Secrets of the Silent Witch T.6 – Chapitre 14

Sentiments similaires à l’amour

「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」

Après avoir quitté la salle du conseil des élèves, Félix s’assura qu’il n’y avait personne aux alentours avant de glisser un doigt dans la poche de sa veste. Dès que Will, le petit lézard blanc, en eut sorti la tête, Félix lui parla à voix basse sans cesser de surveiller prudemment les environs.

— Plus tôt, tu as dit que le Roi des Esprits avait été invoqué ?

— Oui, j’ai clairement senti le portail d’invocation du Roi des Esprits s’ouvrir dans cette zone.

— Très bien. Dans ce cas, faufile-toi dans la salle des professeurs pour vérifier s’ils ont abordé le sujet entre eux.

Même en sa qualité de président du conseil des élèves, il aurait semblé suspect de le voir s’introduire dans la salle des professeurs sans motif valable. S’en remettre à Will, capable de se glisser partout en toute discrétion, était donc la meilleure option.

— Qu’allez-vous faire, Votre Altesse ?

— Je vais aller jeter un coup d’œil pour voir s’il n’y a rien d’anormal.

— Compris. Au moindre problème, appelez-moi immédiatement.

Will se coula hors de la poche de Félix, se faufila au sol et traversa prestement le couloir en direction de la salle des professeurs. Après l’avoir regardé s’éloigner, Félix quitta à son tour le bâtiment de l’école. Faute de maîtriser les sortilèges de détection, il devait s’en remettre à son propre instinct pour repérer la moindre anomalie… mais il y avait un endroit bien précis qu’il brûlait de vérifier en priorité.

C’était le vieux jardin. Le lieu même de sa toute première rencontre avec Monica.

Félix savait que la fontaine de ce jardin abritait le cœur d’une barrière à grande échelle qui protégeait l’ensemble de l’académie. C’était précisément par intérêt pour sa formule magique qu’il s’était donné tant de mal pour en dupliquer la clé. Conçue par Louis Miller, le Magicien des Barrières et l’un des Sept Sages, cette formule magique était une véritable œuvre d’art, flagrante même pour un profane. Des structures aussi complexes et élaborées ne courraient pas les rues.

S’il y avait une quelconque urgence ayant nécessité l’invocation du Roi des Esprits, ou si l’école subissait une attaque extérieure, cette barrière de protection aurait obligatoirement dû s’activer. Dans tous les cas, commencer par l’inspecter restait la décision la plus sage. Conforté dans son idée, Félix pressa le pas vers le vieux jardin, puis sortit de sa poche la clé qu’il avait secrètement contrefaite pour déverrouiller la grille.

— Maintenant que j’y pense… j’ai complètement oublié de lui demander comment ce petit écureuil avait réussi à se faufiler à travers cette grille.

Peut-être existait-il un autre passage secret dont Monica avait seule le secret. Alors qu’il avançait, l’esprit occupé par cette pensée, Félix perçut soudain une présence devant lui et se figea net dans son élan.

— Il y a quelqu’un près de la fontaine ?

Il se coula aussitôt derrière un arbre pour dissimuler sa présence et risqua un coup d’œil en direction de la fontaine. Là, il aperçut un homme en robe de mage qui s’affairait sur le mécanisme. Celui qui s’activait ainsi était un jeune homme aux cheveux châtains coiffés en tresse, arborant un monocle. Ses traits étaient particulièrement familiers à Félix.

Louis Miller, le Magicien des Barrières ? Qu’est-ce qu’il fait ici ?

S’il avait eu l’intention de mener une inspection de routine, il aurait dû en informer la direction de l’école au préalable. Or, en tant que président, Félix n’avait jamais entendu parler d’un tel avis. Un autre détail le chiffonna : le rebord extérieur de la fontaine était brisé en morceaux.

Ce cadre est pourtant censé être protégé par un sortilège de protection qui immunise le cœur de la barrière… Comment pouvait-il être en miettes ? Qu’est-ce que cela cachait ? Installé au centre du bassin, Louis psalmodiait des incantations en boucle, visiblement affairé à ajuster la formule.

Soudain, une violente bourrasque balaya les lieux et une jeune femme vêtue d’un uniforme de domestique descendit du ciel. Félix avait entendu dire que Louis Miller avait scellé un pacte avec un esprit du vent de haut rang. Cette femme de chambre devait être cet esprit.

— Maître Louis, j’ai terminé ma mission d’escorte.

