Ah, la hauteur
「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」
Lorsque Monica se rappela ses souvenirs de son père, la seule chose dont elle se souvenait était sa silhouette de dos. Sa silhouette était tournée vers la table tout au long des journées de recherche.
— Papa… Papa…
Dans l’espoir qu’il pût tourner son regard vers elle, la jeune Monica ne pouvait que tendre la main vers sa silhouette de dos… pour finalement la retirer. Elle comprenait que son père faisait un travail important, c’est pourquoi elle ne voulait pas le déranger. Mais, comme s’il avait entendu la voix intérieure de Monica, il arrêta son écriture, puis tourna son regard vers Monica. Derrière ses lunettes posées sur son visage plein de barbe se cachaient les yeux calmes d’une personne intelligente. Son père avait toujours eu un comportement calme. Son père tendit la main qu’elle retirait, et l’entoura de ses deux mains. Cela rendit Monica heureuse, incapable de retenir ses voix.
— …Ehe… Papa…
— Hmm ? Je suis vraiment si vieux ?
— Votre Altesse, il n’y a pas besoin d’écouter les bêtises de cette petite fille.
— Oh, je pensais que t’allais la réveiller avec une gifle ?
— Eh bien… je veux dire… cette fille a été empoisonnée…
Une voix familière apparut juste au-dessus d’elle. Monica gémit doucement avant d’ouvrir les yeux. Apparemment, elle était sur un lit de l’infirmerie. C’était le même endroit où elle avait été emmenée auparavant. Monica trouva deux silhouettes debout à côté de son lit. Scintillant à la moindre lumière, c’était blond miel et blond platine.
— Votre Altesse et… Seigneur Ashley… ?
Felix Ark Ridill, le président du conseil des élèves, et Cyril Ashley, le vice-président. Celui qui saisit la main de Monica était Felix. Pourquoi ces deux personnes étaient-elles ici ? Pourquoi Felix tenait-il la main de Monica ? L’esprit de Monica, qui commençait à se réveiller lentement, se rappela vaguement les événements qui l’avaient conduite à ce point.
— Si je me souviens bien, ce thé amer m’a donné des vertiges.
À partir de ce moment-là, le reste de sa mémoire fut très vague. Elle avait l’impression de faire un cauchemar.
— La fille du comte de Norn t’a droguée pendant le goûter. Le poison t’a laissée complètement hébétée.
— !!!
Monica pâlit rapidement et retira sa propre main de celle de Felix. Elle roula ensuite du lit et contraignit son corps encore faible à poser son front contre le sol.
— Hé, petite fille, qu’est-ce que tu fais ! ?
Cyril eut l’air surpris et essaya de faire se lever Monica. Mais Monica resta prostrée sur le sol, ses lèvres immobiles frémissaient alors qu’elle prononçait les mots.
— …Je m’excuse… pour tout désagrément… que j’ai pu… vous causer.
Dès qu’elle prononça ce mot, elle en eut la nausée. Sa tête tournait et elle se sentait étourdie. Pourtant, elle sentait qu’elle devait s’excuser. Parce que Monica avait gâché le goûter et avait provoqué une agitation, c’était tout.
— Je m’excuse… de ne pas avoir été à la hauteur des membres du conseil des élèves…
Des larmes coulèrent dans ses yeux alors qu’elle s’excusait. D’une certaine manière, l’arrière de ses yeux était extrêmement chaud. Les larmes coulaient de ses glandes lacrymales, qui étaient devenues encore plus affaiblies que d’habitude.
— Mlle Norton, tu peux relever ta tête.
Felix se mit à genoux et caressa les cheveux de Monica. Mais Monica ne pouvait pas lever la tête. Ils devaient être tellement déçus d’elle, pensant qu’elle était une personne ignorante qui ne pouvait même pas se comporter correctement à un goûter.Il y avait tellement de choses auxquelles elle pouvait se reprocher. Alors qu’elle s’époumonait, pensant à une infinité de mots à se reprocher, une main s’enfonça dans l’aisselle de Monica. Cette main soulève Monica comme on soulève un chaton.
— Hé ! Comment ose-tu mettre son Altesse à genoux devant toi !
C’était Cyril qui souleva Monica. Ah, à cause de son incapacité à se conduire, Seigneur Ashley s’est encore énervé contre moi… pensa Monica en sanglotant, ne répondant que par un grognement de Cyril.
