Secrets of the Silent Witch T.7 – Chapitre 1

Un chagrin pour ceux qui sont absents

「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」

Pendant toute la durée du cours, Lana Colette ne cessa de jeter des coups d’œil anxieux à Monica, qui semblait broyer du noir depuis plusieurs jours. La raison de ce marasme ne faisait aucun doute : le départ soudain de Casey. Lana n’en avait entendu parler que par des rumeurs, mais il se chuchotait que c’était pour des raisons familiales. Des élèves qui abandonnaient leurs études pour des impératifs familiaux, ce n’était pas rare au sein de cette académie.

Pourtant, pour une fille comme Monica, qui comptait si peu d’amis, le départ de Casey avait dû être un choc terrible. Depuis lors, elle traînait une mine sombre et abattue ; même lorsqu’elle s’adressait à Lana, elle se montrait d’une maladresse déconcertante. Et au déjeuner, alors que Lana cherchait des puces à Claudia comme à son habitude, Monica restait prostrée, l’esprit ailleurs.

À y repenser, c’était la présence chaleureuse de Casey à leur table qui apportait toute sa vie à leurs repas. Chaque fois que Lana et Claudia se chamaillaient, Casey intervenait avec douceur pour les tempérer, et lorsque Monica s’enfermait dans son silence, elle relançait la conversation avec une aisance naturelle. Même Lana ressentait un certain vide depuis son départ. Bien que la stoïque Claudia, avec son éternel visage de marbre, ne devait probablement rien éprouver de tel.

Aussi, dès la fin des cours, Lana se dirigea vers le bureau de Monica. Monica était le genre de personne dont l’état d’esprit se lisait immédiatement dans sa tenue et sa coiffure. Sans surprise, elle avait oublié de boutonner ses poignets de chemise, et quelques mèches rebelles s’échappaient de ses tresses de façon ridicule. Glissant silencieusement derrière elle, Lana posa son doigt sur les épis qui dépassaient de sa chevelure pour les aplanir.

— Tu as oublié de boutonner tes poignets de chemise.

— Hein ? Ah… c’est vrai…

Monica ne s’en était même pas rendu compte avant que Lana ne vienne lui en faire la remarque. Tandis que Monica tâtonnait maladroitement pour reboutonner ses poignets de chemise, Lana rassembla les mèches rebelles qui s’en échappaient et les fixa à l’aide d’une épingle. Voilà qui devrait au moins lui donner une allure un peu plus présentable.

— Nous avons un cours optionnel à présent. Dis, quelle matière tu as choisie au final, Monica ?

— Euh… Mon premier vœu, c’est le club d’échecs, et mon second vœu, le cours de droit.

— Le cours d’échecs commence dès aujourd’hui, à la première heure. Comme nous allons dans la même direction, faisons le chemin ensemble !

— O-Oui !

D’un hochement de tête, Monica rangea ses affaires de classe et se leva. Tout en emboîtant le pas à Monica, Lana ruminait en silence. Elle n’avait pas la moindre idée de la façon d’aborder la conversation dans un moment pareil. Elle avait beau se creuser la tête pour trouver un sujet intéressant, seules les dernières tendances de la mode lui venaient à l’esprit. Et Lana savait pertinemment que Monica ne portait pas le moindre intérêt à ce genre de considérations.

— Au fait, Monica, tu as déjà choisi la robe que tu porteras pour le bal de la fête de l’école ?

— …

Monica resta bouche bée, les yeux écarquillés, avant de tourner un regard perdu vers Lana. Lana s’attendait à une réponse du genre « Je n’ai encore rien préparé », mais à en juger par la tête que faisait Monica, la vérité était sans doute pire encore…

— Monica ? Tu es bien au courant qu’on organise un bal le soir de la fête de l’école, pas vrai ?

