Secrets of the Silent Witch T.3 – Chapitre 3

Talent et malédiction

「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」

Cyril Ashley, le fils aîné du marquis Highon, n’était pas né dans la famille Ashley.

Comme l’actuel marquis Highon n’avait qu’une fille, Cyril, le plus talentueux parmi leurs parents éloignés, fut choisi comme fils adoptif. Même s’ils partageaient un lien de sang avec la famille du marquis de Highon, la famille de Cyril n’appartenait pas à la noblesse titrée, ce qui les plaçait au plus bas rang.

Malgré cela, Cyril avait été choisi comme fils adoptif en raison de ses talents exceptionnels. Avoir obtenu un tel statut dans son école avait rempli Cyril de fierté ; il se croyait exceptionnel, un véritable élu. Mais Cyril, encore rayonnant de sa récente adoption par la famille Ashley, rencontra alors la fille du marquis Highon…

…et ce fut pour lui une révélation désespérante. La fille du marquis Highon, sa demi-sœur, possédait une intelligence hors du commun.

La maison Highon était célèbre pour être une lignée d’« intellectuels », et sa demi-sœur incarnait cette réputation à la perfection — si brillante que même un Cyril aussi doué ne pouvait rivaliser.

— Alors, pourquoi l’avaient-ils adopté ?

Perdant peu à peu le sens de sa propre existence, Cyril s’acharna à étudier, cherchant à exceller dans tous les domaines possibles.

Mais l’écart entre lui et sa demi-sœur semblait inatteignable. Plus il apprenait, plus il prenait conscience de l’abîme qui les séparait.

C’est alors, dans ce moment de profonde remise en question, que le second prince, Felix Ark Ridill, lui tendit la main.

Accepterais-tu de me prêter main-forte, Cyril Ashley ?

À ce moment-là, Cyril déclara qu’il ne possédait pas cet « intellect » dont la maison Highon se targuait. Mais Felix se contenta de sourire avant de lui répondre.

Je ne t’ai pas choisi pour ton nom, mais pour qui tu es, Cyril.

À cet instant, il prit sa décision. Désormais, il consacrerait toute sa vie à cette personne.


En tant que trésorière, ton travail sera particulièrement chargé en fin et en début de mois. Je vais te lister ici toutes les tâches à accomplir, alors assure-toi qu’il ne manque rien.

Cyril Ashley se montra ouvertement agressif envers Monica, mais il expliqua tout de même le travail de manière approfondie. La seule chose qui la dérangeait était le grand verre posé sur la table. Pendant son explication, Cyril murmurait brièvement une incantation, puis laissait tomber un ou deux glaçons dans le verre vide.

Devenue curieuse de la situation, une fois l’explication terminée, Monica prit timidement la parole.

Hu-Hum, que vas-tu faire avec ces glaçons…

Chaque fois que tu feras une erreur, je t’enfoncerai un de ces glaçons dans la bouche.

Hiieeeee !

Cyril tripota nerveusement la broche de son col entre ses doigts, puis laissa tomber un autre glaçon dans son verre.

Monica réalisa soudain que l’air froid qui s’était répandu autour de lui s’était apaisé chaque fois que Cyril fabriquait les glaçons.

Se pourrait-il que la raison pour laquelle il a fait ces glaçons soit pour ça… ?

Si tu as le temps de regarder, regarde plutôt les documents.

Je suis désolée…

Monica détourna précipitamment son regard vers les documents, mais, pour être honnête, le travail qu’elle avait à faire n’était pas si compliqué.

Avant de venir dans cette école, Monica avait été obligée de manipuler toutes sortes de chiffres : finances, dossiers des caissiers, tendances de vente des produits, données démographiques, etc. Comparé à cela, la comptabilité actuelle n’était rien.

Après avoir terminé son explication, Cyril fit tourner son verre rempli de glace en grognant de mécontentement.

J’avais prévu de te mettre ça dans la bouche si tu avais du mal à retenir, mais… visiblement, ce ne sera pas nécessaire.

Il sembla que ces mots représentaient la « note de passage » de Cyril. Après s’être tapoté la poitrine en signe de soulagement, elle fut aussitôt dévisagée par Cyril.

Pourquoi es-tu si nerveuse et timide ?

H-Hum…E-h Eh b-bien…

En fait, je n’aime pas cette manière trop docile que tu as.

C’était quelque chose que Monica avait l’habitude d’entendre.

– Pourquoi es-tu si docile ?

– Tu devrais être fière de ton talent.

– Si tu te sous-estimes, comment font celles qui n’ont même pas ton talent ?

