Conque Flamboyante
「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」
Casey était le genre de fille à avoir toujours le sourire aux lèvres. Elle s’était toujours comportée comme une grande sœur attentionnée et fiable, celle qui prenait spontanément la main de Monica pour lui ouvrir la voie. À présent, c’était pourtant Casey qui marchait à ses côtés en se cramponnant à elle. La main que Monica tenait était moite et glacée par la peur, et elle la sentait frémir imperceptiblement. Alors que Monica fixait leurs mains unies, Casey lui adressa un sourire d’une fragilité touchante, le visage encore d’une pâleur mortelle.
— Désolée, je t’ai montré un côté bien embarrassant de moi…
— N-Non ! Enfin, je veux dire… après ce qui s’est passé, c’est tout à fait normal ! N’importe qui aurait réagi de la même manière !
— Haha, je suppose que tu as raison…
Casey esquissa un sourire maladroit, s’efforçant de retrouver son air enjoué habituel, mais ses traits refusèrent d’obéir. Ce rire forcé, cette pâleur mortelle, ces mains tremblantes et fragiles… tout cela serrait douloureusement le cœur de Monica. Elles avançaient l’une à côté de l’autre dans le couloir de l’aile est de l’académie. Le chemin était encore long avant d’atteindre l’infirmerie. Monica se mordit la lèvre à s’en faire mal, puis, rassemblant son courage, ouvrit lentement la bouche.
— La corde qui servait à lier les madriers… portait la marque d’une entaille. Faite avec une lame.
— Quoi ?! Mais alors… ce n’était pas un accident ? La corde était déjà coupée dès le départ ? Quelqu’un chez le fournisseur… aurait délibérément essayé de tuer quelqu’un ?!
Devant l’effroi de Casey, Monica secoua lentement la tête pour dissiper ses craintes.
— Non… Si l’on observe attentivement l’entaille sur la corde, la lame n’a été enfoncée qu’à moitié. Le reste a été laissé tel quel, pour que les fibres finissent par céder d’elles-mêmes sous le poids. D’après mes calculs, avec une entaille d’une telle profondeur, la corde ne pouvait tenir que quelques secondes avant de rompre complètement…
Monica marqua une brève pause. Elle ne connaissait pas le poids exact des pièces de bois, mais d’après ses propres estimations, elle poursuivit son raisonnement :
— La corde devait inévitablement lâcher au bout de cinq à quinze secondes.
La corde pouvait donc être entaillée de manière à céder complètement en à peine dix secondes. En d’autres termes, elle n’avait pas été coupée avant d’être livrée à l’académie : quelqu’un l’avait sectionnée ici même, sur place.
Et Monica en était parfaitement consciente. Pour que des personnes extérieures puissent pénétrer dans l’établissement, elles devaient subir une inspection rigoureuse avant d’obtenir leur laissez-passer. Sans même parler d’un couteau, introduire une simple paire de ciseaux était strictement interdit. Par conséquent, pour se procurer le moindre outil de coupe, il fallait impérativement soumettre une demande officielle afin de se le faire prêter par l’école.
— … Et puisque les employés du fournisseur n’avaient pas l’autorisation d’introduire des couteaux, le coupable ne peut pas faire partie de leur équipe.
À ces mots, toute couleur s’effaça du visage de Casey. Monica, pourtant, gardait les yeux rivés sur leurs mains unies, moites et tremblantes. Monica déglutit alors avec peine, puis prit la parole.
— … C’est toi qui as coupé la corde, Casey ?
Casey arracha instantanément sa main de celle de Monica. Elle fit quelques pas en avant, s’immobilisa brusquement, puis se retourna pour lui faire face. Le visage qu’elle offrit alors à Monica arborait exactement le même sourire radieux que d’habitude.
— Haha… Je suppose que tu m’as démasquée. Ouais, c’est moi qui l’ai fait.
À sa grande surprise, Casey passa immédiatement aux aveux. Elle sortit alors de sa poche un petit canif artisanal et le tendit sous les yeux de Monica. Face à la lame, un faible gémissement de stupeur échappa aux lèvres de cette dernière.
— … Pourquoi ?
— Pour tout te dire, je te déteste, Monica. À la base, j’avais l’intention de faire tomber ces madriers sur toi. Juste pour une petite farce… Enfin, c’est ce que je me disais. Mais j’ai fini par foirer mon coup et c’est sur moi que le bois a failli s’effondrer. Oh, j’ai complètement foiré, pas vrai ?
