Secrets of the Silent Witch T.6 – Chapitre 3

Test de mana

「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」

À l’Académie Serendia, les cours à option étaient normalement ouverts aux élèves des trois niveaux. Toutefois, cette année-là, seuls les troisième année avaient débuté ces enseignements dès le commencement du semestre, soit environ un mois et demi plus tôt que leurs cadets. La visite d’observation de ce jour consistait donc principalement à permettre aux élèves de première et deuxième année d’assister librement aux cours de leurs aînés.

Comme Lana et Claudia avaient déjà arrêté leur choix, elles partirent chacune de leur côté observer les matières qui les intéressaient. Monica, toujours indécise, faisait le tour des classes en compagnie de Casey, qui lui avait proposé de se joindre à elle lors du déjeuner. Tout en marchant, Monica consulta les documents qui lui avaient été distribués. En les parcourant, elle s’étonna de la grande variété des cours proposés. À Minerva, son ancien établissement, l’intégralité du cursus était liée à la magie, hormis l’enseignement général de base ; elle n’avait donc jamais eu à se soucier d’un tel embarras du choix.

Alors que Monica hochait la tête pour elle-même, Casey, qui marchait à ses côtés, prit la parole.

— Je parie que l’escrime et l’équitation sont les cours les plus prisés par les garçons. Surtout l’équitation — comme le nombre de chevaux est limité, les places se jouent souvent à la loterie. Pour tout te dire, j’ai moi-même suivi ce cours l’an dernier. J’ai eu une chance inouïe d’être tirée au sort.

— T-Tu es capable de monter à cheval, Casey ?

Alors que Monica écarquillait les yeux de surprise, Casey balaya sa réaction d’un rire, comme si de rien n’était.

— Dans mon village, tout le monde savait monter à cheval, les hommes comme les femmes. J’avais l’habitude d’accompagner mon père pour de longues promenades. Il m’arrivait même de le suivre à la chasse avec mon arbalète.

Pour les nobles fortunés, la chasse ne représentait qu’un divertissement parmi tant d’autres. Mais pour Casey, c’était un véritable moyen de subsistance. Casey était vraiment impressionnante, songea Monica avec sincérité. Elle débordait d’énergie et se montrait capable en tout. Elle excellait aussi bien en cuisine qu’en broderie. Dans sa ville natale, les jours de mauvais temps, elle confectionnait des ouvrages qu’elle vendait ensuite pour gagner un peu d’argent.

Même sans domestique, elle n’avait aucun mal à s’occuper d’elle-même ; elle était d’une autonomie remarquable. Alors que Monica la regardait avec admiration, Casey se gratta la tête, l’air gêné. Ce genre de geste, peu raffiné, lui ressemblait bien.

— Allez, arrête avec tes compliments, tu me gênes. Je n’ai rien d’extraordinaire. Nous avons toujours été pauvres ; nos terres étaient souvent ravagées par les dragons, alors sans ce genre de savoir-faire, on ne mangeait pas à notre faim.

— M-Mais… tu arrives pourtant à maintenir de bonnes notes dans les matières générales.

Qu’il s’agisse de la cérémonie du thé ou de la danse de salon, Casey obtenait toujours des résultats satisfaisants. On était bien loin des notes calamiteuses de Monica, qui frôlait la catastrophe dans toutes les matières, à l’exception des mathématiques.

— Non, je les connais juste un peu tous. Haha, Casey laissa échapper un rire ironique avant de jeter un coup d’œil au document que Monica tenait à la main.

— Mais puisque j’ai la chance d’étudier à Serendia, j’aimerais découvrir des matières auxquelles je n’aurais jamais eu accès chez moi. Tiens, par exemple… ce cours-là.

Casey désigna alors du doigt un passage sur le document. En lisant les mots, Monica écarquilla les yeux. Casey désignait le cours de « Magie pratique »

— Je suis assez curieuse d’essayer la magie. On croise rarement des magiciens par chez moi. Ça te tente, Monica ?

— Huh ? Noooon, je viens de …

En réalité, Monica était l’une des plus grandes magiciennes du royaume, membre des Sept Sages sous le titre de Sorcière Silencieuse. Bien entendu, il lui était impossible de l’avouer. Si elle n’avait été qu’une magicienne ordinaire, elle aurait pu s’inscrire à ce cours de magie pratique sans avoir à dissimuler sa véritable nature. Malheureusement, Monica souffrait d’un défaut fatal.

