Pour le futur, qui viendra un jour
「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」
L’académie Serendia possédait plusieurs programmes d’éducation uniques pour les nobles, qui n’existaient pas dans les écoles générales. L’un de ces cours était le cours de « cérémonie du thé », que seules les filles suivaient. Pour les dames appartenant à la noblesse, une cérémonie du thé n’était pas seulement un moment de conversation agréable. C’était aussi une occasion sociale où la dignité d’une personne se mesurait à la façon dont elle recevait ou était reçue par ses invités. Dans le cadre du cours sur la cérémonie du thé, les élèves recevaient un enseignement approfondi sur l’étiquette à respecter avant d’effectuer les leçons pratiques. Les leçons pratiques avaient lieu dans la cour, sous la forme d’un goûter. Quatre ou cinq filles de la même classe formaient un groupe et s’asseyaient à une table. Chaque élève apportait une tasse de thé à partager avec les autres, qui évaluaient ensuite la boisson.
Cependant, comme l’enseignant préparait à l’avance des sucreries spécifiques, on demandait aux élèves de servir le thé en fonction de celles-ci. En d’autres termes, le cours commençait dès qu’elles entreprenaient les préparatifs. Dans ce cours, on leur avait demandé de préparer leurs propres feuilles de thé, mais dans la plupart des cas, ce furent leurs domestiques qui les achetèrent. Cependant, Monica n’avait aucune idée de l’endroit où en acheter. Après s’être longtemps inquiétée, elle décida de se tourner vers la méchante autoproclamée, Mlle Isabelle Norton. Une fois que Monica se fut rendue dans la chambre d’Isabelle, celle-ci lui offrit avec joie un siège et lui prépara du thé et des sucreries. Lorsque Monica lui expliqua la situation tout en grignotant un biscuit saupoudré de sucre, Isabelle hocha la tête et se tapota la poitrine avec assurance. Son geste était assez vigoureux, ce qui ne convenait pas à une jeune femme.
— Dans ce cas, laissez-moi faire, grande sœur Monica ! Je donnerai tout ce que je peux pour vous aider à réussir le cours en toute sécurité !
— M… Merci beaucoup…
Alors que Monica inclinait la tête, Agatha, la servante d’Isabelle, l’interrompit au moment où elle versait du thé dans sa tasse.
— Dans ce cas, permettez-moi de vous apprendre à préparer le thé. Bien sûr, il serait idéal que je me rende chez vous pour vous l’enseigner directement, mais… cela entrerait en contradiction avec le cadre où Lady Monica est tourmentée par la famille Kerbeck.
Les élèves étaient autorisés à faire infuser leur propre thé ou à demander à un domestique de le faire pour eux dans le cadre du cours. Cependant, dans la plupart des cas, il était courant qu’un domestique préparât le thé à leur place. Ceux qui faisaient leur propre thé étaient considérés comme des nobles de troisième ordre qui ne pouvaient pas amener leurs propres serviteurs. Mais dans le cas de Monica, elle était censée être tourmentée par la fille du comte Kerbeck ; il aurait donc paru anormal que la servante d’Isabelle vînt directement l’aider.
— S’il vous plaît, donnez-moi quelques conseils…
Monica s’inclina profondément devant Agatha, puis elle dit :
— C’est bon, il suffit de lever la tête !
Elle arrêta ainsi son inclinaison en riant. Isabelle, tout comme Agatha, était une jeune femme et une servante très attentionnée. Même si elles semblaient un peu difficiles à approcher lorsqu’elles se comportaient comme la méchante.
— Dans ce cas, quel genre de thé souhaiteriez-vous servir, grande sœur Monica ? Avez-vous un type de douceur préféré ?
— O-Oui… C-C’est… le gâteau au beurre.
Isabelle hocha la tête et posa ses doigts sur son menton, réfléchissant à quelque chose. Choisir le bon thé à assortir aux confections faisait également partie des leçons. Cependant, Monica n’avait pas l’habitude de boire du thé ni de manger des confiseries. Elle était plus habituée à boire du café à cause de l’influence de son père.
— Hum… as-tu une suggestion de thé qui irait bien avec le gâteau au beurre ?
— Si ce n’est qu’un simple gâteau au beurre, la plupart des thés classiques conviendront. Il serait peut-être mieux de le déguster avec une saveur légèrement astringente ou corsée plutôt qu’un goût trop léger. Le thé au lait n’est pas non plus une mauvaise idée, mais… laisse-moi vous dire, grande sœur Monica…
Isabelle s’interrompit et regarda Monica avec un visage sérieux, puis dit fermement.
