Paramètres

Lecture personnalisée

CompactLarge

TransparentOpaque

Thème
Police d’écriture

ÉtroiteLarge

Accessibilité

Raccourcis clavier

←
Chapitre précédent
→
Chapitre suivant
S
Ouvrir ces paramètres
Échap
Fermer sans enregistrer

Inactifs pendant la saisie dans un champ (recherche, commentaire) et tant que ce panneau est ouvert.

Aperçu en direct. « Valider » enregistre sur cet appareil (connectez-vous pour les retrouver partout), Échap annule.

Chapitre 1

Amnésie

Lecture ~22 min

De nombreux bâtiments longeaient la rue, certains en pierre, d’autres en bois. La rue, pavée et tortueuse, semblait ne jamais se finir. Sur ses côtés coulait un mince filet d’eau boueuse, dans de petits caniveaux. Une puanteur, probablement d’origine humaine, emplissait parfois leurs narines. Cependant au fil du temps, elle finissait par s’estomper.

Hiyomu conduisait le groupe à travers la ville, qui était visible du haut de la colline. D’après elle, cette ville se nommait Ortana. Malgré l’heure matinale, ils croisèrent bon nombre d’habitants, phénomène plutôt courant pour une ville. Les villageois dévisageaient les nouveaux arrivants comme s’ils étaient des bêtes de foire. Et bien que la réciproque soit vraie, ils étaient tous habillés étrangement, avec des vêtements très simples, sans ornements, et relativement piètre par rapport à ceux du groupe.

—Cet endroit serait… commença l’insouciant.

—Je veux dire, on ne serait pas dans un pays étranger ?

—Ah…

Cheveux en bataille pencha sa tête comme s’il s’agissait de la réponse à toutes leurs questions.

—Un pays étranger… Pays ? Attendez, mais de quel pays je viens ? Bizarre, je n’arrive pas à m’en souvenir. Je ne sais même plus où j’habite…

Cheveux argentés lui répondit à voix basse :

—Tu n’avais pas encore remarqué ? On ne se souvient de rien, à l’exception de notre nom.

Quelque chose dans la façon de le décrire dérangeait le garçon. Ne se souvenir de rien. Il ne pensait pas que c’était simplement quelque chose qu’ils avaient oublié. Peut-être que comme lui, cheveux argentés avait essayé de se rappeler certains souvenirs, et qu’ils s’étaient estompés avant qu’il ne puisse les saisir.

—Mon nom ? dit l’Ebouriffé tout en frappant sa poitrine.

—Mon nom est Ranta, mais je ne me souviens de rien d’autre… Mes souvenirs ont donc vraiment disparu ? Sérieusement ?

À son ton, on aurait dit qu’il se croyait dans une scène comique.

—De ce que tu dis…

Le garçon sentit qu’il commençait à jouer le rôle du mec sérieux. C’était involontaire et il le regrettait un peu, mais il était trop tard pour s’arrêter.

—On dirait que tu souffres d’amnésie… Ou alors… Probablement… Eh, soupira Ranta.

—Si tu veux jouer au mec sérieux, mets-y plus de… Tu sais. Sors ta réplique avec plus de conviction. Si toi, le demeuré, ne joues ton rôle qu’à moitié, je ne peux pas suivre et personne ne rit. Peu importe, je te pardonne pour cette fois. Et ton nom ?

—Tu vas me… Pardonner ?

C’était Ranta qui l’appelait « demeuré » ? Le Ranta qui semblait encore plus stupide, à sortir des inepties pareilles ? Il ne voulait pas laisser passer ça mais…

—Quel est mon nom ? Mon nom est… Haruhiro. Je crois.

L’Ebouriffé, Ranta, tomba à la renverse d’une manière exagérée.

—Tu crois ? Ne me dis pas que tu ne connais même pas ton nom ! Après tout ça ? Et cette conversation sur le fait qu’on ne se souvienne que de nos noms alors ?

Ce gamin était insupportable, pensa Haruhiro tout en jetant un œil sur Cheveux argentés qui suivait Hiyomu.

Quel était son nom, d’ailleurs ? Il aurait voulu savoir mais était trop effrayé pour le lui demander. Il interrogea donc le garçon aux cheveux soyeux à côté de lui, évitant l’autre involontairement.

—Et toi ?

Cheveux soyeux lui répondit en souriant. Il paraissait très posé, calme.

—Je suis Manato. Je peux t’appeler Haruhiro ? Pas besoin d’être formel, pas vrai ?

