Secrets of the Silent Witch T.5 – Chapitre 8

Le rire aigu d’une vraie méchante

「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」

Caroline Simons, la fille du comte de Norn, était assise sur une chaise dans le salon, jouant avec irritation avec son éventail. Les deux amies assises à côté d’elle la regardaient avec ressentiment, ce qui était également ennuyeux. Elle ne faisait que rappeler à Monica Norton, qui s’était laissée emporter ces derniers temps, sa place dans l’académie. Son apparence était trop minable et son comportement si peu digne d’être considéré comme celui d’une fille. Pour une raison quelconque, la fille qui n’était pas digne de cette académie avait été élue au conseil des élèves.

Pour couronner le tout, Félix et Cyril lui avaient appris à danser. Ces deux-là étaient les stars de l’académie. Quand elle les vit à une fête au début de l’été, Caroline essaya de se rapprocher d’eux d’une manière ou d’une autre, mais sa tentative échoua. Comme les gens se rassemblaient toujours autour de Félix et Cyril, Caroline ne pouvait que les observer de loin, incapable de leur parler, et encore moins de les inviter à danser.

Et pourtant… comment cette fille pouvait-elle danser avec eux ?

L’éventail qu’elle tenait en main grinçait et couinait. Tout était de la faute de Monica Norton. Elle n’avait fait que servir un thé légèrement amer. Et pourtant, elle en fit toute une histoire et apporta la honte à Caroline. Quelle fille détestable.



— Tout était de sa faute ! Tout !



Une petite fissure apparut sur son éventail. C’était son éventail préféré, mais maintenant il était cassé. Elle dut supplier son père pour en obtenir un nouveau. Ça allait aller. Elle croyait que son père l’aiderait. Il adorait Caroline et donnait beaucoup d’argent à l’école. Il n’y avait aucune chance qu’elle soit expulsée.


 Veuillez nous excuser.

On frappa à la porte et deux élèves entrèrent dans la pièce. Des cheveux blond miel se balançaient doucement, des yeux bleus mystérieux teintés de vert, l’atmosphère toujours calme du second prince, Felix Ark Ridill. Et des cheveux blond platine mêlés à un peu de miel et des yeux bleu foncé ressemblant à de la neige, le célèbre prince de glace, et aussi le fils aîné du marquis Highon, Cyril Ashley. Ils étaient le président et le vice-président du conseil des élèves de cette académie, représentant le pinacle parmi les étudiants. Félix prit un siège en face de Caroline et croisa ses jambes. Cyril se tenait derrière lui, fixant Caroline et les autres d’un regard froid. Cyril arborait un visage rigide, mais Félix souriait aussi doucement que jamais.


— Je le savais ! Son Altesse comprendrait mon action ! Je ne suis pas en faute !


Alors que Caroline se tapotait la poitrine en signe de soulagement, Félix prit la parole d’une voix douce.

 Caroline Simons, fille du comte Norn. Expose donc ta version des événements concernant la tentative d’empoisonnement de Mlle Monica Norton.
 


Empoisonnement. À ce mot, les visages de Caroline et de ses amies changèrent rapidement. Même si l’on était noble, le meurtre était un crime grave. Même s’il ne s’agissait que d’une tentative, on serait puni de ce crime équivalent.


 C’était un malentendu, Votre Altesse ! Ce n’était qu’une plaisanterie ! Pourtant, Monica Norton en a fait tout un drame. Cette fille… elle a sûrement voulu m’humilier !

 Par plaisanterie, tu entends à mettre du poison dans la tasse d’une camarade de classe ?

La voix calme de Félix resta inchangée. Et pourtant, les mots qui la poussaient étaient tout à fait froids et impitoyables. Caroline supplia, les yeux pleins de larmes.


 Ce n’est pas toxique, juste un collyre ! On raconte qu’il est très amer et qu’il aide à calmer… C’est pourquoi j’ai cru que ce serait utile pour tempérer son comportement effrayant.



La dernière partie n’était qu’un non-sens aléatoire. Les gouttes pour les yeux achetées au marchand étaient censées être très amères et ne devaient pas être consommées. À l’époque, l’idée de consommer du collyre la faisait rire. Mais maintenant, elle était prête à donner n’importe quelle excuse tant qu’elle pouvait s’en sortir. Alors qu’elle énumérait ses excuses, Cyril sortit de sa poche une petite bouteille enveloppée dans un mouchoir. C’était le collyre de Caroline qui avait été confisqué lorsqu’elle avait été emmenée dans ce salon.


 Ma sœur cadette, Claudia, m’a informé que ce collyre est réglementé. Seuls les médecins ou pharmaciens certifiés peuvent l’avoir.


Les pupilles bleu foncé de Cyril brillèrent alors qu’il fixait froidement Caroline.
 
 Détenir illégalement un produit aussi dangereux et le faire ingérer à autrui relève, au minimum, d’une tentative d’homicide, n’est-ce pas ?