— Tu étais une victime ! Pourquoi une victime s’excuserait-elle ?
— M-Mais…
— Tu as un teint de cadavre et tu dis des bêtises ? La prochaine fois que tu te lèves sans permission, je te bloque au lit avec une corde !
Cyril leva les sourcils en faisant une déclaration plutôt effrayante.
— Mon Dieu, qu’est-ce que vous racontez à l’infirmerie ? …Mon cher frère ?
Le rideau séparant le lit pivotait, ne révélant rien d’autre qu’un magnifique visage. Des cheveux noirs raides et des yeux en lapis-lazuli. Une jeune femme à la belle allure et à l’atmosphère lugubre, c’était Claudia.
— Frère ?
Cyril fixa Claudia d’un air étonné, puis plissa les lèvres en un froncement de sourcils et se tut. Felix, en revanche, adressa à Claudia un sourire radieux.
— Mademoiselle Claudia Ashley, grâce à tes excellents premiers secours, un élève a été sauvé. En tant que président du conseil des élèves, je tiens à vous remercier du fond du cœur. Merci.
— …c’est un plaisir d’aider.
Pour une raison quelconque, Claudia avait l’air mal à l’aise même si elle était remerciée par le prince de ce pays. À cette attitude, qui pouvait être prise pour un manque de respect, Cyril leva les sourcils.
— Son Altesse t’a fait l’honneur de te complimenter. Tu pourrais au moins montrer un peu de gratitude.
— Ah oui ? Et tu veux que je me comporte comme un chien stupide, en remuant la queue comme toi ?
Claudia réussit à faire un coup habile en ricanant avec une expression vide sur son visage. Comme prévu, l’attitude qui touchait le nerf de la plupart des gens fit péter les veines de Cyril.
— Qui est tu entrain de traiter de chien ! ?
— Personne n’a rien dit à votre sujet, mon cher frère. Mon Dieu, votre visage… qu’est-ce qui ne va pas ? J’ai essayé de porter Monica Norton malade, mais je n’avais plus de force à mi-chemin. J’ai donc demandé au président de m’aider. Mon cher frère.
À ces mots prononcés d’une voix indifférente, Cyril devint rouge, puis pâle, et enfin son visage devint complètement blanc. Il se sentait tout simplement si pathétique.
— …Je suis désolée… si je suis lourde…
Alors que Monica faisait de son mieux pour enchaîner, Cyril craqua et grinça des dents. Mais il n’dit rien.
— Qu’est-ce que je dois faire ? pensa Monica en s’agitant, et Felix caressa la joue de Monica.
— Tu n’es pas lourde. En fait, je suis surpris que tu sois si légère. Tu dois manger un peu plus.
— O-Oui…
Après avoir remis la couverture de Monica, Felix porta son attention sur Cyril.
— Eh bien, il ne serait pas convenable de rester trop longtemps dans la chambre de convalescence d’une dame. Nous allons bientôt prendre congé.
L’expression de Cyril, qui avait été tirée par Claudia, revint et il fit un signe de tête affirmatif aux mots de Felix. Puis il jeta un coup d’œil à Monica et lui dit.
— Monica Norton. Tu n’es pas obligée de venir dans la salle du conseil des élèves aujourd’hui. Si tu le fais, considère que tu n’as pas de travail à y faire.
— Tu devrais retourner dans ton dortoir et te reposer.
Sur ce, Cyril et Felix tournèrent le dos à Monica.
Claudia sortit un mouchoir de sa poche et le fit voltiger pour le montrer. Avec une expression vide, bien sûr. Cette attitude flagrante de Claudia fit se crisper les tempes de Cyril.
— Claudia, surveille cette fillette : veille à ce qu’elle ne quitte pas l’infirmerie pour se rendre dans la salle du conseil des élèves.
— …Si t’étais si inquiet, fallait le dire plutôt que de faire la statue. Tu regardais Monica comme si c’était la fin du monde, mon frère.
Cyril tremblait de partout et Felix gloussa en voyant l’interaction entre les deux frères et sœurs alors qu’ils sortaient de l’infirmerie. Après leur départ, l’infirmerie devint instantanément silencieuse. Monica rassembla son courage et parla à Claudia.
— Hum… merci beaucoup pour votre aide lors des premiers soins…
— …De quoi te souviens-tu exactement ?
