Les trois écoles les plus prestigieuses
「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」
— Dis, Monica, et si on allait faire les boutiques pendant notre prochain jour de congé ?
Un jour, à l’heure du déjeuner, une semaine avant le festival de l’école, Lana suggéra cette idée. La jeune fille avait prévu de faire quelques emplettes afin de se procurer le matériel dont elle aurait besoin pour l’événement. À l’académie Serendia, les élèves étaient autorisés à se rendre dans la ville voisine à condition de soumettre une permission de sortie. Pourtant, tout en mâchant son morceau de pain, Monica secoua la tête.
— Je suis vraiment désolée… mais j’ai déjà quelque chose de prévu… ce jour-là…
— Le tournoi d’échecs.
Lorsque Claudia prononça ces mots, le morceau de pain de Monica resta coincé dans sa gorge et elle manqua de s’étouffer. Lana écarquilla les yeux, la dévisageant, sous le choc.
— Le conseil des élèves a-t-il des obligations prévues le jour du tournoi d’échecs ?
— Non… c’est juste que je…
Claudia lâcha de but en blanc, coupant court aux balbutiements de Monica.
— … Elle participe au tournoi en tant que première joueuse de l’équipe.
Ces paroles faillirent la faire s’étouffer une seconde fois. Monica tourna brusquement la tête vers Claudia, les larmes aux yeux. Il n’était guère surprenant que si peu de gens connaissent l’identité des représentants de cette année, car la liste n’avait été placardée que très discrètement sur le panneau d’affichage. En réalité, le tournoi d’échecs en lui-même n’était pas un événement de grande envergure. Bien qu’il porte le nom de « tournoi », il s’agissait davantage d’une rencontre sociale conviviale à laquelle étaient conviés des joueurs d’autres établissements. C’était la raison pour laquelle la compétition ne suscitait que peu d’intérêt parmi les élèves. Même Lana, qui dévisageait Monica avec des yeux ronds, ignorait manifestement que son amie avait été sélectionnée pour y participer.
— Quoi ?! Ne me dis pas que tu as été sélectionnée pour le tournoi, Monica ?!
— … O-oui… p-plus ou moins…
Évoquer sa sélection en tant que représentante mettait Monica profondément mal à l’aise, c’est pourquoi elle n’en avait soufflé mot à personne.
— Ne prends pas la grosse tête, tu n’es qu’une bonne à rien sans le moindre talent.
Le souvenir de ces paroles cruelles, qu’on lui avait crachées au visage par le passé, résonnait encore douloureusement dans son esprit. La simple pensée du regard glacial de ce garçon — qu’elle avait pourtant cru être son ami — suffisait à lui serrer le cœur. Cependant, contrairement à ce qu’elle redoutait…
— C’est incroyable !
Lana repoussa bruyamment sa chaise et se pencha en avant, dévisageant une Monica complètement éberluée, avant de s’enflammer avec un enthousiasme débordant.
— Bon sang ! Mais pourquoi tu m’as caché un truc pareil ?! Dis, est-ce qu’on a le droit de venir t’encourager pendant les parties ?
— Tu as vraiment l’intention de faire ça, alors que tu ne connais absolument rien aux règles des échecs ?
Face à la remarque de Claudia, Lana avança la lèvre inférieure dans une petite moue boudeuse.
— J’ai tout de même appris le nom de chaque pièce !
— Et tu n’as pas honte de prétendre connaître les règles en ne sachant que ça ?
— Q-Qu’est-ce que ça peut faire, d’abord ?
Les joues encore rouges d’embarras, Lana tourna son regard vers Monica. Ne sachant que dire, cette dernière ouvrait et fermait la bouche dans le vide, avant que son état de panique ne la pousse finalement à hocher la tête.
— O-oui… je suis vraiment heureuse… de pouvoir compter sur ton soutien. dit Monica d’une voix étouffée, laissa Claudia échapper un long soupir consterné.
— … Honnêtement, en lui disant ça, tu vas juste inciter les spectatrices écervelées qui ne comprennent rien aux règles à faire un boucan d’enfer pendant les parties.
— Même moi, je ne ferais jamais une chose pareille ! hurla Lana en levant les sourcils, avant de tourner la tête vers Claudia comme frappée par un souvenir soudain.
— Maintenant que j’y pense, tu n’avais pas participé au tournoi de l’année dernière, toi ? Il me semble qu’il y avait aussi deux membres du conseil des élèves…
— Je suis surprise que tu t’en souviennes.
Claudia laissa échapper un grognement, ses beaux traits se crispant de contrariété. Elle réagit comme si on venait soudainement de la confronter aux pires erreurs de son passé.
— Quand Neil a dit : « Faisons de notre mieux »… je n’ai pas réussi à me retenir pendant ma partie. Je me suis laissée emporter et j’ai joué à fond sans le vouloir… Quelle gaffe…
Mademoiselle Claudia Ashley possédait de vastes connaissances, mais s’avérait en même temps d’un tempérament extrêmement difficile. En réalité, elle détestait que l’on se repose sur elle, maintenait les autres à distance grâce à son aura glaciale, et ne faisait aucun effort pour dissimuler son caractère acerbe à quiconque… à la seule exception de Neil. Il ne faisait d’ailleurs aucun doute que sa motivation première pour participer au tournoi l’année précédente avait été la présence de ce dernier.
