Secrets of the Silent Witch T.7 – Chapitre 3

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「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」

Voici l’histoire d’Elliot Howard, le fils aîné du comte Dursvy, alors qu’il n’avait que six ans. C’est à cette époque que le père d’Elliot l’emmena au domaine du duc de Crockford, et c’est là qu’il rencontra ******.

****** avait approximativement le même âge qu’Elliot, mais sa santé était fragile et il avait quitté le château pour venir se rétablir chez son grand-père. Pour cette raison, Elliot avait été amené auprès de lui pour lui servir de compagnon de jeu. Mais la vue de ****** mettait Elliot mal à l’aise. Tout comme son frêle corps, son esprit était timoré. Ses aptitudes à l’épée comme à l’équitation étaient exécrables. Il était nul en danse de salon, doté d’une mémoire défaillante et médiocre dans ses études. Quoi qu’il entreprît, tout se terminait irrémédiablement par un échec. De plus, il peinait à s’exprimer devant les autres et se mordeait fréquemment la langue. En réalité, son propre serviteur avait une allure et un maintien bien plus dignes que les siens.

« Comme il doit être pénible de servir un jeune maître aussi incapable », se disait Elliot, ressentant même en secret de la pitié pour ce domestique.

Mais par-dessus tout, Elliot était exaspéré à l’idée que cet incompétent de ****** puisse un jour régner sur eux. Alors, à cette époque, Elliot ridiculisait et raillait ****** avec la méchanceté typique d’un enfant de six ans. À chaque fois qu’il s’en prenait à lui, ****** baissait tristement la tête et murmurait :


— Je suis désolé de ne pas avoir réussi à faire les choses correctement…


Qu’il était pitoyable ! Pourtant, sa position sociale était bien, bien plus élevée que celle d’Elliot. Tôt ou tard, il serait amené à régner sur tout un peuple. Mais bien qu’il fût dépassé dans tous les domaines, il y avait une discipline dans laquelle il excellait : l’astronomie. Même si l’astronomie ne lui servirait à rien plus tard, les yeux de ****** s’illuminaient dès qu’il parlait des étoiles et parcourait ses ouvrages d’astronomie pendant son temps libre. Elliot s’empressa donc de dissimuler en secret le livre d’astronomie de ****** dans un arbre, à l’abri des regards des adultes et de sa suite. Évidemment, ****** fondit en larmes et se cramponna à Elliot, le suppliant de lui rendre son livre.


— Regarde, il est là-bas, dans l’arbre. Tu es grand, ça devrait être un jeu d’enfant pour toi de l’attraper, non ?


****** devint tout pâle en contemplant l’arbre. Avec sa condition physique si fragile, le garçon était bien incapable de grimper tout seul. Sachant cela pertinemment, Elliot lui adressa une grimace railleuse tout en feignant de l’encourager.


— Tu vas encore aller pleurer dans les jupons de ton serviteur, comme tu le fais toujours ? Ou tu vas appeler un adulte à la rescousse en lui avouant que tu es incapable de te débrouiller tout seul ?

— …


******* resta planté là, les yeux rivés sur l’arbre, puis se mordit violemment la lèvre inférieure avant d’entamer son ascension. Cependant, ses membres refusaient de lui obéir correctement. Après seulement quelques mètres d’escalade, ******* se mit à trembler de tout son corps, frappé de tétanie.

— Quelle mauviette !


Alors qu’Elliot murmurait ces mots, la main tremblante de ****** se tendit vers une branche… mais il ne parvint pas à l’agripper et finit par perdre l’équilibre. Elliot observa la scène sans piper mot, estimant que la hauteur n’était pas bien grande. Pourtant, lorsque ****** s’écrasa au sol, il remarqua quelque chose d’anormal. S’approchant avec appréhension, il découvrit une branche pointue enfoncée dans le flanc de ******. Le morceau de bois, qui gîtait précisément à l’endroit de sa chute, l’avait transpercé, et une tache écarlate s’étendait lentement autour de la plaie. Elliot poussât un cri, le visage décomposé par la terreur, et appela les adultes à l’aide.


— Tu réalises ce que tu as fait ?!


Après avoir prononcé ces mots, son père lui asséna un coup de poing en pleine joue. Elliot ne chercha aucune excuse : il savait pertinemment que cet accident était le fruit de sa propre témérité. Les blessures de ****** n’étaient pas extrêmement profondes et ne mettaient pas ses jours en danger. Il n’en demeurait pas moins qu’elles avaient nécessité plusieurs points de suture.


— Tu lui as laissé une cicatrice à vie. Même une existence entière ne suffira pas à expier ta faute !


Sur ces mots, son père se tenait déjà prêt à offrir sa propre tête en réparation. C’est alors que ******, tout juste sorti des soins médicaux, fit irruption dans la pièce.


— Je vous en prie, attendez !


