Tout s’est bien terminé, grâce aux broderies
「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」
Ce jour-là, deux autres observateurs vinrent à l’entraînement de danse après l’école. Il s’agissait de Felix Ark Ridill, le président du conseil des élèves, et de Cyril Ashley, le vice-président. Quand ces deux-là apparurent, les joues de Lana devinrent roses et elle poussa des cris aigus. Tandis que Monica criait de terreur intérieurement, le visage pâle. Quant à Neil, il regarda Felix et Cyril maladroitement, tandis que Glenn dit à haute voix :
— Qui sont ces gars ? demanda-t-il, avec l’allure d’une grande figure.
— Pourquoi… Votre Altesse… est ici…
Lorsque Monica dit cela à voix basse, Felix fronça les sourcils et lui lança un regard incrédule.
— Je ne suis pas assez cruel pour patienter jusqu’à cet instant afin de t’abandonner ensuite, tu sais ?
— Tout à fait ! Tu devrais être reconnaissant de la clémence de Son Altesse !
Cyril montra alors sa poitrine fièrement. Tu es d’accord pour venir ici en laissant de côté ton travail au sein du conseil des élèves… ou c’était ce que pensait secrètement Monica lorsque Felix jeta un coup d’œil à Cyril.
— Au fait, je ne me rappelle pas t’avoir appelé ici, Cyril.
— Je suis le garde du corps de Votre Altesse ! Il est tout à fait normal que je vous accompagne !
— Je comprends. Tu avais déjà accompli tes tâches de conseil avant même que je t’annonce mon intention de venir ici. En réalité, tu avais prévu de venir observer l’entraînement de Monica depuis le début. Même si je n’étais pas venu, tu serais venu quand même, n’est-ce pas ?
Pour une raison quelconque, Cyril fut gêné par les remarques ridicules de Felix, ce qui fit dévier son regard.
— Eh b-bien… En tant que bras droit de Votre Altesse, j’ai simplement anticipé une partie de vos intentions, voilà tout !
Monica fut secrètement impressionnée par le fait que le vice-président devait toujours être prêt pour les caprices du président. Cependant, pour être honnête, cette situation ne rendit pas Monica heureuse. En fait, cela devint un fardeau pour son esprit. Alors que l’estomac de Monica se nouait d’angoisse, Lana lui secoua l’épaule.
— Hé, regarde-moi ça ! Le président et le vice-président du conseil des élèves, côte à côte, si proches l’un de l’autre !
L’exubérance de Lana était probablement la réaction correcte de la plupart des filles… c’était ce que pensait Monica.
— Regarde la broderie du foulard de Votre Altesse, un travail d’aiguille si délicat, si raffiné… C’est sans aucun doute l’œuvre d’un maître artisan. Les fils semblent changer de couleur selon la lumière… Et ces motifs de vigne brodés, ils feront sûrement fureur. Je dois absolument les graver dans ma mémoire, et si possible, les dessiner… Ah, et tu vois la dentelle au bord des gants de Seigneur Cyril ! Ce n’est pas une pièce réalisée sans recourir aux toutes dernières techniques… J’aimerais tant l’observer de plus près…
— …
Ce que Lana fixait, ce n’étaient pas les visages de Felix et de Cyril, mais leurs vêtements et leurs accessoires. Peut-être que Lana était aussi un peu différente de ce que la plupart des écolières pensaient. Alors que Monica demeurait abasourdie par cette idée, Felix l’encouragea en lui disant, avec un sourire :
— Et si tu montrais d’abord ta danse ?
Monica fit ce qu’on lui demanda, se plaçant au milieu de la pièce avant de prendre la main de Glenn. Lana se dépêcha de s’asseoir au piano et commença à jouer. Neil, quant à lui, tapa dans ses mains en rythme avec la musique.
— Bien, je vais commencer avec un un-deux-trois comme signal.
— Ok !
— Un, deux, trois.
Monica et Glenn firent leurs premiers pas en même temps. Ce ne fut pas un mauvais départ. En effet, Monica se sentait moins nerveuse en présence de Glenn qu’elle ne l’avait été la veille. Cependant, après quelques répétitions des pas, leur rythme commença à se dérégler.
— Stop !
C’est Cyril qui éleva la voix. Ah, elle fut sûre que sa danse avait gâché le bal, ou du moins c’était ce que pensait Monica en contractant ses épaules. Lana arrêta sa musique, et Cyril lança un regard perçant à Glenn.
— Glenn Dudley ! Tu n’escorteras jamais une demoiselle correctement de cette façon ! Tu ferais bien d’apprendre à te tenir et à contrôler tes manières avec les filles !
