Secrets of the Silent Witch T.4 – Chapitre 2

Cauchemar du passé

「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」

Oh, Neil m’as parlé de ta situation. Il a dit que tu t’entraînais à la danse.

S’étant présenté à la salle du conseil des élèves plus tard que d’habitude, Felix sourit et le dit. Monica avait complètement oublié de signaler qu’elle avait un entraînement de danse après l’école, mais apparemment, l’attentionné Neil avait prévenu Felix. Bien qu’il fût discret, il était tout à fait capable. En replaçant la plume d’oie qu’il tenait sur son support, Felix jeta un regard à Neil.

Alors, comment se passe l’entraînement ? Peut-elle réussir les repêchages ?

Le regard de Neil dardait autour de lui, même s’il ne faisait pas chaud, et sa sueur perlait sur ses joues.

Eh bien… Je suppose que cela dépendra des efforts qu’elle fera à partir de maintenant…

Votre Altesse, pour que les affaires courantes de Maywood en viennent à dire cela, la situation doit vraiment être catastrophique.

Cyril, qui travaillait sur autre chose à part lui, affirma d’un ton sévère. Monica ne put rien répondre mais haussa les épaules d’un air mélancolique. Ce que Cyril disait était en effet vrai. L’entraînement d’aujourd’hui était un désastre. Il était difficile de dire qu’un quelconque progrès eût été fait. Ils commencèrent par pratiquer les pas de base, mais une fois sur deux, Monica s’emmêlait les pieds et tombait. Glenn, par contre, semblait avoir de bonnes aptitudes physiques et apprenait les pas rapidement. Neil et Lana dirent tous deux qu’il valait mieux apprendre ces choses avec le corps, mais son corps ne semblait pas capable de les saisir.

S’il y avait des chiffres, je pourrais tous les retenir ! se lamenta-t-elle secrètement, mais Bridget, qui était assise près de la fenêtre en train d’écrire quelques papiers, ouvrit la bouche sans quitter ses papiers des yeux.

En tant que membre du conseil des élèves, censé être un modèle pour les autres, tu devrais avoir honte… d’avoir pris du retard sur les pré-requis.

Je… je suis désolée…

Tu es consciente que tu causes aussi des problèmes à Seigneur Maywood ?

Aux excuses tremblantes de Monica, Bridget répondit de façon plus tranchante. À cause d’elle, elle causait des problèmes à quelqu’un d’autre — ce fait fit vaciller Monica. C’était vrai, à cause de son incapacité à bien danser, elle causait des problèmes à Lana et à Neil. Bien qu’au début Glenn fût un peu à la ramasse, étant donné ses bonnes aptitudes physiques, il pourrait bientôt s’améliorer davantage que Monica. Dans ce cas, ce que Monica faisait ne ferait que causer des problèmes à Glenn. Si par hasard Glenn échouait aussi à l’examen à cause de sa partenaire, qui était elle…

Hum, je ne t’ai jamais considéré comme une gêne, donc…

Lorsque le bon vivant Neil dit cela en s’agitant, Elliott, qui était resté silencieux jusqu’alors en faisant tourner sa plume, l’interrompit.

Mlle Bridget a raison. Les membres du conseil des élèves doivent être des modèles pour tous. Si l’un d’eux échoue même à un examen de danse de salon, cela ne donnera pas le bon exemple aux autres élèves.

Les yeux d’Elliott se rétrécirent dans une lueur dangereuse tandis qu’il regardait Monica en souriant.

À ce rythme, cela pourrait même remettre en question la responsabilité de nomination de Son Altesse, n’est-ce pas ?

C’était Felix qui avait nommé la paria Monica au poste de trésorière… Donc, si Monica causait des problèmes, ce serait aussi la faute de Felix pour l’avoir choisie. À cause d’elle, elle causerait des soucis non seulement à Lana, Neil et Glenn, mais aussi à Felix. La peur et la pression semblaient écraser le petit corps de Monica.

Je suis désolée de vous causer des problèmes, je vais travailler dur et faire de mon mieux, alors s’il vous plaît pardonnez-moi… Ces mots passaient dans sa tête, mais sa gorge se serra, incapable d’émettre un son.

Alors que Monica tentait de bouger ses lèvres, Felix parla calmement.

Je vous l’ai déjà dit, n’est-ce pas ? Si jamais elle commet une erreur, j’en assumerai l’entière responsabilité.

Lorsque Felix ouvrit la bouche, l’atmosphère dans la salle du conseil des élèves changea. Il sourit gracieusement avant de déclarer.

Vous n’avez pas à vous inquiéter. Mlle Norton est la personne que j’ai choisie, et je sais qu’elle sera à la hauteur de mes attentes. N’est-ce pas, Mlle Norton ?

