Circonstances derrière le chocolat
「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」
Une fois les cours terminés, et pour la première fois depuis une semaine, Monica fit son apparition dans la salle du Conseil des élèves. En la voyant entrer, Félix l’observa, les sourcils légèrement froncés par l’inquiétude.
— Mademoiselle Norton, je ne vous ai plus revue depuis le milieu de la semaine d’observation des cours… Où étiez-vous passée, je me le demande ?
Monica grimaça et résolut de lui servir le même prétexte qu’elle avait déjà sorti à Casey.
— E-Et bien… En fait, je suis allée aux toilettes et, en chemin… on m’a invitée à rejoindre le cours d’échecs.
Pour être tout à fait exact, elle n’avait pas été invitée, mais traînée de force par Elliot. Cette unique partie contre lui ayant occupé tout son temps, la période d’observation avait pris fin, privant Monica de la possibilité de visiter les autres classes. Félix sembla un peu surpris d’entendre mentionner le cours d’échecs. Il tourna alors son regard vers Elliot Howard, qui était installé au fond de la pièce, occupé à faire ses devoirs.
— En parlant d’échecs, si ma mémoire est bonne, le secrétaire Howard a justement opté pour cette classe.
Elliot s’affairait silencieusement sur sa paperasse, s’efforçant visiblement de faire la sourde oreille.
D’ordinaire, Elliot et Bridget — qui ne cachaient pas leur mécontentement de voir Monica intégrer le Conseil des élèves — la traitaient comme si elle était invisible, une simple présence inexistante lorsqu’elle se trouvait dans la pièce. Mais aujourd’hui, l’attitude d’Elliot brisait ce schéma habituel. Son mutisme était bien trop ostentatious, trahissant un profond agacement envers quelqu’un.
— Aurais-je encore fait une bêtise ou dit quelque chose de déplacé ?
Tandis que Monica en avait des sueurs froides, Cyril Ashley fit son retour de la salle des archives et planta son regard sur elle.
— Tu ne surestimes-pas tes forces, n’est-ce pas ?
— J-Je… Pas du tout. Et je… je suis navrée pour le dérangement… d’avoir pris une semaine de congé.
La dernière fois qu’elle avait vu Cyril, c’était à l’infirmerie, juste après avoir été empoisonnée et s’être effondrée. Il n’y avait pas si longtemps, il lui avait hurlé dessus en menaçant de l’attacher solidement à son lit avec une corde si jamais elle tentait de s’échapper. Après avoir scruté intensément le visage de Monica, Cyril croisa les bras et laissa échapper un grognement hautain.
— J’ai dû assumer ta part de travail durant toute la semaine de ton absence. Alors, prépare-toi, car je vais te faire trimer d’arrache-pied aujourd’hui.
— O-Oui !
Monica hocha la tête d’un air crispé, les larmes aux yeux, avant de s’emparer de la liasse que Cyril lui tendait. Elle se dirigea ensuite vers son bureau pour éplucher les dossiers de la semaine, mais n’y trouva rien d’anormal. En réalité, tout le travail avait déjà été méticuleusement trié et ordonné ; Monica n’avait plus qu’à en parcourir le contenu. Cette écriture fine et rigoureuse était sans nul doute celle de Cyril, qui s’était chargé de ses corvées durant toute son absence.
Bien décidée à ne plus lui causer le moindre tort, Monica se plongea corps et âme dans sa lecture. Comme on pouvait s’y attendre, le dossier le plus volumineux concernait le festival de l’académie, prévu pour le mois prochain. Mais alors qu’elle étudiait attentivement les prévisions budgétaires, une voix s’éleva soudain derrière elle.
— Hey.
Ne réalisant pas que cette interpellation lui était adressée, Monica garda les yeux obstinément fixés sur les prévisions budgétaires. Juste à côté d’elle, Cyril, qui s’affairait sur une tout autre tâche, la dévisagea avec un profond agacement.
— Monica Norton. Je peux vous parler.
— Q-Quoi ?