Incapable de s’exprimer correctement en public, elle ne parvenait pas à réciter les incantations de manière conventionnelle. Elle ne pouvait avoir recours qu’à la magie sans incantation. Or, le simple usage de cette technique suffirait à trahir son secret. En effet, Monica était la seule personne au monde capable de lancer des sorts sans prononcer la moindre parole.

— Je-je-je-je ne pense pas être faite pour la magie, alors…

— Vraiment ? On ne peut pas savoir tant qu’on n’a pas essayé… Attends, Monica, tu es toute pâle. Tu te sens bien ? — C-Ce n’est p-pas v-vrai… — Tu as carrément la langue qui fourche, là.

— Ce-ce n’est pas vr-vraie…

— Maintenant tu vas juste le laisser rouler sur ta langue.

Casey posa les mains sur les hanches et lui lança un regard exaspéré… avant d’écarquiller soudain les yeux. Elle ne fixait plus Monica, mais la personne qui se tenait derrière elle.

— Bonjour, Mademoiselle Norton. Comment vous portez-vous ?

Il était impossible de se méprendre sur cette voix douce et aimable. Telle un vieux ressort grinçant, Monica pivota avec raideur pour découvrir Felix, qui lui souriait avec distinction.

— V-Votre… Votre Altesse.

— Oui, ça fait un moment que je n’ai pas entendu cette phrase amusante.

— À propos de ça, je vous suis extrêmement reconnaissant pour votre aide.

— …sincèrement…

Amusé par la réplique singulière de Monica, Felix porta la main à sa bouche pour dissimuler un frémissement. À l’inverse, le visage de Casey se figea instantanément. Il s’agissait après tout du second prince, l’idole de tous. N’étant pas dans la même classe, elle avait rarement l’occasion de l’approcher d’aussi près ; sa réaction était donc tout à fait naturelle. Tout en gardant un œil sur Casey, Monica l’interrogea d’une voix tendue.

— Hu-Hum… P-Pourquoi êtes-vous ici… V-Votre Altesse.

— Certains élèves de troisième année aident à guider les première et deuxième années durant leurs visites d’observation. Auriez-vous déjà choisi vos options, par hasard ?

Alors que Monica secouait la tête, Felix s’exclama : « Oh, quel soulagement ! » et lui adressa un sourire réjoui. Monica sentit aussitôt un mauvais pressentiment l’envahir. À chaque fois que Son Altesse était d’aussi bonne humeur, elle finissait invariablement par se retrouver dans une situation impossible.

— Je pense avoir un cours qui pourrait vous convenir. Permettez-moi de vous y conduire. Votre amie peut nous accompagner, bien entendu.

Elle était surtout assaillie par un mauvais pressentiment. Ce n’était rien d’autre que cela. Pourtant, puisque Felix l’y invitait, il était impossible pour Monica de refuser. Casey, le visage toujours figé par la tension, parvint à répondre : « Tout le plaisir est pour moi. »

Si elle avait su ce qui l’attendait, elle aurait opté pour la broderie ou la musique sans la moindre hésitation ! Se prenant la tête entre les mains dans son for intérieur, Monica emboîta le pas à Felix, impuissante.


— Nous sommes arrivés.

Felix la conduisit devant une salle de classe. En découvrant le panneau sur la porte, Monica laissa échapper un cri étranglé. Ses yeux se révulsèrent et son cœur faillit s’arrêter net.

— Magie pratique.

C’était le pire cours que Monica aurait pu choisir. S’adressant à la jeune fille qui tremblait de tout son corps, Felix dit d’un air étrangement amusé :

— Je n’ai pas suivi ce cours en particulier, mais je pense que tu pourrais être bien adaptée à la magie.

— Qu-Qu’est-ce qui vous fait penser ça… ?

Qu’est-ce qui lui fait penser ça ?

Felix répondit simplement à la question que Monica avait posée d’une voix éteinte.

— On dit souvent que l’esprit mathématique va de pair avec le talent magique. Vous avez d’excellents résultats en mathématiques, n’est-ce pas ? J’ai donc pensé que vous excelleriez dans ce domaine.

C’était exactement cela. Les facultés de calcul de Monica lui avaient permis de créer de nombreuses formules magiques inédites et de maîtriser l’art de la magie sans incantation. Cependant, il était absolument hors de question pour elle de choisir ce cours.

Comment trouver une excuse pour quitter cet endroit ?

Alors qu’elle se creusait la tête pour trouver une échappatoire, Felix ouvrit la porte de la salle et interpella le professeur qui se tenait sur l’estrade.

— Professeur Macgregan, j’ai amené deux candidats qui souhaitent observer.

— Hmm ?