Soutenu par son serviteur, ****** parvint à se mettre debout. Naturellement, puisqu’il venait tout juste de subir sa suture, il était d’une pâleur cadavérique et dégoulinait de sueur.


— Elliot n’y est pour rien ! C’est moi qui ai fait une sottise en voulant grimper à cet arbre. Elliot a même tenté de m’en empêcher, et il a risqué sa propre vie pour me protéger !


Mensonge ! Au moment où ****** était tombé, Elliot observait la scène avec un sourire en coin, convaincu que la chute serait sans gravité. Et pourtant, à cet instant précis, ****** avait pris sa défense, lui permettant d’en sortir indemne, tout comme son père qui put ainsi sauver sa tête. Plus tard, Elliot s’introduisit brusquement dans la chambre de ****** et l’interrogea :


— Pourquoi m’as-tu couvert ? Cet accident était entièrement de ma faute, n’est-ce pas ? Et tu as été gravement blessé à cause de moi !


Alors qu’Elliot se demandait avec scepticisme s’il cherchait simplement à s’attirer ses faveurs, ****** grimaça d’un air contrit et avoua :


— Si je suis tombé de cet arbre, c’est uniquement parce que je ne savais pas y grimper. C’était donc ma propre faute, et je n’avais aucune raison de m’en prendre à vous.


Son ton était si naturel qu’il semblait considérer cela comme une évidence. Son visage trahissait une sincérité absolue : il était réellement convaincu que sa chute n’était due qu’à sa propre incapacité à grimper correctement à cet arbre.

— Dans ce cas, dès que cette blessure sera guérie, je t’apprendrai à grimper aux arbres.

À ces mots murmurés par Elliot, les yeux bleu clair de ****** s’illuminèrent d’un vif éclat.

— Vraiment ?! Je suis si heureux ! Ça faisait si longtemps que je me disais que les étoiles devaient être bien plus magnifiques vues d’en haut, depuis les branches…

En disant cela, le visage radieux de ****** témoignait d’une joie pure et profondément sincère.


Les paroles de Monica Norton, qui faisaient écho à celles de ce garçon, firent brusquement remonter ses souvenirs du passé. Lorsqu’Elliot lui demanda pourquoi elle ne lui en voulait pas, Monica répondit :

— Je suis désolée. Je ne vois vraiment pas pourquoi je devrais être en colère

Pourquoi ne lui avait-elle pas dit que c’était de sa faute à lui, pour ne pas avoir expliqué les règles ? Tout comme le garçon de cette époque, qui avait dit cela avec le même visage.

— Ah, je comprends mieux, désormais. C’est sans doute pour cela que j’ai toujours été attiré par Mlle Norton.

Tout en songeant à cela dans un coin de son esprit, Elliot déplaça son fou blanc. Sans la moindre hésitation, Monica joua le coup suivant. Comme auparavant, elle déplaçait ses pièces avec une rapidité inhabituelle, prenant rarement le temps de réfléchir. Dès qu’Elliot jouait un coup, elle répliquait aussitôt. Finalement, lorsque Monica déplaça la reine noire, la partie prit fin. Elliot fixa l’échiquier un instant, puis ouvrit la bouche.

— Échec et mat, hein…

Elliot ne lui avait pas donné de handicap cette fois-ci — c’était même lui qui avait eu le premier coup —, mais face à une fille qui n’avait joué aux échecs que quelques fois auparavant, la partie s’était soldée par un match nul. À présent, cette même jeune fille fixait l’échiquier, sans que son visage ne trahisse le moindre regret ni la moindre joie. Elle était sans doute déjà en train d’analyser la partie qu’elle venait de disputer.

— Tu sais, la façon de jouer aux échecs en dit souvent long sur la personnalité de quelqu’un.

— … Hein ?

Au murmure d’Elliott, Monica cligna des yeux dans sa direction. Le jeune homme scruta son regard fuyant, puis haussa légèrement les épaules.

— Tu vois, la stratégie de Cyril aux échecs est des plus basiques : il protège son roi. C’est ce qu’on appelle un joueur purement défensif. Mais toi, c’est tout l’inverse.

À vrai dire, le jeu de Monica aux échecs ne reposait pas sur la simple agressivité. Pour résumer, son style était avant tout minutieux, logique et d’une redoutable efficacité.

— Tu serais même du genre capable d’utiliser ton propre roi comme appât pour arracher la victoire.

Aux yeux de Monica Norton, le roi avait exactement la même valeur qu’un simple pion. C’est pourquoi elle n’hésitait pas à sacrifier n’importe quelle pièce, si cela pouvait accroître ses chances de victoire, ne serait-ce qu’un peu.

— C’est précisément pour cette raison que ses stratégies sont si impitoyables et d’une efficacité redoutable.

La partie s’acheva sur un match nul. Pourtant, ce n’était que la troisième fois de sa vie que Monica jouait aux échecs.