—Oui, pas de problème. Je peux faire de même ?

—Bien sûr, ça ne me gêne pas.

Manato et Haruhiro se sourirent amicalement. Manato semblait être quelqu’un de bien, digne de confiance. Tout le contraire de l’autre morveux, Ranta. Comme pour Cheveux argentés, le garçon au crâne rasé et à l’allure patibulaire était trop effrayant pour qu’il puisse lui demander son nom. D’un autre côté, la fille tape à l’œil était plutôt étrange, et même si le binoclard avait l’air accessible, il lui paraissait difficile d’aller lui parler sans raison particulière.

Et la fille aux tresses, la petite timide, la très timide ? Elle était proche de lui, et il voulait lui parler depuis un moment. Il essaya d’engager la conversation, mais devint nerveux au moment où il ouvrit la bouche. Il toussa.

—Excuse-moi ?

—Ou… Oui ?

—Ce n’est… Rien d’important, mais… Euh, je ne veux pas te forcer…

Soudain, l’Insouciant intervint bruyamment en prenant une pose étrange :

—Je m’appelle Kikkawa ! Oublions les garçons, et commençons avec les filles ! Et si on apprenait à se connaître ?

La fille aux tresses inclina sa tête sur le côté.

—Et si on ne veut pas ?

—Eh… dit l’insouciant, Kikkawa, en venant de se faire rembarrer.

Il avait un peu pitié pour lui, mais Kikkawa avait permis à Haruhiro de reprendre le peu de confiance qu’il avait.

—Quel est ton nom ? demanda-t-il à la petite timide, faisant de son mieux pour que la question soit aussi courte et directe que possible.

—Je veux dire, ça sera plus facile après pour se parler. Enfin, plus facile qu’en ne le connaissant pas.

—Euh… son regard s’abaissa et elle tira nerveusement sur sa frange, comme si elle essayait de camoufler son visage derrière ses cheveux.

Elle était plutôt banale, mais son visage était incroyablement mignon. Elle n’avait vraiment rien à cacher.

—Mon… Mon nom est Shihoru. Enfin, c’est mon prénom. Excuse-moi…

—Tu n’as pas à t’excuser.

—Je suis désolée, c’est une mauvaise habitude. Pardon, je ferais attention.

Shihoru tremblait comme une feuille. Est-ce qu’elle allait s’en sortir avec les autres ? Il ne pouvait pas s’empêcher d’en douter, et elle faisait partie du genre de personne qu’il avait instinctivement envie de protéger. Haruhiro détourna son attention pour s’adresser à un garçon qui semblait gentil :

—Tu es plutôt grand. Tu mesures combien ?

Il cligna des yeux, l’air absent.

—Ma taille ? Un mètre quatre-vingt.

—Un mètre quatre-vingt ? coupa Ranta.

—Tu veux dire qu’avec mes un mètre soixante-dix, je suis petit ?

—Non, c’est faux… dit le géant.

—Tu le serais si je mesurais plus d’un mètre quatre-vingt. Oh, au fait, mon nom est Moguzô.

—Donne-moi quinze centimètres immédiatement, Moguzô ! pria désespérément Ranta en lui donnant une tape.

—Si tu me donnes quinze centimètres, je mesurerai un mètre quatre-vingt-cinq et toi un mètre soixante-cinq, et nos places seront inversées ! Génial, non ?

—Je le ferais si je le pouvais…

Haruhiro n’avait personne d’autre à blâmer que lui-même sur le fait que sa conversation soit reprise par Ranta.

—Tu ne fais donc qu’un mètre soixante-cinq.

—La ferme ! Et alors ? À vue de nez, tu n’es pas plus grand que moi ! Je fais presque un mètre soixante-dix. Quel emmerdeur ! Cet abruti se sent supérieur juste pour quelques centimètres !

—T’es vraiment qu’un petit merdeux.

—T’as dit quelque chose ? J’ai rien entendu. T’as dit quoi ?

—Rien. Je n’ai rien dit.

—Menteur ! Tu m’as traité de bâtard menteur pervers et diabolique, n’est-ce pas ? Tu ne peux pas tromper mes oreilles démoniaques ! J’ai entendu ce que tu as dit ! Tu as dit : Va en enfer, bâtard frisé !

—Je n’ai rien dit de tel.

—Et tu m’as appelé frisé ! Personne n’a le droit de m’appeler comme ça ! Ce mot est interdit !

