Secrets of the Silent Witch T.5 – Chapitre 9

En ce qui concerne la sorcière silencieuse

「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」

Après qu’Isabelle Norton eut achevé sa performance en solo, Caroline Simmons et ses deux amies furent emmenées par le professeur dans une autre salle. Cyril renifla en les regardant partir. La décision officielle n’était pas encore prise, mais Caroline, l’auteure de l’incident, serait contrainte de quitter l’école, tandis que ses deux amies devaient s’en aller volontairement. Jusqu’au bout, Mlle Caroline refusa d’admettre qu’elle était en faute. Au contraire, elle rejetait la responsabilité sur Monica et tentait de s’excuser.

— Quelle idiotie.

Comme le précédent trésorier qui avait été expulsé quelque temps auparavant, ils ne comprenaient pas que cet endroit servait d’extension à leur cercle social. Ils pensaient que, si quelque chose arrivait, leurs parents sortiraient leur argent pour arranger la situation. Si l’argent avait pu acheter la confiance, il n’y aurait pas eu de difficultés… comme il était irréfléchi de leur part de croire cela. Une fois que Caroline eut quitté la pièce et que les choses se furent calmées, Isabelle Norton se redressa et s’inclina devant Felix et Cyril.

— Votre Altesse, je m’excuse pour l’apparence disgracieuse en votre présence.

Il était difficile de croire qu’elle eût poussé ce rire aigu tout à l’heure. Cyril pensa : « Les femmes sont terrifiantes. » Felix, cependant, répondit avec un sourire doux.

— C’était assez amusant. Au fait, pense-tu que ton père va abandonnera le comte Norn ?

En réponse à la question de Felix, Isabelle secoua la tête sans hésiter.

— Non, mon père est très raisonnable. Il n’abandonnerait jamais un autre territoire sous le coup de l’émotion.

Le territoire du comte Norn constituait l’une des routes d’approvisionnement les plus importantes. Avoir la route fermée après les dégâts causés par le dragon s’avéra fort gênant.

— Après tout, c’est le redoutable comte Kerbeck. Il transformera sans doute cette affaire en un moyen de pression contre la maison du comte Norn.

Le comte Kelbeck fut le noble le plus influent de la partie orientale du Royaume de Ridill. La partie orientale du Royaume de Ridill connut de nombreux désastres causés par les dragons, et comme elle était adjacente à plusieurs pays, y compris l’empire, elle servit de ligne de front en cas d’urgence. Par conséquent, les nobles de cette région possédaient une puissance militaire rivalisant avec celle de la capitale royale. C’est pourquoi les provinces orientales étaient les plus menaçantes en cas de rébellion. Craignant que les nobles de l’est se révoltent et retournent leurs troupes contre le centre, les nobles du centre tentèrent de contrôler la taille de l’armée des nobles de l’est… ce que fit un jour le père adoptif de Cyril, le marquis Highon. Cependant, la noblesse de l’est ne pouvait réduire ses forces si facilement. La partie orientale du pays fut toujours assaillie par deux menaces : le pays voisin et les dragons.

— Et voilà pourquoi mon père adoptif répétait qu’il valait mieux ne jamais se mettre le comte Kerbeck à dos…

Dans la lutte pour déterminer le prochain roi, le comte Kerbeck adopta une position neutre. Les forcer à prendre parti serait difficile. Par conséquent, les empêcher de devenir des ennemis demeurait la chose la plus sûre à faire. Alors que Cyril songeait à ces choses, Félix parla à Isabelle d’un ton désinvolte.

— Oh, à propos du territoire du comte Kerbeck… L’incident du Dragon Noir Wogan a dû être éprouvant.

— À ce sujet, nous remercions Sa Majesté d’avoir envoyé les chevaliers dragons depuis la capitale. Je lui suis profondément reconnaissant pour sa réactivité et sa générosité.

À l’attitude optimiste d’Isabelle, Félix dit ensuite sur un ton de plaisanterie.

— Peut-être que l’armée du comte aurait pu s’en sortir toute seule, même sans l’arrivée des chevaliers dragons ?

Les soldats du comte étaient habitués à tuer des dragons, ils parvenaient donc souvent à les abattre avant l’arrivée des chevaliers dragons. C’est pourquoi Félix dit de manière détournée qu’il aurait pu être inutile de dépêcher les chevaliers dragons, mais Isabelle s’exclama :

— Bien sûr que non ! La maison des comtes Kerbeck possède une longue tradition de lutte contre les dragons, vieille de plusieurs siècles. Pourtant, en tout ce temps, nous n’avons croisé la route d’un dragon noir qu’une seule fois, il y a deux cents ans. Si nous avons pu vaincre le Dragon Noir Wogan, c’est uniquement grâce aux efforts conjoints des chevaliers dragons… et de la Sorcière Silencieuse qui nous a prêté sa force.

La Sorcière silencieuse était une jeune génie qui devint l’une des Sept Sages deux ans plus tôt, à l’âge de quinze ans. Cyril ne l’avait jamais vue auparavant, mais la rumeur disait que la Sorcière silencieuse portait toujours un capuchon sur la tête, gardait le visage baissé, même durant les cérémonies, et ne montrait jamais son visage.

— Un capuche sur la tête ?

Quelque chose éveilla la mémoire de Cyril. Un capuche n’avait rien d’inhabituel. Mais un sentiment étrange s’éleva dans son cœur… tandis qu’il se rappelait les événements de cette nuit-là. Alors que Cyril réprimait tranquillement son agitation, Isabelle parla d’un ton légèrement plus excité.

— Bien que je ne l’aie pas vu de mes propres yeux, on raconte que la Sorcière Silencieuse a terrassé plus de vingt wyverns qui suivaient le dragon noir… et cela en un instant.