La jeune sœur de Cyril, Claudia Ashley, était une vraie descendante de la « Famille Intelligente ». Également connue sous le nom de « bibliothèque ambulante », elle possédait une grande quantité de connaissances qui surpassaient celles des adultes. Si elle le déclarait, alors ses paroles devaient être vraies. Caroline pâlit, mais tenta toujours désespérément de trouver un moyen de s’en sortir.


— Je ne savais pas que ce collyre était une chose aussi terrible. On m’a dit que c’était juste un collyre… Oh, Votre Altesse, s’il vous plaît, croyez-moi !

Alors qu’elle plaidait, des larmes coulant sur son visage, Felix sourit doucement.
 


— En effet, tu as fini par mettre ce collyre dans la tasse de Mlle Monica Norton, que tu le saches ou non, poussé par ta méchanceté.
— C’est vrai.

— Et vous avez fait ça pour humilier Mlle Norton.

En réponse aux mots lâchés calmement, Caroline se mordit la lèvre et se tut. Félix posa sa main sur sa bouche et gloussa.



— Je suppose que nous pouvons ajouter la diffamation à la liste.
— !!!

Elle était sûre que ses excuses étaient plutôt bonnes. Mais pourquoi Félix ne disait-il rien pour aider Caroline ? Pourquoi ne la défendait-il pas ? À ce moment-là, Caroline croyait encore vraiment qu’elle pourrait s’en tirer en faisant passer cela pour de l’ignorance. Puis, on frappa à la porte. Après que Félix eut donné sa permission, une élève entra dans le salon et s’inclina gracieusement. C’était une élève de seconde aux cheveux orange coiffés en boucles. C’était une belle fille au visage légèrement sévère et à l’air digne.


— Je m’appelle Isabelle Norton, la fille du comte Kerbeck. Je vous suis très reconnaissante de me permettre d’être présente ici.


On disait que Monica Norton se trouvait sous la garde de la maison du comte Kerbeck. Il était donc naturel qu’Isabelle, la fille du comte Kerbeck, fût présente ici pour entendre la situation.

— Ça ira… La fille du comte Kerbeck déteste Monica Norton et passe son temps à la tourmenter. Alors si jamais il arrivait quelque chose à Monica, ce serait la maison Kerbeck qui porterait l’opprobre, pas moi. Elle ne me blâmerait probablement pas trop.


En s’assayant sur la chaise que Cyril lui avait proposée, Isabelle baissa les yeux avec un air très contrit sur le visage.


— J’ai entendu dire qu’un membre de notre famille vous a causé des tracas. Permets-moi de te présenter mes excuses au nom de la maison du comte Kerbeck.

Ni Felix ni Cyril ne dirent un mot. Mais Caroline se réjouit secrètement dans son cœur.

— Voilà ! La fille du comte Kerbeck ne ressent rien pour Monica Norton… elle s’en fout complètement, comme toujours !


Si Isabelle détestait Monica, elle serait sûrement de son côté… Caroline rit secrètement. Isabelle jeta alors un regard à Caroline et dit.


— Je sais que ce n’est pas grand-chose comme excuse, mais j’ai demandé à mes servantes de préparer du thé. Après toutes ces discussions, tout le monde doit avoir soif. J’espère que ça vous plaira.


Isabelle appela à travers la porte, et sa femme de chambre entra tranquillement dans la pièce pour déposer un plateau sur la table. Alors que Caroline se demandait pourquoi ils ne les avaient pas distribués plus tôt, Isabelle sourit et sortit une petite bouteille de sa poche. En voyant ce flacon, Caroline et ses acolytes poussèrent un cri intérieur avant de se recroqueviller. Le flacon ressemblait tellement à celui de gouttes pour les yeux que Caroline possédait.

— Bon, puisque tu es là, Dame Caroline, je voudrais que tu testes ce médicament. Je l’ai acheté récemment à un marchand, et j’ai entendu dire que c’est un remède de beauté très efficace.


Sur ce, Isabelle fit couler le liquide de la petite bouteille dans trois tasses. Sa femme de chambre distribua ensuite les tasses à tout le monde : Isabelle, Félix et Cyril reçurent des tasses sans aucun ajout, tandis que Caroline et ses amies se virent tendre des tasses dégoulinantes de médicament. Alors que Caroline fixait sa tasse d’un visage tendu, Isabelle porta un éventail à sa bouche et gloussa. Même dissimulé derrière l’éventail, son sourire paraissait malveillant, laissant clairement transparaître qu’elle se moquait d’elle.


— …S’il vous plaît, servez-vous.


Caroline fixa sa tasse. Comme ce collyre était inodore, elle ne percevait rien d’autre que l’odeur du thé.


— Cette petite bouteille… c’est le même collyre que le mien ? Pourquoi la fille du comte Kerbeck l’aurait-elle avec elle ?


Le fait que la fille du comte Kerbeck possédât par hasard le même collyre que Caroline paraissait assez anormal. Mais elle crut que ce n’était qu’une coïncidence. Ses compagnons, assis à côté d’elle, observaient Caroline avec curiosité. Aucun d’entre eux n’essaya même de toucher à la tasse.