—Je te l’ai dit, je ne t’ai pas appelé comme ça. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit.

—Je t’ai entendu ! Ces oreilles démoniaques peuvent tout entendre ! Écouter tes âneries me fatigue les oreilles !

Peu importe, à partir de maintenant, souvenez-vous en bien ! Je ne pardonnerai à personne de m’appeler frisé ! La mort sera sa seule sentence. La mort !

—Frisé, dit Cheveux argentés en se retournant.

—Tu nous fais une scène. Silence.

—Oui, capitaine ! dit Ranta en se faisant tout petit.

—Pardon. Je me tais.

—Je croyais que tu devais tuer toute personne t’appelant ainsi, déclara Haruhiro avec un haussement d’épaules.

Il eut pour seule réponse une insulte à moitié intelligible.

—Je suis un homme qui choisit son heure et son lieu. On m’appelle le Maître des Choix. Je deviendrai le Roi des Décisions !

—Ouais, c’est ça. Deviens ce que tu veux, Roi de la Dérision.

—Pas de la dérision, décision ! Quand je serai roi, je te montrerai…

—Frisé.

Cheveux argentés s’arrêta et se retourna à nouveau vers Ranta.

—Silence.

Ranta se mit immédiatement à genoux et s’inclina.

—J’implore ton pardon !

Haruhiro dit en regardant vers Ranta :

—Roi des prosternations est un titre qui te conviendrait mieux…

—Roi des prosternations ? Impossible ! J’ai beau être doué en prosternation, ça reste nul !

—Frisé.

Le ton de cheveux argentés s’était assombri.

—C’est la troisième fois.

Ranta s’inclina tellement que son front toucha le sol.

—Je suis profondément désolé ! Pardonne-moi, je t’en prie. Je t’en supplie…

Ce gars est vraiment le roi des prosternations, pensa Haruhiro.

Il le garda cependant pour lui-même, Ranta ne manquerait pas une occasion de raviver la conversation. Ils marchèrent en silence lorsque Hiyomu s’arrêta devant un bâtiment en pierres de deux étages. Un drapeau et plusieurs panneaux étaient dressés devant celui-ci, représentant un croissant de lune pourpre sur un fond blanc. Il était écrit « Quar ral bat aire des front tana, Moon » sur un des panneaux, mais quelque chose clochait. En regardant de plus près, il remarqua que les mots s’effaçaient et que certaines lettres manquaient.

—Tadam ! fit Hiyomu en pointant le panneau.

—Nous sommes enfin arrivés ! Voilà le célèbre Quartier Général du bataillon volontaire des forces frontalières d’Ortana, Red Moon !

—Red Moon… souffla Haruhiro, regardant à nouveau le panneau. En effet, s’il rajoutait les lettres manquantes, il pouvait y lire le nom et la fonction du bâtiment.

Hiyomu les invita à entrer dans le bâtiment, dont l’intérieur ressemblait à un bar. La pièce était spacieuse et meublée de tables, de chaises, ainsi que d’un comptoir à l’arrière. Derrière celui-ci se tenait un homme aux bras croisés, seul.

—C’est ici qu’Hiyomu vous quitte ! dit Hiyomu avant de s’incliner vers l’homme derrière le comptoir.

—Bri-chou, tu voudrais être assez gentil pour leur expliquer l’histoire habituelle ?

—D’accord, répondit simplement l’homme nommé Bri, saluant Hiyomu de la main, son buste accompagnant le mouvement.

—Sur ce, vous m’excuserez, bye bye !

La tension monta d’un cran dès que la porte se ferma. Peut-être était-ce dû à la façon dont Bri les regardait, comme s’il les inspectait. Non, c’était certain. C’était à cause de Bri. Il était étrange. Vraiment étrange.

Bri se pencha en avant, posa ses coudes sur le comptoir et plaça son menton sur ses doigts repliés. Haruhiro remarqua qu’il avait un creux au niveau des joues, comme une fossette. Mais plus surprenant, ses cheveux étaient verts. Vert ! Et il portait sûrement du rouge à lèvres, celles-ci étant d’un noir inhabituel. Des sourcils broussailleux surmontaient ses yeux bleus… Un bleu magnifique et profond, accentuant son côté effrayant. Ajoutez à ça son visage lourdement maquillé et ses pommettes surlignées avec un blush rouge clair.

Mais malgré les apparences, Bri était bien un homme.