Les derniers mots s’adressaient à Monica, et ils étaient accompagnés d’un large sourire.

Je ne peux pas le faire, je ne peux tout simplement pas, cria-t-elle intérieurement, mais Monica ravala ses mots juste à temps.

Puisque Felix, un membre de la famille royale, lui avait dit qu’il attendait beaucoup d’elle, Monica n’avait d’autre choix que de répondre. Cependant, elle ne pouvait toujours pas acquiescer facilement et restait plutôt face contre terre. Alors Felix se leva et se dirigea vers elle. Il posa ensuite son doigt sous le menton de Monica pour qu’elle le regarde. Des yeux bleus mystérieux fixèrent la Monica languissante.

Tu ne vas pas… me laisser tomber, n’est-ce pas ?

La voix légèrement mélancolique aurait fait rougir la plupart des filles. Mais Monica eut l’impression d’être victime d’un chantage ; elle ne put qu’acquiescer d’un signe de tête. Elle rassembla alors tous les mots qu’elle pouvait trouver dans sa tête. Une explication logique et claire était importante lorsqu’il s’agissait d’exprimer ses intentions.

P-Premièrement… j’ai besoin d’analyser le tempo des morceaux utilisés et de vérifier la correspondance avec la longueur des foulées. J’aimerais commencer par mémoriser les angles des pieds, des hanches et des épaules pendant la danse !

Aux mots de Monica, qui semblaient logiques à première vue mais ne l’étaient pas du tout, Cyril, l’un de ses yeux mi-clos, se lamenta.

…Petite, avant de commencer à utiliser ta tête, essaie d’abord de bouger ton corps.

Et c’est la méthode la plus plausible.


Après être retournée au grenier, elle s’effondra sur le lit, le visage contre l’oreiller, et renifla. Cet exercice inhabituel lui avait fait mal aux jambes.

Monica, tu as l’air d’une vieille femme épuisée.

Toujours le visage enfoui dans le lit, Monica sentit Nero sauter sur son dos et appuyer avec sa patte. Apparemment, il lui faisait un massage.

Ugh… Tout mon corps me fait mal…

J’ai entendu dire que ressentir des courbatures rapidement est le signe d’un corps jeune. C’est une bonne chose pour toi.

Elle se demanda où, dans le monde, il avait bien pu acquérir une telle connaissance. Nero serra de ses pattes les jambes en forme de bâton de Monica, dépourvues de graisse et de muscles.

Je t’ai observée en secret par la fenêtre. Est-ce que c’est ça qu’on appelle la danse ? Ça veut dire que celui qui marche le plus sur les pieds de l’autre gagne ?

Ugh, non, pas du tout… Tu sais bien, tu l’as déjà vu dans les illustrations du roman…

J’ai été choqué, parce que je ne la connaissais que par les images. Je ne savais pas que la danse était une compétition aussi difficile.

Nero sauta sur le bureau et feuilleta adroitement les pages du roman qu’il avait étalé de sa patte. Puis il tapota une phrase de sa patte avec une expression presque tendue.

…Julia se laisse emporter par la musique… C’était vraiment un moment de rêve. Ils se tenaient par la main, chaque pas suivant leur cœur.

Alors ces personnages se marchaient sur les pieds en suivant leur cœur. Wow, ça change complètement mon interprétation de la scène.

…Je t’ai dit que ce n’était pas ça… pffff.

Monica gonfla ses joues avant de jeter un coup d’œil à Nero, qui taquinait en remuant sa queue.

Je veux dire… tu ne pourrais pas juste utiliser un sort pour ce genre de choses ? Tu sais, des sorts qu’on peut lancer sans incantations. Alors pourquoi ne pas en utiliser un pour t’améliorer en danse en secret ?

Le sort qui faisait de vous un meilleur danseur… Comme il eût été agréable qu’une telle chose pratique existât. Mais les sorts n’étaient pas tout-puissants.

Il est théoriquement possible de manipuler le corps pour le faire bouger d’une certaine façon, mais… ce sort est interdit dans ce pays.

Utiliser un sort pour faire bouger un corps humain, ou pour renforcer temporairement les muscles, était considéré comme tabou dans ce pays. Les corps humains n’étant pas résistants au mana, cela pouvait provoquer des effets secondaires tels que le surplus de mana. Pour la même raison, l’utilisation de sorts de guérison était également interdite. Selon les expériences passées, juste pour refermer une petite coupure, une grande quantité de mana était nécessaire, mais cela entraînait la mort du magicien et celle de la personne recevant le traitement à cause de l’empoisonnement au mana. Lorsque Monica donna cette explication, les moustaches de Nero tressaillirent.

