Le silence est or
「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」
Sous un agréable ciel d’automne, un magnifique goûter se déroula dans la cour. Même s’il s’agissait d’une leçon pratique, l’académie Serendia répondit à ses attentes en tant qu’académie prestigieuse. La disposition des tables était de premier ordre, et chacune d’elles se parait de belles fleurs, un assortiment digne d’un goûter au palais royal. Si les élèves n’avaient pas porté l’uniforme, on aurait aisément cru qu’il s’agissait d’une salle de palais. Les jeunes filles discutaient joyeusement entre elles tout en savourant le thé qu’elles avaient apporté.
Lorsque le professeur venait faire le classement, elles échangeaient à propos du thé, des ustensiles et des fleurs de saison. Mais dès que le professeur quittait la table, le sujet dérivait aussitôt vers les modes récentes et les potins concernant leur vie amoureuse. En particulier, leurs conversations tournaient souvent autour du président du conseil des élèves, Felix Ark Ridill.
— Je suis sûr que Son Altesse choisira sa fiancée pendant ses études.
— Qui serait la plus appropriée, je me le demande.
— J’ai entendu dire qu’il était très proche de Dame Eliane.
— Pour ma part, je pense que Dame Bridget, qui siège aussi au conseil des élèves, lui conviendrait parfaitement.
Les noms qu’elles évoquèrent pour la fiancée potentielle du second prince appartenaient tous à des jeunes filles qui occupaient le sommet de l’école. Et pourtant, au plus profond de leur cœur, chacune d’elles nourrissait secrètement le rêve d’être choisie comme fiancée par le prince. C’était là un songe partagé par toutes les filles de l’académie, au moins une fois dans leur vie. Comme ce serait merveilleux si ce beau visage leur adressait un sourire, ou si cette main princière se tendait vers elles ! Tandis qu’elles se laissaient aller à ces doux fantasmes, elles apaisaient également leur orgueil en désignant, du bout des lèvres, la plus indigne des filles pour leur prince, la toisant avec dédain.
— Bien, en parlant des mêmes membres du conseil des élèves… avez-vous entendu parler de cette fille ?
Lorsqu’une des jeunes filles murmura derrière son éventail, le regard des autres devint aussitôt sévère. La cible de leurs pensées n’était autre que cette fille qui avait intégré le conseil des élèves malgré son récent transfert.
Monica Norton.
— J’ai entendu dire que Son Altesse lui avait donné des leçons de danse.
— Je l’ai vue aussi ! Et j’ai même entendu dire qu’elle dansait avec le Seigneur Ashley !
— Pour qui se prend-elle, à demander à Son Altesse et au Seigneur Ashley de lui apprendre à danser ?
— Certainement une fille de la campagne, vaniteuse, qui a dû forcer Son Altesse à l’aider.
— Et cette fille n’a même pas de serviteur pour lui préparer son thé… n’a-t- elle donc aucune honte ?
— Regardez-la seulement… je suis sûre qu’elle se couvrira de ridicule dans cette classe.
Cachant leur malice sous leurs beaux éventails, ces jeunes femmes ricanaient entre elles.
La table où Monica était assise était remplie d’une atmosphère étrange. Plutôt, une fille avait créé cette atmosphère étrange. La coupable, étonnamment, n’était pas Monica. Ce n’était pas non plus Lana ni Casey. C’était Dame Claudia, la personne la plus haut placée dans le groupe. Claudia était une très belle fille. Elle avait des cheveux noirs raides et de beaux yeux qui semblaient faits de lapis-lazuli. Son visage ressemblait à un chef-d’œuvre que Dieu avait minutieusement créé, et sa beauté n’était pas inférieure à celle de la secrétaire du conseil des élèves, Mlle Bridget.
Si Bridget, avec ses cheveux dorés et ses yeux d’ambre, avait une beauté comparable à celle d’une magnifique rose à grandes fleurs, alors Claudia était une fleur d’iris d’une beauté mystique. Cette jeune femme d’une beauté éblouissante avait en quelque sorte un air lugubre, comme si ses proches étaient morts. Finalement, la servante de Claudia distribua assez de thé pour tout le monde, et Claudia dit avec un sourire étrange sur son visage pâle et sans vie.
— …S’il vous plaît appréciez ce thé comme il se doit.