—Hmm… Très bien.

Bri se redressa et continua :

—Bienvenue, mes chatons. Mon nom est Britney, je suis l’officier en chef, ou le « boss » si vous préférez, du bataillon réserviste des forces frontalières d’Ortana, la Red Moon. Vous pouvez m’appeler « commandant » ou « Brichou ». Quoique vous choisissiez, mettez-y de l’amour, tel une mère envers son enfant, compris ?

—Commandant.

Cheveux argentés s’était avancé vers le comptoir et penchant sa tête, demanda :

—Cette ville s’appelle donc Ortana. Que sont les forces frontalières ? Et ce bataillon de volontaires ? Pourquoi suis-je ici ? Réponds-moi.

—Tu as des tripes ! remarqua Bri en riant.

—J’aime les gamins comme toi. Quel est ton nom ?

—Renji. Je n’aime pas les fiottes dans ton genre…

—Vraiment ?

Haruhiro n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il se passa ensuite. Les mouvements de Bri n’étaient pas seulement rapides, mais également fluides et simples.

—Renji, je vais te donner un bon conseil, lui dit Bri droit dans les yeux.

Sortant de son hébétude, Haruhiro réalisa que Bri tenait la pointe de son poignard sur la gorge de Renji.

—Aucun de ceux m’ayant traité de fiotte n’ont vécu très longtemps. Tu sembles un garçon intelligent, alors tu devrais comprendre. Tu veux quand même continuer ?

—Très franchement ? répondit Renji.

Haruhiro eut le souffle coupé en voyant Renji saisir à pleine main le poignard. Il le tenait assez fermement pour le rendre immobile, et le sang coulait abondamment de la coupure.

—Je n’ai jamais eu l’intention de vivre vieux de toute façon, et je ne suis pas du genre à reculer devant des menaces. Si tu veux me tuer, fais-le, commandant Fiotte.

—Un de ces jours…

Bri lécha ses lèvres noires et tapota la joue de Renji.

—Je m’occuperai de toi en bonne et due forme. Encore et encore. D’une façon que tu n’oublieras jamais.

Ranta murmura :

—Quand il parle de s’occuper, je crois que nous n’avons pas la même définition que lui.

—De quel genre d’occupation tu parles ? demanda la fille aux tresses à Ranta, apparemment perplexe.

—Euh, eh bien… Comment dire… Il veut la mettre là où ce n’est pas supposé être. Tu sais, là où ça sort d’habitude. Tu comprends ? Hein, Haruhiro ?

—Ne me mêle pas à ça. C’est toi qui as commencé à en parler, assume.

—Ce n’est pas très gentil. T’es asocial ou quoi ? Vous servez vraiment à rien.

—Eh, Eh…

L’insouciant Kikkawa s’interposa entre Renji et Bri.

—Vous venez juste de vous rencontrer, non ? Pas la peine de se battre pour si peu. Oublions ça ! Soyez heureux et soyez amis, d’accord ? D’accord ? Pour mon bien !

—Pour ton bien ? railla Renji en le fixant tout en lâchant le poignard.

Bri rangea son arme après l’avoir nettoyée.

—Il semble y avoir toujours quelques inconscients dans chaque groupe. Huit garçons, quatre filles. Un peu léger en filles, mais je préfère quand c’est comme ça. Les garçons sont souvent meilleurs au combat.

Manato fronça les sourcils.

—Combat ?

—Tu m’as bien entendu, gloussa Bri.

La brutalité du mot frappa Haruhiro.

—Cet endroit est le quartier général du bataillon, donc…

Manato baissa les yeux.

—Nous sommes des volontaires ?

—Magnifique !

Bri applaudit lentement.

—Tu es prometteur. Exactement. Vous pouvez tous devenir soldats volontaires. Cela dit, vous n’avez pas les moyens de refuser.

—Le maître des choix ! » dit Haruhiro en tapant dans le dos de Ranta.

—C’est pour toi.

—Hein ? Ah ! T’as raison ! J’en suis… Mais de quoi ?

—Vous pouvez tous choisir, dit Bri, en les pointant de son index.

—Acceptez mon offre ou partez. En voici les termes : engagez-vous dans le bataillon volontaire. Au début vous serez apprentis, cela vous apprendra à devenir des soldats autonomes.

—Qu’est-ce que… » commença la fille tape à l’œil effrayée. Puis, se reprenant.

—Qu’est-ce que les volontaires font ?