Après avoir laissé échapper ce bafouillage idiot, elle se retourna et découvrit Elliott qui se tenait juste derrière elle. Ce dernier affichait une moue amère alors qu’il posait son regard sur Monica.
— Mademoiselle Norton, auriez-vous un peu de temps à m’accorder une fois la journée terminée ?
— Hein ? Euh…
En entendant cette invitation pour la fin des cours, la pensée lui traversa l’esprit : « Serait-ce ce que l’on appelle une déclaration d’amour ? » Malheureusement, Monica n’avait pas le cœur à s’en réjouir. À ses yeux, cela ressemblait bien plus à un guet-apens : le genre de situation où l’on vous isole dans un coin désert à l’abri des regards, uniquement pour vous passer à tabac. Sans doute avait-il l’intention de lui arracher son insigne du Conseil. Tandis que Monica, la tête basse, agrippait inconsciemment le badge fixé à son revers, Cyril intervint brusquement.
— Réglez cela plus tard. Elle a une semaine entière de travail à rattraper aujourd’hui.
— Bon, d’accord. Je suis désolé d’avoir interrompu vos tâches.
Curieusement, Elliot parut soulagé et retourna s’installer à sa place. Tandis que Monica le suivait anxieusement du regard, Cyril se pencha vers elle pour lui chuchoter à l’oreille :
— S’est-il passé quelque chose entre toi et le secrétaire Howaard ?
— J-Je n’en suis pas tout à fait sûre… mais durant le cours d’échecs, j’ai peut-être eu des paroles déplacées.
Après tout, elle s’était contentée de disputer une simple partie d’échecs durant la période d’observation. Pourtant, même si Monica ne s’en était pas rendu compte, il y avait de fortes chances pour qu’elle ait profondément froissé Elliot.
— … mais jouer aux échecs a l’air vraiment amusant. J’aimerais beaucoup suivre ce cours.
Contrairement aux équations mathématiques, l’adversaire aux échecs est un être humain. Par conséquent, toute la dimension stratégique du jeu ne peut se résumer à un simple calcul de probabilités pour l’emporter. Et c’était précisément cette subtilité psychologique qui avait piqué la curiosité de Monica.
— Tu ne compte pas suivre les cours de magie ?
À ces mots soudains, la main de Monica se mit à trembler, faisant vaciller son stylo. Pourquoi Félix, Cyril et tous les autres s’évertuaient-ils tant à vouloir l’orienter vers les cours de magie ?
— Je… Je pense que c’est bien trop difficile pour moi… Et vous, Seigneur Ashley, avez-vous choisi la magie pratique comme cours optionnel ?
— Je suis actuellement le cours supérieur de magie pratique.
Le cours supérieur de magie pratique était une option spéciale, accessible uniquement aux élèves ayant déjà validé un nombre de modules requis.
— Le cours supérieur de magie pratique n’est accessible qu’aux élèves ayant excellé dans cette matière lors de leur première ou seconde année. Pour prétendre y postuler, il est impératif d’avoir validé les modules de magie élémentaire et de magie pratique au préalable.
— Je vois…
— En d’autres termes, si une élève de deuxième année comme vous souhaite suivre ce cursus avancé l’an prochain, tu dois impérativement choisir à la fois la magie élémentaire et la magie pratique dès cette année.
— Oh…
Tandis que Monica lui répondait d’un air évasif, Cyril tapota des doigts sur le bureau, le regard rivé sur elle.
— Permets-moi donc de te poser à nouveau la question : tu n’a vraiment pas l’intention de suivre les cours de magie ?
— Hum… Eh bien…
Monica était une élève sous couverture au sein de l’académie, condamnée à dissimuler sa véritable identité. Même s’il ne s’agissait que d’un simple cours optionnel, la moindre évocation de la magie lui donnait instantanément l’impression qu’elle allait commettre un impair. Plus particulièrement lorsqu’il était question de formules magiques : elle redoutait de se laisser emporter par inadvertance et d’en dévoiler trop.