— Oui, j’avais lu ça sur le programme… mais je supposais qu’on y assisterait en uniforme…

Lana se rappela soudain que Monica était une élève transférée. À l’académie Serendia, les élèves portaient l’uniforme lors des cérémonies officielles, mais pour les bals qui suivaient, il allait de soi que chacun revêtait sa propre tenue de soirée. Tout particulièrement lors du bal célébrant la fête de l’école ou la remise des diplômes : c’était un événement d’une importance capitale, et chaque élève rivalisait d’élégance sur son trente-un.

— … Je ne peux vraiment pas y aller en uniforme ?

— Ce serait une très mauvaise idée… surtout pour une membre du conseil des élèves.

— Ouh…

Les membres du conseil des élèves étaient chargés de la tenue et du bon déroulement du bal. Il n’était pas question qu’ils manquent à l’appel, et s’y présenter en uniforme ne ferait que les ridiculiser aux yeux de tous.

— … Monica, dis-moi… est-ce que tu as au moins une robe ?

Monica secoua la tête en silence.

Je m’en doutais… pensa Lana en se plaquant une main sur le front. La fête de l’école n’était plus que dans deux semaines. Il était hors de question de laisser Monica essayer de se trouver une robe toute seule dans un délai pareil.

— Je peux te prêter une de mes anciennes robes si tu veux. Mais bon, la couleur et la coupe sont déjà complètement démodées…

— Hein ? Mais…

Monica marmonna quelques mots indistincts, tripotant ses doigts, la tête baisse. Lana pinça les lèvres, mécontentée.

— Quoi ? Ça te déplaît de récupérer mes vieux trucs ?

— Ce… ce n’est pas ce que je voulais dire… C’est juste que…

La voix de Monica se mit à trembler, comme si elle était sur le point de fondre en larmes. Ses sourcils d’ordinaire si timides se froncèrent, et un léger voile de larmes vint lentement engluer ses grands yeux ronds.

— Tu m’as déjà tellement aidée… et moi, je ne t’ai jamais rien donné en retour…

La tête de Monica s’affaissait un peu plus à chaque seconde. À la fin, Lana ne pouvait plus apercevoir que le sommet de son crâne… Alors, du bout du doigt, elle lui donna une petite chiquenaude sur le sommet de la tête pour la faire redresser.

— Je n’attends rien en retour !

— Mais… quand même…

— Et… et puis quoi encore ! On n’a pas besoin d’une raison particulière pour être gentille avec ses amies, non ?!

En retirant ses doigts du sommet de sa tête, Lana vit Monica redresser lentement le visage. Elle affichait encore une mine parfaitement déroutée.

— … Merci, Lana.

Monica la remercia d’une voix mal assurée. Mais au lieu de se dissiper, les larmes qui lui montaient aux yeux menacèrent de nouveau de couler, portées par la vive culpabilité qui se peignait sur son visage. Pouvait-elle vraiment accepter l’aide de Lana en toute bonne conscience, sans le moindre remords ? Lana croisa les bras, pinca les lèvres et jeta un coup d’œil en coin à son amie.

— Il faudra probablement retoquer un peu la robe, alors passe dans ma chambre tout à l’heure. Enfin bref… Dis-moi, Monica, tu portes un corset au moins ?

— Je… je n’en ai jamais mis…

— Quoiii ?!

Lana portait constamment un corset léger sous son uniforme, même à cet instant précis. Pour une jeune fille à l’aube de l’âge adulte, cela tombait sous le sens… mais en observant de plus près la silhouette de Monica, la vérité lui sauta aux yeux. Sa frêle carrure, que l’on aurait plutôt attribuée à une jeune adolescente, était bien trop maigre pour être qualifiée de svelte.

— … Bon, au moins, c’est sûr que tu n’as pas un brin de graisse à maintenir…

— …

Pourtant, en lui affinant un peu la taille et en lui rembourrant la poitrine, il y avait moyen de lui donner une allure nettement plus féminine. Lana se jura donc intérieurement de lui faire enfiler le tout premier corset qu’elle portait au début de son adolescence.