—Ils se battent, bien sûr, répondit Bri, réticent à expliquer.

—Ici, à la frontière, nous, humains, combattons les autres races que nous appelons monstres. Et je ne vous cacherai pas qu’ils sont plutôt nombreux. Le boulot des forces frontalières est de tuer ces monstres et de protéger nos frontières. Mais pour être honnête, ce n’est pas un travail facile. L’armée officielle peine déjà à maintenir sa base avancée à Ortana. C’est là que nous, bataillon volontaire, intervenons.

—En d’autres termes, dit le garçon à lunettes en remettant celles-ci,

—pendant que l’armée reste à l’arrière et protège cette ville, les volontaires sortent pour se battre. J’ai raison ?

—Pour faire simple…

Bri joignit ses mains avant de les ouvrir tel un bourgeon en éveil. Il faisait ça pour paraître mignon, mais c’était franchement perturbant.

—En soit, nous faisons partie de l’armée régulière frontalière, car protéger la frontière ne se limite pas à la défendre. Des expéditions sont envoyées pour frapper nos ennemis pendant leurs patrouilles. Cependant, une armée régulière serait une force trop importante pour mener ce genre d’opération. Mettre en mouvement une telle unité requiert une préparation et une logistique non négligeable. Et c’est là que nous sommes différents.

Kikkawa opinait avec enthousiasme, peut-être trop, à chaque mot de Bri.

—En quoi sommes-nous différents ?

Bri plia ses mains et tourna ses doigts :

—Nous sommes mobiles et polyvalents. Nous repérons, infiltrons, frappons avant de disparaître. Nous affaiblissons les troupes ennemies. Même s’il nous arrive de coopérer avec l’armée régulière, nous n’employons pas les mêmes méthodes. Nous sommes organisés en groupe de trois à six personnes, et chaque groupe utilise ses propres moyens et capacités pour collecter des informations et décider quand frapper l’ennemi. C’est ainsi que nous, bataillon volontaire de Red Moon, agissons et opérons.

—Et si…

Renji faisait travailler les doigts de sa main droite. Le saignement semblait s’être arrêté.

—Et si nous refusons ton offre de recrutement ?

Bri pencha sa tête avant de balancer ses hanches d’avant en arrière.

Essayait-il d’être drôle ou tentait-il d’être menaçant ? Quoi qu’il en soit, c’était assez effrayant.

—Rien. Je vous l’ai déjà dit, vous pouvez choisir. Si vous refusez de rejoindre les volontaires, vous êtes libre de partir.

—Dans ce cas, je vais refuser, dit Ranta en faisant passer ses mains dans ses cheveux.

—J’ai pas tout compris, mais je suis de nature pacifique.

—Je vois, dit Bri. Dans ce cas, adieu et prends soin de toi.

—C’est tout ?

Ranta, qui marchait vers la sortie, s’arrêta et fit demi-tour.

—Tu es aussi froid qu’Haruhiro ! Attends, mais si je pars maintenant, qu’est-ce que je vais faire ?

—Ce n’est pas mon problème dit Bri en riant.

—Si tu ne veux pas devenir membre des Red Moon, tu peux partir. Mais si tu choisis de signer comme apprenti, tu recevras dix pièces d’argent. C’est assez pour vivre quelque temps, je pense.

—Argent ?

Les yeux de Manato s’agrandirent alors qu’il fouillait ses poches.

—J’avais oublié… L’argent.

Haruhiro chercha dans ses poches mais en ressortit les mains vides.

—Un petit boulot, grommela Ranta en passant les mains sur son visage.

—Je dois trouver un petit boulot. Peut être. Temporairement.

—Bonne chance ! dit Bri avec un haussement d’épaules exagéré.

—Les autres emplois disponibles sont beaucoup plus difficiles que soldats volontaires. Même si tu trouvais un employeur, ta paie te permettrait à peine de survivre. Tu vivrais à peine mieux qu’un esclave.

Kikkawa se claqua les joues.

—Je n’ai pas vraiment envie de finir comme ça. J’imagine qu’il ne me reste plus que l’option d’apprenti soldat ?

—Je vous l’ai déjà dit, ça ne dépend que de vous, dit Bri en les pointant du doigt les uns après les autres.

Renji poussa un long soupir.

—Alors dis-moi, en clair, qu’est-ce que je dois faire ?

—Oh, Renji, tu me déçois. Tu ne m’écoutais pas ? Tu dois tuer les monstres, en te débrouillant pour collecter des informations et jauger la situation.