— Je ne suis pas un grand mage, mais je dois reconnaître que c’est remarquable.

Félix parut impressionné.

— Plus de vingt cibles mobiles en un seul instant ?… C’est impensable.

Les dragons avaient une faiblesse pour le froid, mais leur corps, robuste et résistant à la magie, les rendait imperméables à la plupart des sorts. Pour les vaincre, il fallait viser leurs globes oculaires ou l’espace entre les yeux, mais atteindre avec précision une telle zone sur une cible en mouvement demeurait extrêmement difficile, même pour un mage accompli. De plus, abattre plus de vingt d’entre eux en même temps… une telle chose paraissait tout simplement inimaginable.

Soudain, les événements de la nuit d’il y a quelques semaines revinrent à l’esprit de Cyril. Une magie terriblement avancée avait abattu avec une précision glaçante les blocs de glace libérés par Cyril lorsqu’il avait perdu le contrôle. Ce n’était pas une situation où un chant aurait pu être exécuté à temps. Et pourtant, cette personne avait été capable de déployer une magie d’une exactitude parfaite… à partir de la pensée après coup de Cyril lui-même.

— Un monstre silencieux.— 

— Cette personne pourrait être capable d’utiliser sa magie pour viser plus de vingt wyverns à la fois, tout comme elle a frappé la glace de Cyril avec une précision redoutable.

En écoutant le discours passionné d’Isabelle sur la Sorcière silencieuse, Cyril repoussa tranquillement son agitation.


Après avoir discuté avec Félix, Isabelle quitta le salon et marcha dans le couloir avec sa femme de chambre, Agatha, à sa remorque. Elle voyait les yeux des élèves qui la regardaient. La plupart d’entre eux la regardaient avec admiration. C’était probablement parce que Caroline avait répandu le mot sur ce qu’Isabelle lui avait fait plus tôt.

— Ma Dame, êtes-vous sûre de cela ?

— Oui, j’étais préparée à cela.

Piétiner quelqu’un était un acte qui permettait de se faire des ennemis, bien sûr. Pourtant, Isabelle osa se venger de Caroline.

— Ne pas s’approcher de la famille du comte Kerbeck… Une fois cet accord tacite posé, nul n’oserait plus toucher à Monica.

Monica Everett, la Sorcière silencieuse, était une bienfaitrice pour tous ceux qui vivaient sur le territoire du comte Kerbeck. Lorsque la présence du dragon noir fut découverte sur son territoire, toutes les personnes vivant sur le domaine du comte furent frappées de désespoir. Pour les humains, les dragons représentaient un désastre. Et le plus redouté d’entre eux était le dragon noir. Les écailles du dragon noir étaient réputées repousser toute sorte de magie, et les flammes qu’il crachait étaient les flammes du monde souterrain, brûlant même les barrières défensives. La légende disait qu’un seul dragon noir pouvait détruire un pays entier. Même un feu craché par un dragon noir sur un coup de tête pouvait tuer des dizaines ou des centaines de personnes. Les flammes du dragon noir brûlaient le fer et la pierre, ne laissant même pas les os d’un être humain.

Pourtant, Isabelle et Agatha avaient décidé de rester dans le manoir jusqu’à la fin. La mort était une chose à laquelle elles étaient préparées. Mais le rapport qui parvint du champ de bataille fut…

— Avec l’aide des sorts de la Sorcière silencieuse, nous avons abattu 24 wyverns et le dragon noir a été vaincu.

La Sorcière silencieuse utilisa un sort pour éliminer les wyverns rassemblées par les chevaliers dragons, puis elle se rendit au nid du dragon noir pour le combattre. Bien qu’elle ne réussît pas à achever le dragon noir, elle parvint à le chasser du territoire du comte Kerbeck. Isabelle comprit combien d’efforts et de sacrifices il fallait pour vaincre une seule wyvern. Ce que la Sorcière silencieuse fit n’était rien d’autre qu’un miracle. Pour la famille du comte Kerbeck, la Sorcière silencieuse était leur grand sauveur. Et pourtant, elle quitta le domaine du comte Kerbeck sans accepter l’hospitalité. De plus, lorsque Louis Miller lui demanda de soutenir la Sorcière silencieuse, elle accepta de faire tout ce qui était en son pouvoir pour aider Monica. Après avoir regagné sa propre chambre et fermé la porte, Isabelle regarda autour d’elle et posa un doigt sur son menton.

— Dis-moi, Agatha. On peut ajouter un autre lit dans cette chambre, n’est- ce pas ?

— Bien sûr que vous pouvez, madame.

L’intelligente Agatha comprit immédiatement ce que voulait Isabelle. Isabelle baissa la tête et serra les poings.

— Dans ce cas, fais en sorte qu’on obtienne un nouveau lit immédiatement. Grande sœur Monica devra sans doute manquer les cours le temps de se rétablir. Malheureusement, je ne peux pas veiller sur elle depuis le grenier. Il faudra donc que je lui demande de venir ici, sous la surveillance des autres élèves.  

— Certainement. Je vais prendre des dispositions dès que possible.

— Merci. Fufu… Partager une chambre avec ma grande sœur adorée… Oh, elle a dû être blessée physiquement et mentalement par cet incident, je dois absolument la réconforter ! Est-ce qu’elle aime les romans d’amour ? Je serais ravie de lui prêter une de mes séries préférées. Ah, ce serait merveilleux si nous pouvions en discuter ensemble… Ah oui, les vêtements de nuit ! Agatha, n’oublie pas de préparer son pyjama ! Un modèle très joli, assorti au mien !

Les yeux d’Isabelle pétillèrent tandis qu’elle suppliait, et Agatha, la compétente femme de chambre, répondit avec emphase :

— Je vous en prie, laissez-moi faire.