Le ton de la voix de Casey et la légèreté de son rire auraient pu tromper n’importe qui : elle avait l’air exactement comme d’habitude. Pourtant, une dissonance persistait dans son comportement, un détail infime dont elle ne parvenait pas à se débarrasser. Ses paroles sonnaient faux. C’était comme si elle récitait mécaniquement un texte appris par cœur. Elle parlait bien plus vite qu’à l’accoutumée, et son regard fuyant évitait soigneusement de croiser celui de Monica. Casey mentait.
— … Je sais que tu mens.
— Je ne mens pas ! Je te déteste depuis le premier jour où j’ai posé les yeux sur toi !
Les mots de Casey poignardèrent le cœur de Monica.
Chaque fois que le mot « haine » est prononcé, il finit toujours par blesser ceux qui l’entendent. Si elle avait été la Monica d’autrefois, elle se serait sûrement enfuie en larmes. Pourtant, cette fois, le sentiment de dissonance qui lui serrait la poitrine se fit encore plus pressant.
— Casey… est-ce que tu ne serais pas en train de me cacher quelque chose ?
— Je n’ai absolument rien à cacher, je te le jure ! Je te déteste, un point c’est tout. C’est l’unique raison pour laquelle j’essayais de te persécuter.
Casey retroussa légèrement la lèvre dans un rictus méprisant et darda sur Monica un regard d’une noirceur absolue.
— Tu te souviens de la dernière réception, quand tes feuilles de thé ont été éparpillées par terre ?
— O-Oui…
— Pour tout te dire, c’est moi qui avais fait le coup.
Le ton de sa voix était clair, sans la moindre once de culpabilité. Pourtant, Monica ne ressentit aucune colère. Seul un profond sentiment de malaise et de tristesse l’envahit. Monica baissa les yeux et murmura quelques mots d’une voix tremblante.
— … Je sais.
— Quoi ?
Casey cligna des yeux, prise de court, tandis que Monica crispait ses mains sur l’ourlet de son uniforme avant de reprendre.
— … Par le passé, j’ai été victime de harcèlement, et on me cachait souvent mes affaires… Depuis cette époque, je n’écris plus jamais mon nom sur mes objets personnels.
À ce moment-là, Casey avait donné à Monica un morceau de papier pour étiqueter la boîte de thé qu’elle venait de poser sur l’étagère. Casey y avait inscrit son propre nom, mais Monica s’en était abstenue, de peur que quelqu’un ne s’en prenne à sa boîte et ne la jette. À la place, elle s’était contentée de corner discrètement le bord du papier, afin de le marquer d’une façon qu’elle seule pourrait reconnaître.
— … À ce moment-là, la seule personne qui m’a vue corner ce papier… c’était toi, Casey.
Timide et prudente de nature, Monica s’était soigneusement fait un rempart de son propre corps pour masquer ses gestes, qu’il s’agisse de corner le papier ou de ranger la boîte sur l’étagère, afin de s’assurer que personne ne puisse la voir.
… En d’autres termes, la seule personne qui pouvait savoir quelle boîte de thé appartenait à Monica était Casey. Comme Casey n’avait pas de domestiques à son service, elle devait préparer son thé elle-même. C’est pourquoi elle s’était rendue dans l’office juste avant le tour de Monica. C’est probablement à ce moment-là qu’elle avait jeté ses feuilles de thé. Face à la démonstration de Monica, Casey resta un instant abasourdie. Puis, dissimulant son regard derrière sa frange, elle laissa échapper un sourire vide de toute chaleur.
— Ahaha… Je le savais. Tu es vraiment trop intelligente.
— …
— Je vois… Donc tu savais à quoi t’en tenir depuis le début. Quand j’y pense, tu parles toujours hyper naturellement avec Lana, mais avec moi, tu as gardé tes distances et tu as continué à me parler poliment. Tu t’es toujours méfiée de moi, pas vrai ?
— N-N’empêche que… vous m’avez tellement aidée, ces derniers temps… Alors j’ai pensé… que tout cela n’était peut-être qu’un terrible malentendu.
Lorsque Monica s’était retrouvée désemparée après le saccage de ses feuilles de thé, Casey lui avait gentiment offert les siennes. Après cet incident, elle l’avait invitée à déjeuner et n’avait cessé de lui témoigner de l’intérêt et de la bienveillance. C’était pour cette raison que Monica s’était si longtemps voilé la face. Elle avait désespérément essayé de se convaincre qu’il ne s’agissait que d’un malentendu.