—Alors on sera en quelque sorte, livré à nous même ?

—Dans le mille ! acquiesça Bri.

Il mit en rang sur le comptoir douze insignes rouges et autant de bourses en cuir. Bri prit un de ces insignes, imprimé d’un croissant de lune en relief sur une de ses faces.

—Ceci servira à vous identifier et prouve que vous êtes un apprenti de Red Moon, reprit-il.

—Elle est unique, alors ne le perdez pas. Mais la porter tout le temps sur soi n’est pas non plus une bonne idée. Enfin, quand vous aurez les moyens d’acquérir pour vingt pièces d’argent le badge officiel du bataillon, vous deviendrez alors des membres à part entière de Red Moon, avec tous les avantages que cela implique.

—Attends un peu ! dit crâne rasé sur un ton révolté.

—Tu veux qu’on paye pour signer en tant que volontaires ?

—Oui. Ça pose problème ?

—C’est inacceptable.

—Comment comptez-vous acheter de la nourriture ou des vêtements sans argent ? Pas la peine de vous plaindre. Si ça ne vous plaît pas, vous n’avez qu’à aller crever dehors.

Renji sourit.

—Même quand la vie est un enfer, on continue de se faire dépouiller, hein ?

—L’enfer ?

Bri pencha la tête, intrigué par ce mot.

—Quelque chose comme ça, oui. Vous devez réfléchir aux choix que vous ferez. Ceci dit, il serait sage que vous choisissiez de prendre le badge d’apprenti.

—Très bien, dis Renji en prenant un badge et une bourse.

—Bataillon des volontaires ou autre, je ne compte pas me dégonfler.

Crâne rasé imita Renji, prenant à son tour son badge et sa bourse. Tape à l’œil, Manato et le binoclard firent de même.

—Je vais en prendre un aussi, merci beaucoup ! déclara Kikkawa en prenant son badge et sa bourse, tentant d’en dérober une deuxième au passage.

—Eh ! gronda Bri, repoussant sa main voleuse.

Haruhiro ne voyait pas d’autre option que de s’enrôler. Mais dans quel but ? Il l’ignorait. Pour l’argent ? Pour survivre dans ce monde ? Si rejoindre la Red Moon était le seul moyen de gagner de l’argent alors il n’avait pas vraiment le choix. Une appréhension pourtant le tenait.

La fille aux tresses, Shihoru et la fille très petite paraissaient hésitantes, tout comme Ranta et le grand Moguzô. Les yeux bleus ciel de Bri se posèrent sur eux.

—Et vous ?

Ranta se dirigeait vers le comptoir tout en marmonnant.

—J’ai l’impression de me jeter dans la gueule du loup.

Il fut vite suivi par la fille aux tresses.

—Quand on veut, on veut et quand on peut, on peut, dit-elle.

Haruhiro tourna la tête vers elle.

—Euh… Je ne pense pas que ce soit exactement ça…

—Oh ? Vraiment ?

Elle se tourna vers lui tout en prenant le badge et la bourse.

—En tout cas c’est la façon dont, moi, Yume, je m’en rappelle.

—N’empêche que c’est faux. Le dicton exact est « quand on veut, on peut »

—Oh, je vois. Mais tu ne trouves pas que ma version est plus mignonne ? Je pense qu’être mignonne est important aussi.

—J’imagine que oui…

—Ouais !

La fille aux tresses, apparemment nommée Yume, rit à cœur joie. Alors qu’Haruhiro lui parlait, la fille minuscule avait pris son badge et sa bourse en cuir. Les trois qui restaient étaient Moguzô, Shihoru et lui-même. Sans raison particulière, il ne voulait pas être dernier. Il se dirigea donc vers le comptoir, Moguzô et Shihoru lui emboîtant le pas.

Bri applaudit en souriant.

—Félicitations ! Vous êtes à présent des apprentis à Red Moon. Travaillez dur et devenez indépendant aussi vite que possible, d’accord ? Quand vous deviendrez des membres à part entière, vous pourrez revenir et me parler de tout ce que vous voudrez.

Soudain, il y eut un bruit sourd accompagné d’un grognement. Quand Haruhiro regarda, il vit crâne rasé à terre, sur les fesses. Il n’avait pas eu le temps de voir la scène, mais il semblait que Renji l’avait fait tomber. Il se battait ? Mais pourquoi ?

Impassible, Renji dit :

—Debout.

