Intimider les forts
「Traduction – Pizzflc
Relecture – Mael7523m」
Louis Miller, le « magicien des barrières », qui avait forcé Monica à travailler comme garde du corps pour le deuxième prince, séjournait dans un village proche de la cabane où vivait Monica.
Après tout, il fallait une journée entière pour aller de ce village à la capitale en calèche. Louis expira un soupir :
— J’ai hâte de rentrer chez moi où m’attend ma femme bien-aimée.
Ce n’était pas qu’il n’aimait pas manger dans un restaurant public, mais il ne voulait pas trop se faire remarquer en ce moment, alors il se fit apporter ses repas dans une salle privée de l’auberge.
De l’autre côté de la table, son esprit sous contrat, Lynn, lisait tranquillement un livre. Elle n’avait aucun sens du goût, elle ne pouvait donc pas l’accompagner pour manger.
La beauté froide en uniforme de servante lisait un livre sans expression, mais finit par le refermer d’un coup sec et ouvrit la bouche.
— Seigneur Louis, j’ai une question.
— Qu’est-ce qu’il y a ? Je suis encore en train de manger.
— Pourquoi avez-vous demandé à Mlle Sorcière Silencieuse de protéger le second prince ?
Louis s’attendait à une question sur le contenu du livre, il plissa donc un peu les yeux et s’essuya la bouche avec une serviette.
— Donne moi ton avis, Lindsberghfield.
— À mon avis, Seigneur Louis, après que l’outil magique que vous avez mis tant d’efforts à fabriquer ait été détruit en trois jours, vous étiez tellement en colère que vous avez essayé d’évacuer votre colère en vous en prenant à une personne faible d’esprit, à savoir Mlle Sorcière silencieuse.
— Quel genre d’homme pense-tu de ton maître ?
— J’ai entendu dire qu’il avait un trouble du caractère et qu’il aimait brutaliser les faibles.
Sans un instant d’hésitation, son esprit contracté lui dit cela, et Louis souriait, la tempe froncée.
— Amenez ici la personne qui vous a lâché cette appréciation. Je vais le piétiner jusqu’à ce que sa tête s’enfonce dans le sol.
— Cette personne était votre mentor, Lord Gideon Rutherford.
Son mentor, Gideon Rutherford, était l’une des rares personnes qu’il ne pouvait pas gérer, même pour le Grand Louis.
Louis fit claquer sa langue de façon disgracieuse et secoua la tête dans un geste dramatique. Son visage soigné affichait une expression triste, mais sa remarque précédente avait tout gâché.
— Oh, comme c’est lamentable. Les gens se sont mépris sur mon compte.
Le mot « lamentable » que Louis adressa à Lynn fut prononcé d’une manière sévère.
— Il est toujours plus amusant d’intimider les forts que les faibles, pas vrai ?
L’idée était trop farfelue. Surtout, il ne reniait pas la part de son trouble du caractère.
Lynn inclina la tête avec une expression vide. Dans le livre qu’elle venait de lire, tous les personnages interrogés inclinaient la tête de cette façon. Ce geste, qu’elle ne faisait que copier, combiné à son visage sans expression, la faisait ressembler à une poupée au cou brisé.
— Seigneur Louis, lorsque vous malmeniez Mlle Sorcière silencieuse, vous aviez le visage d’une ordure qui aime malmener les faibles.
— Es-tu entrain de dire que Mlle Sorcière silencieuse est faible ? De quoi parle-tu ?
Louis renifla la réfutation de Lynn comme s’il s’agissait d’une moquerie.
Il lui adressa un sourire gracieux… mais les yeux derrière ses lunettes brillaient d’un éclat intense et légèrement belliqueux.
— Par le passé, j’ai été complètement vaincu par une telle petite fille lors de la bataille magique de la sélection des Sept Sages.
À cette époque, Louis Miller possédait une grande expérience en tant que commandant du Corps Magique, spécialisé dans le combat par lancer de sorts. Ayant vaincu de nombreux dragons et enterré plus d’une centaine d’entre eux, il était considéré comme l’un des deux meilleurs magiciens combattants du pays. Pourtant, lors d’une bataille magique, il fut totalement vaincu par la Sorcière silencieuse, alors âgée de 15 ans.
— Moi, Louis Miller, le Magicien des barrières, je t’assure. Elle est une véritable monstre.