— Je… Je ne suivrai pas les cours de magie…
— Je vois…
Après ce bref murmure, Cyril se replongea dans ses tâches, et Monica s’efforça à son tour de se concentrer sur les documents étalés devant elle.
Une fois les affaires du Conseil des élèves réglées pour la journée, Cyril fit une suggestion à Félix.
— La trésorière Norton et moi allons rester pour finaliser les dossiers en cours. C’est moi qui verrouillerai la porte.
— C’est entendu. Je vous laisse vous en charger, mais… veillez à ne pas veiller trop tard.
— C’est ce que je ferai.
Une fois que Cyril eut hoché la tête, les autres membres du Conseil des élèves commencèrent à quitter la pièce les uns après les autres. Bientôt, ils ne furent plus que deux dans la salle : Cyril et Monica. Cette dernière baissa les yeux vers les documents étalés sur son bureau et pencha la tête, perplexe.
— Je me demande bien quel genre de tâche nous devons accomplir pour devoir rester ainsi…
À vrai dire, Monica n’avait absolument aucune idée de ce qui pouvait bien justifier qu’elle reste après les cours. Les corvées de la semaine avaient toutes été réglées durant les heures de permanence habituelles, et les dossiers du jour étaient déjà entièrement bouclés.
— S-Seigneur Ashley… Ces tâches ont-elles un rapport avec la fête de l’école ?
— Absolument pas. Débarrasse ton bureau et patientez un instant.
— D-D’accord…
Pourquoi débarrasser son bureau alors qu’il y avait encore du travail à faire ?
Malgré ses doutes, Monica obéit aux ordres. Elle rangea les documents sur l’étagère, puis se rassit sur sa chaise pour attendre le retour de Cyril. Ce dernier venait apparemment de quitter le Conseil des élèves. Se pouvait-il qu’il soit parti chercher quelque chose dans la pièce d’à côté ? Tandis qu’elle faisait pianoter nerveusement ses doigts sur ses genoux, Cyril réapparut, les mains chargées.
Il tenait deux tasses blanches. Loin de ressembler au service élégant que l’on sortirait pour l’heure du thé, il s’agissait de simples mugs ordinaires, un peu épais et trapus. Cyril posa l’une des tasses devant Monica, avant de prendre place juste en face d’elle.
— Bois ça.
Monica fixa la tasse posée devant elle. Elle contenait un liquide brun clair, à la robe bien plus limpide que celle du café, dont s’échappait un parfum subtilement sucré. Cette odeur, Monica l’avait déjà sentie une fois par le passé.
— C’est… du chocolat ?
— Oui.
Le chocolat était une boisson très prisée de la noblesse. Obtenu en broyant des fèves de cacao avant de les lier à du sucre et du lait, il offrait une saveur unique et coûtait bien plus cher que le café. Monica avait déjà eu la chance d’y goûter une fois par le passé… mais dans son souvenir, ce breuvage était censé être beaucoup plus onctueux, presque épais. Lorsqu’elle souleva timidement sa tasse, le liquide frémit à l’intérieur. Il paraissait nettement plus fluide et léger que celui qu’elle avait bu autrefois. Cyril prit une gorgée d’un air parfaitement indifférent. Monica l’imita aussitôt et porta la tasse à ses lèvres.
— ….
Monica écarquilla les yeux de surprise. Cette texture si aérienne et cette douceur délicate ne ressemblaient en rien au chocolat auquel elle avait goûté par le passé. Le breuvage n’avait absolument rien de sirupeux, et l’acidité caractéristique du cacao se faisait ici beaucoup plus subtile. Il faut dire que la préparation d’un chocolat chaud demandait bien plus d’efforts que celle du café. Si les grains de café moulus pouvaient se conserver un certain temps, les fèves de cacao, elles, possédaient une teneur en matières grasses bien trop élevée pour être stockées une fois réduites en poudre. En d’autres termes, pour obtenir cette boisson, il fallait impérativement moudre les fèves à la minute. C’était précisément à cause de ce travail fastidieux que le chocolat restait moins populaire que le café.