—Qu’est-ce que tu fous ? cria Crâne rasé en se relevant.

Renji le repoussa au sol.

—Alors ? Debout.

—Enflure, qu’est-ce que tu fais ?

—Au moment où tu m’as vu, tu t’es demandé si j’étais plus faible que toi. Je vais te montrer. Relève-toi.

—Merde !

Renji attendit le moment où Crâne rasé se relèverait pour attaquer. Même pour Haruhiro, il semblait évident que Crâne rasé avait juste à bloquer l’attaque. Mais au lieu de ça, il essaya d’esquiver. Il prit ensuite la tête de Crâne rasé entre ses mains et lui mit un puissant coup de boule. Il y eut un gros bruit et crâne rasé tomba à genoux.

—T’es vraiment un idiot, remarqua Renji alors qu’il tapotait sa tête du bout du doigt.

Le sang coulait alors que le front de crâne rasé commençait à tourner au rouge.

—Ton nom ?

Crâne rasé était toujours à terre, une main au sol, l’autre sur son genou.

—Ron. T’es fort mon salaud.

—Tu n’es pas mauvais non plus. Rejoins-moi, Ron.

—Hmm, pour le moment en tout cas.

—C’est déjà pas mal. Qui d’autre ?

Renji les observait quand ses yeux s’arrêtèrent sur Manato. Manato soutint son regard sans broncher. Renji fût le premier à détourner son regard et ses yeux se posèrent sur le binoclard.

—Tu as l’air de pouvoir te battre. Viens avec moi.

Binoclard cligna plusieurs fois des yeux, surpris, puis croisa les bras sur sa poitrine. Il repoussa ses lunettes sur le bout de son nez et hocha la tête en baissant le menton.

—Ok. Je suis Adachi. Content d’être avec toi, Renji.

Renji eut un sourire carnassier et ses yeux tombèrent sur Haruhiro.

Quoi ? Moi ? Est-il possible que...

Surpris, son cœur battait à tout rompre. C’était juste que… Renji était très fort. Il semblait aussi pouvoir prendre des décisions et réfléchir rapidement. Il paraissait difficile de travailler avec lui sans être constamment effrayé, mais si l’on pouvait passer cette appréhension, il était certain que Renji était un homme de confiance. Si Haruhiro rejoignait le groupe de Renji, les choses seraient beaucoup plus faciles pour lui.

Haruhiro devait l’admettre : il voulait rejoindre le groupe de Renji. Vraiment. Mais il fut rapidement déçu : Renji, le personnage central du groupe, était déjà passé à quelqu’un d’autre. Le tour d’Haruhiro était passé.

—Toi, la demi-portion.

—Moi ? répondit la très petite fille dans un petit cri aigu.

Elle était la plus petite des douze, et avait une voix douce.

—Viens, dit Renji en l’accompagnant d’un mouvement de la main.

La petite avait l’air confuse mais se dirigea tout de même vers lui en le regardant. Renji lui caressa la tête.

—Tu sembles pouvoir être utile. Viens avec nous.

—Oui… dit Chibi en hochant la tête.

Son visage était rouge comme une pivoine. Ce n’est pas qu’elle était attirante, mais sa manière d’être faisait d’elle une véritable mascotte. Mais « utile » ? Vraiment ? Renji l’avait en tout cas jugée plus utile qu’Haruhiro. Ça l’énervait, et il se sentait quelque peu pitoyable. Renji désigna la sortie d’un coup de menton.

—Allons-y.

Alors que Renji, Ron, Adachi et Chibi partaient, Tape à l’œil s’écria :

—Attendez ! Prenez-moi avec vous !

Renji poussa un léger soupir.

—Je n’ai pas besoin de quelqu’un d’inutile.

—Je m’occuperai de tout ! dit-elle en s’accrochant à lui.

—Je suis Sassa. Je t’en prie, je ferai tout ce que tu voudras. Tout.

—Tout ? dit Renji en la repoussant.

—N’oublie jamais ce mot. Jamais. Et ne me touche pas sans permission.

—Je… D’accord.

—Bien. Suis-moi.

—Merci Renji !

Sassa ouvrit la porte au groupe de Renji, puis s’empressa de les suivre. Derrière eux, restaient les sept refusés, les sept ratés.

—Hmm ! dit Kikkawa tout en grimaçant et en se grattant la tête.