C’était une déclaration très incroyable de la part de quelqu’un qui maltraitait Monica au quotidien. Monica, qui s’attendait à ce que ce soit elle qui soit critiquée, écarquilla les yeux d’incrédulité. De l’autre côté, Glenn, qui avait ruiné la danse, se plaignit, les lèvres pincées dans une moue boudeuse.
— Je l’ai pourtant escortée avec soin.
— Pour commencer, tu ne lui as même pas demandé correctement une danse ! Regarde plutôt comment je fais !
Cyril repoussa Glenn d’un air hautain avant de fixer Monica, qui reniflait de peur. En observant le déroulement de la scène, il était certain que Cyril deviendrait le partenaire de danse de Monica, non ?
— Si je lui marche accidentellement sur le pied, il pourrait me bloquer avec un bloc de glace… pensa Monica en frissonnant à cette idée, tandis que Cyril plaçait sa main gauche derrière son dos, s’inclinait avec grâce, puis tendait sa main droite.
— Veux-tu danser avec moi, jeune fille ?
— …hein ?
Les pensées de Monica se figèrent devant la gracieuse révérence et le dialogue qui ne semblait pas appartenir à Cyril. Resté là, hébété, Cyril s’approcha et prit la main de Monica avec autant de précaution que s’il touchait un morceau de verre délicat. Dès que Lana commença à jouer sa musique, Cyril posa légèrement sa main sur la taille de Monica. Par le mouvement de sa main, Monica comprit inconsciemment que la danse allait commencer. Même sans un signal « un-deux-trois » comme avec Glenn, elle savait ce qu’il fallait faire de manière naturelle. Elle connaissait même le timing du premier pas.
Comme si elle était attirée par la main de Cyril, Monica fit un pas en avant, un, deux, trois, un, deux, trois… Trop occupée à se soucier de ses pas, le mouvement du haut de son corps devint inévitablement un désordre. Mais lorsque le dos et les bras de Monica commencèrent à faire un mauvais mouvement, les mains de Cyril la soutinrent pour qu’elle se remette dans la bonne position. Il en alla de même pour le sens de la marche. Si c’eût été Glenn, il aurait dit « Allons à droite ! » puis « On va se heurter à un mur, alors va par là ! » pour indiquer vocalement le sens de la marche.
Mais Cyril ne guida pas Monica avec ses mots mais avec le mouvement de ses mains, de ses pieds et de son regard. Et pour elle, il était étonnamment facile de danser avec lui. Après la fin de la musique, Cyril fit la même belle révérence que lorsqu’il avait commencé. Il leva ensuite la tête pour regarder Glenn et…
— Tu as vu ça, gamin ? C’est ça l’escorte !
Il lui cria, l’air fier de lui. Loin de sa grâce sur la piste de danse, il était le Cyril Ashley habituel que Monica connaissait. Monica ne put s’empêcher de marmonner pour elle-même.
— Je suis soulagée de voir que Seigneur Ashley était toujours le même que d’habitude.
— Qu’est ce que tu veux dire par là ?
Après avoir lancé un regard furieux à Monica, Cyril toussa.
— On pourrait dire que la réussite d’une danse de salon dépend entièrement de la manière dont l’homme mène. Si celui-ci guide correctement et synchronise ses mouvements avec la musique, la danse sera réussie, dans une certaine mesure.
À l’explication de Cyril, Glenn applaudit franchement.
— Oh, c’est génial !
— Quand tu veux complimenter quelqu’un, tu devrais utiliser un vocabulaire plus raffiné, et le faire avec décence.
Cyril parut moins que satisfait, mais conserva toujours son attitude cynique. Glenn réfléchit un instant à « utiliser un meilleur vocabulaire », puis ouvrit la bouche avec un visage sérieux.
— Tes mouvements faisaient comme un whoosh, un swish et un snap, et c’était cool !
— Avant d’apprendre les bonnes manières, tu ferais mieux d’apprendre à parler comme un humain.
Cyril jeta un regard en demi-teinte à Glenn, puis posa maintenant ses yeux sur Monica.
— Monica Norton. Ta danse laisse encore à désirer. Commence par t’habituer à être escortée. Arrête de paniquer à chaque fois. Redresse-toi. Relève la tête. Même quelques pas ratés ne se verront pas si tu gardes une allure fière.
— O-Oui…
La remarque de Cyril était la même que celle que le professeur et Neil lui avaient déjà faite. Dans tous les cas, son habitude de se recroqueviller et de baisser les yeux faisait que Monica avait toujours une mauvaise posture. Maintenant qu’il en parlait, lors de la répétition de la cérémonie des Sept Sages, Louis lui avait fait remarquer qu’elle était voûtée… Elle se souvenait même qu’on lui avait attaché une barre dans le dos.
