix qui les interpellait rappelait quelque chose à Haruhiro. Quand il se retourna, il vit un visage familier. Cette personne les saluait en approchant.

—C’est vous les gars ! Je ne me souviens plus de vos noms, mais ça fait un bail ! Comment ça va ? La forme ?

—Kikkawa.

Haruhiro cligna des yeux plusieurs fois.

Je reconnaitrais cette tête d’imbécile heureux n’importe où. Pas de doute, c’est Kikkawa. Mais il a l’air totalement différent maintenant, tout du moins en apparence. Il portait une armure renforcée avec des plates en métal, ainsi qu’une épée avec un pommeau finement décoré suspendu à sa ceinture. À en juger par son équipement, ça doit être un guerrier.

—Salut, salut !

Kikkawa arborait un grand sourire et leva sa main pour claquer celle d’Haruhiro et des autres. Machinalement, Haruhiro lui tendit la sienne. Sans demander, Kikkawa se posa sur une chaise entre Haruhiro et Moguzô.

—Bière, bière ! Tout le monde est servi ? Bière !

Il appela une serveuse et commanda.

—Alors ! Comment ça va ? Ça roule ? Vous vous portez bien ? Ça rapporte ? Vous allez où déjà ? Ah oui, Damrow ! Vous zonez là-bas, c’est ça ? Je l’ai entendu ! Y a un petit moment, j’ai croisé Manato ici qui me l’a dit ! Dites-moi ! Dites-moi ! Comment ça va ?

Ça faisait un moment que je ne l’avais pas vu. Il est toujours aussi agaçant.

—Ça ne va pas très bien, répondit Haruhiro un peu dépassé.

—En fait, Manato… Manato est un peu… En fait, pas qu’un peu…

—Quoi ?

Kikkawa tomba presque à la renverse.

—Quoi ? Non, dis-moi ! Non ! Impossible ! Il se marie ?

—Bien sûr que non ! répondit Haruhiro en frappant Kikkawa à l’arrière de la tête.

Kikkawa se mit à crier et à faire les gros yeux, mais Haruhiro ne regretta pas un seul instant son geste.

—Ce n’est pas ça, dit Ranta d’un ton amer.

—Il est mort. Il s’est fait tuer hier.

—Ah.

Kikkawa se massa l’arrière du crâne tout en se grattant le menton.

—Je suis désolé. Désolé. Vraiment, vraiment désolé, d’accord ? Je ne pensais pas à mal. C’est juste que… je n’aurais jamais pensé qu’il se fasse avoir. Il avait l’air de savoir se débrouiller, mais d’une manière différente de Renji. Ou peut-être n’était-il pas si différent ? J’ai du mal à comprendre ce genre de personnes, mais… Eh ! Nos boissons sont là ! Allez ! Santé ! Non… J’imagine que ce n’est pas le bon moment pour ça. Alors, buvons !

Haruhiro leva les yeux au ciel. Il se sentait soudain extrêmement fatigué.

—Ça a l’air d’aller, Kikkawa. T’as trouvé une équipe ?

—Ouais ! Presque juste après vous avoir quitté, je suis entré dans le groupe d’un gars du nom de Tokimune. Quelqu’un de bien, même s’il n’est pas très futé. Est-ce qu’il est là ? Je vais vous le présenter…

—Non, ça ira pour le moment.

—Je vois. J’imagine qu’il n’y a pas urgence. Manato était un prêtre, n’est-ce pas ? La clef de voute d’un groupe… Leur taux de mortalité est assez élevé. Faut dire, ce sont des cibles faciles.

Moguzô tourna lentement son regard vers Kikkawa.

—Vraiment ?

—Évidemment !

Kikkawa but avec enthousiasme.

—De quoi on parlait déjà ? Ah oui, des prêtres ! Les ennemis aussi savent que les prêtres sont des soigneurs. Rien d’étonnant à ce qu’ils les visent en premier. Et vous savez ce que font les guerriers comme moi ? Ils protègent le prêtre en faisant bouclier avec leur corps. C’est comme ça que se passe un combat. Enfin, normalement

Moguzô cacha son visage dans ses mains.

—Je n’ai pas pu le protéger… Je n’étais bon qu’à l’appeler à l’aide à chaque fois…

Kikkawa tapota l’épaule de Moguzô avec sympathie, comme l’aurait fait un vieil ami…

Sauf que ce n’était pas le cas.

—Ne t’en veux pas. Tout le monde fait des erreurs à un moment ou à un autre. On apprend tous de nos erreurs ! Ce n’est pas grave d’en commettre une ou deux.

—Mais… Manato ne reviendra pas, dit Moguzô en secouant la tête.

—C’est vrai !

Kikkawa leva les deux mains pour acquiescer.

—C’est vrai, mais pour moi, il faut savoir positiver et aller de l’avant. Vous pouvez penser que je n’ai pas le droit de dire ça vu qu’aucun de mes coéquipiers n’a jamais été tué, mais en même temps, je peux le dire justement parce que je n’ai jamais eu un de mes coéquipiers tués ! Attends… Ce n’est pas contradictoire ? Peu importe, pour le moment, ne regardez pas en arrière et continuez à aller de l’avant.

Le regard d’Haruhiro tomba sur la rangée de chopes sur la table.

Je suppose qu’il veut dire que je ne devrais pas me morfondre comme je le fais maintenant. C’est sans doute vrai. Mais qu’en aurait pensé Manato ? Qu’aurait-il dit ? Lui, il n’avait pas besoin de mot pour nous dire dans quelle direction aller. Il faisait simplement en sorte de créer une atmosphère qui nous poussait à aller de l’avant.

—Mais même si on voudrait continuer, on a perdu le prêtre de notre groupe… marmonna Ranta.

Kikkawa le regarda avec des yeux ronds. Son expression semblait dire :

Et alors ?

—Vous n’avez qu’à en chercher un autre, non ? Attendez. Je sais ce que vous allez me dire : « Aucun prêtre ne sera prêt à rejoindre un groupe d’apprentis ». C’est bien ça ? Au fait, je ne suis plus apprenti. J’ai acheté mon badge. Je suis un membre à part entière. Vous voulez le voir ? Je vous le montre ?

—Non merci, soupira Haruhiro.

—Mais tu viens de le dire toi-même. Aucun prêtre n’accepterait de nous rejoindre.

—En fait, il y a bien quelqu’un, lui répondit Kikkawa.

—Quoi ?

—Je connais beaucoup de personnes et je suis moi-même assez connu. Des membres de la Red Moon notamment. Je connais une personne pour vous. Quelqu’un que vous pourriez recruter.

Ranta se pencha en avant, intéressé.

—Qui ?

—Mais avant ça !

Kikkawa les regarda chacun à tour de rôle.

—Vous pouvez me rappeler vos prénoms ? Désolé ! J’essaye de m’en souvenir, mais pas moyen. Vous voulez bien me les redire ?

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