Elle sourit comme une méchante sorcière offrant du thé empoisonné à une bonne personne qui n’en savait rien. Mais l’instant d’après, le visage de Claudia devint inexpressif, comme si un fil avait été coupé. Malgré son absence d’expression, la morosité et la lassitude qu’elle dégageait étaient étrangement palpables. Les inquiétudes de Monica sur ce qui se passerait si quelqu’un se moquait d’elle lors de leur rencontre n’étaient pas fondées. En premier lieu, cette jeune femme morose n’avait ni l’énergie ni la motivation pour sourire gaiement. Son attitude donnait l’impression qu’elle trouvait trop difficile de parler. Bien qu’on ait dit que Monica était une fille morose, Claudia n’était rien comparée à elle.
Dans le cas de Monica, c’était dû à sa peur des étrangers et à son incapacité à parler, mais Claudia dégageait délibérément une aura morose de tout son corps qui rendait difficile toute discussion avec elle. C’est pourquoi l’atmosphère à cette table était lourde et lugubre. Monica, Lana et Casey burent le thé qui leur avait été préparé en silence. Le thé avait un arôme agréable. Cependant, à cause de l’étrange tension, elles pouvaient à peine le goûter.
— Ugh… ça me met mal à l’aise…
— Ce thé est délicieux ! Hé, quelles feuilles de thé as-tu utilisées ?
Le silence pesant fut joyeusement rompu par Casey, une jeune femme pleine de vie de la classe voisine. Sentant la subtilité de la situation, Casey sourit et parla à Claudia dans un effort pour maintenir l’ambiance.
— …C’est le thé le plus populaire du royaume. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de poser la question.
— …
Les fossettes de Casey se crispèrent tandis qu’elle souriait. Cette fois, Lana dit d’une voix particulièrement joyeuse.
— H-Hé, en fait, j’aime le thé au lait. Tu as du lait ?
— …Je ne suis pas fan du thé au lait. Es-tu assez idiote pour ne pas comprendre ça juste en écoutant ?
— …
Les fossettes de Lana se crispèrent tandis qu’elle souriait. L’ambiance dans cet endroit était de plus en plus lourde. Les lèvres de Monica frémirent en sirotant son thé, qu’elle pouvait à peine goûter. Puis, d’un air gêné, Casey, qui était la seconde dans l’ordre, s’excusa pour apporter le thé qu’elle avait infusé et le distribua à tout le monde. Elle fut suivie par un thé aux couleurs vives préparé par Lana, la troisième dans l’ordre. Il était rafraîchissant et avait une douceur et une fraîcheur fruitée.
— Le thé de Mlle Colette est délicieux. Il est rafraîchissant. Je l’aime bien.
Monica acquiesça aux paroles de Casey, et Lana posa sa tasse dans sa soucoupe, un air de fierté sur son visage.
— J’ai commandé le meilleur thé de la saison, bien sûr.
Puis, Lana jeta un regard à Claudia. C’était probablement une réplique à Claudia, qui avait préparé un thé ordinaire. Lana, qui avait du caractère, n’aimait pas l’attitude de Claudia et la taquinait depuis un certain temps déjà. Monica ne pouvait qu’observer la scène avec agitation. Casey, la réfléchie, réussit tant bien que mal à maintenir la conversation en apaisant Lana et en changeant de sujet. En premier lieu, la personne la plus haut placée était censée présider un tel goûter. Monica ne connaissait pas l’identité de Claudia, mais à en juger par l’ordre de service du thé, elle était plus haut placée que Casey de la famille du comte et Lana de la famille du baron. En d’autres termes, Claudia devait être celle qui fournissait le sujet et organisait toute la situation. Cependant, Claudia, qui était le cœur du problème, restait indifférente, et quand elle ouvrait la bouche de temps en temps, elle ne faisait que parler méchamment. C’était difficile d’avoir une conversation avec elle.
— …Si tu commences par le thé aux saveurs les plus fortes, ça va engourdir ta langue.
Soudainement, Claudia prit la parole. Monica se souvint du goût du thé que Claudia avait préparé et fut surprise.
— Un thé aux saveurs douces et familières, sans arômes prononcés… L’a-t- elle proposé en premier pour éviter d’engourdir la langue ?
Lana et Casey remarquent la même chose et regardèrent Claudia avec étonnement. Ayant attiré autant d’attention, Claudia sipota le thé que Lana avait préparé, avec l’air de ne pas se soucier de ce qu’elle disait.
— Les pépites d’or de Flourendia… C’est le thé le plus précieux que vous pouvez obtenir cette saison.
— C-C’est vrai.
Lorsque Lana se chamailla avec elle, Claudia ne regarda toujours pas Lana, mais baissait les cils puis marmonna.
— Si c’avait été pour divertir un invité de marque, ce choix aurait été parfait… mais il était évidemment inapproprié pour cette réunion.