Le souvenir de lui disant avec un sourire : « Et si je t’attachais un poteau dans le dos la prochaine fois ? » la faisait encore frémir jusqu’à maintenant. Alors qu’elle frissonnait en se remémorant ce souvenir, Felix proposa en souriant.
— Dans ce cas, Dudley devra s’exercer au rôle d’escorte, et Mlle Norton devra s’habituer à être escortée. Cyril, pourrais-tu lui enseigner comment être une escorte ?
— Si Votre Altesse insiste…
Cyril hocha la tête à contrecœur, puis se tourna vers Glenn avant de dire, le sourcil levé.
— Maintenant, petit ! Je vais t’apprendre mes techniques d’escorte ! D’abord, tu vas m’escorter… comme si j’étais une fille !
— Euh… te traiter comme une fille, c’est… un peu compliqué…
— Arrête d’être si pointilleux !
Alors que Cyril grondait et entraînait Glenn à l’écart, Félix sourit à Monica.
— Puisque c’est le cas, s’il te plaît prenez soin de moi. Mlle Norton.
— S’il vous plaît, prenez soin… de moi aussi.
Alors que Monica inclinait continuellement la tête, Félix tendit rapidement la main vers elle.
— Prends ma main.
— …
Sans faire un seul pas, Monica étendit son bras jusqu’à sa limite. Puis elle toucha du bout des doigts la main tendue de Félix. Félix regarda le bout de ses doigts avec un sourire sur le visage.
— Je suppose que tu n’as pas vraiment envie d’être escorté, hein ?
— Non, pas du tout ! Je vous assure, je suis vraiment désolée !
Felix souriait, mais ses yeux ne l’étaient pas. En tremblant, Monica fit un demi-pas en avant. Puis Felix attrapa rapidement la main de Monica et la tira vers lui. Les mains de Felix soutenaient son corps, et dès qu’elle y pensa, le corps de Monica se tendit.
— Tu sais, quand tu étais avec Cyril, tu étais un peu plus docile en étant escortée.
— C-C’est… parce qu’à ce moment-là, Seigneur Ashley était différent de d’habitude… j’étais si surprise, tellement…
À ce moment-là, elle était trop abasourdie par la conduite de Cyril lors de la danse, et la danse commença et se termina avant qu’elle ne s’en rendît compte. Mais maintenant, la situation était différente. Alors que Monica se raidissait, Felix leva les yeux et donna des instructions à Lana.
— Excuse-moi… pourrais-tu jouer de la musique pour moi ? Juste un peu plus doucement, s’il te plaît.
— Oui, monsieur !
Lana hocha la tête avec enthousiasme et commença à jouer du piano. Alors que la musique jouait un peu plus doucement qu’avant, Felix prit la main de Monica pour ouvrir la voie. C’était la même chose qu’avec Cyril. Même sans l’appel d’un signal « un-deux-trois », elle pouvait d’une certaine manière comprendre quand commencer, probablement parce que Felix excellait également dans l’art d’escorte.
— Pour l’instant, tu n’as pas besoin de faire attention à tes pas. Tu peux même oublier complètement la danse.
— …Hein ?
— Promène-toi simplement à ton rythme et amuse-toi à discuter avec moi. Ton corps a tendance à se raidir facilement, après tout.
L’idée d’avoir une discussion agréable avec quelqu’un déconcerta vraiment Monica. Elle n’était pas très douée pour parler, ni pour aborder des sujets de conversation avec qui que ce fût. Elle n’avait d’ailleurs jamais eu l’occasion de tenir une conversation informelle. Quand Monica prit peur et se tut, Felix lui sourit.
— Je n’avais jamais observé tes yeux d’aussi près. Ils paraissent brun clair, mais lorsqu’ils captent la lumière, on distingue une fine nuance verdâtre… On dirait les arbres au fond de la forêt, baignés par les rayons du soleil.
— Um… Hum…
— Tes cheveux châtain clair sont si brillants et magnifiques. Est-ce qu’une amie t’a aidée à les tresser aujourd’hui ?
— O-Oui. Hum, Mlle Lana Collette est très douée pour ce genre de choses.
— Oui… ça te va vraiment bien.
Quand quelqu’un complimentait ses cheveux, elle était heureuse, car c’était comme un compliment adressé à Lana. Monica gloussa, ses joues se détendirent.
— …Eheehee… Merci… beaucoup…
— Hmm, donc tu peux même sourire comme ça. Possible que tu m’en montre plus ?
