Secrets of the Silent Witch T.5 – Chapitre 4

Une tasse d’une boisson inappropriée

「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」

Alors qu’elle traversait rapidement le couloir, Monica serra son cœur, qui s’emballait, contre son uniforme.

Ne me dis pas… Ne me dis pas qu’elle a compris ? Elle a découvert que je suis la Sorcière silencieuse…

Après être devenue l’une des Sept Sages, elle avait gardé son visage caché, donc les seules personnes qui connaissaient le visage de Monica étaient les autres Sept Sages. Ou peut-être furent-ils des connaissances de l’époque où elle était à Minerva ? Mais Monica, qui était extrêmement maladroite socialement, se confinait le plus souvent à l’intérieur du laboratoire, et si elle avait vu une belle femme aussi voyante que Claudia quelque part, elle s’en serait sûrement souvenue.

C’est juste une coïncidence… n’est-ce pas… ?

Il se trouva qu’elle aborda ce sujet. Cela devait être le cas. En se disant cela, Monica ouvrit la porte pour entrer dans la salle de préparation. Comparé à avant le début de la cérémonie du thé, il y avait moins de personnes. Presque toutes les servantes se trouvaient probablement en train de servir les invités à la cérémonie du thé. Légèrement soulagée par le faible nombre de personnes, Monica se tourna vers l’étagère où elle avait placé ses boîtes de conserve auparavant.

Hein ?

En regardant l’étagère, Monica se raidit. La boîte de feuilles de thé de Monica avait disparu. La boîte de feuilles de thé de Casey se trouvait à la même place que dans le souvenir de Monica. Mais l’espace à côté, où Monica avait posé ses boîtes, était vide. Elle était pourtant certaine d’avoir disposé un papier plié et d’avoir placé trois boîtes de conserve dessus. Ressentant un mauvais pressentiment, le sang de Monica se vida de son corps. Ce n’était pas la première fois que Monica se retrouvait dans ce genre de situation. Tout se passait comme elle l’avait deviné. Les mains tremblantes, Monica souleva le couvercle de la poubelle.

...ah.

Mélangées aux coques de thé usagées et aux boîtes de conserve vides, des feuilles de thé inutilisées étaient éparpillées dans la poubelle. Elle trouva également son papier plié.

Comment mon…

Monica s’accroupit sur place, impuissante. Sans les feuilles de thé, elle ne serait pas en mesure de faire du thé. Cela signifiait qu’elle ne pouvait pas continuer sa leçon.

Que dois-je faire… ?

Les larmes lui montèrent lentement aux yeux. Monica avait beau être une bonne magicienne, elle ne pouvait pas remonter le temps. Alors qu’elle ravala un sanglot et reniflait, elle entendit une voix familière derrière elle.

Qu’est-ce qui ne va pas, Monica ? Tu ne te sens pas bien ?

Casey s’agenouilla à côté de Monica et lui frotta le dos. Lorsque Monica lui demanda d’une voix faible pourquoi elle était là, Casey se gratta la joue d’un air compliqué.

Je m’inquiétais pour toi parce que tu ne revenais pas, alors je suis venue voir comment tu allais… Désolée, pour être franche, c’était difficile pour moi de rester là-bas…

Apparemment, elle n’avait pas supporté l’atmosphère tendue entre Lana et Claudia et s’était éclipsée de son siège sous prétexte d’aller voir Monica. Casey regarda les feuilles de thé éparpillées dans la poubelle et sembla comprendre la situation. Elle fronça les sourcils et fixa la poubelle.

Horrible… qui ferait de telles choses ?

Casey essuya alors les larmes de Monica avec un mouchoir et lui parla d’un ton doux, comme si elle était une jeune enfant.

Hé, est-ce que tu as des feuilles de thé en réserve au dortoir ? Je pense que tu pourrais simplement servir celui que tu bois d’habitude…

Je n’en ai pas…

Comme Monica ne buvait pas de thé en général, elle n’en faisait jamais provision. Si elle avait demandé à Mlle Isabelle, celle-ci aurait peut-être été prête à partager à nouveau, mais elle était au milieu de sa classe. Alors que Monica reniflait doucement, Casey réfléchit un instant avant de prendre sa propre boîte de thé.

Utilise simplement mes feuilles de thé. Je sais que ça veut dire que nous servirons le même type, mais c’est toujours mieux que de n’avoir rien à offrir.

Mais… Je ne peux pas te déranger…

S’ils servaient le même thé, cela serait évalué comme un manque de préparation préalable. Alors, non seulement Monica, mais aussi Casey recevraient une déduction de points. Mais Casey resta tout aussi nonchalante et agita les mains avec dédain.

Ne t’en fais pas pour ça. Le type de thé importe peu à un goûter ; tant qu’il est bon et agréable à boire, c’est tout ce qui compte.