Pourtant, cette version-ci était totalement dépourvue de la texture lourde et grasse qui caractérisait habituellement ce breuvage.
— Ce chocolat… contient moins de matières grasses ?
— C’est exact. Les fèves ont été traitées grâce aux toutes dernières technologies afin d’en extraire les graisses avant de les réduire en une fine poudre.
Si les fèves de cacao pouvaient véritablement être conservées sous forme de poudre, ce serait une invention absolument révolutionnaire. Le stockage s’en trouverait facilité comme jamais, et la préparation deviendrait un jeu d’enfant puisqu’il suffirait de la dissoudre dans de l’eau ou du lait. Alors que Monica s’émerveillait secrètement de cette prouesse, Cyril lui jeta un regard en coin.
— J’ai été mis au courant de votre incident par Claudia. T’avais bu le thé amer et empoisonné que la fille du comte Norn avait préparé à votre intention.
— … O-Oui…
Le poison amer avait été versé dans une tasse de thé, mais au lieu de le recracher, Monica l’avait bu jusqu’à la dernière goutte en se demandant innocemment s’il s’agissait d’une spécialité locale. En conséquence, l’affaire avait fini par provoquer un véritable scandale. Alors que Monica se rongeait les sangs au souvenir de cet incident, Cyril prit la parole d’un ton d’une fermeté absolue.
— Comme vous ne mangez généralement pas assez de choses nourrissantes, voilà le résultat. Vous auriez dû faire plus attention à votre régime alimentaire. Vous ne pouvez pas vous permettre d’importuner à nouveau Son Altesse comme l’autre jour.
— Je… Je ferai des efforts… Je suis désolée…
— En d’autres termes, tout ceci est pour le bien de Son Altesse. Est-ce bien clair ?!
— O-Oui !
! »
Satisfait de sa réponse, Cyril hocha la tête à son tour et inclina sa tasse avant de déclarer :
— Tant que tu l’as compris, tout va bien. Tu as été choisie par Son Altesse en raison de vos compétences… Mais, encore une fois, rien ne garantit qu’un individu jaloux de tes talents ne vienne provoquer un nouvel incident, similaire à celui de la fille du comte Norn.
Cyril avait absolument raison. À l’origine, Monica était censée veiller sur Félix et assurer sa protection, mais la situation s’était inversée : c’était elle qui passait son temps à se faire secourir par lui.
— Tu devrais au moins apprendre à te défendre. Ne laisse pas Son Altesse s’en occuper à ta place.
— … Oui.
Monica baissa la tête de honte, l’esprit dériveur.
— Est-ce que Cyril, lui aussi, avait déjà été jaloux de quelqu’un d’autre ?
…il n’aurait pas dû, il n’aurait pas dû.
Faire partie de l’entourage du second prince attirait forcément autant d’admiration que de jalousie. Les envieux devaient se compter par dizaines. Et à présent, Monica se retrouvait exactement dans la même position que lui.
— S-Seigneur Ashley… M-merci beaucoup. Pour l’autre jour et… et pour ce chocolat aussi…
Cyril laissa échapper son habituel reniflement de dédain avant de lâcher :
— Contente-toi de le boire.
Monica hocha timidement la tête et prit une nouvelle gorgée pour savourer le chocolat chaud. Cyril, qui la fixait depuis un moment, ouvrit soudainement la bouche comme s’il se rappelait tout à coup de quelque chose.
— Laisse-moi te dire une chose : ne parle pas d’aujourd’hui à Son Altesse. Surtout à propos de ce chocolat…
— S-Seigneur Ashley…
Cyril la fixa, les sourcils profondément froncés, tandis que Monica l’interrompait avec une expression de panique totale.
— Quoi ?
— Son Altesse…
— Quoi, Son Altesse ?
— … est derrière toi.
Le visage de Cyril se décomposa instantanément. Derrière lui, Félix se tenait debout, arborant un immense sourire. Sa capacité à dissimuler ainsi la moindre trace de sa présence n’avait définitivement rien à envier à celle d’un assassin professionnel.