— Tu as été choisie par Son Altesse. Ton talent a aussi été reconnu par lui. Alors, pourquoi ne le montres-tu pas avec fierté ?

Ne sois pas aussi servile. Ne te méprise pas. Fais-toi confiance. Tu as du talent.

Combien de fois lui avait-on dit cela quand elle maîtrisait les sort sans incantations ? Même avec ces paroles, Monica ne pouvait les refuser.


Ce n’était pas qu’elle reniait sa fierté. Être fière de quelque chose dans lequel on excellait était une bonne chose. Croire en son talent était aussi quelque chose de merveilleux. Si cela avait été possible, Monica aurait voulu être ainsi.


…mais elle ne pouvait faire aucune de ces choses.

Je suis désolée… Je n’arrive pas… à être fière de moi…

Dit Monica en marmonnant tout en secouant la tête.

C’est juste… impossible…

Dans le passé, quand elle était à Minerva, Monica n’avait qu’un seul garçon qu’elle pouvait appeler un ami. Il s’occupait d’elle parce qu’elle était timide. Comme elle ne savait pas bien parler devant les autres, il l’accompagnait pour pratiquer ses incantations. Et cela rendait Monica heureuse.

Mais lorsque Monica maîtrisa les sorts sans incantations et devint connue comme un génie, leur amitié commença à dévier.

Je parie que tu me regardais de haut depuis le début, hein ?

« Non tu te trompe »; c’était ce qu’elle voulut dire, mais ses mots ne lui parvinrent pas.

Et sans avoir pu se réconcilier avec lui, Monica obtint son diplôme de Minerva et devint l’un des Sept Sages.


C’était un souvenir amer qui demeurait dans l’esprit de Monica, même alors.
Monica baissa la tête, tandis que les fins sourcils de Cyril se fronçaient et que ses lèvres se plissaient en une moue contrariée.

Le mot que je déteste le plus est « impossible ».

Je suis désolée…

En réponse à la dénonciation de Cyril, Monica baissa les yeux et s’excusa. Elle se souvint de ce que son père lui avait dit : le talent pouvait parfois être une malédiction. Pour Monica, le talent était une malédiction. Il emportait toujours ce que Monica désirait.

«  »Son père, ses amis. » »

Bonjour, des progrès en vu ?

La voix joyeuse ramena Monica à ses sens. Lorsqu’elle tourna son regard, Félix scrutait son bureau. Cyril redressa son dos et répondit promptement.

J’ai détaillé toutes nos tâches habituelles ainsi que le travail à accomplir en début et fin de mois. Il ne reste plus que les taches liées aux événements.

Oh, il y aura un tournoi d’échecs et un festival scolaire avant les vacances d’hiver. Tu devras aussi lui en parler.

Je le ferai.

Alors que Cyril acquiesçait, Félix regarda le verre sur le bureau et le souleva légèrement.
Les glaçons s’entrechoquèrent, produisant un bruit de cliquetis.

Tu te sens pas bien, Cyril ?

Non, je vais bien. Votre Altesse.

D’accord, mais vas-y doucement, compris ?

Elle se demanda ce que signifiait cette conversation.

Le seigneur Ashley se sentait-il mal lorsqu’il fabriquait de la glace ?

L’air froid qui s’échappait régulièrement, la glace créée à dessein dans le verre, la broche que l’on touchait nerveusement… à vrai dire, Monica n’avait qu’une vague idée de ce qui se passait.

Est-il peut-être…

Alors que Monica fixait la broche de Cyril, un doigt tendu sur le côté vint lui effleurer la joue. Lorsqu’elle tourna la tête, elle vit Félix qui, avec un air joyeux, tapotait doucement sa joue.

Ne regarde pas seulement Cyril, regarde-moi aussi.

Je-Je suis désolééeee…

Toi ! Comment ose-tu montrer un tel manque de respect à son Altesse !

Je-Je-Je-Je… Je suis désoléééeeeeeee…

Quand Monica s’excusa, Cyril frappa le bureau de ses paumes.

Tu ne peux pas parler normalement !?

Je-je-je suis tellement désoléee…

Qui a dit que tu pouvais parler en bégayant ? !

Cyril, ne l’intimide pas trop, d’accord ?

Félix calma Cyril pour l’empêcher de lui crier dessus, mais parla d’une voix sévère.

Je ne l’intimide pas, Votre Altesse ! Je la discipline !

Je croyais que discipliner relevait du rôle du propriétaire. Dans ce cas, c’est à moi de le faire.

Elle eut l’impression qu’on lui arrachait ses droits humains sans la moindre hésitation.

Pour l’instant, Monica décida de se plonger dans la tâche de compter les cils de Felix afin d’échapper à la réalité.