Le professeur debout sur l’estrade se retourna lentement pour regarder dans leur direction. C’était un petit homme âgé, aux épais sourcils blancs et à la longue barbe qui lui dissimulaient les yeux et la bouche… Monica le reconnut. Tandis que Monica blêmissait et que Casey était intriguée, Felix déclara joyeusement :

— Je vous présente le professeur Macgregan, qui assure ce cours de magie pratique. Il y a quelques années encore, il enseignait à Minerva, le plus prestigieux institut de formation des magiciens…

P-Professeur Macgregan ! ?

Macgregan était le professeur qui lui avait enseigné la magie lorsqu’elle élève à Minerva. Naturellement, ils se connaissaient. Elle avait entendu dire qu’il avait pris sa retraite juste après l’obtention de son diplôme, mais elle n’aurait jamais imaginé qu’il enseignait ici ! Les mots « Mission échouée » traversèrent l’esprit de Monica.

C’est fini… tout a été dévoilé…

Alors que Monica se tenait là, ressemblant à un homme mort, Macgregan a dit sur un ton plutôt mignon pour son âge.

….Qui es-chuu ?

Je suis Felix Ark Riddile, le président du conseil des élèves. »

Oh, chuu êtes le président du Conseil des élèves… oui… merci de les avoir accompagnés. Euh, ce sont des visiteurs ? Je suis navré, mais ma vue n’est plus très bonne. S’agit-il de garçons ou de filles ?

Les deux sont des filles.

—Ah, donc ce sont des filles. Oui, oui, plus de filles suivent ce cours ces jours-ci.

Son ton était tout aussi mignon que par le passé, surprenant pour un homme de son âge. Il s’exprimait d’une manière unique, appelant ses interlocuteurs « Chuu » plutôt que d’utiliser les pronoms habituels, exactement comme dans les souvenirs de Monica.

… Tout comme sa vue défaillante, d’ailleurs.

Peut-être… qu’il n’a pas remarqué ? J’ai encore une chance. Je peux encore m’échapper maintenant.

Après tout, elle avait intégré l’établissement sous l’identité de « Monica Norton », et non celle de « Monica Everett ». À moins que quelqu’un ne prononce son prénom à voix haute, il y avait peu de chances qu’il fasse le rapprochement…

— Ohhhh ! C’est toi, Monica ? Tu choisis aussi un cours de magie pratique, Monica ?

L’esprit de Monica se vida totalement durant quelques secondes. Tandis qu’elle reprenait ses esprits, elle fut accostée par Glenn Dudley, d’humeur particulièrement joviale ce jour-là, et par Neil Clay Maywood, un autre membre du Conseil des élèves. En apercevant Felix, Neil le salua avec politesse.

— Bonjour, président. Et Mlle Norton aussi. Allez-vous tous choisir ce cours ?

Felix secoua la tête aux paroles de Neil.

— Malheureusement, je n’ai pas suivi ce cours moi-même, mais j’ai pensé qu’il pourrait convenir à Mademoiselle Norton. Je lui fais donc visiter la salle en compagnie de son amie.  

— Quoi ? Vraiment ? J’arrive à peine à faire une addition à deux chiffres… Je ne dois pas être très doué pour ça, alors ?

La présence de Glenn dans cette salle signifiait qu’il envisageait, lui aussi, de choisir le cours de magie pratique.

Ça me rappelle que Glenn… est un apprenti magicien, je crois ?

Glenn avait exécuté des sorts de vol à plusieurs reprises devant Monica. Ce n’était pas une technique facile ; le garçon devait donc posséder un certain talent. Tandis que Monica songeait à cela, Macgregan s’éclaircit la gorge : « Hum. »

— Ne restez pas à bavarder sur le pas de la porte, je vous prie, venez vous asseoir. Quant à savoir ce qui détermine l’aptitude à la magie, je vais vous l’expliquer simplement, à l’intention de tous les élèves.

Macgregan invita Monica et les autres à s’installer aux places libres. Même Felix, qui n’était pourtant pas inscrit à ce cours, s’assit à côté de Monica, l’air amusé. Elle espérait qu’il retournerait à sa mission de guide le plus vite possible.

— Bien, hum. Tout d’abord, pour devenir un magicien, il suffit de posséder ces trois talents : la « quantité de mana », la « compréhension des formules magiques » et la « capacité à manipuler le mana ».

Macgregan inscrivit au tableau les trois éléments qu’il venait de citer, puis entoura le premier d’entre eux : la « quantité de mana ».