— Jusqu’au moment où j’ai bu le thé…
Après cela, tout ce dont elle se souvenait, c’était qu’elle faisait un cauchemar. L’instant d’après, elle se retrouva sur un lit à l’infirmerie. Claudia s’assit sur une chaise à proximité et brossa ses longs cheveux noirs.
— Le thé avait été mélangé avec un collyre destiné à dilater les pupilles.
— …Un collyre ? …Ah, c’est pour ça que, même en plein jour, leurs pupilles étaient…
Monica s’était sentie mal à l’aise avec Caroline depuis qu’elle l’avait confrontée lors du goûter dans la cour. Normalement, lorsque quelqu’un se trouvait dans un endroit très éclairé, ses pupilles devenaient plus petites afin de réguler la quantité de lumière qui entrait dans les yeux. Cependant, les pupilles de Caroline restaient grandes ouvertes.
— Hum, Dame Caroline souffre-t-elle d’un problème aux yeux ?
— Ces gouttes ne sont utilisées qu’à des fins esthétiques. Les sots qui croient qu’avoir de grandes pupilles rend plus belle les utilisent sans se soucier des effets secondaires.
Les gouttes ophtalmiques que Caroline transportait étaient à l’origine destinées à être utilisées pour des maladies oculaires. Tant qu’elles étaient utilisées dans le bon dosage, elles ne posaient pas de problème, mais si elles étaient employées de la mauvaise façon, elles pouvaient devenir toxiques. Et elle en versa dans la tasse de thé de Monica.
— Ces gouttes pour les yeux avaient été mélangées avec des ingrédients très amers. Leur but était de faire de toi la risée générale, en te faisant t’étouffer en buvant le thé qui en contenait…
C’est pourquoi Caroline avait choisi la cour la plus fréquentée. L’idée était de ridiculiser Monica devant la foule tandis qu’elle s’étouffait en buvant son thé. Cependant, ce que Caroline mal calcula, ce fut le fait que Monica le but.
— C’était… euh… amer, mais pas imbuvable.
— À quoi, selon toi, sert le sens du goût chez une créature ? Ce n’est pas pour apprécier la nourriture. C’est pour identifier les saveurs et éviter les substances toxiques.
Monica se fit gronder de manière détournée pour ne pas avoir su éviter le danger, et elle se tut. Elle n’avait peut-être pas été assez prudente, c’était certain. Mais le fait que Caroline et les autres avaient de mauvaises intentions à son égard était tout à fait évident, alors elle n’aurait rien dû dire du tout. Claudia mentionna que Monica ne pouvait pas vomir le poison correctement, alors elles la forcèrent à boire de l’eau salée diluée pour lui faire vomir le poison. Quand elle avait vidé son estomac, on lui donna du lait pour protéger la muqueuse de son estomac.
— Ton estomac était presque vide quand je t’ai fait vomir. À en juger par ton apparence, tu es en sous-poids pour ton âge, et on dirait que tu ne fais pas attention à ta santé.
— Ugh…
Elle ne put pas manger son déjeuner ce jour-là parce qu’elle fuyait Claudia. Pourtant, la façon dont Claudia souligna que le manque de nutrition de Monica avait des similitudes avec celui de Rosalie était douloureuse à entendre. En regardant Monica baisser la tête d’un air abattu, Claudia lui parla sur le même ton d’indifférence.
— Plus une personne est petite, plus une dose de poison devient dangereuse… Ce qui n’est pas mortel pour un adulte peut l’être pour quelqu’un de petite taille. Tu as failli y passer.
— …Quelqu’un de toute petite taille…
En s’allongeant sur le lit, Monica fixa son regard sur Claudia. C’était une femme mince, mais grande et belle, qui mettait ses courbes en valeur. Il était difficile de croire qu’elle avait le même âge que Monica. Bien qu’elle n’eût jamais été complexée par sa silhouette, depuis qu’elle s’était liée d’amitié avec Lana et Casey, Monica s’inquiétait de son apparence enfantine, ne serait-ce que légèrement. Alors que Monica était secrètement frappée par la défaite, Claudia se pencha en avant pour regarder le visage de Monica.
— Oh mon Dieu, quoi donc, petite ? Tu me fixes comme ça, petite… Écoute bien : ne mange rien de solide aujourd’hui. Tu vas vomir, petite.