— Dis, Monica. Tu te souviens de ce qu’on s’est dit à la cafétéria ? Quand je t’ai raconté que mon père m’avait ordonné d’attirer l’attention de Son Altesse…
— Je m’en souviens.
— En réalité, je veux absolument devenir l’épouse de Son Altesse et la future reine. Alors je me suis dit que si je me liais d’amitié avec toi, que Son Altesse affectionne tout particulièrement, j’aurais plus de chances de me rapprocher de lui. C’est pour ça que j’ai commencé à jouer les filles gentilles et à faire semblant d’être ton amie… Haha, je suis une fille horrible, pas vrai ?
Les explications de Casey tenaient la route. Pourtant, ce tenace sentiment d’inconfort restait ancré dans la poitrine de Monica, refusant de la quitter. Monica n’avait jamais été douée avec les gens. Jusqu’à présent, elle s’était toujours bien gardée de regarder la personne en face d’elle. Mais depuis son arrivée dans cette académie, au fil de ses interactions avec les autres, Monica avait appris à déchiffrer autrui, ne serait-ce qu’un tout petit peu.
C’est pour cela qu’elle en avait la certitude : Casey lui cachait quelque chose. Pourtant, incapable de deviner ce que dissimulait ce mystère, Monica crispa ses doigts contre le tissu de sa robe, au niveau du cœur, terrassée par la frustration.
— Qu’est-ce que Casey peut bien me cacher ? Si je ne découvre pas la vérité très vite, elle ne pourra plus jamais faire marche arrière…
Alors que Monica s’enlisait dans cette terrible prémonition, l’une des fenêtres du couloir s’ouvrit avec fracas, et un homme s’engouffra à l’intérieur d’un bond.
— Monica !
Bien qu’ils fussent au premier étage, un jeune homme aux cheveux noirs venait de bondir par la fenêtre : il s’agissait de Nero sous sa forme humaine. D’ordinaire, chaque fois qu’il se transformait, il portait une vieille robe d’un autre temps ; mais aujourd’hui, il arborait fièrement l’uniforme des élèves de l’Académie Serendia.
— Ne… ro… ? Qu’est-ce qui te prend de porter cette tenue ?
— Oh, tu ne trouves pas que ça me va bien ? Si j’étais resté sous ma forme de chat, on m’aurait chassé du bâtiment, et si j’avais gardé ma robe habituelle, j’aurais eu l’air suspect. Alors j’ai insufflé un peu de mon mana pour matérialiser ça. Au début, j’ai essayé de copier ton uniforme, mais je me suis accidentellement retrouvé avec une jupe, alors j’ai dû tout recommencer… Attends, non, ce n’est pas le sujet !
Nero tourna un regard acéré vers l’ouest et lâcha d’une voix pressante :
— Il y a une sorte d’anomalie de mana complètement bizarre dans l’entrepôt ouest. Et le signal s’intensifie de seconde en seconde !
Sans perdre une seconde, Monica activa son sort de détection de mana en incantation silencieuse. À l’exact opposé de l’aile est où elles se trouvaient, se dressait l’entrepôt ouest. Et la réaction magique y était bel et bien palpable. Monica projeta une infime quantité de mana dans les environs pour étendre progressivement son champ de perception.
Il y avait là un attribut de feu, une façon d’absorber et de comprimer le mana ambiant, et ce flux d’énergie tourbillonnant vers l’intérieur était…
— C’est impossible.
Monica avait déjà observé cette dynamique de mana bien spécifique lors d’un cours sur les artefacts magiques de Minerva. Il s’agissait d’un outil d’assassinat à la puissance destructrice phénoménale. Son nom était…
— …Conque Flamboyante.
Au moment même où Monica murmura ce nom, Casey écarquilla les yeux, une plainte étouffée échappant d’entre ses lèvres.
— Comment…comment Monica peut-elle connaître la Conque de Flamme…?
Au moment même où elle entendit ce murmure, toutes les pièces du puzzle s’assemblèrent dans l’esprit de Monica : le comportement de Casey jusqu’à présent prenait enfin tout son sens. Des feux d’artifice avaient été entreposés dans le hangar ouest, sous la supervision directe de Felix et d’Elliot. Puisque Casey s’était rapprochée de Monica en feignant d’être son amie, son véritable objectif devait être…
— Casey… Ton but est-il… d’assassiner Son Altesse ?
Casey ne répondit pas. Pourtant, la soudaine rigidité de ses traits en disait bien plus long à Monica que n’importe quel aveu.




