La requête de Monica
「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」
Après les cours, Félix s’affairait dans la salle du conseil des élèves lorsqu’Elliot et Monica y firent leur entrée presque simultanément. Apparemment retenus pour le tournoi d’échecs, ils venaient d’en discuter brièvement avec le professeur Boyd. Bientôt, tous désertèrent la pièce, à l’exception de Félix. À l’approche du festival, l’activité battait son plein : il s’agissait de gérer les interlocuteurs extérieurs tout en rencontrant les chefs de département. Félix, quant à lui, profitait d’un répit bienvenu en attendant un rapport. C’est à cet instant précis qu’il apprit l’heureuse nouvelle : la sélection d’Elliot et de Monica pour le tournoi d’échecs. Un sourire s’dessina alors sur son visage.
— Je suis heureux d’apprendre que deux de nos membres du conseil des élèves ont été choisis cette année encore, déclara Félix. Bonne chance pour représenter l’école ! Je vais alléger un peu votre charge de travail jusqu’à la fin du tournoi d’échecs.
— Merci, à vous…
Alors que le festival de l’école approchait à grands pas, les membres du conseil des élèves croulaient naturellement sous le travail. Toutefois, Monica achevait toujours ses tâches avec célérité, et Bridget, qui partageait la fonction de secrétaire avec Elliott, pouvait le suppléer. Bien que Bridget, la secrétaire, se révélât talentueuse en soi, elle excellait particulièrement dans le contact humain. Sa capacité à maintenir les chefs de département, les comités et les représentants de clubs sur la bonne voie confinait presque à l’attendrissant.
En cet instant, la personne la plus débordée était incontestablement Neil, le responsable des affaires générales. Félix avait gardé un œil sur ses tâches, mais il s’avérerait peut-être préférable que Cyril lui vienne également en aide. Jusqu’alors, Cyril s’était vu confier le rôle d’entraîneur pour Monica, mais une fois le tournoi d’échecs achevé, rien ne s’opposerait plus à ce qu’on l’en déchargeât.
Félix jeta un regard à Monica et Elliott tout en songeant à la réorganisation des plannings. Monica se tenait figée comme à son habitude, recroquevillée et mal à l’aise, s’agitant nerveusement en se tortillant les doigts. En revanche, l’humeur d’Elliott, planté à ses côtés, paraissait nettement moins hostile. S’il voyait d’un fort mauvais œil qu’une roturière telle que Monica intègre le conseil des élèves, son attitude s’était toutefois quelque peu adoucie ces derniers temps.
— L’attitude de Cyril a changé ces derniers temps, et voilà qu’Elliott s’y met aussi… Est-il donc advenu entre eux et ce petit écureuil quelque chose que j’ignorerais ?
Dans le cas d’Elliott, cela concernait probablement le cours d’échecs. Félix avait initialement songé à recommander à Monica un cours de magie pratique, mais celle-ci avait opté pour les échecs. S’il n’avait eu qu’un an de retard, il aurait pu jouer avec elle — songea-t-il, secrètement déçu. Après tout, il avait lui-même suivi ce cours l’année précédente.
— De ton point de vue, Elliott, le petit écureuil est-il fort ?
— Assez impressionnante. Bien que je n’aie disputé que trois parties en tant que débutant, elle m’a entraîné dans une impasse.
— Oh ?
Elliott était assez talentueux pour avoir été choisi comme capitaine de l’équipe. Si elle parvenait à obtenir ne serait-ce qu’un match nul contre lui, ce serait déjà une performance digne d’éloges. Soudain, une idée traversa l’esprit de Félix. Il sortit un échiquier et un jeu de pièces de l’armoire, puis se tourna vers Monica.
— Que diriez-vous de faire une partie avec moi ? Il n’est jamais superflu d’affronter des adversaires variés lorsque l’on prépare un tournoi d’échecs.
— J-Je n’oserais jamais… J-Je… Je ne voudrais surtout pas vous déranger pendant votre travail, Votre Altesse.
— J’ai justement un peu de temps libre. Faisons un marché… Si vous me battez, je vous accorderai une faveur. N’importe laquelle.
À la proposition de Félix, Monica écarquilla ses grands yeux ronds. Ses prunelles, d’ordinaire assombries et voilées d’ombre, reflétaient doucement la lumière, scintillant de la couleur des jeunes feuilles.
— N-N’importe laquelle… ?
— Oui.
Tout en hochant la tête, Félix ressentit secrètement une vague d’excitation l’envahir. D’ordinaire, Monica ne demandait jamais rien à personne. Elle était le genre de fille à s’excuser rien que pour emprunter une plume. Et voilà que cette même Monica s’apprêtait à lui demander une faveur !
Qu’allait bien pouvoir lui réclamer ce petit écureuil ?
… Peut-être un livre de mathématiques ?
C’était fort probable, mais si tel était le cas, grand bien lui fasse. Après tout, comment résister à l’envie de récompenser un mignon petit animal qui vous supplie de lui offrir quelque chose ? Félix se remémora la scène où Monica partageait un chocolat chaud avec Cyril, peu de temps auparavant. Ces derniers temps, son petit écureuil préféré semblait s’être beaucoup attaché à Cyril. Sans même qu’il s’en aperçoive, l’appellation « Seigneur Ashley » s’était transformée en un « Seigneur Cyril » bien plus affectueux. En revanche, elle s’adressait toujours à Félix avec un distant « Votre Altesse » ! Au fond, cela le vexait un peu de voir son animal favori s’intéresser à quelqu’un d’autre que lui.