— Je me demande quel est le style de jeu de Claudia… songea Monica. J’aimerais beaucoup disputer une partie contre elle, mais je doute fort qu’elle accepte si je le lui demandais… très probablement…
D’après Elliot, l’académie Serendia avait écrasé la concurrence lors du tournoi de l’année dernière ; Claudia devait donc être une joueuse redoutable. Monica se dit qu’elle devrait peut-être interroger Elliot ou Benjamin sur sa façon de jouer. Mais alors qu’elle était perdue dans ses réflexions, Lana, frappée par une idée soudaine, l’interrompit brusquement.
— Dis, je me demandais… est-ce que les écoles que nous allons affronter seront les mêmes que l’année dernière ?
— … Je le suppose. Après tout, il s’agit avant tout d’un événement mondain réunissant les trois établissements les plus prestigieux.
— Sérieusement ?
Le cœur de Monica rata un battement aux mots de Claudia, se contractant d’une manière fort désagréable dans sa poitrine. Les trois établissements les plus prestigieux du royaume de Ridill comptaient l’académie Serendia, l’école d’élite réservée aux enfants de la noblesse, mais aussi le « Temple », placé sous la juridiction du Sanctuaire et réputé pour son excellence dans l’étude du droit. Enfin, la troisième école n’était autre que le meilleur institut de formation pour les mages…
… Minerva.
À cette réalisation, la fourchette de Monica lui glissa des doigts. Le tintement métallique qui s’ensuivit résonna avec une intensité terrifiante à ses oreilles. Son cœur se mit à cogner lourdement dans sa poitrine, tandis que ses paumes devenaient soudainement moites de sueur.
— Monica ?
— … Ah… j-je suis désolée…
Monica se leva d’un bond pour ramasser sa fourchette… mais ses doigts tremblaient tant qu’elle fut incapable de la saisir correctement. L’ustensile lui glissa des mains et retomba lourdement sur le sol. Minerva, le meilleur institut de formation pour les mages, n’était autre que l’établissement où Monica Everett, la Sorcière Silencieuse, avait étudié. Puisqu’elle y avait obtenu son diplôme à seulement quinze ans en sautant plusieurs classes, il était plus que probable que ses anciens camarades de l’époque soient encore scolarisés là-bas.
— … Ça va aller, tenta de se rassurer Monica. Je parie qu’ils ne se souviennent même plus de moi. J’en suis certaine.
Fidèle à ses habitudes, Monica gardait toujours la tête baissée et ne prenait presque jamais la parole en public. Même après avoir maîtrisé l’incantation silencieuse, elle était restée recluse dans son laboratoire, fuyant systématiquement les conférences et les présentations de recherche. En fin de compte, seule une poignée de personnes connaissait véritablement son visage.
— …ça va aller, ça va aller, ça va aller.
Mais malgré ses tentatives désespérées pour s’en persuader, elle ne parvint pas à réprimer les tremblements de son corps. Le souvenir brutal du regard méprisant de ce garçon — celui qu’elle croyait être son ami — venait brusquement de refaire surface.
— Tu n’es pas mon ami.
Un petit hoquet lui échappa, et sa gorge se serra douloureusement. Ayant soudainement oublié comment respirer, Monica se mit à haleter par de courtes inspirations saccadées. C’était le signe avant-coureur d’une crise d’hyperventilation. Dans un mouvement de panique, elle plaqua précipitamment une main sur sa bouche.
— Monica ?
Remarquant aussitôt l’état de détresse de Monica, Lana quitta sa chaise avec précipitation pour venir s’agenouiller à ses côtés.
— Je ne peux pas laisser Lana s’inquiéter.
Le visage complètement livide et le corps parcouru de tremblements, Monica s’efforça tout de même d’articuler un mot de ses lèvres frémissantes.
— Je vais bien… oui, ce n’est rien.
— Pourtant, on ne dirait pas du tout que ce n’est rien ! grogna Lana en grimaçant, quand Claudia commença à parler.
— … Tu connais quelqu’un au Temple, ou peut-être… à Minerva ?
— !
— … À en juger par ta tête, tu sembles avoir un très mauvais passif avec cette personne.
Une main crispée sur sa poitrine, Monica secoua frénétiquement la tête.
— Non, c’est faux, ce n’est pas la faute de Bernie ! C’est forcément de la mienne, c’est moi qui étais en tort ! Ce n’est pas une histoire de mauvais passif ou quoi que ce soit, c’est entièrement de ma faute !
Chaque fois que ce visage surgi de ses souvenirs s’imposait à son esprit, Monica se rongeait de culpabilité. Sans quoi, elle avait le terrible sentiment qu’il ne lui accorderait jamais son pardon. Cette pensée l’écrasait tant qu’elle en venait à se croire indigne de vivre.
— Je suis désolée, je suis désolée, tellement désolée d’avoir quitté mon chalet dans la montagne… Je n’aurais jamais dû m’exposer au grand jour… J’aurais dû écouter ce que disait Bernie…
— Monica ! l’interpella Lana d’une voix forte en posant fermement les mains sur ses épaules.
— Avant d’aller au tournoi d’échecs, lève-toi plus tôt le matin et viens dans ma chambre. Tu m’entends, Monica ? Il faut absolument que tu viennes.
— …
— Promets-le-moi.
Face à un ton aussi catégorique, Monica avait la fâcheuse habitude d’acquiescer de manière presque inconsciente. Devant son lent hochement de tête hésitant, Lana insista une dernière fois pour bien sceller sa promesse :
— Tu viens sans faute, d’accord ?