— T-tu n’as pas besoin de m’appeler « petite » tout le temps…
— Parce que je ne veux pas que tu me remercies pour t’avoir sauvé la vie…
En entendant les mots de Claudia, Monica écarquilla les yeux. En y réfléchissant bien, elle avait également eu l’air dégoûté lorsque Félix l’avait remerciée. Monica se sentait reconnaissante envers Claudia, bien sûr, elle voulut lui adresser ses remerciements. Mais sa réponse n’était pas celle d’une personne qui cache son embarras, mais désagréable.
— Hum… Est-ce parce que tu ne m’aimes pas… que tu ne veux pas être remerciée… ?
Étant demandée d’une voix tremblante, Claudia redressa sa posture. Son expression de poupée resta inchangée. Cependant, il y avait une émotion sombre, légèrement différente de la malice, qui oscillait au fond de ses yeux lapis-lazuli.
— Ce n’est pas que je ne t’aime pas… je te trouve agaçante.
Quand Claudia expira avec lassitude, Monica lui demanda avec audace.
— Alors… Pourquoi… tu continues à me suivre… depuis une semaine… ?
Monica avait toujours pensé que c’était parce que Claudia la soupçonnait d’être la Sorcière silencieuse. Mais Claudia, aussi lente qu’un serpent, ferma la distance sans bruit, regarda le visage de Monica et murmura faiblement.
— …C’est parce que tu essaye de séduire mon fiancé.
— Hein ?
Alors que Monica restait bouche bée, Claudia poursuivit ses paroles sans hésiter.
— Si ce n’était qu’une histoire d’appartenir au même conseil des élèves, ça ne me gênerait pas. Mais comment pourrais-je laisser qui que ce soit s’exercer à danser avec lui ? Même moi, je n’ai jamais eu ce privilège.
Un membre du conseil des élèves, une pratique de la danse. À partir de ces deux mots-clés, la première chose qui vint à l’esprit de Monica fut Felix et Cyril. Mais comme elle et Cyril étaient frère et sœur, la réponse se trouva évidemment réduite.
— Ne me dites pas que son Altesse est son…
C’était rassurant de savoir que Claudia n’avait pas découvert sa véritable identité. Mais jamais elle n’aurait pensé que la fiancée de Félix se méprendrait en croyant qu’elle essayait de le séduire ! Ce malentendu devait être réglé au plus vite. La seule chose que Monica pensait de Felix, c’était qu’il avait un corps au ratio d’or. Alors que Monica réfléchissait à la manière de cacher le fait qu’elle était en mission d’escorte et de dissiper le malentendu de Claudia, elle entendit la porte de l’infirmerie s’ouvrir.
— Monicaaaa ! Je suis venue vous rendre visite !
— Ssh ! Chut ! Ne crie pas dans l’infirmerie !
Ces voix familières et bourdonnantes étaient celles de Glenn et Neil. Sans demander, Glenn ouvrit les rideaux et s’approcha du lit du bout de son gros orteil.
— Monica, tu vas bien ? Ton visage est si pâle ! Oh, je suis venu te rendre visite. C’est bon si je t’apporte de la viande ?
— Tu ne peux pas donner de la viande à quelqu’un qui vient d’être empoisonné.
Neil, qui réprimanda Glenn, sourit un peu maladroitement lorsqu’il remarqua que Claudia était assise là, sur le côté du lit.
— Oh, Mlle Claudia, bonne journée à vous.
— …
Le visage de Claudia demeurait sans expression. Cependant, l’air qu’elle portait avait clairement changé. L’air déprimé et langoureux avait complètement disparu. Neil jeta un regard légèrement troublé à Claudia, qui le fixait avec une expression vide.
— Eh bien, j’ai eu des nouvelles du président du conseil des élèves. Il m’a dit que tu as donné les premiers soins à Mlle Norton, Mlle Claudia.
— …
Comme prévu, Claudia était silencieuse et sans expression. Elle n’avait même pas un seul mot à dire. Neil baissa les sourcils en signe de trouble, mais fit de son mieux pour continuer à parler.
— Tu es en effet une femme remarquable, Mlle Claudia ! C’est incroyable !
— … C’est vrai.
À ce moment-là, Monica était sûre de l’avoir vue. En marmonnant d’une voix faible, les coins de la bouche de Claudia se soulevèrent… seulement légèrement. Même si elle avait l’air mal à l’aise lorsque Félix la félicita, Claudia montrait maintenant un léger soupçon de bonheur.
— Serait-ce possible, son fiancé est…
Lorsque Monica réalisa finalement ce fait, Glenn dit « Aah ! » et fixa Claudia d’une voix forte.