— Comment pouvez-vous organiser un goûter sans moi ?
— V-Votre Altesse !
— Je n’aurais jamais cru entendre ce genre de bégaiement de la part de quelqu’un d’autre que de Mademoiselle Norton.
— Ah, non, c’est… c’est juste que…
Cyril devint inhabituellement pâle et agité. Son regard, en particulier, papillonnait nerveusement vers la tasse qu’il tenait à la main. C’était flagrant : il cherchait désespérément à dissimuler le chocolat à Félix.
Face à la détresse de son Trésorier, Félix afficha son habituel sourire plein de douceur.
— Point n’est besoin de me le cacher. Ça ne me dérangerait pas de goûter à ce genre de petites douceurs, tu sais ?
— M-Mais…
La panique de Cyril était comparable à celle d’un criminel pris en flagrant délit avec des substances illicites. Pourquoi était-il dans un tel état d’agitation ?
— J’aimerais beaucoup goûter à ce chocolat, moi aussi. Tu pourrais m’en préparer ?
Lorsque Félix eut prononcé ces mots, Cyril répondit par l’affirmative, un soupçon de soulagement se peignant sur ses traits, avant de quitter la pièce d’un pas particulièrement vif. En le regardant s’éloigner, Félix laissa échapper un soupir.
— Tu n’as pas besoin d’être toujours si rigide.
Incapable de saisir le sens profond de l’échange qui venait d’avoir lieu entre Félix et Cyril, Monica interrogea le prince avec une pointe d’appréhension.
— Oh… Euh… Est-ce que ce chocolat serait… une boisson que je ne devrais pas boire, en réalité ?
— Non, pas le moins du monde. À vrai dire, c’est même devenu une grande tendance au sein de la noblesse de ce royaume ces derniers temps.
Alors, pourquoi Cyril était-il dans un tel état d’agitation ? Monica inclina la tête, perplexe, mais Félix balaya ses doutes d’un revers de main en lui assurant que ce n’était rien.
— Quant à la technique permettant d’extraire la matière grasse des fèves de cacao, elle a été mise au point par un érudit du royaume voisin de Randall.
Le royaume de Randall était un petit État enclavé entre le royaume de Ridill et le Grand Empire, à l’Est. En quoi le comportement agité de Cyril pouvait-il bien avoir un rapport avec l’invention de cet érudit ? Monica n’en avait pas la moindre idée. C’est alors que Félix reprit la parole.
— La mère de mon frère aîné, Lionel, est la princesse de Randall.
Finalement, Monica a compris pourquoi Cyril avait essayé de cacher le chocolat à Felix. Il y avait trois princes dans ce pays, mais chacun avait une mère différente. La mère du premier prince Lionel était la princesse de Randall. Par conséquent, de nombreux membres de sa faction accordent naturellement de l’importance au lien avec Randall. Cyril était probablement inquiet que son penchant pour la dernière technologie des chocolats de Randall fasse penser à son Altesse qu’il était une personne de la faction du premier prince.
— Chaque fois que je me présente à un goûter, personne ne m’offre de chocolats fabriqués selon les techniques de Randall. Pourtant, où est le mal à apprécier ce qui a bon goût ?
Après avoir prononcé ces mots, Félix prit délicatement la tasse des mains de Monica pour y boire une gorgée de chocolat. Voir le prince en personne siroter une boisson à même la tasse d’une autre personne était le genre de spectacle qui aurait fait s’évanouir Cyril de stupeur ou écarquiller les yeux de n’importe quel noble. Pourtant, aux yeux de Monica, ce geste spontané semblait surtout témoigner de sa profonde ouverture d’esprit et de sa simplicité.
— … Être de la famille royale doit être bien difficile.
— Oui, c’est le moins qu’on puisse dire.
Le profil de Félix, alors qu’il murmurait ces mots, avait perdu de son calme habituel… Une étrange froideur se peignait sur ses traits, comme s’il contemplait toute cette mascarade avec le plus profond mépris.