Louis proclama avec emphase qu’une si petite fille, incapable d’établir un contact visuel avec les gens, gardant toujours la tête baissée et tremblant de peur, était un « monstre ».
Il entrelaça ses doigts, y posa son mince menton et plissa les yeux.
— Sa Majesté m’a ordonné de protéger secrètement le deuxième prince, mais je ne peux pas prendre les paroles de Sa Majesté au pied de la lettre.
— Que voulez-vous dire ?
— Garder un oeil sur le second prince… c’est ce que je crois que Sa Majesté voulait dire.
Le second prince avait toujours été une personne remarquable. Il possédait d’excellentes compétences en matière académique et en escrime. Même lorsqu’il était encore à l’école, ses talents diplomatiques exceptionnels lui avaient déjà valu la confiance des nobles, tant nationaux qu’étrangers.
Par-dessus tout, sa belle apparence et son doux sourire, hérités de sa mère, avaient la réputation de charmer quiconque le voyait. Il gérait tout sans la moindre anicroche et maîtrisait l’art de manipuler subtilement l’esprit des gens. Ce prince, dont le grand-père était le puissant duc Crockford, le noble le plus influent du pays, se nommait Félix Ark Ridill.
Mais personne ne connaissait sa véritable nature. Sous son sourire amical et chaleureux se cachait quelque chose de terrifiant, une noirceur difficile à cerner. C’était ce sentiment étrange et effrayant que Louis percevait chez Félix.
Cependant, chaque fois que Louis tentait de percer ce mystère, Félix parvenait à le détourner en douceur, toujours avec ce même sourire désarmant.
— Le second prince est un prédateur très rusé. Utiliser une manière directe ne le fera pas reculer.
C’est pour cette raison que Louis avait choisi Monica pour l’aider. Cette jeune fille, dotée d’un talent étrange en totale contradiction avec sa personnalité timide, rendait la situation quelque peu incongrue.
— Je te l’ai dit. J’aime m’en prendre aux forts.
— Donc, ce que vous voulez dire, c’est que vous voulez intimider le Second Prince et Mlle Sorcière silencieuse en même temps, qui appartiennent aux « forts » ?
Sans relever son erreur, Louis lui adressa simplement un sourire éclatant. Ce sourire, si charmant qu’il aurait fait fondre la plupart des femmes, rivalisait avec celui du second prince lui-même. Cependant, Lynn n’en fut pas particulièrement impressionnée et répondit d’un ton détaché.
— Je comprends. Je vais réviser mon évaluation de vous à « la personne avec un trouble de la personnalité qui aime intimider les forts ».
— Tu devrais aussi corriger la partie sur le trouble de la personnalité.
L’histoire se déroulait deux jours avant que Monica Everett, la Sorcière silencieuse, ne fonde en larmes après avoir été contrainte de remplir une mission pour protéger le second prince.
Dans le dortoir de l’Académie Serendia, l’une des écoles les plus prestigieuses du royaume de Ridill, Felix Ark Ridill, le second prince, était adossé nonchalamment au canapé, observant avec indifférence son chambellan déballer un présent. Ce cadeau, soigneusement emballé, portait les armoiries de la famille royale. En d’autres termes, il s’agissait d’un présent envoyé par son père, Sa Majesté le Roi.
Cependant, le regard que Felix posa sur l’emballage était glacial.
À part Felix, la seule autre personne présente dans la pièce était son jeune chambellan. Ce dernier sortit d’un écrin de soie une broche finement travaillée, l’inspecta minutieusement, puis la présenta à Felix avec déférence.
— Quel genre d’occasion cette fois-ci ?
— C’est un cadeau pour votre passage au grade supérieur.
— Oh…
Marmonnant sans grande conviction, Felix saisit la broche avec sa main gantée et la leva à la lumière. À travers le scintillement du grand saphir serti en son centre, un soupçon presque imperceptible d’écriture magique se dévoilait derrière l’éclat du bleu royal.
— Comme je le pensais, c’est un outil magique. Will, sais-tu quel genre de formule magique y est intégrée ?
Felix déposa ensuite la broche dans la main tendue de son chambellan posté derrière lui.
Le jeune homme, un chambellan nommé Will, fit vaciller son regard d’un bleu très clair, cherchant à discerner la formule magique dissimulée dans le saphir.