Cessant de renifler, Monica regarda ensuite les feuilles de thé dans la poubelle. Casey avait certainement raison. Plus important encore, si elle retournait au goûter sans être capable de préparer le thé, elle risquait de rater sa leçon.

Mais…

Monica serra les poings et se leva sur des jambes tremblantes. Elle se retourna ensuite avant de sortir en courant de la salle de préparation.

Monica ! Où vas-tu ? !

Je… je suis désolée, je reviens vite !

Après avoir dit cela, Monica commença à courir vers sa chambre dans le dortoir.


Lana fixa Claudia avec agacement en mordant dans le gâteau au beurre. Claudia semblait fixer Monica qui s’en allait, mais l’atmosphère redevenait morose dès qu’elle fut hors de vue. Ses longs cils noirs s’abaissèrent tandis qu’elle fixait sa tasse de thé, rendant sa beauté si délicate. Et pourtant, la morosité et l’inacceptabilité qu’elle dégageait étaient étonnantes à leur manière.

Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que c’est que ça… ?

Lana se mordit la lèvre puis baissa les yeux sur la tasse de thé qu’elle avait servie. Bien que riche, le père de Lana n’était pas né noble. Même s’il était issu d’une riche famille de marchands, en raison de ses contributions au développement de la ville, il reçut une pairie peu avant la naissance de Lana. D’aussi loin qu’elle se souvenait, Lana avait été élevée dans le luxe et les robes à la mode. Tout le monde disait que Lana était une « jeune femme bénie ». Mais Lana se sentait seule. Parmi les enfants de familles sans titres, la bienheureuse Lana ne se sentait jamais à sa place. Elle ne s’intégrait pas bien aux autres enfants et on l’accusait de se vanter de ses richesses. C’est pourquoi elle pensa qu’elle pourrait se faire des amis semblables aux siens si elle entrait à l’académie Serendia où la plupart des enfants nobles étaient scolarisés. Cependant, dans une école où la lignée et le prestige comptaient, Lana fut traitée comme la fille d’une famille riche et sans raffinement. Pour couronner le tout, son père fut accusé d’avoir acheté son titre avec de l’argent.

T’as aucun respect, aucune manière, et tu comprends rien aux règles de la noblesse… Plus on lui disait ces mots, plus Lana s’entêtait.

Quand Lana approcha Monica pour la première fois, ce fut sur un coup de tête. Comme Monica n’était pas aussi bonne qu’elle et se distinguait en classe, s’occuper d’elle satisfaisait un peu la fierté de Lana. Par-dessus tout, bien que Monica eût eu tendance à baisser la tête lorsque Lana lui offrait un peu d’aide, elle souriait comme une petite fleur épanouie. Cette sensation de chatouillement faisait que Lana ne pouvait pas la laisser tranquille. Chaque fois que Monica regardait Lana avec respect, le cœur de Lana était légèrement rempli de joie. En fait, elle s’attendait à ce que Monica la regarde avec adoration lors du goûter d’aujourd’hui. Elle avait même choisi les feuilles de thé avec beaucoup d’enthousiasme, mais Claudia lui fit remarquer que son thé était mal assorti, ce qui mit en lambeaux la fierté de Lana.

Pourquoi faut-il que ça finisse toujours ainsi ?Tout ce que je voulais, c’était offrir à mon amie le meilleur thé possible.

Cela lui rappelait les souvenirs de son enfance, lorsqu’elle servait les meilleures pâtisseries et le meilleur thé à ses amis qu’elle invitait chez elle, pour se voir reprocher de « se vanter d’être riche » derrière son dos. Lana voulait simplement donner à son amie la chose la plus merveilleuse à manger.

Eh bien, désolé pour la longue attente.

Casey, qui avait été absente, revint rapidement. Mais Monica n’était pas debout à côté d’elle. Lana demanda avec ses yeux : « Où est Monica ? » Casey se gratta la joue avec une expression vague et prit un siège.

Hmm… je suppose qu’elle va bientôt arriver

Tu n’étais pas occupé à aider Monica à préparer le thé, si ?

En réponse à la question de Lana, Casey marmonna sèchement :

Non, c’est…

Qu’est-ce qui se passe ? Monica a-t-elle eu un problème ?

Alors que Lana se redressait, une odeur douce et agréable lui chatouillait le nez. Mais ce n’était pas l’odeur du thé. 

M-merci… d’avoir attendu…

Avec ses pieds flageolants peu fiables, dans une démarche presque dangereuse, Monica s’approcha de la table. Sur le plateau qu’elle tenait dans ses mains se trouvait une tasse vide et un pot inconnu. Monica posa le plateau sur la table et essuya la sueur de son front. Il semblait que le simple fait de porter le plateau jusqu’à la table fût une lourde tâche pour Monica, qui n’était pas athlétique. Claudia, qui avait l’air peu enthousiaste, leva lentement la tête et fixa le pot.