En étant observée de si près, Monica se sentit gênée et baissa les yeux. C’est alors que le foulard sur le revers de Félix attira son attention. Elle se souvint que Lana avait mentionné quelque chose à propos de la broderie, et c’était en effet assez complexe. De loin, elle ne paraissait pas si spectaculaire, mais, vue de près, elle semblait bien plus luxueuse et détaillée. Monica prit plaisir à contempler les magnifiques motifs.
— Si j’observe le motif de cette rose grimpante… je peux l’imaginer comme un cercle. Et si quatre cercles étaient inscrits dans un cercle plus grand, en respectant ce principe particulier… ainsi que la distance entre les roses…
—Je crois qu’une robe verte t’irait à merveille. Un vert un peu profond, mais pas trop sombre. Avec peut-être une jolie broderie de fleurs sur la jupe… Ce serait charmant. Dis-moi, as-tu une fleur préférée ?
— Deux cercles qui ne se coupent pas possèdent deux tangentes communes. Et chacune est à la même distance… En partant de cette hypothèse, on peut l’appliquer à de nombreuses formules magiques, avec un vaste ensemble de coordonnées magiques.
— Ah, les roses d’automne sont très belles aussi. Plus petites et plus gracieuses que les grandes roses d’été… Leur teinte douce et apaisante me semble te convenir davantage.
— Le rayon des quatre cercles est infinitésimal, et la longueur de la tangente garde une distance égale entre eux… Mais si l’on considère l’extension de la formule magique à grande échelle, ses effets pourraient se déployer bien au-delà de cette simple construction.
La musique s’arrêta. Tandis que Félix suspendait ses pas tout en soutenant encore le corps de Monica, Neil, qui avait observé la scène, applaudit.
— Incroyable ! À partir de la moitié, la danse est devenue une véritable danse ! Les mouvements de Mlle Norton étaient plus souples, moins crispés… C’est la plus belle danse que j’aie jamais vue !
— Jusque-là, Mlle Norton s’efforçait d’apprendre les pas au pied de la lettre, mais ses gestes restaient un peu rigides et son rythme se décalait, car elle réfléchissait trop en dansant.
Felix déclara, en contemplant le visage de Monica avec un sourire.
— J’imagine que le fait d’avoir une agréable conversation la permis de se mouvoir librement, sans s’encombrer de pensées inutiles, n’est-ce pas ?
En s’adressant à elle, Monica releva la tête et regarda autour d’elle comme si elle venait de se réveiller d’un rêve.
— Ah… Hum…
— Monica ! Monica ! Tu dansais si bien tout à l’heure !
Glenn, qui avait observé la danse de Monica depuis la moitié, la félicita avec une étincelle dans les yeux, et Cyril acquiesça d’un signe d’approbation en déclarant :
— Comme on s’y attendait de la part de Votre Altesse, ses escortes est les meilleures !
Monica se tint les joues, comme si elle flottait encore dans son rêve.
— … J’ai pu… danser ?
— Oui, tu as très bien dansé.
Au hochement de tête de Felix, le visage de Monica s’éclaira. Elle afficha un grand sourire, chose qu’elle montrait rarement, car elle gardait généralement la tête baissée et se tortillait.
— Je… Je viens de réaliser que le motif du foulard de Votre Altesse pourrait être remplacé par un autre ensemble de motifs ! Et cet ensemble est non seulement magnifique, mais aussi applicable de bien des manières. Rien que d’imaginer comment l’adapter m’a permis de cesser de me tracasser avec des pensées inutiles !
Un silence pesant envahit la salle de danse. Comme une enfant innocente, seule Monica avait des étincelles dans les yeux. Puis, un Neil au grand cœur l’interrompit avec crainte.
— Hum… Je crois qu’en un sens, ce genre de réflexion était en soi l’illustration même du fait que tu pensais à des choses inutiles…
— …ah.
Le sourire de Monica se figea tandis qu’elle jetait lentement, très lentement, un coup d’œil à Felix. Felix souriait toujours. Cependant, ses yeux bleus brillaient d’un éclat sombre.
— Notre petite discussion n’était-elle pas un peu inutile pour toi, Mlle Norton ?
— Um, hum, bien, je veux dire, c’est juste…
Monica pâlit rapidement, serra les poings, puis s’écria.
— La seule raison pour laquelle j’ai pu danser aussi bien, c’est grâce au foulard de Votre Altesse !
— Tu aurais dû dire : “C’est grâce à Votre Altesse !” tout court !
La voix en colère de Cyril résonna dans la salle de danse. Ainsi, Monica apprit à exécuter une danse sans être nerveuse en se plongeant dans ses pensées. Il est à noter que le motif du foulard de Félix, que Monica avait regardé attentivement, avait été dessiné avec précision avant d’être montré à Lana, qui en avait beaucoup apprécié le résultat.