— Je crois que cet outil magique contenait une barrière défensive pour vous protéger, Votre Altesse.
— Est-ce le seul effet qu’il a ?
— En fait, il y a d’autres formules intégrées dans cet outil. Peut-être que, lorsque la barrière défensive est déclenchée, elle transmet l’emplacement actuel de Son Altesse à un endroit éloigné.
Lorsque Will lui expliqua cela, Felix écarta légèrement ses mèches blondes couleur miel d’un geste nonchalant, laissant échapper un soupir, l’agacement se lisant clairement sur son visage.
— Cela poserait un problème. Ce serait terrible si elle était accidentellement déclenchée au milieu de mes activités nocturnes.
— …
— Alors, allons-y.
Felix fixa la broche sur la poitrine de Will.
Felix tira une épée d’autodéfense dessous le lit et la balança directement en direction de la tête du chambellan, qui resta figé d’étonnement. Une fine couche de lumière blanche apparut soudain entre Will, les yeux écarquillés et pétrifiés, et l’épée abattue par Felix, arrêtant sa trajectoire.
Lorsque la lumière disparut, le saphir épinglé sur la poitrine de Will se fendit avec un léger claquement.
— Oh, alors c’est comme ça que ça marche.
Félix rangea son épée tout en marmonnant d’une voix désintéressée. Will détacha la broche cassée de sa poitrine et récupéra le saphir fêlé de son socle. Le socle était orné d’une formule magique gravée avec une minutieuse précision.
— C’est une combinaison de formule de barrière avancée. Ce n’est pas quelque chose qu’un magicien ordinaire peut créer. Je pense que seul Louis Miller, le « magicien des barrières », peut créer quelque chose de ce genre.
— Oh…
Parmi les Sept Sages, Félix se souvenait que Louis Miller appartenait à la faction du Premier Prince. Pourquoi, alors, le roi lui avait-il offert un artefact magique conçu par Louis Miller, membre de cette faction, comme cadeau pour son avancement ?
— En y réfléchissant, il y avait quelques membres du Corps Magique mélangés parmi le personnel de la cafétéria et les concierges… Je suppose qu’ils sont l’un des pions de Louis Miller.
— Voulez-vous que je les élimines ?
— Oui, assure-toi simplement que l’on s’en occupe correctement. Je suis sûr qu’ils appellent ça de la protection, mais… s’ils commencent à trop renifler, faites-leur savoir qu’ils se font un ennemi de la Maison Crockford.
Cette école était sous l’autorité du grand-père de Félix, le duc de Crockford. Même Sa Majesté le Roi ne pouvait pas s’y ingérer facilement. C’est sans doute pour cette raison que le roi avait décidé d’envoyer Louis Miller.
Félix arracha la broche des mains de Will et la fit rouler dans sa paume, un léger sourire aux lèvres.
— On dirait que Sa Majesté garde un oeil sur moi.
« Alors s’il vous plaît, abstenez-vous de jouer la nuit » – ce sont les mots que Will qu’il n’a pas pu prononcer.
Pour Will, Félix était indéniablement son maître.
Ainsi, même si ce dernier lui avait envoyé la broche magique sans se soucier de son efficacité et avait abattu une épée sur lui, Will n’aurait jamais osé se plaindre. Félix se réinstalla sur le canapé avec élégance, croisant gracieusement les jambes avant de jeter négligemment le saphir brisé sur la table.
— On dirait que celui-ci était défectueux.
— Je vais en informer Sa Majesté.
Will ramassa les morceaux de la broche et les replaça soigneusement dans leur emballage.
En observant la scène, Félix poussa un léger soupir. Il retira ensuite son écharpe et desserra son col. Sa nuque pâle apparut, marquée par des traces rougeâtres, vestiges de ses entraves nocturnes.
— J’ai encore sommeil après être rentré tard hier. Je vais faire une sieste. Réveille-moi quand ce sera l’heure du goûter. Mlle Bridget organise un goûter aujourd’hui, et il serait gênant que je l’abandonne.
Sans attendre la réponse de Will, Félix ferma les yeux.
Quant à Will, il s’inclina respectueusement en répondant : « À vos ordre », avant de reprendre silencieusement la tâche de rassembler les fragments de la broche.