— Quoi- !?
— Si une seule personne apporte un thé extrêmement précieux… les autres participants pourraient se sentir insultés.
En tremblant et en frissonnant, le visage rougeoyant de Lana devint pâle. Puis, Casey appela Lana en panique.
— Ne t’inquiète pas, je ne pense jamais comme ça ! Pas vrai, Monica ?
— Oui, elle a raison… Je ne pense jamais comme ça non plus !
Alors que Monica s’efforça d’extraire sa voix, Claudia tourna lentement la tête pour la regarder. Ses yeux bleus de poupée projetaient le reflet de Monica sans ciller.
— …Si la fille du comte le dit, je n’ai pas d’autre choix que d’accepter…
— Hein !?
De la façon dont elle l’avait dit, on aurait cru que Monica avait acquiescé parce que Casey l’y avait incitée. Monica pleura à moitié en secouant la tête.
— N-Non… J-J’ai juste…
Alors que Monica sanglotait, Lana frappa le bureau avec sa paume.
— Ça suffit ! Arrête avec ton attitude ! À chaque mot, tu ne fais que lancer des sarcasmes ! La seule personne déplacée à cette table, c’est toi !
Même si Lana lui cria bravement dessus, Claudia ne bougea pas un sourcil. Au contraire, elle détourna le regard, comme si Lana ne valait pas la peine d’être regardée.
— …Tu penses que tu es assez digne pour que les autres te parlent.
— Hah ! ?
Alors que Lana haussait les sourcils et jetait un regard furieux à Claudia, cette dernière marqua une pause de quelques secondes, puis ouvrit langoureusement la bouche.
— …Avez-vous déjà entendu parler de la Sorcière silencieuse ?
Bien sûr, elle savait, cette personne se tenait déjà en face d’eux. Le cœur de Monica faillit s’arrêter. Il s’arrêta peut-être même pendant une seconde.
— C’était une magicienne de génie, devenue la Septième Sage à l’âge tendre de quinze ans. Elle avait non seulement maîtrisé l’art de la magie sans incantation, mais aussi créé plus de deux douzaines de nouvelles formules magiques durant son séjour à Minerva… pourtant, elle était surtout connue pour n’avoir jamais assisté à une seule conférence.
C’était parce qu’elle avait peur des endroits bondés et qu’elle devait fuir pour sauver sa vie.
— …De plus, la Sorcière silencieuse n’avait pas prononcé un seul mot lors de la cérémonie où elle avait été intronisée parmi les Sept Sages.
Cela venait aussi de sa timidité et de ses problèmes d’anxiété sociale. À cause de l’inaptitude de Monica, son collègue Louis Miller, le magicien des barrières, prit en charge toutes les salutations. Tandis que Monica transpirait froidement en se remémorant le passé, Claudia poursuivit ses paroles sans hésiter.
— …Avez-vous déjà lu l’article sur la Sorcière silencieuse ? Si vous le lisez, vous comprendrez sa personnalité… C’est une personne très intelligente et sage. Je suis sûre qu’elle comprenait la valeur du silence.
— Je ne suis pas du tout intelligente ni sage, je suis juste quelqu’un de timide et morose… Je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée… !
Assise à côté de Monica, devenue pâle et tremblante de façon incontrôlable, Lana lança un regard furieux à Claudia, sans cacher son mécontentement.
— Oh, tu veux dire que les personnes intelligentes ne parlent pas aux personnes stupides ?
— Ehhhhh, non… tu te trompes… je ne voulais pas dire ça comme ça… !
La remarque de Lana s’adressait à Claudia, pas à la « Sorcière silencieuse », mais Monica recula de peur. Claudia ne fit que jeter un coup d’œil à Monica, comme si elle n’avait pas entendu ce que Lana disait.
— Cela me rappelle que la « Sorcière silencieuse » s’appelait Monica Everett… tout comme toi, Monica Norton.
Monica se recroquevilla. Le son de son cœur battait fort. Sa sueur désagréable continuait à s’écouler. Avec ses yeux fixés sur Monica, Claudia prit la parole.
— Tu es restée silencieuse tout ce temps parce que tu ne voulais pas parler à un idiot, n’est-ce pas ?
— J-j-je suis d-désolée… , je vais préparer le thé…
Monica se leva et quitta son siège pour fuir cet endroit. Et les yeux bleus de Claudia continuaient de fixer ce petit dos. Personne ne remarqua que, depuis le début de ce goûter, Claudia, qui avait toujours eu un regard abattu, n’avait regardé qu’une seule personne.