— Quoi qu’on en dise, le talent primordial reste la quantité de mana. Sans elle, impossible de lancer le moindre sort. De nos jours, il est aisé de la mesurer grâce à des instruments dédiés. Sachez que pour devenir apprenti, un niveau d’environ 50 est requis. Dépasser 100 est un excellent score ; au- delà de 150, vous avez l’étoffe d’un des Sept Sages.

À la mention des « Sept Sages », le cœur de Monica fit un nouveau bond.

Oh, c’est mauvais pour le coeur !

— Ensuite, il y a la « capacité à comprendre les formules magiques »… Les formules sont comparables à des équations mathématiques. Comme Chuu l’a souligné tout à l’heure, c’est la raison pour laquelle les élèves doués en calcul font de bons magiciens. La formule constitue « le plan et la structure » du sort. Mieux vous la comprenez, plus votre magie sera précise. C’est du moins ce qu’affirmait la Sorcière Silencieuse.

Monica hurla intérieurement

— Oh, d’ailleurs, sachez que beaucoup de formules créées par la « Sorcière Silencieuse » figurent souvent dans les épreuves écrites. Gardez cela à l’esprit.

S’il vous plaît, ne gardez pas ça en tête !! 

— Eh bien, il n’est pas exagéré d’affirmer que c’est une magicienne prodigieuse qui a bouleversé la théorie de la magie moderne.

 — C’est une exagération. S’il te plaît, arrête avec ces éloges !

Le teint de Monica n’était plus seulement pâle, il avait viré au cendré. Elle aurait voulu s’enfuir d’ici sur-le-champ. À ses côtés, Casey chuchota : — Monica, ça va ? La jeune fille ne put qu’acquiescer d’un petit signe de tête, un sourire crispé aux lèvres.

— Enfin, la « compétence à manipuler le mana ». Cela désigne le processus de tissage du mana à partir d’une formule magique, ce qui exige une grande intuition. Un élève doué transformera sans effort le mana en sort, tandis que celui qui manque de doigté finira par le gaspiller. Souvent, un enfant peut lancer des sorts, même avec une piètre compréhension des formules, s’il excelle dans cette manipulation. C’est comme pour l’artisanat : même avec un plan approximatif, on peut toujours fabriquer un objet, mais n’espérez pas obtenir un produit de qualité.

Glenn appartenait sans doute à cette catégorie. Même sans maîtriser les formules magiques, ce genre de personne parvient à lancer des sorts, dans une certaine mesure, grâce à son instinct naturel.

— Eh bien, l’idéal est de réunir ces trois talents. Mais le principe de base demeure : pas de mana, pas de magie. Tous les élèves désireux de suivre ce cours doivent donc faire mesurer leur potentiel.

Macgregan posa ensuite un instrument sur l’estrade. Il s’agissait d’un socle métallique surmonté d’une boule de cristal limpide. Une graduation, allant de 0 à 250, figurait sur le piédestal.

— On appelle ceci un instrument de mesure du mana. Il suffit de poser la main sur cette boule de cristal pour évaluer aisément votre niveau. Voyez, comme ceci.

Lorsque Macgregan posa sa main sur la boule de cristal, celle-ci brilla d’une lueur bleu pâle et le chiffre de la graduation monta jusqu’à 158. Son mana s’élevait à 158… Il possédait incontestablement le niveau d’un magicien confirmé.

— Mon mana est de 158. La lumière étant bleue, mon affinité est l’eau… Vous pouvez ainsi déterminer aisément la nature de votre magie. Plutôt impressionnant, n’est-ce pas ? Bien, à vous deux. Touchez la sphère chacun votre tour.

… est-ce que je dois le faire ?

Le cœur de Monica battait la chamade, résonnant à ses oreilles d’un bruit sourd et désagréable. L’échelle de mesure standard se décomposait ainsi : de 1 à 49 pour le commun des mortels dénué de talent ; de 50 à 99 pour les apprentis et mages de rang inférieur ; de 100 à 149 pour le niveau intermédiaire ; et au-delà de 150 pour les mages confirmés. Il était rarissime de dépasser les 200. Les Sept Sages devant impérativement maintenir un score supérieur à 150, ils étaient soumis à une mesure annuelle. Monica connaissait donc son niveau exact.

Ma dernière mesure était de… 202.

La quantité de mana atteignant son apogée à la fin de l’adolescence, il était possible que le sien ait encore augmenté, par malheur. Or, un score supérieur à 200 était, à tous points de vue, hors du commun.

Qu’est-ce que je dois faire ?

Monica frissonna, le corps inondé de sueurs froides.