— La combinaison du thé et des confiseries relevait avant tout d’une affaire de goût personnel, et il n’existait pas de réponse définitive. Cependant… certaines combinaisons menaient assurément à un désastre !
— Que signifie dire qu’il n’existe pas de bonne réponse, mais que certaines peuvent malgré tout s’avérer mauvaises ?
Alors que Monica était confuse, Isabelle prit la parole.
— C’était… pour éviter de servir deux fois la même chose à la même table…
— Ah…
La leçon de pratique se déroulait en groupes de plusieurs personnes, et chaque personne apporta son propre thé. Ce n’était certainement pas une bonne idée de faire servir la même sorte de thé à la même table.
— C’est particulièrement maladroit si vous servez la même chose que quelqu’un de rang supérieur. En théorie, la robe, la coiffure et les accessoires à la fête du thé doivent être à la mode tout en restant distincts, donc il faut y réfléchir… Mais puisque vous porterez l’uniforme pendant la leçon, concentrons-nous simplement sur les feuilles de thé pour l’instant !
— Il fallait que je pense à ça… ? pensa Monica en frissonnant.
En tant que Sept Sages, la seule réunion à laquelle Monica assista était la Conférence des Sept Sages, qui était organisée uniquement pour les Sept Sages, et le code vestimentaire était en principe le port de la robe, de sorte qu’elle devait seulement porter les robes fournies par le royaume. Il était vrai que Monica ne s’était jamais souciée de sa tenue vestimentaire lors de rencontres sociales. Ce goûter pour dames aristocrates était probablement plus éprouvant pour les nerfs que Monica ne l’avait imaginé.
— La meilleure façon de procéder est de se renseigner sur les personnes de votre groupe avant de décider du thé à servir pendant les leçons… Alors, combien de personnes composent votre groupe, grande sœur Monica ?
— Hum… En me comptant, nous sommes quatre… l’une d’elles est de ma classe, Mlle Lana Collete… Quant aux deux autres, elles viennent de l’autre classe, donc je ne les connais pas très bien…
Lors de l’entraînement commun avec les autres classes, ils furent affectés à la formation de groupes avec ceux qui étaient proches d’eux. Cependant, le caractère peu sociable de Monica l’empêchait de parler à quelqu’un d’autre que Lana. Quant à Lana, traitée comme une étrangère dans la classe, elle n’avait pas d’autres filles dont elle était proche. Par conséquent, le professeur les plaça dans le même groupe que les autres élèves. L’une d’entre elles était Casey, une jeune femme aux cheveux bruns avec un air vif. Tandis que l’autre était Claudia, une beauté calme aux cheveux bruns. Après une brève salutation le premier jour, la réunion fut levée et elles eurent à peine l’occasion de parler.
— Alors, décider du thé à l’avance s’avérerait plus difficile.
— D-Désolé…
Lana aurait probablement été en mesure de lui fournir les détails, mais Monica n’avait pas le courage de demander directement aux deux filles, qu’elle connaissait à peine. De plus, elle ne connaissait pas le rang des deux filles dans leur famille, donc si Monica leur parlait, elle pourrait être perçue comme peu polie. Au sein de la noblesse, une personne d’un rang inférieur ne pouvait pas parler de manière désinvolte à une personne d’un rang supérieur : c’était un tabou.
— Dans ce cas, je vous proposerai plusieurs sortes de thé. Lors d’un goûter, les personnes au statut le plus élevé sont servies en premier, donc il est probable que vous soyez servie en dernier. Ainsi, vous pourrez facilement vous assurer que votre choix de thé ne risque pas de rentrer en conflit avec celui de quelqu’un d’autre.
— M… Merci beaucoup…
Monica inclina la tête, laissa tomber ses épaules et laissa échapper un profond soupir.
— Cette histoire de goûter est compliquée, n’est-ce pas…
Lorsque Monica parut peu sûre d’elle, Isabelle laissa également échapper un soupir, le visage troublé.
— J’aimerais que mes connaissances puissent vous être utiles… Je m’excuse pour mon inexpérience… mais si vous souhaitez apprendre à vous comporter comme une méchante, je pourrais tout vous enseigner !