— Très bien. Dans ce cas, va récupérer les restes de la Conque Flamboyante dans l’entrepôt ouest.

— Pouah… Vous adorez faire trimer votre esprit pour des corvées ingrates, vous alors.

— Je n’ai pas le choix, je dois m’occuper de ce problème en priorité. Cette barrière… j’ai presque dû la reconstruire à partir de zéro. Je sais bien qu’elle a servi à neutraliser la Conque Flamboyante, mais c’était d’une imprudence sans nom.

Félix fronça les sourcils en entendant cet échange. Le nom de la Conque Flamboyante ne lui était pas inconnu. C’était un outil d’assassinat à la puissance destructrice particulièrement redoutable.

— Cette chose a été entreposée dans le bâtiment ouest ?

Il n’y avait pas si longtemps, c’était Félix lui-même qui se trouvait dans l’entrepôt ouest.

D’après ce qu’ils viennent de dire, quelqu’un a tenté de m’assassiner, et Louis Miller m’a discrètement protégé… C’est donc ça ?

Cependant, d’après les explications de Louis, il ne semblait pas être celui qui avait neutralisé la Conque Flamboyante.

— Dans ce cas, qui était-ce ?

Félix retint sa respiration pour se concentrer sur l’échange entre Louis et l’esprit. Observant la fontaine, le Magicien des Barrières afficha une mine lasse et laissa échapper un profond soupir.

— Cette fontaine est irréparable… Enfin, la direction de l’académie croira probablement qu’elle a simplement subi les outrages du temps… N’empêche, invoquer le Roi des Esprits juste pour protéger le Second Prince…

Louis passa une main frustrée dans ses cheveux châtains, pourtant soigneusement coiffés, avant de reprendre.

— La Sorcière Silencieuse est vraiment d’une imprudence sans nom.

— Quoi ?

Le cœur de Félix rata un battement en entendant ce nom tomber de la bouche de Louis.

— La Sorcière Silencieuse a invoqué le Roi des Esprits ? Pour me protéger… ?

Une scène survenue quelques mois plus tôt revint alors en mémoire à Félix. Ce jour-là, une nuée de wyvernes avait fendu les cieux. Leurs silhouettes colossales glissaient à travers les airs dans un silence de mort, pareilles à des flocons de neige.

Cette magie était si pure, si paisible et si belle. Et aujourd’hui, la Sorcière Silencieuse, qui maniait un tel pouvoir, venait d’invoquer le Roi des Esprits ? Tout cela… pour le protéger, lui ?

— Tout porte à croire que c’est la vérité.

Le cœur de Félix s’emballa, semblable à celui d’un enfant découvrant pour la toute première fois la trajectoire lumineuse d’une étoile filante.

Quelle vision majestueuse et magnifique ce devait être… Cette splendide magicienne, invoquant le Roi des Esprits… Mais où est-elle à présent ? Ne faisait-elle que passer ? Ou bien a-t-elle infiltré l’académie depuis un certain temps ? D’après ce que j’ai pu apercevoir d’elle lors de la cérémonie de rentrée, sa silhouette était plutôt menue, mais… Attends, cela ne suffit pas à prouver qu’il s’agit d’une femme. La Sorcière des Épines, qui siège aussi parmi les Sept Sages, porte le mot « sorcière » dans son titre alors qu’il s’agit d’un homme. La Sorcière Silencieuse pourrait très bien en être un, lui aussi. Dans ce cas, il y a de fortes chances qu’elle — ou il — se soit infiltré chez les élèves… Non, un poste de professeur serait tout aussi probable. Attends, calme-toi. Elle n’a peut-être infiltré l’école d’aucune façon, elle s’est peut-être contentée de passer par ici.

Contrairement à ses habitudes, il sentit ses pensées s’emballer et lui échapper. C’était dire à quel point Félix vénérait la Sorcière Silencieuse.

— Je veux la voir. Je veux la rencontrer. Ne serait-ce qu’une fois, je veux la voir déployer sa magie sans incantation.

Félix ne put s’empêcher de presser sa main contre sa bouche. Alors qu’il étouffait un profond soupir, la paume toujours plaquée contre ses lèvres, il sentit ses joues s’empourbrer d’une manière qui ne lui ressemblait pas. C’était l’attitude exacte d’un jeune garçon épris de son tout premier amour.

— Je l’ai peut-être enfin trouvée…

Félix pressa une main contre sa poitrine, sentant son cœur s’emballer sous le tissu de son uniforme.

— Voilà une chose qui m’intéresse au plus haut point…