Hmm ? Attends… tu dis « dans ce pays » ? Est-ce que ça veut dire que les sorts seraient autorisés ailleurs ?

Monica réfléchit à la question de Nero pendant un moment. Nero n’était pas familier avec la situation des humains, et il était bon pour lui de savoir de quel niveau de sorts les humains étaient capables. Monica redressa sa posture et dit avec un visage sérieux.

La manipulation physique, le contrôle du corps, l’amélioration des capacités et la guérison… Tous les sorts appliqués au corps humain sont considérés comme interdits. Toutes les guildes de magiciens de ce continent s’accordent sur cette interdiction, sauf… dans un cas particulier.

Traînant ses mots, Monica mit un peu plus de force dans les poings qu’elle serra sur ses genoux.

Il s’agit de l’Empire d’Orient.

L’Empire, qui bordait l’est du Royaume de Ridill, était la nation la plus forte et la plus vaste de ce continent.

Il y a environ un an, l’empereur fut remplacé par un jeune empereur âgé d’un peu plus de vingt ans, mais ce jeune empereur n’était pas prêt à accepter les anciennes coutumes et mit en place de nouvelles politiques les unes après les autres — l’une d’elles fut la levée de l’interdiction des sorts liés à l’usage médical. En d’autres termes, l’empereur donna la permission d’effectuer un nombre limité de recherches sur les sorts qui affectaient le corps. Cette politique fut naturellement combattue par la guilde des magiciens de l’empire. Mais la rumeur voulait que le chef de cette guilde mourût d’une mort suspecte. En d’autres termes, les choses semblaient un peu louches.

J’imagine que les sorts d’amélioration physique et de guérison vont se développer davantage dans l’Empire à l’avenir…

La levée de l’interdiction des sorts liés à l’usage médical dans l’empire eut un effet profond sur les magiciens des autres pays également. De plus en plus de magiciens abandonnèrent leurs propres pays à cause de leurs politiques strictes et partirent vers l’empire. Perdre des magiciens talentueux au profit d’autres pays fut un casse-tête pour chaque pays, et cela fut discuté plusieurs fois lors de l’assemblée des Sept Sages.,Par-dessus tout, Monica elle-même avait ses propres pensées sur la levée de l’interdiction des sorts liés à l’usage médical.

Les humains ont beaucoup de choses en tête, n’est-ce pas ?

Nero ferma la couverture de son roman et marmonna pour lui-même.

Je suppose que oui…

En marmonnant, Monica ferma les yeux. Derrière ses paupières, elle sentait un faible aperçu du dos de son père.


Cette nuit-là, Monica fit un rêve nostalgique. C’était un rêve où elle regardait le dos de son père alors qu’il était assis à son bureau. Il faisait toujours beaucoup de calculs difficiles, et Monica traitait ses formules comme un livre d’images. Son père était très compétent. Mathématiques, physique, pharmacologie, médecine… Il avait étudié toutes sortes de sujets, mais la biologie était sa spécialité.

Le corps humain est composé d’une énorme quantité de chiffres.

Si l’on pouvait définir les humains avec des équations mathématiques, on pourrait aider beaucoup de gens qui souffraient de maladies. C’est pourquoi son père passait tout son temps à faire des recherches, jour après jour. Monica ne jouait pas beaucoup avec lui, mais elle aimait quand même lire la collection de livres de son père, et le simple fait d’entendre parler de ses recherches de temps en temps suffisait à la rendre heureuse… Elle était heureuse, mais…

Le paysage de son rêve changea. Le dos de son père fut englouti dans des flammes rouges, obscurcissant sa vision. Elle vit son père brûler avec l’énorme quantité de données et de formules qu’il avait écrites.

Arrêtez ! Arrêtez ! Arr..êt..ez

Elle voulut crier, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge et ne voulurent pas sortir. Alors que Monica se tenait là, stupéfaite, un homme la regarda fixement. C’était le second prince de ce pays, une personne parfaitement adaptée à l’uniforme blanc de l’Académie Serendia : Felix Ark Ridill.

Tu ne vas pas… me laisser tomber, n’est-ce pas ?

Monica fixa Felix, qui avait murmuré ces mots avec un doux sourire. C’était un rêve. Felix n’avait rien à voir avec la mort de son père. Les événements du présent et les souvenirs du passé s’étaient simplement entremêlés dans le désordre.

Pourtant, chaque fois que quelqu’un attendait quelque chose d’elle, les émotions sombres qu’elle avait ressenties autrefois resserraient leur emprise sur le cœur de Monica. Une légère colère monta dans sa poitrine.

Comment peuvent-ils dire que je serai à la hauteur de ses attentes ? Même si mon père était à la hauteur de leurs attentes, il n’a pas été récompensé…