— Je… Je veux bien…
Même s’il lui fût transmis, elle n’aurait jamais l’occasion de l’utiliser. Absolument pas. Monica esquissa un sourire en coin, et Agatha, la servante d’Isabelle, la conseilla avec un visage très sérieux.
— Ma Dame, il se peut qu’à l’avenir Mlle Monica ait à affronter une autre méchante que vous. En prévision de cela, pourquoi ne pas lui enseigner dès maintenant l’art du comportement d’une méchante ?
— …eh ?
Alors que Monica tressaillait avec une expression raide, Isabelle posa ses mains sur son visage en s’exclamant :
— Merveilleux ! Oui, c’est une excellente idée ! Grande sœur Monica est mon héroïne ! Je suis certaine qu’un jour viendra où une autre méchante l’invitera à des goûters et cherchera à la tourmenter !
Elle souhaitait sincèrement s’épargner un tel avenir. Même si elle le désirait, elle savait qu’elle ne pouvait pas le dire dans sa situation actuelle. Après tout, après avoir été élue au conseil des élèves dès son transfert à l’école, et après avoir vu ses répétitions de danse surveillées par les mêmes membres du conseil, Monica s’était attiré l’inimitié de la majorité des élèves. Les seules personnes de sa classe qui la traitaient normalement étaient Lana, Glenn et Neil.
À présent, les regards de ceux qui entouraient Monica pouvaient généralement se diviser en deux types :
Ceux qui la méprisaient et manifestaient de l’hostilité à son égard, et ceux qui l’observaient de loin comme une personne étrange. Personne ne l’avait encore appelée derrière le bâtiment de l’école ni ne s’était approprié ses affaires personnelles, mais à plusieurs reprises, elle avait fait l’objet de remarques sarcastiques à son passage ou de ricanements étouffés venant de loin.
— À présent, je vais vous enseigner le comportement des méchantes, pour le cas où vous auriez un jour à faire face à une véritable méchante.
On disait que la première étape pour combattre son ennemi était de le comprendre. Savoir ce qu’une méchante ferait en pareille situation pouvait s’avérer utile un jour.
— si possible, je ne veux vraiment pas que ce jour arrive…
Alors que Monica redressait son dos pour écouter attentivement le discours d’Isabelle, tout s’interrompit en un instant.
— Ohohoho !
Isabelle mit sa main sur sa bouche, gonfla sa poitrine et sourit d’un air hautain. En entendant sa voix, les épaules de Monica tremblèrent, Isabelle retint son rire aigu et se redressa.
— Tout d’abord, voici le mouvement de base d’une méchante : un rire aigu. En riant ainsi, vous pouvez à la fois intimider votre adversaire et prendre le dessus sur la situation !
— Un rire aigu peut-il avoir un tel effet ?
À la grande surprise de Monica, Isabelle acquiesça de manière convaincante.
— Cependant, si vous en abusez, l’effet s’estompera ; utilisez-le donc uniquement au moment opportun.
Exact, le timing pour utiliser les coups spéciaux était important, apparemment. Alors que Monica hochait la tête, Isabelle déplia son éventail devant elle.
— Et le mouvement de base numéro 2 ! « Moquerie silencieuse » !
Dans un mouvement fluide, Isabelle porta l’éventail à sa bouche pour montrer à l’autre personne qu’elle se moquait d’elle, comme si elle la ridiculisait. Peu importait comment on le regardait, son rire hautain, qui montrait à quel point elle méprisait l’autre personne, aurait fait honte à la performance d’une actrice sur scène.
— Normalement, l’étiquette exige de se couvrir la bouche avec un éventail en riant, mais ici, j’ai volontairement abaissé l’éventail pour montrer ma bouche à l’autre personne. Ainsi, je pouvais manifester ouvertement mon moquerie !
— Quel détail, pensa Monica, choquée.
Elle ne pensa jamais que de si petits détails pussent produire de tels effets !
— Bien sûr, tu peux aussi cacher ta bouche avec un éventail et glousser pour produire un effet sarcastique. Il faut varier les méthodes selon le caractère de la jeune femme.
— Je… je comprends… c’est si subtil.
— Oui, plus j’essaie de le maîtriser, plus je mesure sa complexité.
Juste pour être sûr, elles parlaient de la méchante. Ainsi, le cours de vilainerie, bien plus intensif que le cours d’infusion du thé, se poursuivit jusque tard dans la nuit. Il faut ajouter ici que Mlle Isabelle Norton fut la meilleure élève du cours de préparation du thé des secondes.