—J’aurais voulu être dans l’équipe de Renji. Lui et Ron sont plutôt balèzes, Adachi à l’air d’un mec intelligent, la petite est mignonne, et Sassa est une véritable beauté. Un excellent groupe. Mais bon, c’est trop tard maintenant. Je vais faire un tour en ville, bye bye !

Et c’est ainsi que Kikkawa partit. Les yeux d’Haruhiro croisèrent ceux de Shihoru un bref instant, avant qu’elle ne détourne le regard. Manato se dirigea vers la sortie.

—Je pense y aller aussi. On n’apprendra rien en restant ici. Je vais faire un tour et voir ce que je peux découvrir. À plus tard !

—D’accord, à plus… dit Haruhiro tout en se demandant s’il ne ferait pas mieux de le suivre.

Contrairement à Renji, Manato était plus facile à approcher et semblait être quelqu’un de bien, quelqu’un de confiance.

Il se fichait de Ranta, mais Shihoru et Yume ? Qu’est-ce qu’elles comptaient faire ? Et Moguzô aussi était encore là. Oh, c’est ça. S’ils partaient tous avec Manato… Non, c’était trop tard. Manato était déjà parti. Quoique, en partant maintenant, ils pourraient peut-être le rattraper…

—Eh, on devrait suivre Manato, ça ne sert à rien de rester là, » proposa Haruhiro.

Grimgar of Fantasy and Ash, Tome 1, Chapitre 1 — illustration

Soudainement, la porte s’ouvrit.

Manato serait revenu pour nous ?

Malheureusement, non. Celui qui entra paraissait plus âgé que le petit groupe. Son corps était entièrement recouvert de cuir, et il portait sur la tête une espèce de casquette à plumes. On pouvait apercevoir un arc et un carquois sur son dos. Ses yeux ressemblaient à ceux d’un renard et sa bouche était tordue.

—Bonsoir, Commandant.

Bri se tourna vers l’homme.

—Tiens, si ce n’est pas Raghill. Alors ? Besoin de moi ?

—Non, pas de toi, dit l’homme nommé Raghill, observant Haruhiro et les autres.

—J’ai entendu qu’un nouveau groupe venait d’arriver.

—Les nouvelles vont vites. Seulement douze cette fois-ci, mais il n’en reste plus que cinq.

—Les laissés pour compte, hein ?

L’expression de Ranta se figea.

—Ça pose problème ?

—On ne peut pas dire que ça soit une bonne chose, rétorqua Raghill en les jaugeant rapidement.

—Hmm. Notre groupe a besoin d’un mec capable d’encaisser les coups, et tu m’as l’air plutôt costaud. Tu feras l’affaire.

Surpris, Moguzô se désigna.

—Moi ?

—Oui, toi. Qui d’autre ? Si tu rejoins notre groupe, ce sera l’occasion pour toi d’apprendre les ficelles du métier. Concernant l’argent, on t’en prêtera un peu. C’est une offre exceptionnelle. Si tu es malin, tu ferais mieux d’accepter.

—Ah, d’accord…

—Vraiment, Moguzô ? Tu vas le suivre ?

Ranta prit Moguzô par le bras gauche.

—N’y vas pas. On voit bien qu’on ne peut pas lui faire confiance.

—Oui mais…

—On peut me faire confiance ! Ne l’écoute pas et viens avec moi !

Raghill prit Moguzô par l’autre bras.

—C’est du jamais vu pour un apprenti d’être invité à rejoindre un groupe. Tu devrais être reconnaissant !

—Si tu le dis…

—Ne le laisse pas te berner, Moguzô ! Les salauds indignes de confiance ne te le diront jamais !

—Aïe… Ça fait mal…

Ranta lâcha :

—Oh, désolé, désolé.

—Allons-y !

Raghill tira d’un coup sec sur Moguzô et sortit de la pièce. Les épaules de Shihoru s’affalèrent.

—Il est parti…

—Ce qui nous laisse… dit Yume tout en les comptant.

—Un, deux, trois et quatre. Haruhiro, Ranta, Shihoru et moi-même. Juste quatre.

—Combien de temps… Comptez-vous rester ici ? Je suis quelqu’un d’occupé, et j’ai du travail. Si vous restez là, je vais finir par vous jeter dehors, dit Bri en bâillant

Ranta, l’air pitoyable, se tourna vers le reste du groupe.

—On y va ?

Haruhiro répondit, avec un air aussi défait que pathétique.

—Ouais…

Commentaires

Laisser un commentaire