— Arrête ! En agissant comme ça, c’est comme si tu disais que le collyre que je possède est du poison ! Il n’y a aucune chance que ce soit le même collyre. Ce doit être du bluff.


Caroline fixa la tasse de thé, se prépara, puis en but une gorgée.

— …pfft ! Ugheee !


Le goût fort et amer fit que Caroline recracha son thé. Salivant tout en essayant de ne pas laisser une seule goutte dans sa bouche, elle rejeta le thé et fixa Isabelle de ses yeux chargés d’intentions meurtrières.


— C’était du poison ! Cette femme a essayé de m’empoisonner !

— Oh…
 
Isabelle gloussa en ouvrant le couvercle de la petite bouteille et en versant le liquide dans sa tasse. Elle but ensuite le contenu de la tasse.


— Je te l’ai expliqué plus tôt. C’est un bon médicament pour la beauté. Tu as peut-être trouvé le goût un peu amer, n’est-ce pas ?

— T-toi..
— Fufu… est-ce vraiment nécessaire de le recracher de façon aussi disgracieuse ? Après tout, cette fille a bu tout le thé amer que tu lui as servi, non ?


Cette fille — il allait sans dire qu’elle parlait de Monica Norton. Isabelle poussa un soupir langoureux et marmonna.


— Oui, cette fille a grandi dans un mauvais environnement et est un poids pour ma maison, mais je reconnais qu’elle a été correcte en tant qu’invitée, en buvant tout le thé, même si c’était mauvais… Et toi, ça te rend-il moins que rien ? En plus, c’est devant Son Altesse, quelle grossièreté !

Isabelle inclina alors son éventail pour montrer sa bouche et ricana. Caroline, qui avait tenté d’humilier Monica devant la foule, se retrouvait maintenant, parmi tous, humiliée en recrachant son thé devant Félix.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce que c’est que ça ?

Felix ne dit rien. Il se contenta de regarder l’échange entre Isabelle et Caroline avec un air légèrement amusé. Isabelle sirota son thé calmement et dit : « Ah oui », d’un ton comme si elle menait une petite conversation.


— Concernant cette affaire, je vais avertir mon père dès que possible. Après tout, une personne portant le nom de Norton a frôlé l’empoisonnement… C’est normal d’agir, non ?

— !!!


Ce ne fut qu’à cet instant que Caroline réalisa l’ampleur de ce qu’elle avait fait. Même si Isabelle n’aimait pas Monica, cela ne changeait rien au fait que Monica portait le nom des Norton. Caroline avait provoqué une querelle avec la maison du comte Kerbeck.


— Je crois que la maison du comte Kerbeck entretient des liens étroits avec votre ville natale, la maison du comte Norn. C’est regrettable que les choses aient pris une telle tournure.


Le domaine du comte Kerbeck était le plus vaste de la partie orientale du royaume de Ridill. Son importance n’était en rien comparable à celle de simples nobles campagnards. Par-dessus tout, les montagnes de l’est abritaient de nombreux dragons, et les seigneurs de ces terres vivaient constamment sous la menace de leurs attaques. Certes, les chevaliers dragons venaient prêter main-forte lorsque l’on adressait une requête à la capitale royale, mais le trajet vers l’extrême est demandait tant de temps que la plupart des nobles orientaux entretenaient leurs propres troupes. Et parmi eux, nul n’était plus puissant que le comte de Kerbeck.

Ainsi, lorsqu’un dragon attaquait un domaine et que les chevaliers dragons n’arrivaient pas à temps, c’était bien souvent vers le comte de Kerbeck que l’on se tournait… La maison de Norn, celle de Caroline, ne faisait pas exception. À plusieurs reprises, les soldats de Kerbeck avaient sauvé les terres des Norn de la destruction.

Mais que se passerait-il si la fille des Norn rendait la pareille à tant de bienfaits par la perfidie ? Et si, par sa faute, le comte Kerbeck refusait désormais de secourir le comté de Norn ? Avec une armée si dérisoire, les Norn n’auraient aucune chance de repousser seuls les dragons. Au pire, leur domaine pourrait être entièrement anéanti.


— A-Attendez… Vous vous méprenez… Je ne voulais pas… être comme ça…


Alors que Caroline s’excusait d’une voix désespérée, Isabelle lui jeta un regard glacial. Isabelle était plus jeune que Caroline d’un an, mais son aura d’intimidation était si écrasante que même Caroline n’osait lui tenir tête. Elle se contenta de plisser légèrement les yeux, et ce simple geste suffit à briser la fierté de Caroline, qu’elle regarda d’un air narquois.


— À cause de ton insouciance, elle mène ta patrie à la ruine… Ce genre de chose n’est-il pas fréquent dans la haute société ?


Isabelle brossa ses boucles orange en arrière et sourit avec hauteur, relevant le menton.


— Et quand tu rentreras au dortoir, assure-toi d’avertir tes chers camarades : voilà ce qui se produira si l’on se met à dos la maison du comte Kerbeck.


Comme si elle jouait dans une pièce de théâtre, Isabelle rit : « O-ho-ho-ho-ho ! » d’un ton clair et joyeux.