— Eh bien, si elle ne désirait qu’un manuel de mathématiques, ainsi soit-il.
Il serait sans doute amusant de surprendre le petit écureuil en lui dénichant un ouvrage extrêmement rare. Fort de cette idée, Félix disposa ses pièces sur l’échiquier. À présent, il devait s’arranger pour perdre avec assez de subtilité pour qu’Elliott et Monica ne s’en rendent pas compte.
— C’est échec et mat…
Félix esquissa un sourire discret face à l’échiquier en entendant la déclaration de Monica.
— Hmmm…
Il s’était délibérément ménagé, mais Monica remporta la partie sans la moindre hésitation. Peut-être n’avait-il finalement aucune raison de retenir ses coups lors de cette rencontre.
— J’avais l’intention de rendre la partie un peu plus disputée, mais… ma foi. C’était perdu d’avance.
Tandis que Félix songeait à cela, Elliott, qui avait assisté à cette partie écrasante et à sens unique, dévisagea Monica, les traits crispés.
— Je viens de m’en rendre compte, mademoiselle Norton… Vous m’avez ménagé lors de notre partie de ce midi, n’est-ce pas ?
Prise au dépourvu par la remarque d’Elliott, Monica secoua vivement la tête.
— N-n-n-non, pas du tout ! Je… je ne me suis absolument pas retenue face à vous !
Monica nia désespérément les affirmations d’Elliott, puis…
— J-J’ai pourtant fait tout ce que j’ai pu pour que la partie se solde par un match nul !
Elle venait de se trahir.
— J’en étais sûr, vous visiez le match nul depuis le tout début ! Et savez- vous comment on appelle cela ? C’est précisément ce qui s’appelle retenir ses coups !
Elliott grogna à voix basse et pinça la joue droite de Monica. La peau douce de la jeune fille s’étira bien plus qu’il ne s’y attendait. La joue ainsi tiraillée, Monica bredouilla des excuses étouffées entre deux petits sanglots.
— J-je voulais seulement tester une configuration pour forcer le match nuuuuul…
— Ainsi, vous vous êtes servie de moi comme cobaye ? À présent, je suis furieux. Je vais de ce pas demander au professeur Boyd de vous retirer votre rôle de capitaine pour vous placer au premier échiquier !
— Nooooon ! Je suis tellement désolééééée !
Le spectacle d’Elliott pinçant la joue de Monica, qui pleurnichait à chaudes larmes, rappela à Félix le gamin qu’il était autrefois. Même si le jeune homme était aujourd’hui obsédé par le prestige de la noblesse, le prince n’avait pas oublié qu’il avait jadis été un sacré garnement. Ils débordaient décidément de vie. Félix se mit à rire doucement en regardant Elliott qui, en dépit de sa colère affichée, semblait étrangement s’amuser.
— Secrétaire Howard, je vous en prie, soyez clément. Vous allez finir par distendre les abajoues de notre petit écureuil.
Lorsqu’Elliott retira sa main, l’air dépité, Monica se frotta la joue rougie en reniflant.
— Alors, que veut me demander le petit écureuil ?
— Je… peux demander n’importe quoi… n’est-ce pas ?
— Bien sûr.
Monica serra nerveusement les poings tandis que Félix hochait la tête en signe d’approbation.
— J’aimerais… que tu arrêtes… de m’appeler « petit écureuil ».
— …
Félix tendit silencieusement la main, un doux sourire aux lèvres, et pinça la joue gauche de Monica, encore toute pâle.
— Pourquoiiii !?
— Tiens, ça s’étire vraiment bien. Je pourrais bien y prendre goût.
— Chaaa féééé maaauuual…
— Oh, toutes mes excuses, Monica.
Lorsque Félix retira vivement sa main, Monica se frotta les deux joues en sanglotant pitoyablement… puis elle écarquilla les yeux et dévisagea Félix.
— À l’instant… tu m’as appelée…
— Hmm. Qu’y a-t-il, Monica ?
Les joues de Monica étaient rouges et gonflées, mais elle parvint à retrouver une expression normale lorsque Félix lui sourit.
— Au… au moins, comme tout le monde, je veux dire… Mademoiselle Norton, ou la trésorière Norton…
— Je suppose que ta demande était d’arrêter de t’appeler « petit écureuil » ? Mais je ne me souviens pas qu’elle mentionnait quoi que ce soit sur la façon dont je devais t’appeler.
Monica cessa finalement de tressaillir face à la réponse désinvolte de Félix. À cet instant précis, dans l’esprit de Monica, l’image du Magicien des Barrières et de son insupportable caractère était en train de ricaner, ce que Félix n’avait évidemment aucun moyen de deviner.
— Hahaha, voilà ce qui arrive lorsqu’on ne fixe pas de conditions strictes.
Voilà ce que signifiait gagner la bataille mais perdre la guerre, pensa Monica en pleurant intérieurement.