…Ça ne sent pas le thé.

C’est… un café…

Regardant droit vers Claudia, Monica dit d’une voix tremblante.

D-Dame Claudia… Comme vous l’avez dit, si on commence le gouter avec quelque chose de fort, ça engourdit la langue… Donc, comme je suis la dernière, un café corsé ne devrait pas poser de problème.

Le café, c’est une boisson d’homme. Je ne crois pas que ce soit approprié pour un goûter féminin.

Ce que Claudia dit était correct. Le café était en effet devenu assez populaire dans ce pays, et si les cafés existaient, ce sont surtout les hommes qui en buvaient. Par-dessus tout, le café avait un fort goût amer et acide, ce qui rendait difficile de plaire à tout le monde. Bien que Lana l’eût essayé quelques fois, elle n’en était pas très friande. Mais là encore, Monica dit fermement, ce qui était inhabituel pour elle.

Ne t’inquiète pas. Je pense que ça va être délicieux, donc…

Elle versa ensuite le café de la cafetière dans les tasses et ajouta du lait chaud dans les trois tasses.

P-Puisque ce café est censé nettoyer le palais après le repas, j’aimerais vraiment qu’on le boive nature. Mais je sais que beaucoup n’aiment pas l’amertume, alors j’ai ajouté du lait dans votre tasse. Vous pouvez mettre du sucre si vous voulez.

Après que les tasses eurent été distribuées à tous, Claudia fut la première à soulever sa tasse. Après avoir senti l’arôme, elle le sirota.

— ...

L’attitude peu réactive de Claudia l’effrayait un peu. Lana et Casey ajoutèrent toutes deux du sucre dans leurs tasses avant de siroter timidement.

— Mais… qu’est-ce que c’est ? Il n’y a aucune amertume, aucune acidité.

En marmonnant, Lana sirota le contenu de sa tasse une fois de plus. Le moelleux du lait enveloppait l’amertume rafraîchissante. C’était une saveur que Lana n’avait jamais goûtée auparavant. Casey regardait également la tasse de près, surprise.

— Hé, je n’ai jamais goûté un café comme ça… c’est normal qu’il soit aussi facile à boire ?

Il était compréhensible que Casey dît cela. En parlant de café, il y a encore longtemps, on le préparait en faisant bouillir des grains moulus puis en ajoutant du sucre. Mais, depuis que les siphons et autres outils étaient devenus populaires récemment, de nombreux cafés savoureux avaient fait leur apparition. Pourtant, le café que Monica prépara était plus que savoureux. Claudia regarda le pot d’argent puis marmonna.

— …le goût du café devient plus amer lorsqu’on le laisse infuser longtemps.

— O-Oui… c’est pour ça que j’utilise cette cafetière pour une extraction rapide. Elle utilise la vapeur pour préparer le café en très peu de temps…  

— …Je n’avais jamais vu un appareil comme ça avant. Même pas dans un livre

Au marmonnement de Claudia, Lana et Casey écarquillèrent les yeux. Claudia était probablement la personne la mieux informée ici… non, peut-être dans cette école. Étant née dans la lignée d’une famille qui possédait une telle quantité de connaissances, elle était surnommée « la bibliothèque ambulante ». Et pour quelqu’un comme elle, comment pourrait-il y avoir quoi que ce soit qu’elle ne connût pas ! Claudia but le contenu de sa tasse proprement et regarda Monica avec des yeux bleus encore indéchiffrables.

— Je vois ce n’est pas une mauvaise manière de me surprendre. Mais c’est un « cours de cérémonie du thé », tu te souviens ? Une boisson qui n’est même pas du thé n’a absolument rien à faire ici.

— Eh bien, je pense que oui… Mais…

Monica baissa les yeux et ramassa sa propre tasse. Sa tasse était la seule qui ne contenait pas de lait. Elle était probablement habituée à boire du café amer.

— Je… Je voulais que mes plus chères amies boive ce que j’aime le plus… Donc… Hum…

En mettant ses deux mains sur la tasse, Monica sourit amèrement.

— …J’imagine que je suis la personne la moins à ma place ici

L’esprit de Lana s’arrêta quand elle vit Monica rire « hehehe ».

— Pourquoi a-t-elle souri de cette façon ? Comment pouvait-elle sourire ainsi ?

Lana pensait que son thé était le plus inadapté à cette table, mais Monica apporta du café qui était encore plus inadapté à un goûter. Elle aurait probablement une déduction de points. Lana engloutit le contenu de sa tasse.

— C’était une boisson agréable… elle est à mon goût , dit Lana en essayant de retenir ses larmes, en regardant le sourire de Monica qui ressemblait toujours à une fleur épanouie.