— Cette femme ! Elle a suivi Monica partout avant…
— Eh ? Suivre partout ?
Au commentaire de Glenn, Neil écarquilla les yeux de surprise. Puis Claudia, plus rapide qu’un serpent, se leva et se glissa vers le lit de Monica.
— C’est un malentendu. Nous sommes amis, après tout.
C’était une nouveauté pour elle. Après tout, Claudia venait tout juste de lui dire qu’elle ne l’aimait pas, qu’elle la trouvait agaçante et qu’elle était une petite fille. Pourtant, Claudia saisit avec agilité la main de Monica, dont le visage était figé par la stupeur, et déclara :
— …N’est-ce pas ? Nous sommes amies, non ? Mo.Ni.Ca ?
Quel renversement soudain. Alors que Monica restait figée de stupeur, Claudia la transperçait de ses yeux couleur lapis-lazuli. Sous ce regard implacable, le silence pesait lourd, au point d’écraser Monica sous sa pression invisible.
— O-Oui…
Monica hocha la tête d’un mouvement raide, presque mécanique. « Tu vois ? » dit Claudia d’un ton neutre, avant de tourner lentement son regard vers Glenn et Neil.
— …de plus, je suis la fiancée de Neil. T’interroge la fiancée de ton ami ?
— Quoi ! ? La fiancée !? Tu es la fiancée de Neil !?
Neil rit vaguement aux cris de Glenn
— Eh bien, nos fiançailles, c’est juste quelque chose que nos parents ont arrangé…
— Oh ? Tu n’es pas heureux d’être fiancé avec moi ?
Claudia tourna son visage de poupée vers Neil. Le fait que son visage fût si bien défini lui donnait un étrange sentiment d’intimidation, même sans expression. Le visage de Neil se crispa et il secoua la tête.
— Non, non, ce n’est pas ça. En fait, j’ai l’impression de ne pas être assez bien pour vous, Miss Claudia, mais… et bien…
Les yeux de Neil continuaient de regarder le sommet de la tête de Claudia. À ce moment, les voix intérieures de Monica et de Glenn se chevauchèrent.
— Ah, leur taille…
Neil était légèrement plus petit que la plupart des garçons de son âge. Claudia, de son côté, était considérée comme grande pour une femme… leur différence de taille apparaissait clairement aux yeux de tous.
En marchant dans le couloir, Félix rétracta son sourire inhabituellement doux. Ce faisant, son visage brillant et extrêmement beau ressortait encore davantage.
Ayant ressenti une irritation tranquille de la part de Félix, Cyril, qui marchait derrière lui, portait lui aussi une expression paisible. Tandis que Félix avançait, il affrontait en silence la frustration qui bouillonnait en lui.
— Oh, quel gâchis. Je suis quelqu’un qui préfère ne pas perdre son sang- froid.
L’émotion de la colère en lui devait être dirigée vers la bonne personne, au bon moment. Ce n’était pas quelque chose qui devait être évacué ici. Pourtant, l’image de Monica, un peu plus tôt, revint dans l’esprit de Félix.
— Je m’excuse… de ne pas avoir été à la hauteur des membres du conseil des élèves…
La silhouette de la jeune fille, qui tremblait légèrement et avait les yeux embués de larmes, se superposa à celle du jeune garçon.
— Je m’excuse de ne pas avoir été à la hauteur de la famille royale…
— Vraiment, la silhouette de cette fille me ressemble…
Confirmant tranquillement cela, Felix prit la parole.
— Toute cette histoire me met un peu en colère.
L’expression de Cyril se crispa aux mots inhabituellement froids de Félix.
— Les meneuses, donc la fille du comte Norn, ainsi que les deux autres, sont dans la salle de réception en attente de leur interrogatoire. Et…
Cyril s’arrêta et regarda autour de lui, puis chuchota à Félix.
— …La fille du comte Kerbeck est venue dans la salle du conseil des élèves. Elle veut parler à la fille du comte Norn
— La fille du comte Kerbeck ? La petite soeur de l’écuyer ?
— Non, c’est sa nièce adoptive.
En murmurant un « hmmm », le bord des lèvres de Félix se releva.
— Parfait. Veille à ce que la fille du comte Kerbeck soit là aussi.
Souriant d’un air glacial sur son visage magnifiquement formé, Félix déclara :
— Maintenant, prenons un bon thé.