Cette prémonition fit frissonner Elliott. Malgré un talent incommensurable que même Félix ne parvenait à jauger, elle souffrait d’une timidité maladive et d’un manque cruel de confiance en elle. Un tel contraste s’avérait profondément troublant.Il l’observait attentivement lorsqu’elle entrouvrit les lèvres.

— Quant à votre façon de jouer, Lord Howard…

— Oh ? Une amatrice oserait-elle juger mon style de jeu ?

— … Il m’a semblé que vous faisiez une fixation sur votre ligne de pions.

Les sourcils d’Elliott s’arquèrent sous le coup d’un tic nerveux. La remarque de Monica rejoignait précisément ce que son propre professeur lui avait déjà reproché. Le jeu du jeune noble accordait une importance démesurée au rang des pièces. Une reine devait agir comme une reine, et un pion comme un simple pion, privilégiant des formations conçues pour mettre en valeur les pièces maîtresses. D’une certaine manière, c’était là l’approche classique des échecs, à l’opposé absolu de Monica qui n’accordait aucune valeur intrinsèque au statut de ses pièces. En désignant la ligne de pions d’Elliott, la jeune fille déclara :

— Pendant la partie, il y a eu des moments où votre pion aurait pu être promu… Pourtant, vous n’avez pas opté pour cette stratégie, même si c’était le meilleur coup à jouer à cet instant.

Elliott s’émerveilla secrètement qu’elle s’en soit rendu compte. En effet, le jeune homme s’efforçait toujours d’éviter au maximum de promouvoir ses pièces.

— C’est tout simplement que je n’apprécie guère la règle de la promotion.

Elliott saisit l’un des pions blancs et le reposa sur l’échiquier. Qu’un simple soldat parvenant au bout des lignes ennemies puisse être promu… Le jeune noble exécrait cette règle plus que tout au monde.

— J’avais un oncle qui s’était épris d’une roturière, au point d’en faire son épouse. Il ne jurait que par sa pureté et sa grandeur d’âme. Pourtant, elle a fini par détourner toute sa fortune. Le cœur brisé par cette trahison, il… s’est pendu.

Ce fut Elliott lui-même qui découvrit le corps de son oncle se balançant au plafond, alors qu’il venait lui rendre visite pour une partie d’échecs. Presque toutes les richesses de la demeure avaient disparu. Lorsque cette ancienne roturière apprit le décès de son époux, elle rafla le reste de l’argent et s’enfuit, sans même porter le deuil de l’homme qu’elle avait poussé au suicide.

— Tu comprends, maintenant ? Un roturier doit se comporter comme un roturier, et un noble comme un noble. Dès lors que tu tentes d’outrepasser les limites de ta condition, cela finit inévitablement par attirer le malheur sur quelqu’un.

C’était la raison pour laquelle Elliott exécrait les roturiers qui oubliaient leur condition. Le simple fait de voir l’un d’entre eux s’élever socialement le révulsait. Au départ, il avait d’ailleurs éprouvé la même animosité à l’égard de Monica. Malgré son statut de roturière, la jeune fille avait réussi à intégrer l’académie Serendia et s’était même fait une place au sein du conseil des élèves. Aux yeux du jeune noble, elle incarnait tout ce qu’il haïssait… du moins, jusqu’à cet instant.

— J’imagine qu’il existe de rares individus… dotés d’un talent si indéniable qu’il transcende les barrières de leur condition.

La question de savoir quelle place accorder à une telle personne demeurait sans réponse pour Elliott. C’est donc avec une moue amère qu’il se résolut à lui tendre une feuille de papier.

Premier joueur : Monica Norton / Second joueur : Benjamin Moulding / Capitaine : Elliott Howard

Le visage de Monica se vida de ses couleurs, blêmissant jusqu’aux lèvres.

— Un… un tournoi d’échecs… ?!

— Lors de notre dernier jour de congé, soit quatre jours avant le festival de l’académie, nous convierons les représentants d’autres établissements pour un tournoi d’échecs. Je présume que vous aviez déjà repéré cet événement en examinant la proposition de budget.

— M-M-M-Mais… P-Pourquoi moi ?!

Tandis que les yeux de Monica s’écarquillaient à l’extrême, tremblante de façon incontrôlable, le professeur Boyd s’approcha d’elle. Ce colosse au crâne rasé — dont la prestance rappelait celle d’un vétéran rompu aux champs de bataille — lui donna une lourde tape sur l’épaule. Sa main était si gigantesque qu’elle aurait aisément pu lui broyer le visage. Puis, d’une voix grave et atone, il prononça ces quelques mots.

— Je compte sur toi.

— J-Je ne-ne-ne-ne-ne-ne-ne…

Devinant qu’elle voulait sans doute formuler un « Je ne peux pas », Elliott haussa les épaules et s’adressa à Monica.

— Allez-y doucement, Mlle Norton.

Prise de convulsions, Monica répétait sans fin les mêmes syllabes : « Je ne-ne-ne-ne-ne-ne-ne ». Sa conscience paraissait s’être évanouie à moitié.